dimanche, 27 juillet 2008

Des hommes de toute espèce

Le Royaume des cieux est comparé à un filet jeté dans la mer et rassemblant toute espèce de poissons (Mt 13,47), pour montrer la diversité du libre arbitre chez les hommes, car ils manifestent les plus grandes différences, de sorte que se réalise l'expression : il ramène des hommes de toute espèce, méritant louange ou blâme, selon qu'ils sont enclins aux formes des vertus ou à celles des vices.

Et c'est à l'enchevêtrement varié d'un filer qu'est comparé le Royaume des cieux, car elles sont tressées de pensées diverses et variées, les Ecritures anciennes et nouvelles. Ce filet a été jeté dans la mer, dans la vie des hommes de l'univers entier, agitée par les flots dans lesquels ils sont ballottés, nageant par mi les réalités saumâtres de la vie.

En plus de ce que nous venons de dire, le texte : rassemblant toute espèce de poissons peut signifier l'appel des nations de toute race. Ceux qui sont au service du filet jeté dans la mer, c'est le Seigneur du filet, Jésus Christ, ainsi que les anges qui s'approchent pour le servir, et qui ne retirent pas le filet de la mer pour le traîner, loin d'elle, sur le rivage des réalités étrangères à cette vie, si le filet n'est pas rempli, c'est à dire si la plénitude des nations (Rm 11,25) n'est pas entrée dans ses mailles.

Origène

[Magnificat - 27/07/08]

samedi, 26 juillet 2008

Fuiras-tu au désert ?

Il est nécessaire que le blé ait beaucoup à supporter au milieu de l'ivraie. Les grains sont mêlés à la paille et le lys grandit au milieu des épines. En effet, qu'a-t-on dit à l'Eglise ? Comme le lys au milieu des épines, ainsi ma bien-aimée au milieu de mes filles (Ct 2,2). Au milieu de mes filles, est-il dit, et non parmi les étrangères. Ô Seigneur, quelles consolations donnes-tu ? Quel réconfort ? Ou plutôt quel effroi ? Tu appeles épines tes propres filles ? Epines elles sont, répond-il, par leur conduite, mais filles par mes sacrements.

Mais où devra donc se réfugier le chrétien pour ne pas gémir au milieu de faux frères ? Où ira-t-il ? Que fera t-il ? Fuira t-il au désert ? les scandales l'y suivront. Se séparera t-il, lui qui progresse bien, jusqu'à ne plus supporter aucun de ses semblables ? mais, dites-moi, lui, avant sa conversion, si personne n'avait voulu le supporter ? Si donc, sous prétexte qu'il progresse, il ne veu supporter personne, par ce fait même il est évident qu'il n'a pas encore progressé.

Supportez-vous les uns les autres dans la charité (Ep 4,2). Tu abandonnes les choses humaines; tu te sépares, pour que nul ne te voie : à qui seras-tu utile ? Serais-tu arrivé jusque là, si nul ne t'avait été utile ?

Saint Augustin d'Hippone

[Maginficat - 26/07/08]

lundi, 23 juin 2008

La paille, la poutre, moi, mon frère

[www.homelies.fr - 23/06/08]

« Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ». Avouons que spontanément, nous sommes plus portés à juger les autres qu’à corriger nos propres défauts. L’image de la paille et de la poutre utilisée par Jésus explicite bien cela : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? […] Esprit faux ! Enlève d’abord la poutre qui est dans ton œil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l’œil de ton frère. »

Jésus ne dit pas qu’il faut fermer les yeux sur les défauts de l’autre. Non, il dit seulement qu’avant de porter un jugement, il s’agit de se convertir. Je dois d’abord enlever la poutre qui est dans mon œil. Autrement dit, quand je vois quelque chose qui ne va pas, qui ne me semble pas juste chez mon frère, avant de lui dire quoi que ce soit, je dois en premier lieu m’interroger sur ce qui chez moi pourrait aussi ne pas être droit et ajusté. Ce n’est que dans la mesure où j’aurai accepté de voir et d’enlever la poutre qui est dans mon œil que je pourrai discerner la paille qui est dans l’œil de mon frère.

Ajoutons que la poutre dans mon œil n’est pas considérée par le Seigneur comme une éventualité dans la parabole, c’est un fait affirmé. Nous risquerions fort bien de souffrir des mêmes maux que nos frères. Voilà pourquoi « le jugement que nous portons contre les autres » – concernant telle ou telle faute – « sera porté aussi contre nous » - puisque nous-mêmes la commettons.
Autrement dit, Jésus nous invite à nous inscrire nous-mêmes dans le champ d'application des condamnations que nous portons sur nos frères. C’est cela le début de la conversion.

« Ne pas juger » ne signifie donc pas se taire sur ce qui va mal chez son frère. Cela reviendrait à le laisser enfermé dans son péché. Non, « ne pas juger » signifie ne pas faire l’économie de sa propre conversion avant de porter un discernement sur ce qui est mal chez l’autre. C’est même la condition indispensable pour que mon jugement revête un caractère d’objectivité et surtout qu’il soit empreint de miséricorde. Saint Augustin nous dit : « Lors donc que nous serons obligés de faire une réprimande, faisons-nous d'abord cette question : N'ai-je jamais commis cette faute ? Et pensons alors qu'étant aussi des hommes fragiles, nous aurions pu la commettre. Si nous en avons été coupables, et que nous ayons cessé de l'être, rappelons-nous notre commune fragilité, afin que notre réprimande soit inspirée non par la haine, mais par la miséricorde. Mais si nous découvrons en nous ce même péché, abstenons-nous de tout reproche, confondons nos gémissements et excitons-nous mutuellement à de courageux efforts pour en sortir. Ce n'est du reste que rarement et lorsqu'il y a nécessité pressante qu'il faut employer les réprimandes sévères, et jamais dans des vues personnelles, mais dans l'intérêt de la gloire de Dieu. »

Jésus fait ressortir également la démesure de nos jugements : « La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous ». Il est vrai que nous sommes très habiles à nous trouver des circonstances atténuantes pour justifier nos égarements, alors que nous demeurons d'une intransigeance froide pour les écarts de notre prochain. Saint Jean Chrysostome nous dit : « On connaît mieux ce qui est en soi, que ce qui se passe chez les autres ; on voit plus facilement ce qui est grand que ce qui est petit ; et on a pour soi plus d'affection que pour son prochain. C'est pour cela que Notre-Seigneur défend à celui qui s'est rendu esclave de fautes nombreuses, de juger avec amertume les péchés des autres, alors surtout qu'ils sont légers. Ce n'est pas qu'il nous interdise la correction ou la réprimande ; mais il ne veut pas qu'en fermant les yeux sur nos propres fautes, nous poursuivions avec sévérité les fautes des autres. Commencez par examiner avec soin votre propre conduite, avant de discuter la conduite du prochain. » Une question à nous poser ici pourrait être la suivante : « Serais-je prêt à recevoir la correction fraternelle du prochain que je reprends ? »

Jésus ne nous défend pas d’exercer la correction fraternelle mais il nous appelle à purifier notre intention. Quel est le souci qui m’habite lorsque je veux corriger tel ou tel ? Le désir de sa sanctification ? En tout cas, ma parole pour lui n’aura de poids et ne le portera à changer que dans la mesure où elle sera animée par l’humilité de me savoir aussi pécheur que lui et aussi nécessiteux que lui de la miséricorde divine. Saint Jean Chrysostome nous dit encore : « Reprenez, à la bonne heure, non pas comme un ennemi qui veut se venger, mais comme un médecin qui cherche à guérir. »

« Seigneur Jésus, donne-nous la grâce de reconnaître avec réalisme nos pauvretés et nos égarements. Alors la correction fraternelle que nous exercerons envers notre prochain n’aura pas le goût de l’orgueil mais celui de l’humble devoir de la charité fraternelle qui seule est capable de nous conduire au Royaume de Dieu. »

Frère Elie

dimanche, 08 juin 2008

Echographie du chrétien engagé

[source : Famille Chrétienne -  07/06/2008]

Les débuts de notre vie dans l’Esprit ou de notre conversion à Jésus sont marqués par une générosité pleine de joie, tellement comblante qu’elle nous aveugle sur les éventuels ressorts secrets qui se sont greffés sur cette si belle générosité… entre autres un certain orgueil spirituel.

Thérèse d’Avila décrit bien l’échographie du cœur des «chrétiens engagés» au stade de la première étape de la vie dans l’Esprit […] et met le doigt sur le défaut fondamental de ces «bons chrétiens» : «Ceux-ci aiment beaucoup leur vie mise au service du Seigneur» (3). Finalement le risque des débuts auquel la plupart n’échappent pas, c’est de «nous contempler» généreux au service du Seigneur. Alors que l’attitude fondamentale devrait être de contempler sans cesse le Seigneur à l’œuvre dans les plus petits détails de notre vie, de nos œuvres généreuses… et de nos échecs !

Voilà donc ce virage de la crise du milieu de vie qui peut devenir l’«occasion favorable» pour passer du «faire pour Dieu» à l’abandon en Dieu, pour basculer dans l’Esprit. Mais attention, ce n’est pour l’instant qu’une occasion. La crise du milieu de vie peut devenir une occasion de chute libre et certains n’y échappent pas. Elle ne deviendra «occasion favorable» de se lâcher en Dieu qu’à la condition que je me serve de mes blessures, de mes sentiments d’échec et de la perte de générosité joyeuse des débuts, comme d’un tremplin vers Dieu, et non pas comme d’un mur sur lequel je vais m’écraser. […]


Père Joël Guibert, Renaître d’en haut, éd. de l’Emmanuel

(3) Sainte Thérèse d’Avila, Livre des demeures, Troisièmes demeures.

mercredi, 04 juin 2008

De ma mère juive

[Panorama - juin 08]

Quand je lui parle de la valeur spirituelle du jeûne, elle me dit : "Oui, tu as raison, mais finis bien tes boulettes. Tu as l'air un peu pâle." Quand je lui parle de l'Eternel qui pardonne nos fautes : "C'est vrai, mais dis-moi, ce bouton de ton manteau est décousu. Viens que je le raccommode." la chose est agaçante. D'autant que je dois bien le reconnaître : ma mère n'est pas moins spirituelle que moi. Sa spiritualité est plus concrète, voilà tout, et c'est peut-être cela qui m'humilie le plus.

Fabrice Hadjadj

mardi, 27 mai 2008

Tulipes, crocus

[source : Famille Chrétienne - 26/04/2008 - n°1580]

Fleurissons là où Dieu nous a plantés !

Là où il est, chacun de nous est appelé à une vraie fécondité. Quel que soit son âge, son métier ou sa situation familiale, chacun a sa place, chacun est important.

C’est le printemps ! Sur la pelouse vert pomme, les crocus et les primevères ont revêtu leurs plus beaux atours pour séduire les escargots. Les oiseaux s’égosillent, les vélos des enfants ont fini leur hibernation et les ballons de foot sont à nouveau éparpillés dans les plates-bandes (et aussi dans celles des voisins). Dans notre jardin, il y a des tulipes. Plantées une à une en novembre, au péril de ma vie. Ça n’a l’air de rien, mais c’est du travail les tulipes. Il faut recommencer chaque année : on enterre, on déterre, à quatre pattes dans les plates-bandes, un vrai pensum pour le dos. Mais c’est si beau, une tulipe ! On les voit de loin, mes tulipes !

Dans notre jardin, il y a aussi des crocus et des muscaris. Ils sont là depuis longtemps et refleurissent fidèlement tous les ans. Je les ai plantés une fois, depuis, ils prospèrent gentiment. J’apprécie de ne pas avoir à ramper tous les ans pour leurs beaux yeux bleus.

J’ai le souvenir cuisant d’une fessée reçue vers 5 ou 6 ans. Pleine d’amour, j’avais moissonné toutes les fleurs du jardin pour les offrir à Maman… qui a poussé des cris d’orfraie. Il faut avouer que les plates-bandes avaient un peu perdu de leur éclat… Le jardin était bien triste : il avait besoin de l’éclat des tulipes et de la délicatesse des crocus.

Autour de nous, il y a des tulipes merveilleuses. Le pape, les saints «officiels», tel curé de paroisse, telle mère de famille qui donne sans compter son temps et sa joie, tel grand-père qui répare les vélos et les chagrins de tous les enfants du quartier. On les voit de loin, ces personnalités rayonnantes qui éclairent notre quotidien.

Mais il y a aussi beaucoup de crocus : tous ceux qui, fidèlement, font leur travail, sans bruit mais avec une efficacité merveilleuse. La qualité de leur présence, la gentillesse de leur sourire, la disponibilité de leur écoute, tout cela est tellement précieux… Ils parlent de Dieu à leur manière, discrète et naturelle. Ça n’a l’air de rien mais sans crocus, le monde serait bien triste.

Tulipes ou crocus, fleurissons là où Dieu nous a plantés. On peut fleurir dans son bureau, dans sa maison de retraite, dans un lit d’hôpital, à l’école. Mais on ne fleurit jamais pour soi : ce sont les autres qui profitent de nos couleurs. «Le jardin du Seigneur […] a toutes sortes de fleurs, disait saint Augustin : non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lys des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation : c’est pour tous que le Seigneur a souffert.»

On pourrait avoir envie d’être une tulipe au lieu d’un crocus, ou inversement. On pourrait avoir envie d’être quelqu’un d’autre ou d’être ailleurs : le Seigneur ne nous plante pas toujours là où l’on voudrait. Mais il a besoin de Paul dans telle classe, de Julie dans tel bureau, de Pierre dans telle église, de Jean dans tel service. Chacun donc est irremplaçable, chacun est indispensable parce Dieu l’a voulu ainsi.

Il ne s’agit pas simplement de s’adapter aux événements qui nous conduisent, parce que l’on a plus ou moins le choix (plutôt moins que plus, avouons-le) mais d’avoir, au plus profond de nous-mêmes, le désir d’une fécondité. Féconds, la maladie, le deuil, le handicap ? Oui. S’ils sont vécus unis au Seigneur, ils sont sources jaillissantes de merveilles.

Pensons, par exemple, à Marthe Robin, clouée dans son lit des années durant. Quelle fécondité pour l’Église ! Je sais, je sais, vous allez me dire : mais c’était Marthe Robin, une âme exceptionnelle, une vraie mystique, un cas d’espèce. Oui et… non ! Chacun de nous est capable d’une incroyable fécondité. Chacun est appelé à produire «au centuple».

Car nous sommes, nous aussi, appelés à être des saints. Des saints comme ceux du calendrier, que nous fêterons le 1er novembre. Parmi eux, il y a des jeunes (voire des très jeunes), des vieux, des doux et des forts, des rois et des esclaves. Ils ont porté du fruit là où le Seigneur les avait plantés. Ils se sont entièrement donnés au Christ.

La véritable humilité, c’est de se couler dans notre peau de tulipe ou de crocus, de se voir tels que nous sommes dans la lumière de Dieu. Avec notre péché et nos limites, bien sûr, mais aussi avec nos richesses, nos talents, nos lumières. Mettons tout cela au service du Seigneur et fleurissons gaiement là où Dieu nous a plantés.

Juliette Levivier

vendredi, 09 mai 2008

Jésus, demande-moi si je t'aime...

Ce que voulait Jésus, c'était se faire dire par Pierre que Pierre l'aimait. Ainsi, ô Jésus, vous avez plaisir que l'on vous dise que l'on vous aime ? Vraiment ?

Et vous me le demandez à moi aussi ? Oh ! comme j'aimerais que vous me le demandiez ! Etre sûr que vous me le demandez. Mais je divaue, car, s'il y a une chose certaine, c'est bien tout à la fois que vous voulez mon amour, que vous me demandez mon amour, et me demandez si je vous le donne.

Et Pierre répond, d'un élan. Bravo, Pierre ! Mais Jésus reprend. Il insiste.

Mais moi ? Si Jésus me demande : "M'aimes-tu ?"
Je crois que sans hésiter je répondrai à Jésus :

"Oh ! Oui, je vous aime, et je vous aime plus que personne dans la mesure où aimer c'est vouloir aimer ! Et je sais bien que je suis moins docile à votre voix que les autres ; je sais aussi que, aimer, c'est faire votre volonté (et je la fais mal), mais je consens que mon amour soit inconséquent, j'admets (je veux dire) qu'il l'est ; je suis celui qui se conduit comme s'il vous aimait moins que d'autres ; mais je ne consens pas à être celui qui vous aime moins ! Donnez-moi, Jésus, de vous aimer "effectivement" comme je vous aime "affectivement" ou, plutôt encore, comme je veux vous aimer."

Auguste Valensin, s.j, La joie dans la foi, p.124-125 [source : Magnificat 09/05/08]

dimanche, 20 avril 2008

A chaque jour sa grâce

Une année est faite de jours et vaut ce que valent ces jours. Que chacune de vos journées soit une belle chose, bien faite, bien offerte. Ne vivez pas dans le regret d'autrefois, ni dans l'attente de lendemains meilleurs, aux tâches moins lourdes. Ne cédez pas à cette tentation. Comme le soldat qui abandonne le poste où il veille, celui qui s'évade du jour où il vit est un déserteur.

Vous connaissez, sans foute, bien des journées grises et lassantes : qu'elles vécues avec un grand amour, qu'elles soient bien travaillées, bien finies, comme cette pierre amoureusement sculptée, enfouie dans l'ombre de la voûte. Les visiteurs de la cathédrale ne la voient pas, mais Dieu la regarde avec l'attendrissement du père qui lit une lettre de son enfant.

Il n'y a pas de "jours brouillons". Chaque jour est une lettre écrite à Dieu, que Dieu éternellement conserve. Chaque jour est une offrande. [...] Au soir de chaque jour, portez à Dieu votre Père, la grande oeuvre accomplie.

Père Henri Caffarel

Des alvéoles dans la lumière

"Au domaine de mon Père, il y a beaucoup de maisons." (Jn 14,2). Jésus va nous préparer des alvéoles dans la Lumière.

F. Cassingena-Trévedy, Etincelles, Ad Solem, p.72


Tout neurone cessant...

[Magnificat - Dimanche 20 avril 2008]

"Voir Dieu ? disait la grand-mère. Voir Dieu ? mais vous n'y pensez pas ! C'est déjà un miracle quand je parviens à voir mes petits-enfants !" Curieuse réplique, toute chargée d'amertume et de profond désir.

Qui nous montrera Dieu ? Montre-nous le Père ; cela nous suffit, dit Philippe (Jn 14,8). Il se trompe, cela ne sffit plus. A quoi bon voir le Père à l'improviste, entre deux trains, de dos comme Moïse ou de loin comme les prophètes ? Il ne s'agit plus seulement, pour nous, comme dans l'ancienne Alliance, de "voir Dieu et mourir", comme si c'en était assez d'en contempler un fugitif instant la face incandescente ! Non, il s'agit d'aller à lui par le chemin qu'il nous donne. Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur (v.6.). Il ne nous suffit plus de saisir quelques bribes de vérité dans le brouillard de notre jugeote incertaine, il s'agit, désormais, tout neurone cessant, d'entrer tout vif dans la réalité qu'il est. Jamais la vérité sera nôtre. Elle ne nous appartient pas, mais un jour nous appartiendront à la Vérité et la Vérité nous rendra libre. Peu nous chaut de humer ici-bas quelques bouffées de vie mortelle ; ce que nous attendons, c'est de l'étreindre furieusement, lui qui est vie en plénitude. Sur cette terre, la joie de Dieu pénètre en nos coeurs, mais au ciel nous pénétrerons dans la joie de Dieu. Répondons à la voix de celui qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière. Alors nous aurons accompli des oeuvres plus grandes encore que celles du créateur. Car, tout créés par Dieu qu'ils soient, le ciel et la terre passeront, mais le salut des justes, lui, demeurera à jamais.

P. Guillaume de Menthière

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