lundi, 16 juin 2008

l'Eglise et le mystère eucharistique

[La Croix - 13/06/08]

Les congrès eucharistiques internationaux ont une vocation sociale et une influence profonde sur les Églises. Leur 49e édition s'ouvre dimanche 15 juin à Québec.

Le 49e congrès eucharistique international s’ouvre ce 15 juin à Québec, dans la « Belle Province » canadienne. Il durera une semaine, réunissant une cinquantaine de cardinaux, des centaines d’évêques et 15 000 fidèles de 60 nations, pour des conférences et des rencontres autour du thème « L’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde ».

« Ces journées toucheront sans doute au cœur l’Église d’Amérique du Nord. Après la visite de Benoît XVI aux États-Unis, le congrès pourra réveiller encore les énergies en vue d’une nouvelle évangélisation de l’empire nord-américain », souligne Gaëtane Larose, mère de famille, déléguée d’un diocèse canadien à ce congrès. « Les célébrations de la Parole de Dieu, les catéchèses, l’adoration du Saint Sacrement et les processions eucharistiques nous aideront à approfondir les aspects d’un même mystère, l’Eucharistie, qui est source et couronnement de toute vie chrétienne », poursuit-elle.

Les effets d’un congrès eucharistique ne peuvent se mesurer qu’à long terme. Celui de Lourdes par exemple, en 1981, s’est révélé décisif pour une génération de délégués. « Des responsables de l’Église n’ont pas réellement cru à ce que nous faisions… On nous avait dit : l’unité de l’Église est un leurre, racontera l’un des organisateurs, devenu évêque, Mgr Michel Dubost. Mais, rassemblés en eucharistie, nous sommes les premiers chrétiens d’un monde qui commence aujourd’hui », ajoutait-il dans un livre issu du congrès de Lourdes (1).Le congrès eucharistique de Lourdes vit naître une nouvelle génération Ce troisième congrès eucharistique de Lourdes, après ceux de 1899 et de 1914, aura marqué un tournant ecclésial à la suite de la crise des années 1970. « La conférence de Joseph Ratzinger, donnée au symposium de Toulouse en 1981 dans la mouvance et la dynamique du congrès eucharistique international de Lourdes, est devenue une référence », affirme aujourd’hui le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, à propos d’un enseignement donné alors par le futur Benoît XVI qui venait d’être nommé préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

« Pour des raisons sans doute idéologiques le texte n’a pas été publié dans les actes du symposium, ni d’ailleurs dans La Documentation catholique, et c’est Hans Urs von Balthasar qui l’a fait éditer quasi clandestinement en Allemagne sous le titre évocateur Regarder vers celui qu’ils ont transpercé », commente le cardinal Schönborn, qui fut l’élève du professeur Ratzinger.

À Lourdes, deux mois à peine après l’attentat contre Jean-Paul II, le cardinal béninois Bernardin Gantin représentait le pape convalescent. « Ce sont les 10 000 jeunes présents, brûlants de foi, qui ont sauvé le congrès », témoignait à qui voulait l’entendre le grand cardinal africain , meurtri par des débats de l’époque où certains catholiques remettaient en cause la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie et revendiquaient de pouvoir célébrer la messe « avec du poisson séché »… L’adoration eucharistique avait même été reléguée à l’extérieur des sanctuaires, dans un couvent de contemplatives !

Malgré cette ambiance, le congrès eucharistique de Lourdes vit naître une nouvelle génération parmi les délégués des diocèses, particulièrement en France. Pour eux, il se passa quelque chose. De fait, le message de Jean-Paul II, enregistré sur son lit d’hôpital à Rome, toucha les cœurs des congressistes rassemblés dans la basilique souterraine au cours de la messe des malades, le 22 juillet 1981 : « Je vous invite à offrir avec moi votre épreuve au Seigneur qui réalise de grandes choses par la croix, à l’offrir pour que l’Église entière connaisse, par l’Eucharistie, un renouveau de foi et de charité… »

"Creusets où l’Église universelle se régénère"

Ainsi, loin d’être des manifestations isolées, les congrès eucharistiques internationaux sont « comme des creusets où l’Église universelle se régénère, actualisant le mystère de la vie divine dans les réalités humaines du temps », remarque le P. André Cabes, alors jeune chapelain de Lourdes, qui dirigea les douze villages de toile, au camp des jeunes, durant le congrès de 1981.

Au cours de ces journées, « le monde catholique garde les yeux fixés sur le mystère suprême de l’Eucharistie pour en tirer un élan apostolique renouvelé », résuma Benoît XVI le 9 novembre 2006 devant les membres du Comité pontifical pour les congrès eucharistiques internationaux, alors présidé par le cardinal Jozef Tomko. « Il s’agit de mettre en valeur dans ces congrès l’irradiation de l’Eucharistie tant dans la vie personnelle que sociale », explique un témoin de ces rencontres, le P. Jean-Marie Mérillon, curé de Vic-en-Bigorre, qui fut ordonné à Lourdes par le cardinal Bernardin Gantin au cours du congrès de 1981, cent ans après le premier congrès eucharistique qui s’était tenu à Lille.

Parmi la cinquantaine de congrès eucharistiques internationaux, depuis bientôt cent trente ans, celui de Budapest en 1938, présidé par le futur Pie XII, a manifesté l’importance politique de ces rassemblements. Hitler n’avait-il pas interdit aux catholiques allemands d’y participer ? « Le royaume social du Christ », thème fondateur des congrès selon l’intuition d’une laïque française, Émilie Tamisier, semble toujours déranger les pouvoirs. Paul VI, aux congrès de Bombay et de Bogota, en 1964 puis en 1968, n’avait pas ménagé les gouvernements des pays riches en les exhortant au partage. Quant à l’archevêque de Québec, le cardinal Marc Ouellet, il n’hésite pas à prendre de front le libéralisme dominant et à parler de « lutte contre la pauvreté » à propos des objectifs du 49e congrès eucharistique.

« Dès le début cette dimension sociale était inscrite au programme des congrès par Émilie Tamisier, comme une conséquence directe de la vie eucharistique, jamais en opposition avec celle-ci », note Valérie Cloutier, jeune laïque chargée de la communication pour le congrès de Québec. Émilie Tamisier, originaire de Tours, qui a proposé l’organisation des congrès eucharistiques, était soutenue par son confesseur, saint Pierre-Julien Eymard, fondateur de la congrégation du Très-Saint-Sacrement, surnommé « l’apôtre de l’Eucharistie ».

« Christianiser la vie par l’Eucharistie » sera le thème du second congrès, à Avignon, en 1882, après celui de Lille l’année précédente. La saga des congrès, réunis tous les quatre ans, continua de s’écrire par des rendez-vous réguliers, avec pour la première fois la participation d’un pape, Pie X, à Rome en 1905. Parfois organisés dans des pays à majorité non catholique, comme à Londres en 1908 ou à Carthage en 1930, ces congrès demeurent des espaces de formation et de témoignage ayant une portée missionnaire : ils manifestent, selon l’expression du cardinal Gantin en 1981 à Lourdes, « la présence réelle de Dieu dans la faiblesse des signes naturels et humains ».

François VAYNE

(1) Il a fait de nous un peuple (Nouvelle Cité, 1982).

vendredi, 30 mai 2008

Internet, un nouveau continent à évangéliser

[La Croix - 30/05/2008]

Dix ans après les premiers sites catholiques, la question pour l'Église n'est plus seulement d'être présente sur le Web, mais de répondre à la soif de spiritualité qui s'y exprime. Internet offre une palette d'outils pour transmettre l'expérience chrétienne.

Récemment divorcé, Laurent, la quarantaine, a posté un message sur un site catholique de spiritualité. Comme une bouteille jetée à la mer. Arrivé à un carrefour de sa vie, il se dit « déçu », parle de sa « quête spirituelle assez large ». « J’ai certainement besoin de guide », confie-t-il. Un peu plus loin sur la Toile, Marie-Noëlle se connecte à la webcam de San Giovanni Rotondo, pour prier en direct avec les capucins de ce sanctuaire italien où vécut et mourut le saint Padre Pio. Sur le blog de la pastorale des jeunes du diocèse de Versailles, le P. Matthieu Williamson répond, lui, aux questions posées par des ados sur Dieu ou la vie affective.

D’un bout à l’autre de la Toile, des internautes, croyants ou non, déposent dans l’univers virtuel questions existentielles et interrogations spirituelles. Ainsi, en 2007, aux États-Unis, la question la plus tapée dans le moteur de recherche Google était : « Qui est Dieu ? » Une soif spirituelle dont l’Église catholique prend de plus en plus conscience : en Italie, un cardinal encourageait récemment les religieuses à débattre sur les forums, tandis que le jésuite Antonio Spadaro exhortait les catholiques à devenir missionnaires virtuels sur « Second Life ».

« Les groupes ecclésiaux qui n’ont pas encore pris de mesures pour entrer dans l’espace cybernétique sont encouragés à étudier l’éventualité de le faire au plus tôt, insistait déjà le Vatican en 2002 dans le document Église et Internet du Conseil pontifical pour les moyens de communication sociale. Rester timidement en arrière par peur de la technologie ou pour d’autres raisons n’est pas acceptable, étant donné les innombrables possibilités positives qu’offre Internet. »

Des sites destinés à répondre à la soif spirituelle des internautes

Notre-Dame du Web, Port Saint-Nicolas, Christicity, Spiritualité2000… En dix ans, la Toile catholique francophone a vu se multiplier sites et blogs destinés à répondre à la soif spirituelle des internautes. « Peu de groupes religieux ont poussé aussi loin la réflexion fondamentale au plus haut niveau sur Internet », observe Jean- François Mayer, directeur de l’institut Religioscope de recherche sur les facteurs religieux. Chaque diocèse et chaque communauté religieuse a aujourd’hui son site. Avec plus de 750 sites en « .cef.fr », et près de 3 millions de visiteurs par mois, le portail de la Conférence des évêques de France figurait en 2007 parmi les 20 premiers sites catholiques au monde, selon l’institut de sondage sur Internet Alexa.com.

Pourtant, lorsqu’on tape « Dieu » dans Google, il faut attendre la deuxième page pour voir apparaître le premier site catholique. Si Internet est un territoire à part entière, comme s’accordent à le décrire les spécialistes de la blogosphère, il ne suffit pas pour autant d’y planter une croix pour évangéliser. Accrocher l’internaute demande de bien connaître les ressorts du Web pour retenir l’attention. Or, les sites catholiques ont plutôt tendance à fonctionner en réseaux plus ou moins clos.

Ce sont finalement les sites des diocèses qui font office de portes sur ce monde. « À l’inverse des sites des conférences épiscopales, qui sont de plus en plus dans une démarche informative, les sites diocésains ont une approche davantage pastorale. Ils sont le reflet de la vie locale avec qui ils établissent de nombreuses passerelles, par exemple dans le domaine du tourisme », explique Sœur Catherine Sesboüé, religieuse de l’Assomption, chef de rubrique à croire.com et pionnière de l’Internet catholique en France.

Le Web 2.0, une chance pour l'Eglise 

« L’Église n’est pas à la pointe en matière de multimédia, même si elle rattrape peu à peu son retard en matière d’audio et de vidéo, constate Marc Favreau, responsable de la communication du diocèse d’Orléans et animateur du blog Communicatio. Elle aurait intérêt à prendre conseil au-delà de ses sphères propres, à être très humble sur Internet et à écouter les spécialistes profanes. »

Le Web 2.0, qui met en avant l’oralité et l’interactivité, est de ce point de vue une chance pour une Église qui, depuis deux mille ans, transmet son message dans la rencontre et l’expérience personnelles. C’est grâce à la diffusion de courriels et aux forums de discussion que les « cercles de silence », une initiative de protestation contre les centres de rétention des étrangers en situation irrégulière lancée en octobre par des franciscains de Toulouse, ont essaimé dans plusieurs villes.

De la même manière, au moment du Da Vinci Code, une équipe de jeunes laïcs a lancé le site Da Vinci Codex pour répondre aux questions suscitées par le livre et le film. De mai à décembre 2006, 150 000 internautes, dont beaucoup de non-croyants, y ont consulté les questions-réponses sur Marie Madeleine ou Jésus. « Les laïcs ont beaucoup de liberté sur Internet, mais ils s’en servent encore peu pour évangéliser », déplore Mathilde Henry, chef du projet Da Vinci Codex et dirigeante de l’agence Bonne Nouvelle, spécialisée dans la conception de sites Internet d’évangélisation.

Internet fait tomber un certain nombre d’idées reçues  

Le monde virtuel peut-il réellement rejoindre les internautes dans leur intériorité ? Oui, répond le dominicain Yves Bériault qui, depuis treize ans, offre un service d’accompagnement spirituel sur le site Spiritualité2000. « J’ai trouvé beaucoup de nourriture spirituelle sur votre site. Vous avez été mon église virtuelle », lui écrivait récemment une internaute expatriée trois ans en Tunisie. Ce religieux québécois reçoit en moyenne 350 demandes d’accompagnement virtuel par an, dont la moitié venant de France, une sur dix provenant d’un non-croyant.

« Une fois, j’ai reçu une lettre d’injures incroyable. Je lui ai souhaité malgré tout un “Joyeux Noël” et l’ai encouragé à s’adresser à ce Dieu qui le faisait “ch…”. » Deux jours plus tard, le P. Bériault reçoit des excuses et entame une correspondance avec un couple en souffrance qui avait « l’impression que Dieu les avait toujours lâchés ». « Internet est comme une cathédrale, résume-t-il. On y trouve des visiteurs juste là en touristes, des gens en recherche, d’autres qui songent au suicide, des graffitis injurieux… » Un lieu public dont l’anonymat propre au Web offre à chacun la liberté d’évoquer des questions très personnelles.

« Pour moi, c’est plutôt un outil de “pré-évangélisation”, estime Sœur Catherine Sesboüé. Internet permet de faire tomber un certain nombre d’idées reçues ou de colères contre l’Église. » « C’est une porte ouverte vers l’Église, renchérit Mathilde Henry. Il s’agit de lui donner un visage accueillant, ouvert, chaleureux, qui donne envie d’entrer. » Mais, pour la conceptrice du nouveau site du diocèse de Toulon, Internet ne se suffit pas à lui-même. Il faut encore proposer à l’internaute un groupe qui sache l’accueillir : « L’évangélisation est communautaire et doit renvoyer vers le terrain. »

Céline HOYEAU et Nicolas SENEZE

vendredi, 11 avril 2008

l'Eglise, pour le monde

286371511.jpgL'Eglise fait partie du monde et le monde est présent en elle : le face à face d'antant est impensable. Son attitude pastorale et missionnaire doit en tenir le plus grand compte. Il ne s'agit plus de comptabiliser ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors ou de se laisser obnubiler par le petit troupeau. L'Eglise d'aujourd'hui a des frontières particulièrement poreuses. Aussi bien se considère t-elle avec raison en charge de tous. Dans bien des cas, elle ne peut chercher d'abord et avant tout à convertir au sens confessionnel de ce terme, mais accepter de travailler à des conversions qui seront d'abord existentielles, en dialoguant, et en accompagnant toute démarche qui va vers la vie [...]

Aller au-devant des autres au lieu de les attendre, c'est aussi chercher où se vit aujourd'hui pour eux ce qui s'exprimait autrefois dans la sphère religieuse. L'Eglise ne peut plus fonctionner dans la société comme la figure de l'institution tutélaire qui l'encadre et la régi, dit avec autorité le vrai et le faux, le bien et le mal, et constitue un refuge et une séciruté. Elle doit agir comme le ferment dans la pâte, qui travaille à l'évangélisation, ce qui veut dire aussi à la conversion de la culture. "La rupture entre Evangile et culture est sans doute le drame de notre époque." (Paul VI, Ecclesiam suam)

La mission de l'Eglise passe donc désormais par le dialogue. Qui dt dialogue dit proposition et non imposition. paul VI dans son encyclique Ecclesiam suam a montré de manière lumineuse que le dialogue entre Dieu et l'homme est constitutif de la révélation qui a son sommet dans l'incarnation du Verbe. Ce "dialogue de salut" se poursuit dans et par la mission de l'Eglise. "L'Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L'Eglise se fait parole ; l'Eglise se fait message ; l'Eglise se fait conversation." (Paul VI)

Ce dialogue suppose la "courtoisir, l'estime, la sympathie" ; il exclut la condamnation a priori ; si cette forme de rapport "ne vise pas à obtenir immédiatement la conversion de l'interlocuteur parce qu'elle respecte sa dignité et sa liberté", le dialogue est pourtant une forme authentique d'évangélisation par le témoignage. Plus que jamais celle-ci passe par le témoignage à rendre à une vérité dont on vit.

Ce monde, l'Eglise n'a pas à le juger, mais à montrer qu'il est de sa part l'objet d'un amour inconditionnel, quoi qu'il en soit de ses perversions. Son langage doit devenir toujours davantage celui de la tendresse et de la miséricorde. Car ce monde est celui de l'homme souffrant, plus encore que par le passé, du fait même de ses progrès en tous les domaines. Au milieu de ses angoisses, il a besoin de "bonne nouvelle" et de paroles de paix. Au milieu de lui l'Eglise demeure le témoin de la mémoire, de la mémoire de la bonne nouvelle de Jésus-Christ qui retentit depuis deux mille ans dans notre monde.


Bernard Sesboüe, N'ayez pas peur, DDB, pp 73-74

mardi, 01 avril 2008

Dans les champs de l'Abbé Charron

[Il est Vivant - 27/03/08]

"Les gens n’ont plus de fourche, ils n’ont pas pu me chasser ! Alors, cela fait 58 ans que je suis curé ici !" Revêtu d’une soutane, l’inénarrable abbé Georges parcourt la campagne avec l’audace missionnaire d’un jeune homme et la sagesse de ses 86 printemps... "Je me sens fait pour être curé !", ai-je annoncé, à peine ordonné. Comme j’étais très jeune, l’évêque m’a d’abord nommé vicaire dans un village où il m’a donné comme mission de réconcilier le “doyen” avec ses fidèles. Heureusement, ce prêtre m’a fait très vite confiance.


Une fois rempli mon “contrat”, je suis retourné voir mon évêque : « Maintenant, j’aimerais bien “faire l’eau bénite pour mon compte” ! » Me trouvant encore un peu jeune pour être curé, il s’est cependant laissé convaincre en ce sens par son vicaire général. C’est comme cela que j’ai été nommé à Chéroy, petit chef-lieu de canton, en 1950… Il n’y avait que 25 personnes à la messe le dimanche ! Dès le début, je suis allé rendre visite aux gens à domicile. Du fait des séquelles des troubles de l’après-1905, j’étais souvent mal reçu. « Les curés sont des feignants », m’a dit un jour un homme. « Monsieur, lui ai-je répondu, il y a deux catégories de personnes : ceux qui “s’em…” et ceux qui se “dém…” Pour ma part, je fais partie de la deuxième catégorie ! » Il a bien ri et m’a dit : « On se reverra. » Trois ans après, sa femme faisait partie de la Légion de Marie et au bout de dix ans, lui-même a commencé à m’aider financièrement. Puis il est devenu un homme pieux.

Dès mon arrivée, j’ai créé un groupe de la Légion de Marie dans chacune de mes trois paroisses. Ce mouvement prévoit des réunions hebdomadaires où l’on prie ensemble et où l’on s’encourage concrètement à l’annonce de l’Évangile. De plus, grâce à ces réunions, j’ai une “photographie” hebdomadaire de chacune de mes paroisses.

Tous les deux ans, nous allons à la rencontre des personnes nouvellement installées et qui, pour la plupart, ne mettent jamais les pieds à l’église. C’est ainsi qu’à la fin de l’été 2007, 25 personnes sont parties en mission, deux par deux. En trois semaines, nous avons prospecté 750 familles. Nous distribuions le numéro d’Il est vivant ! 15 questions sur Dieu, comme une entrée en matière. « C’est monsieur le curé de Chéroy qui nous envoie et qui vous donne ce magazine. » Sur 4 000 habitants, 1 500 n’avaient aucune idée de ce qu’est la foi chrétienne. 1 800 personnes se disaient catholiques… mais ne voulaient pas entendre parler de catéchisme ! Enfin, 350 étaient des fidèles assidus, et 350 autres étaient à “reconquérir”.

Depuis septembre, le dimanche après-midi, accompagné du missionnaire qui les a visitées, je vais à la rencontre des personnes ayant accepté de discuter. Il est vivant ! sert de nouveau de point de départ à bien des conversations : beaucoup l’ont lu, le commentent, posent des questions. Grâce à cette démarche, nous avons eu des inscriptions supplémentaires au catéchisme et quelques adultes ont décidé de suivre les cours d’initiation à la théologie que j’ai créés dès mes débuts ici.

Du fait de l’ouverture de nouvelles entreprises, la population de ces villages est en train de tripler. De nouveaux champs de mission s’ouvrent devant nous, et la moisson est abondante !

jeudi, 21 février 2008

Oratoire de Nancy

[Famille Chrétienne - 10/11/07]

Installé depuis 1995, et pour toujours, à Nancy, l'Oratoire de Saint-Philippe-Neri, société de vie apostolique quatre fois centenaire, est la seule maison de ce type en France. Communauté jeune, stable et avec pour seule règle la charité, l'Oratoire de Nancy doit fonder en 2008 une nouvelle maison dans notre pays.

À Nancy, il est une maison comme une abbaye à deux pas de la magnifique place Stanislas, en plein centre-ville. Quatorze hommes, prêtres, séminaristes et diacre, s'entassent dans l'étroite tanière de la rue des Loups. Ils se retrouvent chaque matin à 7 h 30 pour l'office. Leur chapelle est une pièce minuscule au parquet ciré. Dans un angle, le tabernacle, et, sur un simple mur blanc, se découpent quatorze silhouettes sombres. Ces hommes se sont engagés à partager leur vie jusqu'à la fin de chacune d'entre elles, et à ne jamais quitter Nancy. Charité, et stabilité.

Malgré les apparences, la rue des Loups n'abrite pas une quelconque nouvelle forme de vie monastique, mais un Oratoire de Saint-Philippe-Neri. Une communauté nouvelle ? Rien moins que cela puisque les men in black nancéens - pantalon et chemise noirs sans oublier le col romain pour tous - s'inscrivent dans une tradition éprouvée par plus de quatre siècles d'histoire. Nova et vetera. Du neuf avec de l'ancien.

La congrégation de l'Oratoire de Rome est en effet née en 1575 à Rome, sous l'inspiration de saint Philippe Neri (1515-1595), saint italien du XVIe siècle présenté dans l'imagerie populaire comme le comique du Paradis, sorte de Raymond Devos de la joie, qui gagna de nombreuses âmes à Dieu dans la Rome païenne par la douceur et l'humour.

A l'heure actuelle, la branche italienne de l'Oratoire compte près de quatre-vingts maisons à travers le monde. En France, divers projets de création sont à l'étude (dans les diocèses d'Avignon et de Fréjus-Toulon). Mieux, une fondation de l'Oratoire de Nancy est prévue pour septembre 2008 dans un diocèse dont le nom n'a pas été dévoilé par les Oratoriens. Quatre Nancéens seront de l'aventure. "Si une famille veut croître, il faut qu'elle laisse partir ses enfants", note le Père Christophe Martin.

Pour l'heure, Nancy accueille la seule maison en France de l'Oratoire de Saint-Philippe-Neri (voir "Deux Oratoires, deux spiritualités"). Une communauté étonnante où la moyenne d'âge ne dépasse pas 40 ans et qui s'est développée à une vitesse surprenante en ces temps de pénurie de vocations. Le fruit d'un projet porté par quatre prêtres diocésains à la fin des années 1980.

Le Père Jacques Bombardier est l'un d'eux. Ordonné en 1976, il aspire néanmoins "à vivre parmi une communauté de prêtres, stable dans le diocèse et ouverte à tous". Un ministère ordinaire, mais porté par une vie de prière forte et la charité fraternelle. à la même époque, le Père Philippe Vallin étudie à Rome. Avec les mêmes aspirations que le Père Bombardier. Et il croise le délégué du Saint-Siège pour l'Oratoire, qui leur présente la vie d'un oratorien. "C'était tout à fait ce que nous cherchions", raconte le Père Bombardier, qui ajoute qu'aucun parmi eux n'avait de charisme de fondateur. "Il me fallait quelque chose d'enraciné dans une histoire. Cela m'aurait fait très peur de me lancer dans une nouvelle communauté", souligne le Père Vallin, 51 ans, maître de conférence de théologie dogmatique à l'université de Strasbourg.

En 1990, l'évêque de Nancy autorise le début d'une vie communautaire. Progressivement, des séminaristes rejoignent le groupe initial, réduit à trois depuis le départ de l'un d'eux pour entrer chez les Cisterciens. Cinq ans plus tard, l'Oratoire de Nancy est officiellement érigé par un décret du pape Jean-Paul II en société de vie aposto-lique de droit pontifical.

Une "pastorale de la permanence"

"On ne rentre pas à l'Oratoire ; on rentre dans un oratoire", insiste le Père Jean-Gabriel Kern, le plus jeune prêtre de la maison. à 31 ans, ce Nancéen de naissance met le doigt sur l'une des principales particularités de l'Oratoire. Chaque maison constitue une congrégation à part en-tière, indépendante des autres. S'il ne fait pas vœu de stabilité au sens monastique du terme, un oratorien s'engage à vivre et à mourir dans la même maison, la même ville, parmi les mêmes personnes. "L'avantage, c'est que l'on n'est pas obligé de faire réimprimer de nouvelles cartes de visite tous les trois ans", s'amuse le Père Kern. Plus sérieusement, cette "pastorale de la permanence" permet aux Oratoriens de cultiver en profondeur le quartier où il leur sera donné de témoigner une vie durant. "Il faut vibrer à la ville où nous vivons", ajoute le Père Bombardier, lui-même issu d'une famille installée en Lorraine depuis cinq siècles.

"Lorsque des jeunes hommes viennent passer quelques jours de discernement parmi nous, je leur demande en premier lieu s'ils pensent pouvoir vivre dans une agglomération de trois cent mille habitants." Cette stabilité dans un lieu et au milieu des mêmes personnes conduit à une vie fraternelle forte. "Parfois, certains prêtres sont tentés de nous rejoindre, pensant que nous vivons ensemble pour mutualiser nos forces. Nous tâchons de leur expliquer que cette vie communautaire n'est pas anecdotique, mais qu'elle est au contraire centrale dans la spiritualité de l'Oratoire. Il est notre premier lieu de sanctification, ainsi que le premier endroit de mortification", explique le Père Bruno Gonçalves, prévôt, c'est-à-dire supérieur de la maison lorraine. "Nous vivons en permanence sous le regard de nos Frères", ajoute le prêtre de 38 ans, récemment élu à la tête de l'Oratoire de Nancy.

Même si le statut canonique d'un oratoire est proche de celui d'une abbaye, le Père Gonçalves n'a rien d'un Père abbé : "Nous sommes une république bien ordonnée. Toutes les grandes décisions sont prises par un conseil, mais nos constitutions sont plutôt floues". "La charité est la seule règle", disait saint Philippe Neri à propos de la concision de ces constitutions. "Il se méfiait de la rigidité des institutions , explique le Père Gonçalves.

Pour les mêmes raisons, un oratorien ne prononce pas de vœux ou de promesses. Au terme d'un temps de discernement, il est simplement "agrégé" à la communauté existante au cours d'une cérémonie très simple. "Aucun lien, en dehors du lien de charité", disait également le saint italien.

"Leur charité fraternelle rayonne au-delà de la communauté"

La paroisse Saint-Epvre a été confiée aux Oratoriens de Nancy. La basilique du même nom en est le cœur, dans ce quartier de Nancy où la ville prend des airs d'Italie. Les Pères de l'Oratoire donnent la moitié de leur temps au diocèse lorrain, le plus souvent en prenant en charge des paroisses, des aumôneries de collèges ou d'hôpitaux.

Le reste de leur temps, ils le consacrent à leurs œuvres propres, dont l'animation de Jubilate Deo, un groupe de jeunes, ainsi qu'à la confession, à la prédication ou à la direction spirituelle. "Nous accompagnons plus de deux cents personnes, et parfois depuis des années."

Certaines se retrouvent au sein de l'Oratoire séculier, fraternité laïque qui rassemble une quarantaine d'adultes autour des prêtres. "Nous vivons avec eux une vraie proximité, qui n'est pas artificielle, explique Bruno, un médecin. La charité qu'ils vivent entre eux rayonne au-delà de la communauté."

"L'oraison reste la soupape de notre vie communautaire, confie le Père Gonçalves. En communauté, nous fonctionnons comme un couple : chaque matin, nous devons refaire le choix de vivre avec chacun des Frères." Et le Père Vallin d'ajouter : "Récemment, on m'a dit : "Tu n'as jamais été aussi bon pour parler du mariage que depuis que tu es à l'Oratoire !"" 


Benjamin Coste

Pour en savoir plus : www.oratoire-nancy.org

vendredi, 01 février 2008

Interview de Mgr Defois

[La Croix - 01/02/08]

Mgr Defois : « Il nous faut afficher ce en quoi nous croyons »

dfc640fe9c7eda32c66ab717dfe14b52.jpgAprès plusieurs décennies de hautes responsabilités dans l'Église de France, Mgr Gérard Defois devrait quitter samedi le diocèse de Lille. Retour sur le parcours d’un pasteur et sociologue auquel ses postes variés ont permis de cumuler une expérience rare.

La Croix : Vous êtes sociologue de formation : cela vous a-t-il servi pour être prêtre et évêque ?

Mgr Gérard Defois : Cela m’a aidé et gêné. Aidé, car être sociologue m’a permis de dédramatiser certains problèmes en allant au-delà du questionnement théologique. Mais cela m’a aussi gêné, car je ne pouvais pas avoir le même discours que ceux pour qui la réponse aux problèmes était de rappeler la doctrine. Or, par rapport aux questions d’identité, l’analyse sociologique est forcément déstabilisatrice. En même temps, c’est après une session de formation aux évêques, où j’avais fait une analyse sociologique de la situation de l’Église, que j’ai été appelé comme secrétaire général adjoint de l’épiscopat, en 1973.

En 1977, vous devenez secrétaire général de l’épiscopat. Une période difficile pour l’Église de France : d’un côté « l’affaire Lefebvre », de l’autre la tentation politique vers la gauche. Comment maintenir l’unité ?

À l’époque, beaucoup de prêtres voulaient avoir un engagement politique. Pour eux, mettre de la justice dans la société signifiait un engagement à gauche. L’épiscopat a voulu réagir contre cette tendance à confondre l’action politique et pastorale, en soulignant le rapport entre l’action libératrice de l’homme avec le salut en Jésus-Christ. Je regrette quelquefois qu’on ne se souvienne plus du travail fourni à cette époque.

Vous êtes alors l’un des premiers à plaider pour une plus grande visibilité des chrétiens dans la société…

C’était effectivement une vision dérangeante. Mais je pouvais l’affirmer, grâce à l’approche sociologique qui me donnait une vision différente des choses : la société se recomposait et il fallait y être soi-même, comme y invitait Jean-Paul II. Sortir de l’enfouissement était devenu une nécessité pour affirmer les positions chrétiennes dans les débats sociaux.

En 1980, vous préparez le premier voyage de Jean-Paul II en France. Ce fut un demi-succès : le regrettez-vous ?

Ce premier voyage du pape en France a été difficile. D’une part à cause de l’imbroglio politique entraîné par les querelles entre Giscard, Barre et Chirac. Pour des raisons également météorologiques, Le Bourget aura été un demi-flop. Mais ce voyage a aussi révélé les tensions internes du catholicisme français.

Tensions que l’on retrouve sous d’autres formes pour la venue du pape à Reims, en 1996, où vous êtes alors archevêque. Comment avez-vous déminé le terrain « sensible » de l’anniversaire du baptême de Clovis ?

Le déminage, je l’avais pratiqué six ans comme secrétaire général de la Conférence épiscopale ! À Reims, j’ai été beaucoup aidé par des universitaires, comme Michel Rouche, qui ont aidé à dépasser l’imagerie traditionnelle sur Clovis : avant Clovis, il y avait déjà des chrétiens, et après lui, il y a eu encore des païens. Et le pape a fait une très belle homélie sur le sens profond du baptême.

Vous aurez finalement, à divers titres, accueilli quatre fois Jean-Paul II. Et de 1989 à 1991, vous avez présenté sa pensée lors du Carême à Notre-Dame. En quoi ce pape a-t-il compté pour vous ?

L’apport intellectuel de Jean-Paul II est inégalable. Ses encycliques sont d’une grande qualité de construction : il y a une véritable architecture de la pensée. C’est notamment vrai avec Redemptor hominis. À l’époque, tout un mouvement disait que le pape remettait en cause Vatican II. Or, justement, dans cette première encyclique, Jean-Paul II ne cite que les documents critiqués par les traditionalistes !

Vous avez été aussi recteur de l’Université catholique de Lyon de 1984 à 1990, avant d’être nommé archevêque de Sens. Ce passage au travail pastoral direct a-t-il été difficile ?

Toute ma vie, j’ai balancé entre mission pastorale et vie universitaire. Le plus difficile pour moi aura été de quitter le cercle de relations d’une ville comme Lyon pour un diocèse rural. Je suis passé d’une situation urbaine à un monde rural en voie de désertification. Cela a demandé de me convertir à quelque chose d’humble, mais aura finalement été passionnant.

En 1998, vous arrivez à Lille, diocèse où vous serez resté le plus longtemps. Que gardez-vous de toutes ces années d’épiscopat ?

Sens-Auxerre, Reims puis Lille auront été des diocèses très différents. Ici, à Lille, j’ai trouvé un diocèse très structuré et un tissu local marqué par l’Action catholique. Des rigidités, aussi, mais un réel dynamisme porté, par exemple, par l’Université catholique ou par un fort diaconat. Imaginez que, dans l’Yonne, je n’avais que quatre diacres, alors qu’ils sont 66 à Lille ! Ici, l’évêque ne peut pas s’occuper de tout : la subsidiarité est incontournable. Aussi, sur ce « paquebot », est-il nécessaire d’aller voir ce qui se passe dans les soutes et de rencontrer ceux qui font avancer le navire. C’est ce que j’ai voulu faire à travers les visites pastorales. Je n’ai pas organisé de synode : peut-être mon successeur devra-t-il le faire, pour créer une conscience diocésaine. Ce diocèse en effet, créé en 1913, est encore jeune et manque d’unité : on se sent d’abord de chez soi avant d’être du diocèse. Par exemple, les rassemblements diocésains réunissent moitié moins de monde que dans les diocèses d’Arras et de Cambrai.

Pendant trente-cinq ans, vous avez été aux avant-postes de l’Église de France. Comment celle-ci a-t-elle changé ?

Tout au long de cette période, j’ai vécu de l’intérieur la crise interne et morale de l’Église. Cela m’a permis de réfléchir. Il y a eu des changements très importants. Je pense que les débats de l’Église n’ont pas suffisamment pris en compte les questions de société. Or, les questions qui se sont posées à nous – comme la laïcité, le sécularisme, la montée de l’individualisme – étaient davantage des questions de société que des problèmes religieux.

Comme le décrit Jean-Paul Willaime, nous avons vécu une « sécularisation au carré ». Une première étape a été une sectorisation du religieux, avec sa mise à l’écart dans un débat purement privé ; puis il y a a eu une sécularisation des valeurs sur lesquelles est bâti le vivre-ensemble. Et voici que maintenant on en appelle au religieux pour donner une espérance sociale : cet appel aux croyances – si ambigu qu’il soit ! – révèle une société inquiète de son sens comme de ses projets. Le sens collectif est ce qui est le plus en danger aujourd’hui.

Que voulez-vous dire ?

Il y a un problème : la méconnaissance de la Parole de Dieu, de la spécificité propre du christianisme parmi les autres religions, dans un monde qui se fait une foi en kit. Nous avons là un très gros travail au niveau de la régulation, de l’unité du christianisme. Il faut un christianisme qui ne soit pas basé uniquement sur la réponse aux besoins religieux, mais qui soit profondément évocateur de rupture, au nom de la rencontre avec le Christ. Ces questions du vrai visage de Dieu, cette vision du crucifix, de l’amour vécu à la suite du Christ, sont des questions radicales ! Autrement, on risque d’entrer dans une sorte de sentimentalisme religieux dominant que l’on nous demande de remplir. Nous arrivons à une vocation protestataire au nom du Christ dans la société d’aujourd’hui, et pas simplement au nom de la morale. Nous sommes les témoins du Salut, et pas seulement de la réglementation morale.

Est-ce à dire que le catholicisme a une fonction contestataire ?

La question aujourd’hui n’est pas de savoir si nous sommes majoritaires ou minoritaires, mais d’exister avec une identité de remise en cause. Dans le débat démocratique, il nous faut afficher ce en quoi nous croyons. Le problème de la foi chrétienne et de l’Église, aujourd’hui, c’est d’oser être différent. Cela pose des questions à une conception neutraliste de la laïcité, d’accord, mais on ne peut pas être chrétien dans la société d’aujourd’hui et rechercher le « consensus mou ».

Recueilli par Nicolas SENEZE

dimanche, 27 janvier 2008

Les gestes des fidèles dans la liturgie

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[La Croix - 26/01/08]

La participation active à laquelle le concile Vatican II appelle les fidèles suppose que ceux-ci soient conscients de leurs gestes et de leurs attitudes dans la liturgie.

Pourquoi doit-on faire certains gestes lors de la messe ?

La liturgie de la célébration eucharistique ne s’intéresse pas seulement aux paroles pronon­cées. Elle fait aussi une grande place aux gestes et aux attitudes. Les fidèles sont à genoux, s’as­soient, se lèvent, ils ont les mains jointes, ils inclinent la tête… Tout cela ne constitue pas un code ni un rituel. Les gestes liturgiques chré­tiens sont un rappel, plus ou moins direct, des actes et des paroles du Christ. L’Eucharistie est d’ailleurs la mémoire de la Cène. Les gestes et attitudes sont aussi liés à des pa­roles dans les Écritures. Ainsi, dans l’une de ses lettres aux Philippiens, saint Paul évoque la génuflexion en parlant du Christ : « Aussi Dieu l’a­t-il exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux sur la terre et dans les enfers » (Première Épître aux Philippiens 2, 9).

Comme l’a rappelé Vatican II, l’assemblée doit participer plei­nement à la célébration eucha­ristique. La Présentation générale du Missel romain (PGMR) indique d’ailleurs que l’assemblée ne doit pas être simple spectatrice du­rant la cérémonie. « Les attitudes communes à observer par tous les participants sont un signe de l’unité des membres de la communauté chrétienne rassemblée dans la Sainte Liturgie ; en effet, elles expriment et développent l’esprit et la sensibilité des participants » (PGMR 42). Ainsi le corps est-il un moyen d’aller à la rencontre de Dieu et chaque geste ou parole, chaque action, contribue à la prière et à la célébration. Car celle-ci n’est pas une simple réu­nion humaine. Durant la messe, le Christ est présent parmi les fidèles : « Que deux ou trois, en effet, soit réu­nis en mon nom, je serai là au milieu d’eux » (Matthieu 18, 20). D’où l’im­portance de la conscience de cette présence. Le geste révèle au fidèle qu’il est devant Dieu. « Ce résultat sera obtenu si (…) la célébration tout entière est organisée pour favoriser chez les fidèles cette participation consciente, active et plénière du corps et de l’esprit, animée par la ferveur de la foi, de l’espérance et de la charité » (PGMR 18).

Comment doit-on se comporter à l’assemblée dominicale ?

Les gestes et positions des fidèles s’inscrivent dans le déroulement de la célébration. Ils sont en lien avec la signification des paroles et des gestes du célébrant. Cha­que position a une signification symbolique forte. Être debout, par exemple, signe de respect, d’écoute, a aussi une signification qui ren­voie à l’homme debout, à l’image du Ressuscité. Par leurs gestes et attitudes, les fidèles doivent avoir pour but « que toute la célébration manifeste une belle et noble simpli­cité, que soit perçue toute la vraie signification de ses diverses parties et que soit favorisée la participation de tous » (PGMR 42).

Les attitudes et les gestes de l’assemblée ne doivent pas revêtir un caractère trop ostentatoire. «Le geste vient de l’intérieur», explique Sœur Catherine Aubin, dominicaine et auteur de Prier avec son corps (1), pour qui il ne s’agit pas non plus de sombrer dans le mimétisme. Mais cha­cun doit aussi veiller à ne pas se démarquer dans l’assemblée et à respecter les coutumes. Car c’est une assemblée, formant un tout – un seul corps – qui s’est réuni. La PGMR précise même que les conférences épiscopales de chaque pays doivent « adapter les gestes et les attitudes décrits dans l’Ordi­naire de la messe à la mentalité et aux justes traditions des peuples » (PGMR 43). Il s’agit de respecter les coutumes du pays. C’est ainsi qu’en Afrique, l’assemblée est assise pour écouter l’Évangile, cela en signe de respect. De même, la communion des fidèles peut se faire dans la main ou dans la bouche, selon les sensibilités de chacun. Même chose pour le temps qui suit la communion : « Les fidèles seront assis (…) si on le juge bon, pendant qu’on observe un temps sacré après la communion » (PGMR 43).

Où sont inscrits les gestes et positions des fidèles ?

C’est le Missel qui indique les tex­tes et la liturgie à suivre durant les célébrations, tant par le prêtre que par l’assemblée. La Présentation gé­nérale du missel romain (PGMR), publiée en 1970 (2) et qui explicite la manière de célébrer, donne aussi des indications sur l’attitude des fidèles et la tenue de la célébra­tion. Les gestes et les positions des fidèles ont un peu varié au cours des siècles. Si les premiers chrétiens ont souvent été debout durant la messe, au XV siècle c’est la position agenouillée qui est mise en avant. Dans la PGMR, l’Église in­dique: «En énonçant les règles selon lesquelles le rite de la messe serait révisé, le IIe concile du Vatican a ordonné, entre autres, que certains rites “seraient rétablis selon l’ancienne norme des Pères” » (PGMR 6), soulignant ainsi une continuité de la liturgie. Elle pré­cise aussi que les pères du Concile « ont répété les affirmations dogma­tiques du concile de Trente, ils ont parlé à une époque bien différente de la vie du monde ; c’est pourquoi, dans le domaine pastoral, ils ont pu apporter des suggestions et des conseils qu’on ne pouvait même pas prévoir quatre siècles auparavant » (PGMR 10).

Valérie-Anne Maitre

(1) Cerf, 242 p., 22 €.
(2) La traduction française de la troisième édition (2002) doit être publiée fin mars
(lire La Croix du 23 janvier) .
À LIRE « Gestes et attitudes », La Maison-Dieu n° 247, Centre national de pastorale liturgique, Cerf, 202 p., 14,50 €.

mardi, 15 janvier 2008

Spiritualité de la table à repasser

[source : http://www.dominicains.fr]

Les anciens de ma promo (noviciat 2001-2002) vous le diront, je fus très tôt préposé au repassage. À l’époque, j’y ai vu comme le doigt de la Providence (parce que c’est vrai que dans les premiers mois de la vie religieuse, on a un peu tendance à voir la Providence partout, mais ça se calme ensuite). Non pas que j’affectionnais spécialement cet exercice jusque là, mais parce que ça a fini par bien me plaire.

J’ai rapidement réalisé que le repassage me permettait, pendant les deux heures hebdomadaires réglementaires, de ne penser à rien. Or c’est très précieux de ne penser à rien. C’est, en gros, ce qu’on doit faire quand on s’adonne à la méditation. Il y avait ça aussi prévu au programme au noviciat (et par la suite aussi, je vous rassure). Mais j’ai bien vite compris que, ne penser à rien c’était très dur. Typiquement à la chapelle je pensais au repas qui allait suivre, surtout si j’étais de réchauffage de soupe, ou bien à l’excursion du week-end qui se profilait… et ça dure encore aujourd’hui. Parfois je suis tout de même un peu dans le thème : plan d’une prédication sur le feu, bouclage virtuel d’une dissertation qui s’enlise ; mais souvent, je déborde : projet de rando avec les frères, correspondances SNCF entre deux missions de prédication spéciale à l’autre bout du pays, possibilités abandonnées de carrières prestigieuses et rémunérées « dans le monde »…

Bref, le repassage, très tôt me permis de couper court, un temps, à cette promenade incessante de l’esprit en des terrains fort éloignés du Bon Dieu. J’ai rapidement saisi que cette occasion décalée et bienvenue de m’adonner au « penser à rien » n’allait pas être forcément réitérable en tous lieux. Il y a des couvents avec et d’autres sans. À Lille, étape obligée après le noviciat, pas de problème ; c’était chacun pour soi, donc repassage individuel. Ça me faisait moins de travail, mais on peut s’arranger pour repasser quand on en arrive au stade limite (façon « moine au bord de la crise de nerf »). À Rennes, où l’on m’envoya ensuite, c’était plus compliqué : repassage pris en charge – très impeccablement – par notre cuisinière. Pas un pli, pas plus que d’excuse pour refaire le travail. Mais cette année fut plutôt heureuse, si bien que le plan « fer le vide » s’imposait moins.

A Paris où l’on m’a ensuite envoyé c’est la formule « avec et sans » qui prévaut. Certains frères repassent, d’autres usent du service commun. Vous devinez l’option que j’ai d’emblée préférée. Et me voilà heureusement surpris.
En effet, depuis septembre que je pratique mes exercices de méditation dans la salle un peu sombre préposée à cet effet (la table à repasser trône dans une pièce sans fenêtre, récemment relookée par notre excellent syndic, mais il n’a pu rajouter de fenêtre !) j’ai enfin compris, en exerçant ce passe temps thérapeutique et utile, la vraie nature de ma vocation.

Mes frères de promo (2001-2002, donc) vous le diront : J’ai un côté un peu pieux. Il faut y voir un qualificatif qui, dans leur bouche, n’était pas toujours dénué d’une certaine ironie. Mes passages au repassage devaient sans doute accentuer ce penchant intérieur, si bien que j’ai même cru un moment bifurquer, en proie à des velléités plus contemplatives, pour aller m’enfermer dans une boutique plus austère (des vrais moines qui passent carrément plus de temps à ne « penser à rien » dans leur église). C’était me leurrer pour une vision bien partiale de ce que devait être la vraie vocation à laquelle j’étais appelé. Pour faire simple, il me manquait le côté « tradere » qui complète chez nous le « contemplare »
Paris me l’a offert.

La preuve en est : ce soir. À peine installé dans la pièce, premier passage. Un frère vérifie si les lumières sont inutilement restées allumées. Prétexte évident à un brin anodin de conversation. Puis c’est le tour d’un autre qui va voir où « elle en est » (sa machine) ; puisque elle n’est pas terminée, il s’en va donner un coup de fil à sa cousine : « Ah bon tu as une cousine ? »... et me voilà apprenant qu’il a fait trois ans d’éthiopien et qu’il s’est fait offrir par sa maman ce qu’il faudrait que je demande à la mienne : un calepin-récapitulatif des anniversaires de tous les membres rapprochés de ma famille. Puis c’est un autre, amateur de repassage lui aussi (mais en secret) qui repassera après avoir lu le journal puis qui revient parce qu’un frère aîné « s’est mis a lire le dernier ‘Monde’ d’une façon irréversible », pas la peine qu’il patiente…

En temps normal, et sur mon horaire « prévu pour » (temps de méditation avant les offices), je suis le premier à râler quand tous les frères du couvent semblent s’être coalisés pour me « pourrir mon oraison » en profitant de la demi-heure réglementaire qui précède les vêpres pour faire couler l’eau, claquer les portes, courir en roller dans les couloirs, répondre au téléphone dans le cloître etc. Je râle, mais en fait y a pas de quoi, comme vous le savez déjà, je pense, moi comme eux, tout autant à autre chose.

Mais le miracle du repassage veut que, alors que je ne pense à rien pour de bon, je ne suis pas indisposé le moins du monde par ces visites impromptues. Moi qui ne suis pas fan de la salle TV, des conversations gratuites au détour d’un couloir (je fais mine d’être pressé), me voilà rattrapant au repassage des tas d’occasions perdues de faire connaissance avec mes frères… C’est dire si tout cela me rend profondément joyeux, avec la pile de linge qui fond en prime. Voilà, c’était juste pour vous écrire ce à quoi je pensais, tout à l’heure à l’oraison, avant de me mettre à repasser ce soir après les vêpres. Il fallait bien que cette distraction-là me servît à quelque chose, pour lancer d’autres que moi dans l’aventure improbable de l’apprentissage de la vie spirituelle par le fer.

Frère Franck Dubois

jeudi, 29 novembre 2007

Le P. Cottier, témoin privilégié des années JPII

[source : La Croix - 29/11/07]

e8f5f555728ffb65798745678821ac96.jpgThéologien personnel du pape, le dominicain suisse relisait tous ses textes avant publication.

On le connaissait comme le «théologien particulier» de Jean-Paul II : un titre qui n’inclinait pas à s’exposer sur le de­vant de la scène. Georges Cottier, dominicain, est, par nature et par fonction, «homme de l’ombre», mais aussi homme de confiance. Une qualité précieuse dans la situation privilégiée qu’il a occu­pée, observatoire unique d’où rien ne lui échappait de ce qui agitait le milieu romain. Qu’on ne s’attende pas cependant, dans le livre que lui consacre le journaliste suisse Patrice Favre, à des « révélations » : la discrétion reste sa règle.

Comment parvient-on à cette charge? Le P.Cottier raconte : « C’était une matinée de novem­bre1989. Je reçois un coup de téléphone du nonce. Il me dit: le pape vous a nommé théologien de la Maison pontificale. Je ne savais ce que c’était… Je n’ai pas dormi de la nuit. C’était quand même une grosse affaire ! » En même temps que lui parvenait cette nomination, il était invité à prêcher la retraite de Carême de la Curie. Il lui fallut en­trer aussitôt en fonction. Pendant quinze ans, Georges Cottier sera donc le conseiller doctrinal du pape, relisant ses grands textes avant toute publication. Patrice Favre ne se limite cependant pas aux seules « années Jean-Paul II ». Sa biographie embrasse toute la vie du cardinal, de Genève à Rome en passant par ses années de pro­fesseur à Fribourg.

Né en 1922, Georges Cottier fut formé à l’école de saint Thomas d’Aquin, qui restera son maître à penser. Condensée dans les ma­nuels, reconnaît-il pourtant, la théo­logie thomiste « avait trop souvent perdu le sens du mystère de Dieu ». Attentif aux menaces à l’horizon, il perçut tôt la perversion du nazisme, puis du marxisme. Ordonné en 1951, il prépara dès l’année suivante une thèse sur « l’athéisme du jeune Marx » , qui fait toujours autorité. Expert au concile, ce dominicain s’est senti partie prenante des grandes initiatives de Jean-Paul II, notamment en direction des juifs et des autres religions. Cet homme ne se laisse guère impressionner par les nouveautés. Il peut se montrer très ouvert sur certains sujets, comme la liberté dans l’Église, et en même temps très sévère – par exemple face aux improvisations liturgiques. Il ne tolère pas les bricolages de la pen­sée : « La démission de la pensée est la première forme de lâcheté » , dit-il.

Sans prétendre offrir une biogra­phie « totale », Patrice Favre veut surtout faire réagir son interlocu­teur aux événements qui ont mar­qué la vie de l’Église et de la société. Sans prétendre avoir réponse à tout, Georges Cottier est un homme es­sentiellement soucieux de « penser juste ».

Marcel Neusch

Patrice Favre, Georges Cottier, Itinéraire d’un croyant, CLD, 20 €
À lire également : Georges Cottier, Christianisme et cultures , Ad Solem, 8 €

dimanche, 25 novembre 2007

Arrêtons la catéchèse hors sol

[Famille Chrétienne - 27/10/07]

Alors que [le congrès Ecclesia2007] se tient à Lourdes du 26 au 28 octobre, Mgr Christophe Dufour*, qui a participé à son organisation, analyse pour Famille Chrétienne la situation de la catéchèse en France.

Quel est le but du rassemblement Ecclésia 2007 ?

Il s'agit d'abord, pour les catéchistes et pour tous ceux qui ont des responsabilités ecclésiales dans les diocèses, d'un pèlerinage à la source. Jean-Paul II disait que Marie est la mère et le modèle des catéchistes. Nous lui demanderons la grâce de pouvoir dire avec elle : "Je suis la servante du Seigneur", et les participants feront chaque jour trente minutes de lectio divina.

Ce rassemblement aidera à stimuler le renouveau de la catéchèse, qui est déjà réel. La très forte participation en est le signe.

Enfin, le troisième sens de cet événement est la rencontre et le partage entre les différents responsables de la catéchèse en France. L'enjeu principal se situe dans le contexte actuel de la sécularisation et de la pluralité religieuse.

Quelle est la situation de la catéchèse en France ?

Sur un plan quantitatif, les années 90 ont vu une forte baisse des effectifs. Alors que la moitié des enfants étaient catéchisés en 1990, ils ne sont aujourd'hui plus qu'un tiers. Actuellement, cette situation se stabilise : la catéchèse est encore en baisse dans certains endroits, mais elle est en progression dans d'autres.

Pourquoi cette baisse ?

Il y a eu une dissociation entre la catéchèse, la liturgie et la communauté chrétienne. On a fait de la catéchèse "hors sol". Je prendrai l'exemple de la première communion : comment peut-on imaginer y préparer des enfants si on ne leur fait pas découvrir le rassemblement des chrétiens autour de l'eucharistie le dimanche ?

Il y a aussi eu une dissociation entre la catéchèse et la famille. On ne peut pas évangéliser un enfant quand on sait qu'il se retrouve dans un désert chrétien à la maison et à l'école. Alors, il faut aussi évangéliser son environnement.

Il n'y aura donc pas de renouveau de la catéchèse sans un renouveau de la foi dans les communautés chrétiennes.

En 1983, le cardinal Ratzinger avait dénoncé une "crise de la catéchèse" en France. Depuis, la situation s'est-elle améliorée ?

Non, elle s'est aggravée du fait de ce que j'appelle la dérive des continents entre la société et l'Église. Du point de vue de l'Église, il y a eu une formidable prise de conscience. Les JMJ de 1997 ont donné lieu aux premières catéchèses d'évêques, permettant de renouer avec la tradition très ancienne qui veut que l'évêque soit le premier catéchiste dans son diocèse.

Reste une question fondamentale que posait le cardinal Ratzinger : comment introduire au mystère chrétien ? Comment passer de la connaissance à l'adhésion à la foi ? Je crois qu'il nous faudra conduire cette réflexion.

Y a-t-il des incontournables pour les méthodes de catéchèse ?

Il n'y a pas une seule méthode valable. En revanche, les fondamentaux sont incontournables. Jean-Paul II disait que le but de la catéchèse est de mettre quelqu'un en communion, en intimité avec Jésus-Christ. Celle-ci doit permettre de connaître la foi, de la célébrer, de la vivre et de la prier. Les catéchistes doivent donc transmettre aux enfants la connaissance de la foi, l'éducation liturgique, la formation morale et la prière chrétienne.

Et en ce qui concerne les manuels de catéchisme ?

Les manuels ne font pas tout. Tout dépend de la manière dont on s'en sert. Aujourd'hui, il nous faut sans doute revenir à quelque chose de plus essentiel. Toute une génération de documents va sans doute nous paraître dépassée. Les éléments de la foi ont été fragilisés et, même dans les familles chrétiennes, les fondamentaux ont été mis à l'épreuve.

Quelle formation faut-il pour les catéchistes ?

La priorité est la formation à la vie spirituelle, à la prière et à la lectio divina, car les Saintes Écritures sont remplies de l'Esprit Saint. Sans cela, les catéchistes ne peuvent pas transmettre la foi.

Pour ce qui est de la connaissance du mystère chrétien, la base de leur formation doit être le Catéchisme de l'Église catholique.

Enfin, il leur faut de la méthode, pour savoir conduire une démarche et l'adapter à son public.

Comment gérer la différence de culture religieuse entre les enfants dans un même groupe ?

C'est une question très difficile, qui revient souvent lors de mes visites pastorales. Pour moi, il faut tirer les enfants vers le haut. Je pense qu'il faut donner beaucoup à ceux qui ont beaucoup reçu, et les autres recevront aussi. Mais il faut aussi prévoir une démarche particulière pour ceux qui ont moins reçu, ou qui ne sont pas baptisés. Dans leur cas, il faut responsabiliser les parents et s'assurer qu'ils peuvent participer à la messe du dimanche.

En tant qu'évêque, quels sont les points sur lesquels vous êtes attentif, dans votre diocèse, dans le domaine de la catéchèse ?

Tout d'abord, je veille à ce que les responsables inscrivent dans leur vie la lecture quotidienne de la Parole de Dieu.

Ensuite, je souhaite qu'ils soient capables d'écoute spirituelle, c'est-à-dire qu'ils soient attentifs au travail de l'Esprit Saint dans les cœurs et dans la vie des enfants. Pour cela, ils se réunissent pour en parler.

Enfin, le témoignage des communautés est très important. Je veille en particulier à la qualité de la célébration du dimanche. Pour que les personnes se sentent accueillies, il faut que la liturgie soit de qualité, et qu'il y ait si possible un temps de rencontre avant ou après la messe.

Dans la tradition orthodoxe, la liturgie en elle-même est une catéchèse. Dans la célébration de l'eucharistie, nous retrouvons ces quatre éléments de la foi : célébrer, connaître, vivre la rencontre avec le Christ, et prier.

* Mgr Christophe Dufour, évêque de Limoges, est président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat.

Sophie le Pivain

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