dimanche, 27 janvier 2008

Qu'est-ce qu'un miracle ?

Faire suivre le mot « miracle »  d’un point d’exclamation est une manière d’évoquer la di­versité des réactions qu’il peut provoquer, de la foi émerveillée à la gêne et au scepticisme. Les miracles tiennent une place con­sidérable dans les Évangiles et l’histoire de l’Église. Pourtant, pour beaucoup de nos contem­porains, il semble difficile de leur accorder quelque crédibi­lité. Contre cette impression, je prends le risque d’une affirma­tion paradoxale : accueillir cette part de l’héritage évangélique et ecclésial est plus facile aujourd’hui que cela ne l’était durant les der­niers siècles.
Les progrès des sciences et les recherches bibli­ques permettent en effet de lever les obstacles qui rendaient les miracles « incroyables ».

La capacité d’accueillir des événements ressentis comme extraordinaires varie selon les époques. Elle dépend de la vision qu’on a du monde. Pour les hommes de la Bible et de l’Antiquité, les événements exceptionnels s’inscrivaient dans un univers plein de forces mystérieuses, où ils étaient in­terprétés comme des signes. Un changement s’est produit quand la science, explicitant les lois de la nature, a développé une con­ception déterministe du monde où le miracle faisait difficulté. On en est venu à le comprendre comme une intervention directe de Dieu en infraction aux lois de la nature. Cela n’est satisfaisant ni pour la science ni pour la foi. Heureusement, le monde tel que le voit la science contemporaine n’est plus statiquement enfermé dans ses lois. Il est ouvert à la nouveauté : de l’inattendu s’y produit. Cette vision du monde est en cohérence avec la foi en un Dieu créateur, qui ne cesse de fonder sa création et de sou­tenir son dynamisme pour que du neuf puisse surgir.

Oui, il se produit, y compris dans l’univers physique, des évé­nements impossibles à prévoir et inexpliqués. Quel sens leur donner ? Telle est la question que posent les miracles de Jésus. De l’avis des historiens – croyants ou non –, les contemporains de Jésus, témoins directs de ses ac­tes, ont vu en lui un homme qui guérissait les malades et chassait les démons. Nous ne saurons ja­mais exactement ce qui s’est passé, car le but des récits évangéliques est de dire le sens des évé­nements, non de les décrire. Mais il est clair que des hommes et des femmes ont reconnu en Jésus celui qui, très con­crètement, les libérait de la maladie et même de la mort, celui qui les arrachait à l’emprise de forces mauvaises. Les œuvres de Jésus étaient pour eux des signes de la puissance de Dieu, qu’ils accueillaient dans la foi. Sans la foi, pas de miracle. Quand il rencontrait incrédu­lité ou hostilité, Jésus refusait de s’imposer en accomplissant des prodiges. Un fait n’a pas de sens en lui-même. C’est la foi qui permet d’y lire l’action de Dieu.

Aujourd’hui encore, il peut arriver quelque chose d’im­probable, inexpliqué par rap­port à la situation antérieure. Si cet événement est compris comme un signe qui invite à louer la bonté de Dieu, s’il est reçu dans la prière et dans la foi, l’Église peut y reconnaître un « miracle ».

Sœur Christiane Hourticq

jeudi, 29 mars 2007

Reconnaître un miracle

medium_jpii.3.jpgAvant de certifier un miracle, l’Eglise écoute autant les médecins que les théologiens
Isabelle de Gaulmyn, La Croix, 29/03/07

Vérifier et attester l’authen­ticité d’un fait prodigieux est le fruit d’une procédure d’enquête approfondie et d’un rigoureux examen scientifique et théologi­que. Ainsi le cas de la religieuse française pour Jean-PaulII n’est-il pas encore validé. Hier, la supérieure des Petites-Sœurs des maternités catholiques a confirmé que cette religieuse appartient à cette congrégation et qu’elle était à Puyricard (Bouches-du-Rhône) au moment des faits.

Pourquoi la procédure de béatification ou de canonisation requiert-elle un miracle ?

C’est une tradition constante de l’Église. Déclarer la sainteté d’une personne ne revient pas à lui attri­buer une distinction honorifique. Ce n’est pas l’affaire seulement des hommes, qui peuvent se tromper. Même si une personne fait l’objet d’un culte public, si l’héroïcité des vertus, la valeur théologique, la rec­titude morale sont établies, ils peu­vent toujours être sujets à l’erreur. Dans une perspective catholique, Dieu, lui, ne se trompe pas : les mi­racles sont ainsi considérés comme un don gratuit de Dieu, signe que Dieu confirme en quelque sorte le jugement humain. C’est pour­quoi ne sont pris en compte que les miracles attribués à l’interces­sion d’une personne – après la mort de celle-ci – manifestant, dans la théologie catholique, la commu­nion du défunt avec Dieu après sa mort. Récemment, Benoît XVI a même confirmé qu’il fallait bien un miracle physique.

Quelle est la procédure ?

Il y a d’abord les témoignages ocu­laires et l’avis des experts médicaux sur place, dont le recueil est placé sous la responsabilité de l’évêque du lieu où le miracle s’est produit. Ensuite, le dossier de ce présumé
« miracle » est transmis à la Con­grégation des causes des saints qui distingue alors deux étapes : l’une médicale, l’autre théologique.
L’assemblée médicale, composée de cinq médecins spécialistes, doit alors voir si la guérison est
« rapide, complète, durable, et inexplicable dans l’état actuel des connaissan­ces ». Le jugement est purement scientifique, et il importe peu que les médecins spécialistes soient ou non catholiques. On distingue trois degrés de miracles : la « résurrec­tion » (réanimation) des morts ; la guérison d’une personne avec re­constitution des organes atteints ; la guérison instantanée d’une mala­die pour laquelle la médecine aurait eu besoin de beaucoup de temps. Les miracles ne sont pas toujours des guérisons : l’Église a constaté des miracles comme une multipli­cation de riz, par exemple.
Ensuite, l’avis passe au conseil théologique. Lui se prononce sur le lien de causalité entre les priè­res faites au
« serviteur de Dieu », le défunt réputé saint, et la guérison. Il détermine alors si pour ce fait prodigieux on peut parler de « mi­racle » . Puis le dossier est examiné par les évêques et cardinaux de la Congrégation des causes des saints. Chaque membre donne son avis. Enfin, le dossier avec ces avis est soumis à l’approbation du pape, qui certifie en conclusion le miracle et décide d’en promulguer le décret.

Où en est-on dans le miracle attribué à Jean-Paul II ?
Dès novembre 2005, la
« guéri­son d’une religieuse française» après la mort du pape polonais a été mentionnée par l’archevêque de Cracovie, le cardinal Stanislas Dziwisz. D’après le cardinal, les religieuses de sa communauté ont invoqué pour elle l’intercession de Jean-Paul II, en octobre 2005. Elle a été « guérie » alors que les sœurs priaient ensemble à son chevet. Le diocèse – encore anonyme – vient de terminer l’instruction sur le présumé « miracle » et va donner les éléments à la Congrégation des causes des saints. En raison de la popularité mondiale de Jean-Paul II, la religieuse a cher­ché à conserver le plus longtemps possible l’anonymat, afin que la vie de la communauté ne soit pas perturbée. La procédure étant pu­blique, il est toutefois nécessaire pour la crédibilité de celle-ci que le nom du malade guéri soit un jour connu.

Site consacré à la procédure de béatification de Jean-Paul II