mercredi, 24 octobre 2007
Andreas Englisch, journaliste auprès du pape
[source : http://www.arte.tv]
Andreas Englisch, journaliste allemand, vit à Rome depuis 1987. Après dix ans à la tête du bureau romain du groupe Axel Springer, il est le correspondant exclusif au Vatican de « Bild » et « Bild am Sonntag », deux journaux populaires allemands. Depuis 1995, il fait partie des journalistes accrédités qui accompagnent le pape dans ses déplacements à l’étranger. Son ouvrage, Jean Paul II : Le marathonien de Dieu, sorti en 2003, est resté longtemps en tête des meilleures ventes.
ARTE : Vous avez accès aux coulisses du Vatican. Un pape a-t-il encore une vie privée ?
Andreas Englisch : Pas au sens où nous l’entendons communément, bien sûr. Un pape ne vit pas dans le luxe, loin s’en faut, son train de vie est plutôt modeste. Entre deux obligations, Jean-Paul II ne s’octroyait pas plus de dix minutes d’intimité, pendant lesquelles il souhaitait qu’on le laisse tranquille. Au tout début de son pontificat, il aimait faire de la randonnée ou chausser ses vieux skis dans la région de Rome. Jamais il n’a fait fermer les pistes, il skiait au milieu de la foule ; des enfants lui tendaient leur cahier de poésie pour qu’il y écrive son nom. Les dernières années de sa vie ont été très solitaires, il passait énormément de temps avec son secrétaire ou seul, il lisait des poèmes et écrivait beaucoup.
Dans la biographie que vous lui consacrez, vous écrivez notamment que l’idée que vous vous faisiez du pape a évolué avec le temps. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Au début de mon installation à Rome, comme beaucoup de gens de ma génération, j’étais anti-tout – j’étais hostile au pape et à l’Eglise catholique. C’est surtout pour l’argent que j’ai commencé mes reportages sur la prière de l’angélus, place Saint-Pierre. Pour moi, le pape était conservateur, misogyne et à des années lumières de la vraie vie – au début, j’étais très critique. Avec les années, mon opinion a radicalement changé, parce que j’ai compris qu’en fait, cet homme somme toute démuni – le Vatican est un Etat minuscule, avec une armée symbolique – pouvait durablement changer la face du monde. Par la suite, j’ai accompagné le pape dans ses déplacements en Europe de l’Est, notamment en Pologne et en Hongrie, et beaucoup de gens là-bas m’ont dit que sans lui, jamais l’URSS ne serait effondrée. Cela m’a impressionné.
Il était inflexible sur certaines questions importantes de la vie...
Je vois les choses autrement : bien sûr, Jean-Paul II avait des idées arrêtées sur certains points, mais on lui doit tellement de grandes révolutions et d’actes qui témoignent de sa volonté d’ouverture qu’on devrait se souvenir de lui comme du pape le moins conservateur du XXe siècle. Par exemple, il a été le premier pape à aller prier dans un temple protestant. La journée mondiale pour la Paix, instituée en 1999, et la déclaration conjointe sur la doctrine de la justification représentent à mon avis une vraie révolution que l’Eglise catholique n’aurait jamais imaginée… On l’a attaqué parce qu’il avait prié pour la paix aux côté de musulmans, de shintoïstes, de bouddhistes. La réconciliation avec les juifs constitue sa deuxième grande contribution. L’Eglise catholique reconnaissait enfin sa part de responsabilité dans la tragédie de la Shoah et reconnaissait avoir gravement failli à sa mission pendant les deux guerres mondiales.
Le pape Benoît XVI poursuit-il l’œuvre de son prédécesseur ? Pensez-vous qu’il aura plus de mal à faire passer son message auprès des croyants ?
Benoît XVI a un tempérament différent. Je pense qu’il y aura une rupture sur la question de la réconciliation religieuse par exemple. Il n’y aura pas, comme avec son prédécesseur, de prières interreligieuses, c’est clair. Mais il poursuit l’œuvre de Jean-Paul II dans d’autres domaines et je ne crois pas qu’il ait plus de mal à communiquer. Depuis Benoît XVI, le nombre des audiences a atteint des sommets, ne me demandez pas pourquoi, et contre toute attente, les Journées mondiales de la jeunesse ont eu un franc succès, alors que beaucoup pensaient que Josef Ratzinger était trop froid pour être un grand rassembleur.
Quel est votre souvenir le plus marquant de Jean-Paul II ?
Notre dernière rencontre, que je ne l’oublierai jamais. Alors qu’il était mourant, je me suis rendu à la clinique Gemelli, où j’ai remis à son secrétaire un dessin que mon fils de cinq ans avait fait pour lui. Deux semaines avant sa mort, j’ai été convoqué au palais apostolique, où l’on m’a rendu l’image. Dessus, il avait écrit son nom et cette phrase : « Ne m’oublie pas », j’ai été profondément ému.
Les dernières semaines de la vie de Jean-Paul II ont suscité la polémique. Sa mort publique est-elle pour vous un aboutissement logique de sa vie ?
En tout cas, il voulait mourir en public, cela faisait partie de son message religieux, peut-être même était-ce le plus important – et moins il pouvait parler, plus les gens l’écoutaient. Ne pas cacher ses souffrances comptait énormément à ses yeux, on n’enferme pas un vieil homme uniquement parce qu’il est malade. Dans les dernières années de sa vie, on l’a poussé à se retirer ou à renoncer à ses déplacements, mais il a tenu bon et obtenu gain de cause.
Quelles relations le Vatican entretient-il avec les médias, pratique-t-il la censure ? Les relations ont-elles changé depuis Benoît XVI ?
Les spéculations sur la censure ou les clans religieux au Vatican m’agacent profondément, car tout est faux. Le Vatican a des relations très professionnelles avec les médias. Je crois en être la preuve vivante ; mon magazine n’hésite à montrer des femmes nues, et pourtant je suis le seul journaliste allemand à avoir un bureau au Vatican… J’ai toujours exprimé mes critiques, par exemple lorsque le pape a déclaré que l’Eglise devait cesser de participer en Allemagne aux Centres de conseils pour les femmes qui désiraient avorter ; le ton était très agressif, avec des gros titres comme « Peut-on encore se fier à ce pape ? ». On m’en a parlé, mais il n’y a pas eu de censure.
Propos recueillis par Nicola Hellmann
09:55 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vatican, témoignage
mardi, 16 octobre 2007
le rôle du pape pour les catholiques et orthodoxes
[source : La Croix, 16/10/07]
Catholiques et orthodoxes sont-ils tombés d’accord sur le rôle du pape ?
Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, membre de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe
Lundi à Ravenne (Italie) se sont achevés les travaux de la 10 e assemblée plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Mgr Daucourt souligne l’importance de l’accord signé.
« Oui, pour la première fois, les deux Églises s’accordent sur la primauté de l’évêque de Rome. Nous sommes d’accord désormais pour reconnaître qu’aux trois niveaux de l’Église – local, régional et universel – doivent exister les deux éléments : la collégialité (ou conciliarité), et la primauté. C’est très important, car pour la première fois, les représentants des Églises orthodoxes acceptent cette forme de primauté au plan universel que peut avoir l’évêque de Rome. À ce niveau aussi, disent-ils, le concile n’est pas suffisant, et il faut une autorité autre. Jusqu’ici, les orthodoxes étaient d’accord pour considérer l’évêque de Rome comme “primus inter pares” (littéralement : “premier entre les égaux”) . Cette fois, cela va plus loin, car on parle d’autorité.
Cette autorité, ou responsabilité, doit cependant s’articuler, y compris au niveau universel, avec la collégialité. De ce point de vue, le document final de Ravenne invite aussi les catholiques à revoir la manière de comprendre le rôle de l’évêque de Rome, en respectant mieux la collégialité et les Églises locales. Ce n’est pas sans rappeler Jean-Paul II qui se montrait, dans son encyclique Ut unum sint (1995), ouvert à des “formes nouvelles” pour exercer le ministère d’autorité du pape.
À Ravenne, tout ne s’est pas arrêté avec le départ, en début de semaine, de la délégation du patriarcat de Moscou. Nous regrettons ce départ. Mais il s’explique par une affaire interne à l’orthodoxie, et ne remet nullement en cause le dialogue œcuménique. Le motif en était la présence d’une délégation orthodoxe estonienne que Moscou ne reconnaît pas. Moscou, comme l’explique le communiqué final, n’a pas non plus accepté le compromis proposé, qui consistait à prendre acte, dans la déclaration, de la non-reconnaissance de cette Église autonome. Mais ce n’est pas la première fois qu’un membre de la délégation orthodoxe quitte la table ; dans ce cas, la procédure prévoit que les négociations se poursuivent, quitte à ce que les Églises orthodoxes présentes tiennent informées ensuite celles qui n’étaient pas là. Cet “incident” ne doit donc pas faire perdre de vue le travail considérable effectué pendant cette semaine, et le fait que catholiques et orthodoxes, après cette session, se soient entendus sur un texte commun autour du problème de l’autorité dans l’Église.
Ce document sera rendu public le 15 novembre, après que chacune des parties aura pu en référer dans sa propre Église. Mais il restera ensuite à étudier le contenu concret de cette primauté. Ce sera l’objet de la prochaine réunion de la commission, dans deux ans : le contenu du ministère de Pierre au premier millénaire, c’est-à-dire avant le grand schisme entre les deux Églises.
Le dialogue théologique avance donc. Il est important que, dans l’ensemble du mouvement œcuménique, les théologiens puissent aussi aller de l’avant. Nous avons d’ailleurs été très soutenus à Ravenne par “le peuple de Dieu” : toutes les paroisses et communautés du diocèse ont prié pour l’unité durant la semaine, et, lors des célébrations dans la cathédrale, les applaudissements étaient nombreux, certains fidèles n’hésitant pas à crier des “Avanti” (en avant) d’encouragement ! »
10:30 Publié dans Ecclésiologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vatican, oecuménisme
mardi, 19 juin 2007
"Tu respecteras les limitations de vitesse"
Source : Le Figaro (avec AFP)
Le Vatican publie les 10 commandements de l’automobiliste.
1. Tu ne tueras pas.
2. Que la route soit pour toi un instrument de communion entre les personnes, et non de dommage mortel.
3. Que la courtoisie, la correction et la prudence t’aident à faire face aux imprévus.
4. Sois charitable et aide le prochain dans le besoin, particulièrement s’il est victime d’un accident.
5. Que l’automobile ne soit pas pour toi un instrument de pouvoir, de domination et une occasion de péché.
6. Persuade avec charité les jeunes et les moins jeunes de ne pas conduire quand ils ne sont pas en état de le faire.
7. Soutiens les familles des victimes des accidents.
8. Favorise au moment opportun la rencontre entre la victime et l’automobiliste coupable, afin qu’ils puissent vivre l’expérience libératrice du pardon.
9. Sur la route, protège le plus faible.
10. Sens-toi toi-même responsable vis-à-vis des autres.
[source du décalogue : La Croix]
Le Vatican a publié mardi son propre code de la route. Intitulé " Orientations pour la pastorale de la route ", il prend la forme de dix commandements d'ordre moral adressés aux automobilistes. Il a été préparé par le Conseil pontifical pour les migrants et les itinérants et sera distribué aux paroisses.
Le document de 36 pages - qui évoque aussi les problèmes de la prostitution, des enfants des rues - couvre un vaste champ allant du respect des piétons au bon entretien de son véhicule en passant par la maîtrise de ses nerfs au volant. "La voiture tend à faire ressortir le côté 'primitif' des êtres humains", souligne ce code de bonne conduite, qui incite les conducteurs à lutter contre cette "régression psychologique" en privilégiant les "tendances nobles" de l'âme humaine, comme l'esprit de responsabilité et le contrôle de soi. "Même un dépassement dangereux peut être une occasion de pécher", explique le cardinal Renato Martino.
"Qui connaît Jésus Christ est prudent sur la route"
Dénonçant "l'absence de courtoisie, les gestes impolis, les imprécations, les blasphèmes" dont se rendent coupables certains automobilistes, le document affirme qu'"il ne faut pas oublier l'importance du signe de la croix, fait avant de débuter un voyage". "Qui connaît Jésus Christ est prudent sur la route", affirme ainsi le document.
Le cinquième commandement de l'automobiliste stipule: "La voiture ne doit pas être pour toi une expression de puissance et de domination, ni une occasion de péché". Prié, lors d'une conférence de presse, de préciser à quelle occasion la voiture peut être pour son utilisateur l'occasion de pécher, le cardinal Renato Martino a laconiquement répondu: "lorsque la voiture est utilisée comme un lieu de péché".
Les propriétaires de voitures de luxe se sentiront visés par la dénonciation des automobilistes qui utilisent leurs véhicules "pour jeter de la poudre aux yeux ou comme moyen de faire de l'ombre à autrui ou de susciter la convoitise".
Le texte encourage enfin les automobilistes à prier au volant ... mais pas les mains jointes !
Photo Gregorio Borgia/AP
17:50 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : code de la route, Vatican, 10 commandements











