mardi, 16 octobre 2007

le rôle du pape pour les catholiques et orthodoxes

[source : La Croix, 16/10/07]

Catholiques et orthodoxes sont-ils tombés d’accord sur le rôle du pape ?

Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, membre de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe

Lundi à Ravenne (Italie) se sont achevés les travaux de la 10 e as­semblée plénière de la Commis­sion mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Mgr Daucourt souligne l’importance de l’accord signé.

« Oui, pour la première fois, les deux Églises s’accordent sur la pri­mauté de l’évêque de Rome. Nous sommes d’accord désormais pour reconnaître qu’aux trois niveaux de l’Église – local, régional et universel – doivent exister les deux éléments : la collégialité (ou conciliarité), et la primauté. C’est très important, car pour la première fois, les représen­tants des Églises orthodoxes accep­tent cette forme de primauté au plan universel que peut avoir l’évêque de Rome. À ce niveau aussi, disent-ils, le concile n’est pas suffisant, et il faut une autorité autre. Jusqu’ici, les orthodoxes étaient d’accord pour considérer l’évêque de Rome comme “primus inter pares” (litté­ralement : “premier entre les égaux”) . Cette fois, cela va plus loin, car on parle d’autorité.

Cette autorité, ou responsabilité, doit cependant s’articuler, y compris au niveau universel, avec la collé­gialité. De ce point de vue, le docu­ment final de Ravenne invite aussi les catholiques à revoir la manière de comprendre le rôle de l’évêque de Rome, en respectant mieux la collé­gialité et les Églises locales. Ce n’est pas sans rappeler Jean-Paul II qui se montrait, dans son encyclique Ut unum sint (1995), ouvert à des “formes nouvelles” pour exercer le ministère d’autorité du pape.

À Ravenne, tout ne s’est pas arrêté avec le départ, en début de semaine, de la délégation du patriarcat de Moscou. Nous regrettons ce dé­part. Mais il s’explique par une affaire interne à l’orthodoxie, et ne re­met nullement en cause le dialogue œcuméni­que. Le motif en était la présence d’une délé­gation orthodoxe esto­nienne que Moscou ne reconnaît pas. Moscou, comme l’explique le communiqué final, n’a pas non plus accepté le compromis proposé, qui consistait à prendre acte, dans la déclaration, de la non-reconnaissance de cette Église autonome. Mais ce n’est pas la première fois qu’un membre de la délégation orthodoxe quitte la table ; dans ce cas, la procédure prévoit que les négociations se poursuivent, quitte à ce que les Églises orthodo­xes présentes tiennent informées ensuite celles qui n’étaient pas là. Cet “incident” ne doit donc pas faire perdre de vue le travail considérable effectué pendant cette semaine, et le fait que catholiques et orthodo­xes, après cette session, se soient entendus sur un texte commun autour du problème de l’autorité dans l’Église.

Ce document sera rendu public le 15 novembre, après que cha­cune des parties aura pu en réfé­rer dans sa propre Église. Mais il restera ensuite à étudier le contenu concret de cette primauté. Ce sera l’objet de la prochaine réunion de la commission, dans deux ans : le contenu du ministère de Pierre au premier millé­naire, c’est-à-dire avant le grand schisme entre les deux Églises.

Le dialogue théologi­que avance donc. Il est important que, dans l’ensemble du mouve­ment œcuménique, les théologiens puissent aussi aller de l’avant. Nous avons d’ailleurs été très soutenus à Ravenne par “le peuple de Dieu” : toutes les pa­roisses et communautés du diocèse ont prié pour l’unité durant la se­maine, et, lors des célébrations dans la cathédrale, les applaudissements étaient nombreux, certains fidèles n’hésitant pas à crier des “Avanti” (en avant) d’encouragement ! »

jeudi, 12 juillet 2007

Chaque Eglise l'est au sens où elle l'entend

8c3978dd205e69ad8fa3541f2cbc5d67.jpg[La Croix - 12/07/07]

Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens (responsable de l’œcuménisme au Vatican) a publié mercredi 11 juillet une déclaration, pour expliquer que le texte de la Congrégation pour la doctrine de la foi ne constitue pas « une régression », mais une « invitation urgente à continuer un dialogue serein ». Il dit avoir entendu les « réactions à chaud d’irritations de protestants chrétiens », et invite à une « seconde lecture » avec quatre arguments.

Le premier porte sur la méthode. Le cardinal allemand avance en effet que ce sont des « partenaires protestants » qui ont eux-mêmes demandé « récemment » de dialoguer sur des « profils bien définis » de l’Église. L’exposition du « profil catholique » répond donc à cette demande en vue favoriser « la clarté » du dialogue.

Le deuxième argument porte sur la querelle de la qualification « Église ». « Le document, écrit le cardinal Kasper, ne nie pas que les Églises protestantes soient des Églises, bien qu’elles ne soient pas Églises au sens propre, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas des Églises au sens où l’Église catholique se comprend-elle même comme Église. » Et, ajoute-t-il, « les Églises protestantes ne veulent pas être Église au sens où l’entend l’Église catholique ».

"Les Églises protestantes sont des Églises d’un autre type"

Troisième argument : le président du Conseil pontifical confirme ce qu’il avait dit en 2000 après la déclaration Dominus Iesus du cardinal Ratzinger : « Les Églises protestantes sont des Églises d’un autre type. » Il affirme en cela « ne pas être en contradiction avec la formulation de la Congrégation pour la doctrine de la foi », comme le « prétendent » certains protestants, et rappelle que « le mot “Église” a un sens qui n’est pas toujours le même ».

Mgr Kasper regrette, en dernier lieu, que la lecture du document publié mardi n’ait pas retenu ce qui est « positif vis-à-vis des Églises protestantes, à savoir que Jésus-Christ est effectivement présent en elles pour le salut de leurs membres ». Sans oublier « la reconnaissance du baptême » et des « affirmations positives sur la dernière Cène célébrée dans l’Église protestante ».

Jean-Marie GUENOIS

mercredi, 11 juillet 2007

« Une suite logique du motu proprio de samedi »

La-Croix, Entretien avec Hervé Legrand, dominicain, ecclésiologue, spécialiste du dialogue œcuménique 

Pourquoi le Vatican éprouve­t-il le besoin de rappeler ce qui avait déjà été affirmé par ailleurs ?

P. HERVÉ LEGRAND : Ce texte est une suite logique du motu proprio de samedi dernier. Les requêtes des traditionalistes ne sont pas seule­ment liturgiques, mais tout autant doctrinales. Depuis longtemps, ils parlent d’une « protestantisation »  de l’Église, dont l’œcuménisme aurait été le cheval de Troie. Aussi la première des réponses réaffirme la continuité doctrinale de l’ecclé­siologie catholique, qui n’a subi aucun changement substantiel avec Vatican II. Ce que les répon­ses suivantes démontrent ensuite en détail, tant dans le volet de nos relations avec la Réforme qu’avec l’Église orthodoxe.

Ce document dit-il la même chose que Vatican II ?

Oui. Avec clarté, on répète ici que Vatican II a préféré dire «l’Église du Christ subsiste dans l’Église catholique» , plutôt que de dire simplement qu’elle l’était. C’est pour signifier que, hors de ses structures, il existe des com­munautés ecclésiales et même des Églises « nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut » . Affirmer cela ne nie en rien «la permanence de tous les éléments institués par le Christ dans l’Église catholique, dans laquelle on trouve concrète­ment l’Église du Christ sur cette terre » . Cette ligne d’argumentation est si fidèle à Vatican II, qu’il était impensable d’y renoncer.

Dans le détail de l’argumentation en faveur de la continuité de no­tre ecclésiologie dans le dialogue avec les autres Églises, n’est-il pas offensant de parler de leurs
« déficiences » ?

Le langage employé a toute la technicité du langage canonique, choisi à dessein en fonction du groupe de catholiques visé. Ils ont préféré vouloir un langage clair, « sans finasserie ». Les pro­
testants en seront aussi choqués que lors de la promulgation de Dominus Iesus . Ils se demanderont pourquoi le Saint-Siège éprouve le besoin de s’exprimer de la sorte, une seconde fois, sans qu’aucun fait nouveau de leur part ne le justifie. Ils n’y retrouveront pas l’attitude fraternelle instaurée par Vatican II.

Les arguments pour ne pas re­connaître les protestants comme formant des Églises ne vont-ils pas jusqu’à les rudoyer ? Est-ce le signal d’une régression œcu­ménique ?


La réponse à la cinquième ques­tion, négative sur toute la ligne, est certes brutale. Leur récuser, en une seule phrase et sans explication, la succession apostolique, le sa­crement de l’ordre, le sacerdoce ministériel et la réalité du mystère eucharistique, donnera d’elles, de plus, une idée chrétiennement fausse aux catholiques. Car ces constats canoniques sont seule­ment canoniques. Ils n’excluent pas que ces Églises témoignent de la foi apostolique, que leur baptême et leur eucharistie soient
porteurs de grâce et que leurs ministères soient bénis de Dieu. Le lecteur catholique, pour ne rien dire du protestant, recevra­t-il ce message ? Mais attention : ces réponses ne sont en rien des instructions données au Conseil pontifical pour l’unité des chré­tiens ; il n’est pas le destinataire de ces réponses, pas plus que les autres Églises. On se tromperait en les lisant ainsi.

L’Église orthodoxe aussi ne se voit-elle pas « jugée » ?


Ce n’est pas faux. Mais juste­ment, il est tellement public que Benoît XVI voudrait tout faire pour se rapprocher de cette Église, que l’on peut être sûr que ces répon­ses sont à usage interne. À ceux qui l’accusent d’avoir toléré des déviations sous prétexte d’œcu­ménisme, le Saint-Siège démon­tre sa constante vigilance en ce domaine. Mais a-t-on pris assez de précautions pour que ce soit ainsi compris par tous nos frères chrétiens et par le grand public ?


RECUEILLI PAR
  ISABELLE DE GAULMYN - 11/07/07
(à Rome)

"substitit in" : explication de l'arrière-plan

Introduction sur l'arrière-plan théologique du nouveau document de la congrégation pour la doctrine de la foi concernant la doctrine sur l'Eglise, par Mgr Kurt Koch, président de la conférence des évêques suisses.

Kurt_Koch.pdf

mardi, 10 juillet 2007

"subsister dans"

[source : site cef.fr ]

La Congrégation pour la doctrine de la foi publie le 10 juillet un document, assorti d’un commentaire sur « certains aspects de la doctrine de l’Eglise ». Quels sont les points essentiels de ce texte, quel en est le contexte, le dialogue oecuménique est-il une priorité pour l'Eglise catholique? Eclairage du Fr M. Mallèvre, Directeur du Service National pour l’unité des chrétiens

Un nouveau texte de portée œcuménique vient d’être publié par la Congrégation pour la doctrine de la foi, de quoi s’agit-il ?
Ce texte porte essentiellement sur le sens de l’affirmation conciliaire selon laquelle l’Eglise du Christ « subsiste dans l’Eglise catholique » (Constitution dogmatique sur l’Eglise n° 8) et, en conséquence, sur l’emploi précis des termes « Eglise » et « Communautés ecclésiales » par le même Concile Vatican II et les textes postérieurs du Magistère. Il s’agit d’un document technique qui se présente sous la forme de cinq questions et réponses et qui est assorti d’un commentaire autorisé publié par l’Osservatore romano. Il s’adresse à des théologiens, capable de reconnaître son genre littéraire particulier. Il n’a pas de souci pastoral immédiat, et doit donc être bien compris par ceux qui sont peu familiers d’un tel langage

Quel est le contexte de ce document ?
Pour comprendre ce texte, il faut savoir qu’une première version du n°8 de la constitution sur l’Eglise du Concile Vatican II disait que l’Eglise catholique « est » l’Eglise fondée par Jésus-Christ, ce qui pouvait induire qu’en dehors d’elle il n’y avait rien. A la suite de débats où il fut rappelé que l’Eglise catholique reconnaît le baptême des autres chrétiens et que nous pouvons percevoir l’action de l’Esprit en eux et dans les communautés auxquelles ils appartiennent, il fut décidé de remplacer le verbe « être » par le verbe « subsister ». Depuis, ce passage de la constitution sur l’Eglise a fait couler beaucoup d’encre, car tous ne lui accordent pas la même portée. Pour certains, réfutés par le document de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il conduirait au fond à reconnaître que l’Eglise catholique est « une » Eglise parmi d’autres et que l’Eglise fondée par Jésus-Christ n’existerait plus concrètement.

Quelles sont les grandes affirmations de ce document ?
Comme l’explique le commentaire, le document réaffirme la conviction que « l’Eglise de Jésus-Christ comme sujet concret en ce monde peut être reconnue dans l’Eglise catholique ». L’Eglise de Jésus-christ n’a pas disparu avec les divisions des chrétiens : elle n’est pas une réalité en morceaux, ou un idéal qui sera atteint seulement à la fin des temps lorsque les chrétiens seront à nouveau unis. Dieu est fidèle à son dessein : il a maintenu cette Eglise dans l’histoire et elle est présente dans l’Eglise catholique.

Mais alors qu’en est-il des autres Eglises ?
Cette affirmation ne signifie pas pour autant qu’en dehors de l’Eglise catholique il y aurait un « vide ecclésial ». Le pape Jean-Paul II l’avait dit avec force (encyclique Ut unum sint n° 13). Le document explique que le verbe « subsister » entend précisément exprimer plus clairement que les autres Eglises ou communautés ecclésiales ne sont pas dépourvues de valeur ecclésiale et il rappelle, à la suite du Concile, qu’en elles se trouvent de nombreux éléments de sanctification. Mais il rappelle aussi qu’elles sont affectées par des « manques » par rapport à la conception que nous avons de l’Eglise. C’est à ce niveau qu’il explique la distinction entre les « Eglises » orientales locales séparées, qui ont la succession apostolique mais ne sont pas en communion avec l’évêque de Rome, et les « Communautés ecclésiales » issues de la Réforme protestante du XVI° siècle, qui n’ont pas cet « élément essentiel constitutif de l’Eglise » qu’est la succession apostolique dans le sacrement de l’Ordre, et donc toute la réalité du sacrement de l’eucharistie.

Il refuse donc de reconnaître dans les communautés anglicanes ou protestantes de véritables Eglises ?
Ce point avait été souligné par des documents antérieurs, notamment la déclaration Dominus Iesus (n° 17) en l’an 2000, et cela avait suscité de grands remous, dont le futur pape s’était étonné (i). Il avait rappelé alors que ces Eglises ne veulent pas se définir comme Eglise au sens où l’Eglise catholique comprend ce qu’est pleinement l’Eglise. C’est une perspective théologique, qui est assez éloignée de l’expérience des fidèles engagés dans l’oecuménisme. Il est vrai qu’il peut y avoir quelque chose de blessant pour des chrétiens de voir refuser à la communauté dans laquelle ils vivent leur foi le titre d’Eglise. Mais le document n’est pas dans la logique du tout ou rien : comme le dit le commentaire, ces communautés « ont sans aucun doute un caractère ecclésial et une valeur salvifique conséquente ». Encore une fois, il s’agit ici d’un document technique qui fait une application stricte de la définition rigoureuse de ce qu’est l’Eglise pour le Magistère catholique.

Pourquoi avoir publié un tel texte qui risque de blesser d’autres chrétiens ?
Le document explique qu’il entend « préciser la signification authentique de certaines expressions ecclésiologiques du Magistère » face à des études jugées « non exemptes d’erreurs et d’ambiguïtés ». Peut-être traduit-il aussi le souci actuel du pape de rétablir la communion avec des fidèles qui soupçonnent le Concile Vatican II d’avoir « changé » la doctrine catholique, ce qui est nié plusieurs fois par le document. Mais il faut surtout se rappeler que tous les dialogues œcuméniques portent aujourd’hui sur la question de la nature de l’Eglise. La commission Foi et Constitution du Conseil Œcuménique des Eglises, à laquelle participe des théologiens catholiques, a d’ailleurs publié en 2005 un important texte de convergence soumis à la réception des Eglises et communautés ecclésiales. Le document de la Congrégation pour la doctrine de la foi montre bien que nous ne sommes pas encore parvenus à une reconnaissance mutuelle par les partenaires du dialogue qu’ils sont l’Eglise de Jésus-Christ dans sa plénitude et qu’ils peuvent rétablir la communion entre eux.

Un tel texte ne donne-t-il pas une image arrogante de l’Eglise catholique ?
C’est la limite d’un texte de ce genre qui n’est peut-être pas très adapté aux modes de communication actuels. Il faut se souvenir qu’il a un objectif limité et que ses affirmations doivent donc être équilibrées par des convictions complémentaires exprimées dans d’autres documents du Concile Vatican II et du magistère ultérieur. Je pense aux affirmations du Concile selon lesquelles l’Eglise catholique est composée de pécheurs et appelée à une nécessaire purification. Par exemple, le décret sur l’œcuménisme reconnaît que « bien que l'Église catholique ait été enrichie de la vérité révélée par Dieu ainsi que de tous les moyens de grâces, néanmoins ses membres n'en vivent pas avec toute la ferveur qui conviendrait. » Et le Concile ajoute : « Il en résulte que le visage de l'Église resplendit moins aux yeux de nos frères séparés, ainsi que du monde entier, et la croissance du royaume de Dieu est entravée » (n°4).

Le dialogue œcuménique est-il encore considéré comme une priorité par l’Eglise catholique ?
Bien sûr, dès son élection le pape Benoît XVI l’a rappelé, et le commentaire le souligne en conclusion. Précisément l’un des apports de ce dialogue oecuménique, c’est de nous aider dans ce travail de purification dont je viens de parler. Les textes du Concile soulignent que dans cette démarche de conversion, nous avons tous besoin les uns des autres, et que « tout ce qui est accompli par la grâce de l'Esprit-Saint dans nos frères séparés peut contribuer à notre édification » (décret sur l’œcuménisme n°4). Le pape Jean-Paul II reconnaissait aussi qu’ « en tant qu'Église catholique, nous avons conscience d'avoir reçu beaucoup du témoignage, des recherches et même de la manière dont ont été soulignés et vécus par les autres Églises et Communautés ecclésiales certains biens communs aux chrétiens.. » (encyclique Ut unum sint n°87)

Ce document ne signifie donc pas que la conception de l’œcuménisme reviendrait à l’idée du « retour » des autres chrétiens dans l’Eglise catholique ?
Non, dans son important discours lors de la rencontre œcuménique de Cologne le 19 août 2005 (ii), le pape Benoît XVI avait rappelé que la conception catholique de l’unité n’est pas celle du « retour », contrairement à ce qu’une lecture superficielle du document pour la doctrine de la foi pourrait suggérer. Tout en réaffirmant déjà la conviction qui est au centre du présent document, le pape avait alors dit que le dialogue œcuménique est, selon une expression chère à son prédécesseur, un « échange de dons ». Les affirmations techniques du document de la Congrégation pour la doctrine de la foi ne doivent pas nous le faire oublier.

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i Voir aussi l’ entretien du cardinal Ratzinger avec le quotidien allemand Frankfurter Allgemeide Zeitung du 22 septembre 2000, dont la traduction était parue dans l’Osservatore romano, édition en langue française, n° 42, 43 et 44 d’octobre 2000, sous le titre « la pluralité des confessions ne relativise pas l’exigence de la vérité »
ii Cette unité, selon notre conviction, subsiste, oui, dans l'Eglise catholique sans possibilité d'être perdue (cf. Unitatis redintegratio, n. 4); l'Eglise en effet n'a pas totalement disparu du monde. D'autre part, cette unité ne signifie pas ce que l'on pourrait appeler un oecuménisme du retour: c'est-à-dire renier et refuser sa propre histoire de foi. Absolument pas! Cela ne signifie pas uniformité de toutes les expressions de la théologie et de la spiritualité, dans les formes liturgiques et dans la discipline. Unité dans la multiplicité et multiplicité dans l'unité: dans l'homélie pour la solennité des saints apôtres Pierre et Paul, le 29 juin dernier [2005], j'ai souligné que pleine unité et vrai catholicité, au sens originel du mot, vont de pair. Une condition nécessaire pour que cette coexistence se réalise est que l'engagement pour l'unité se purifie et se renouvelle continuellement, croisse et mûrisse. Le dialogue peut apporter sa contribution à cet objectif. Il est plus qu'un échange de pensées, qu'une entreprise académique: il est un échange de dons (cf. Ut unum sint, n. 28), dans lequel les Eglises et les Communautés ecclésiales peuvent mettre leurs trésors à la disposition des uns et des autres (cf. Lumen gentium, nn. 8; 15; Unitatis redintegratio, nn. 3; 14s; Ut unum sint, nn. 10-14). C'est bien grâce à cet engagement que le chemin peut continuer pas à pas, jusqu'au moment où, finalement, comme le dit la Lettre aux Ephésiens, nous arriverons "tous ensemble à l'unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ" (Ep 4, 13). Il est évident qu'un tel dialogue ne peut en définitive se développer que dans un contexte de spiritualité sincère et cohérente. Nous ne pouvons pas "faire" l'unité par nos seules forces. Nous pouvons seulement l'obtenir comme un don de l'Esprit Saint. L'oecuménisme spirituel, c'est-à-dire la prière, la conversion et la sanctification de la vie, constituent donc le coeur de la rencontre et du mouvement oecuménique (cf. Unitatis redintegratio, n. 8; Ut unum sint, nn. 15s; 21, etc.). On pourrait dire aussi: la meilleure forme d'oecuménisme consiste à vivre selon l'Evangile.