dimanche, 25 novembre 2007

Arrêtons la catéchèse hors sol

[Famille Chrétienne - 27/10/07]

Alors que [le congrès Ecclesia2007] se tient à Lourdes du 26 au 28 octobre, Mgr Christophe Dufour*, qui a participé à son organisation, analyse pour Famille Chrétienne la situation de la catéchèse en France.

Quel est le but du rassemblement Ecclésia 2007 ?

Il s'agit d'abord, pour les catéchistes et pour tous ceux qui ont des responsabilités ecclésiales dans les diocèses, d'un pèlerinage à la source. Jean-Paul II disait que Marie est la mère et le modèle des catéchistes. Nous lui demanderons la grâce de pouvoir dire avec elle : "Je suis la servante du Seigneur", et les participants feront chaque jour trente minutes de lectio divina.

Ce rassemblement aidera à stimuler le renouveau de la catéchèse, qui est déjà réel. La très forte participation en est le signe.

Enfin, le troisième sens de cet événement est la rencontre et le partage entre les différents responsables de la catéchèse en France. L'enjeu principal se situe dans le contexte actuel de la sécularisation et de la pluralité religieuse.

Quelle est la situation de la catéchèse en France ?

Sur un plan quantitatif, les années 90 ont vu une forte baisse des effectifs. Alors que la moitié des enfants étaient catéchisés en 1990, ils ne sont aujourd'hui plus qu'un tiers. Actuellement, cette situation se stabilise : la catéchèse est encore en baisse dans certains endroits, mais elle est en progression dans d'autres.

Pourquoi cette baisse ?

Il y a eu une dissociation entre la catéchèse, la liturgie et la communauté chrétienne. On a fait de la catéchèse "hors sol". Je prendrai l'exemple de la première communion : comment peut-on imaginer y préparer des enfants si on ne leur fait pas découvrir le rassemblement des chrétiens autour de l'eucharistie le dimanche ?

Il y a aussi eu une dissociation entre la catéchèse et la famille. On ne peut pas évangéliser un enfant quand on sait qu'il se retrouve dans un désert chrétien à la maison et à l'école. Alors, il faut aussi évangéliser son environnement.

Il n'y aura donc pas de renouveau de la catéchèse sans un renouveau de la foi dans les communautés chrétiennes.

En 1983, le cardinal Ratzinger avait dénoncé une "crise de la catéchèse" en France. Depuis, la situation s'est-elle améliorée ?

Non, elle s'est aggravée du fait de ce que j'appelle la dérive des continents entre la société et l'Église. Du point de vue de l'Église, il y a eu une formidable prise de conscience. Les JMJ de 1997 ont donné lieu aux premières catéchèses d'évêques, permettant de renouer avec la tradition très ancienne qui veut que l'évêque soit le premier catéchiste dans son diocèse.

Reste une question fondamentale que posait le cardinal Ratzinger : comment introduire au mystère chrétien ? Comment passer de la connaissance à l'adhésion à la foi ? Je crois qu'il nous faudra conduire cette réflexion.

Y a-t-il des incontournables pour les méthodes de catéchèse ?

Il n'y a pas une seule méthode valable. En revanche, les fondamentaux sont incontournables. Jean-Paul II disait que le but de la catéchèse est de mettre quelqu'un en communion, en intimité avec Jésus-Christ. Celle-ci doit permettre de connaître la foi, de la célébrer, de la vivre et de la prier. Les catéchistes doivent donc transmettre aux enfants la connaissance de la foi, l'éducation liturgique, la formation morale et la prière chrétienne.

Et en ce qui concerne les manuels de catéchisme ?

Les manuels ne font pas tout. Tout dépend de la manière dont on s'en sert. Aujourd'hui, il nous faut sans doute revenir à quelque chose de plus essentiel. Toute une génération de documents va sans doute nous paraître dépassée. Les éléments de la foi ont été fragilisés et, même dans les familles chrétiennes, les fondamentaux ont été mis à l'épreuve.

Quelle formation faut-il pour les catéchistes ?

La priorité est la formation à la vie spirituelle, à la prière et à la lectio divina, car les Saintes Écritures sont remplies de l'Esprit Saint. Sans cela, les catéchistes ne peuvent pas transmettre la foi.

Pour ce qui est de la connaissance du mystère chrétien, la base de leur formation doit être le Catéchisme de l'Église catholique.

Enfin, il leur faut de la méthode, pour savoir conduire une démarche et l'adapter à son public.

Comment gérer la différence de culture religieuse entre les enfants dans un même groupe ?

C'est une question très difficile, qui revient souvent lors de mes visites pastorales. Pour moi, il faut tirer les enfants vers le haut. Je pense qu'il faut donner beaucoup à ceux qui ont beaucoup reçu, et les autres recevront aussi. Mais il faut aussi prévoir une démarche particulière pour ceux qui ont moins reçu, ou qui ne sont pas baptisés. Dans leur cas, il faut responsabiliser les parents et s'assurer qu'ils peuvent participer à la messe du dimanche.

En tant qu'évêque, quels sont les points sur lesquels vous êtes attentif, dans votre diocèse, dans le domaine de la catéchèse ?

Tout d'abord, je veille à ce que les responsables inscrivent dans leur vie la lecture quotidienne de la Parole de Dieu.

Ensuite, je souhaite qu'ils soient capables d'écoute spirituelle, c'est-à-dire qu'ils soient attentifs au travail de l'Esprit Saint dans les cœurs et dans la vie des enfants. Pour cela, ils se réunissent pour en parler.

Enfin, le témoignage des communautés est très important. Je veille en particulier à la qualité de la célébration du dimanche. Pour que les personnes se sentent accueillies, il faut que la liturgie soit de qualité, et qu'il y ait si possible un temps de rencontre avant ou après la messe.

Dans la tradition orthodoxe, la liturgie en elle-même est une catéchèse. Dans la célébration de l'eucharistie, nous retrouvons ces quatre éléments de la foi : célébrer, connaître, vivre la rencontre avec le Christ, et prier.

* Mgr Christophe Dufour, évêque de Limoges, est président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat.

Sophie le Pivain

vendredi, 09 novembre 2007

"Reconnaissez l'Esprit de Dieu"

[du site du diocèse de Pontoise, http://www.catholique95.com]

44b6c0c369aad959671326100793bdeb.jpgFrançois Moog, directeur de l’Institut
Supérieur de Pastorale Catéchétique (I.S.P.C.) est intervenu lors du Congrès de la responsabilité catéchétique – Ecclesia 2007, à Lourdes les 26, 27 et 28 octobre 2007.

Dans son intervention, François Moog considère que c’est un piège de considérer « ceux qui frappent à la porte de l’Eglise » comme extérieurs à ce que nous vivons dans la foi. Il convient avant tout de « reconnaître » qui ils sont pour Dieu. Il convient de les reconnaître comme autant de frères à aimer.

Ainsi ne somme-nous plus dans une logique de « eux » face à « nous » mais dans un « nous ensemble » qui avons à changer de vie…

Lire le texte de l'intervention : moog_texte.pdf

mardi, 30 octobre 2007

Ecclesia2007, intervention finale de Mgr Dufour

Lourdes le dimanche 28 octobre 2007 - Ecclesia2007

Je m’associe aux remerciements du père Jean-Claude REICHERT. Je remercie en particulier toute l’équipe du Service National de la Catéchèse et du Catéchuménat. Je suis témoin de leur total engagement au service de notre Congrès. Ils l’ont organisé dans un temps record, s’adaptant en particulier au merveilleux engouement qu’il a suscité dans les diocèses, puisque nous sommes passés de la perspective de 2000 participants estimés en janvier à 7000 aujourd’hui. Je joins à ce bravo les membres des autres services nationaux qui ont participé à l’organisation. Merci et bravo à tous. Je remercie mes frères évêques pour leur présence, et en particulier Mgr Jean-Louis PAPIN, vice-président de la Conférence des évêques de France, qui a présidé notre eucharistie ce matin. Je dois enfin un merci aux délégations étrangères : votre témoignage positif et enthousiaste nous encourage.

Il me revient maintenant de porter un bref regard sur notre congrès et d’ouvrir quelques perspectives. Qu’avons-nous vécu ? Et après ?

Une phrase de Dei Verbum nous a conduits « Dieu, qui est invisible, s’adresse aux hommes comme à des amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion ». Au commencement est la Parole. C’est elle qui nous convoque et nous rassemble. C’est elle qui nous accueille et que nous accueillons. C’est elle qui nous fait vivre et revivre. Elle est une lampe sous nos pas, elle est une lumière sur nos routes. Nous sommes appelés à la faire résonner, nous en sommes responsables et l’Eglise a la mission de la servir. Ce fut le thème de notre congrès : « Ensemble, servir la Parole de Dieu ». Mettre la Parole de Dieu au cœur de la catéchèse,ce fut là un objectif essentiel d’Ecclésia 2007 et nous vivons aujourd’hui un temps béni de l’histoire de notre Eglise en France qui met la parole de Dieu au cœur de la vie des communautés. Notre joie d’avoir goûté la lectio divina en témoigne et celle d’avoir partagé de nombreuses initiatives dans ce domaine nous remplit d’une profonde confiance.

Un deuxième fruit de ce congrès de la responsabilité catéchétique est la prise de conscience que la catéchèse est la responsabilité de toute l’Eglise. La catéchèse n’est pas toute la mission de l’Eglise mais elle est la responsabilité de toute l’Eglise. Elle l’est selon l’ordre donné par le Christ lui-même à l’Eglise apostolique : « Allez ! De toutes les nations, faites des disciples ». C’est bien le but de la catéchèse de faire des disciples de Jésus et de les mettre, comme disait Jean-Paul II, « en communion, en intimité avec Jésus-Christ ». Faire des disciples est la responsabilité, la mission évangélisatrice de toute l’Eglise.

Un troisième fruit de ce Congrès se voit dans l’espérance et le souffle qu’il nous donne. Nous l’avouons souvent, la mission est difficile. Nous avons l’intuition que l’Evangile est attendu, mais les résistances et les obstacles sont nombreux. Pour la première fois de son histoire, l’Eglise doit évangéliser une société qui n’est plus religieuse, une société sécularisée. Les obstacles sont aussi en nous-mêmes qui sommes parfois peu enclins à une vraie conversion pour former une Eglise qui propose la foi. Mais nous témoignons ici d’un souffle évangélique, d’une audace missionnaire pour que nous soyons au cœur du monde non seulement une présence évangélique, mais une présence évangélisatrice.

Un quatrième fruit enfin, je le contemple dans le riche partage d’expériences que nous avons vécu. Il nous donne foi en l’action de l’Esprit Saint qui fait toutes choses nouvelles. L’échange des savoir faire nous stimule et développe nos talents au service de l’annonce de la Parole. Ce partage entre paroisses, services et mouvements doit se poursuivre et nous faire progresser encore, au sein de nos diocèses et de nos provinces.

Et après ?

De nombreux évêques sont présents ici à Lourdes, près de 60. « L’évêque a pour fonction principale, avec la prédication, de promouvoir une catéchèse active et efficace » dit le directoire pour le ministère pastoral des évêques. Il appartient à chaque évêque de donner des orientations catéchétiques et de les inscrire au cœur du projet pastoral de son diocèse. Au cours de ce congrès, nous avons voulu que vous puisiez vivre des temps en diocèse, créer des liens, partager. Tout cela est, j’en suis sûr, de bon augure pour l’avenir de la catéchèse dans nos Eglises locales.

Pour ma part, dans la responsabilité que m’ont confiée mes frères évêques au sein de la conférence, je veux maintenant vous partager les perspectives de travail de la commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat. Comment la catéchèse participera-t-elle à la mission d’évangélisation ? Cette mission est celle de toute l’Eglise, nous l’avons vécue à Ecclésia 2007, et j’en profite pour remercier tous ceux des services et des mouvements qui sont présents nombreux à Lourdes. Voici 4 perspectives de travail de la commission que je préside.

1.La première annonce

La catéchèse s’adresse à des personnes qui ont reçu une première annonce et qui demandent à suivre le Christ qui leur a été annoncé. Et pour les autres ? Parmi ceux que nous accueillons ou vers qui nous allons – je pense par exemple aux nombreux élèves accueillis dans les établissements catholiques ou les futurs mariés accueillis dans les paroisses - beaucoup n’ont jamais été en contact avec la foi chrétienne ou n’ont pas été catéchisés. Avouons que nous ne savons pas bien faire. Lors des JMJ de Cologne, Benoît XVI suggérait aux évêques allemands une sorte de pré-catéchèse pour une première annonce : « Peut-être, disait-il, devrait-il exister pour les non croyants une sorte de pré-catéchèse d’accès qui ouvre avant tout à la foi ». C’est une première orientation de notre travail.

2.La formation des catéchètes

La catéchèse est la responsabilité de toute l’Eglise. Mais l’Eglise suscite en son sein des vocations de catéchètes. Dans ces temps de renouveau, une tâche importante sera la formation. Nous pouvons déjà pressentir quelques points clés de cette formation.

- Former à la lectio divina, qui lit l’Ecriture comme une Parole de Dieu, qui fait entrer en dialogue avec Dieu, qui conduit à la prière.
- Former à la vie spirituelle qui donne d’accompagner le travail de l’Esprit Saint dans les personnes et de repérer les pierres d’attente de la Révélation.
- Former le catéchète à être un aîné dans la foi, c’est-à-dire à être témoin du trésor qu’il a reçu et de la tradition vivante de l’Eglise.

3.L’éducation chrétienne au sein des familles

La Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat a le projet de réaliser un livre des familles, une sorte de petit catéchisme  qui aidera les familles à transmettre la foi comme une vie, à éveiller à la foi comme un chemin de croissance.

4.La pédagogie d’initiation

Comment irons-nous de la Parole de Dieu au Credo de la foi de l’Eglise ? Ce chemin est proposé aux adultes que l’Eglise conduit aux sacrements de l’initiation chrétienne. C’est un chemin balisé, le chemin catéchuménal. Nous disposons de deux bons outils : le catéchisme des évêques de France et le catéchisme de l’Eglise catholique. Quelles démarches, quels itinéraires allons-nous proposer pour les traverser ?

Que l’Esprit nous éclaire, nous soutienne et nous fortifie dans notre mission. Avant de nous séparer, écoutons la promesse faite à Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi ». L’Esprit Saint viendra sur toi, Eglise du Christ. Serviteurs de la Parole, renouvelons notre acte de foi et confions-nous à la prière de Marie, « mère et modèle des catéchètes ». Disons avec elle : « Qu’il nous soit fait selon ta parole ».

Monseigneur Christophe Dufour, évêque de Limoges
Président de la commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat

lundi, 29 octobre 2007

Marie, la catéchiste de Bernadette

En marge du congrès Ecclesia 2007, voici quelques remarques sur la catéchèse suivie par Bernadette entre le 11 février et le 16 juillet 1858.

Premières apparitions

Tout commence par le signe de la croix que Bernadette ne peut achever tant que la Dame ne le lui montre pas. Marie sera le guide de Bernadette dans son initiation aux mystères de la foi. Marie est la monitrice. Ceux qui accomplissent une mission de catéchèse ont à faire découvrir ce que les enfants, les jeunes ou les adultes qui leur font confiance ne connaissent pas encore. 

Marie n’enseigne pas à Bernadette une leçon mais elle lui transmet une pratique : comment faire le signe de la croix. Le signe de la Croix est la plus parfaite synthèse du christianisme. Le geste rappelle jusqu’où est allé l’amour de Dieu pour nous ; les paroles qui l’accompagnent disent la perfection de l’Amour, qui est la substance de la Trinité. Dès le départ, le signe de la totalité est posé. En catéchèse, nous savons où nous allons.

Au cours des deux premières apparitions, la Dame se tait. Elle établit la confiance avec Bernadette. Avant de lui demander quoi que ce soit, la Dame noue une relation personnelle avec la fillette. Celle-ci en a besoin, car les objections agrémentées de quelques gifles n’ont pas tardé. Bernadette s’est trouvée en bute à la contradiction, comme n’importe quel croyant d’aujourd’hui.

A la troisième apparition, Marie refuse d’écrire son nom mais demande à Bernadette de lui faire la grâce de venir régulièrement pendant quinze jours. Que cela nous dit-il pour la catéchèse ? Non pas que l’écrit soit inutile mais qu’il n’est pas premier. Nous ne sommes pas limités à la culture de l’écrit et le christianisme n’est pas une religion du Livre.

Après le refus d’écrire son nom, la Dame demande à Bernadette de lui faire la grâce de venir pendant quinze jours. Elle lui parle avec familiarité, dans sa langue. Elle la respecte plus que son entourage habituel, en lui parlant au « vous ». Elle attend quelque-chose de la jeune fille comme Dieu est en attente de notre foi. Elle demande à Bernadette un engagement, certes limité dans le temps, mais difficile à réaliser, vu l’opposition de la famille et des Sœurs et, bientôt, celle des autorités civiles. La catéchèse, que ce soit celle d’un enfant ou d’un adulte, demande du temps. La Vierge n’a pas commencé par cette exigence mais, le moment venu, elle a passé comme une sorte de contrat avec Bernadette.

Le passage par la Croix

Viendra ensuite le temps des épreuves. Bernadette est invitée à la pénitence, la face pénible de la conversion. Le Christ n’avait nul besoin de faire pénitence mais pour nous sauver du péché, il s’est rangé parmi les pécheurs en recevant le baptême de Jean, un baptême de conversion. Son chemin est passé par la Croix et il n’y a pas d’initiation chrétienne qui ne passe par la Croix. Le Christ nous y a précédés. Bernadette se prosterne jusqu’à terre, comme Jésus au jardin des oliviers. Son visage, couvert de boue, est méconnaissable, comme celui du Serviteur souffrant, dans les prophéties d’Isaïe.

La pénitence n’est pas une affaire strictement privée. Quand Bernadette est appelée à la pénitence, l’horizon s’élargit. Jusqu’ici, semble-t-il, l’événement ne concernait que Bernadette. Ses entretiens avec la Dame restaient confidentiels. Désormais, Bernadette reçoit une mission : prier pour les pécheurs. Elle s’en acquittera toute sa vie. Elle découvre ainsi qu’on n’est pas chrétien pour soi-même. Nous vivons dans la communion des saints.

En même temps, la Dame fait découvrir à Bernadette une source. Bernadette se dirige d’abord vers le Gave. La Dame doit la remettre dans la bonne direction. C’est le rôle de l’Eglise : montrer aux hommes où est la Source qui ne déçoit pas. Marie qui fait découvrir à Bernadette la source jusque-là cachée, n’est-ce pas un beau modèle d’action catéchétique ? Bernadette est activement associée à la découverte, non sans s’être d’abord trompée de direction. Mais rien ne se serait passé si la Dame ne l’avait pas mise, et remise, sur le chemin. 

Marie n’est pas la source. Le catéchiste n’est pas la source. Il indique la source. Il fait penser à la femme de Samarie qui, revenant en hâte au village, encourage les gens à aller trouver celui qu’il l’a si bien comprise.
 
Durant la « quinzaine des apparitions », la Dame, par deux fois, n’est pas au rendez-vous. Bernadette est troublée : en quoi l’a-t-elle peinée ? De même, dans une catéchèse, il peut y avoir des passages à vide, sans raison apparente. L’éducation de la foi est aussi un apprentissage des moments de désert.

La mission, l’Eucharistie et le service

La foi de Bernadette a donc été éprouvée, tant par les gestes déconcertants qui lui ont été demandés que par les absences. Elle peut alors être chargée de mission dans l’Eglise et pour l’Eglise. Sa mission dans l’Eglise, c’est d’aller « dire aux prêtres ». Sa mission pour l’Eglise, c’est de faire en sorte qu’une chapelle soit construite et que les fidèles viennent en procession. De même, la catéchèse doit permettre à chacun de découvrir quelle est sa place et sa mission dans l’Eglise.

Pendant toute cette période, la dame a refusé obstinément de dire son nom. Bernadette ne s’est pas découragée. Finalement, la Dame dit son nom : je suis l’Immaculée Conception. Les noms ont aussi une importance même si la pédagogie de la Dame, et de l’Eglise, privilégie l’expérience dont nous venons de voir quelques aspects. La parole de Marie quand elle révèle son nom est la dernière que Bernadette entendra. Les deux dernières apparitions sont, de nouveau, silencieuses. C’est un bel enseignement sur la prière : elle va du silence au silence.

Les semaines des apparitions coïncident avec le temps où Bernadette se prépare à la Première Communion, qu’elle réalisera à la Fête-Dieu. Pour Bernadette, les visions n’auront eu qu’un temps. L’Eucharistie, elle, demeurera. Bernadette ne vivra pas dans la nostalgie des apparitions mais dans un désir croissant de s’unir au Christ par l’Eucharistie et le service des malades.

+ Jacques Perrier
évêque de Tarbes et Lourdes