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mercredi, 20 août 2008
"L'homme en blanc"
« Benoît, celui qui vient au nom du Seigneur » - Benedictus qui venit in nomine Domini ! Ces mots du psaume repris par la foule de Jérusalem le jour des Rameaux, sont repris à chaque Eucharistie : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! ». Benedictus se traduit aussi par Benoît.
L'élection du cardinal Ratzinger avait été diversement accueillie. L'opinion commune, complaisamment véhiculée, voyait en lui un homme rigide, un théoricien inflexible, étranger aux affaires de ce monde, perdu dans ses principes. Ceux qui l'avaient côtoyé essayaient de faire entendre un écho différent: le cardinal était un homme simple, aisément accessible, aimant écouter, clair dans ses réponses, reconnaissant que, parfois, il n'y avait pas de réponse, respecté en dehors des cercles catholiques. Mais leur voix peinait à se frayer un passage sur les ondes.
Personnellement, dans le quart d'heure qui précéda l'annonce du résultat de l'élection, je me surpris à dire: "Pourvu qu'il prenne le nom de Benoît!". Je ne savais pas que l'élu était le cardinal Ratzinger. Je savais encore moins son estime pour saint Benoît. Je pensais peut-être vaguement à Benoît XV, le pape qui tâcha d'être artisan de paix durant la guerre de 1914 et qui fut, pour cela, calomnié par les deux camps.
Je pensais surtout que le Pape devait être un signe de bénédiction pour le monde. En cela, j'étais fidèle à la dévotion du Pape Jean-Paul II envers la divine miséricorde. C'est lui qui avait béatifié et canonisé soeur Faustine, l'apôtre de la divine miséricorde. C'est lui qui avait instauré la fête de la divine miséricorde le deuxième dimanche de Pâques. Lui-même avait rencontré définitivement cette divine miséricorde aux premières vêpres de sa fête.
Le monde est anxieux de son avenir. Nos sociétés sont incertaines de leur solidité. Notre culture du divertissement cache mal un déficit de sens qui peut coexister avec un certain bonheur. A ce monde, il est important que quelqu'un dise qu'il n'est ni maudit ni oublié mais, au contraire, que Dieu l'aime et le bénit, malgré ses blessures. La bénédiction originelle de la Genèse n'est pas retirée à l'homme.
Que "l'homme en blanc" soit un signe de bénédiction, alors que les religions se laissent trop facilement enrôler dans de nombreux conflits !
Que "l'homme en blanc" soit un signe de bénédiction, alors que des prêtres ont commis des crimes contre les enfants, ceux que Jésus, lui, bénissait !
Que " l'homme en blanc" soit un signe de bénédiction, alors qu'il faut refuser certaines prouesses de la technique qui deviendraient une malédiction pour l'humanité !
II fallait une grande foi et beaucoup d'humilité pour accepter de pareils défis. Dans le Chemin de Croix qu'il avait prêché le Vendredi Saint 2005, quelques jours avant la mort du Pape, et dans les discours tenus avant l'ouverture du conclave, le cardinal Ratzinger n'avait pas enjolivé la situation spirituelle de l'Eglise, surtout en Occident. C'est donc en connaissance de cause qu'il accepta la charge, alors qu'il espérait pouvoir retourner à ses chères études.
Deux béatitudes s'appliqueraient particulièrement au Pape Benoît XVI. "Bienheureux les doux": la douceur est peut-être dans son caractère mais ce qui est un don naturel peut aussi devenir un charisme au service du Royaume. Dans ce monde de violence, non seulement terroriste, mais aussi économique, voire culturelle, la douceur à la manière du Christ n'est-elle pas une manière de faire signe ?
L'autre béatitude serait celle des artisans de paix. Benoît XVI cherche l'unité. Il sait que l'unité est indissociable de la vérité. C'est pourquoi il se montre exigeant dans le dialogue, qu'il soit oecuménique ou interreligieux: c'est une façon d'honorer ses interlocuteurs.
Peut-être grâce à sa douceur, il dégage les voies du dialogue avec l'orthodoxie. En Chine, il tâche de réconcilier. Dans la décision de célébrer une "Année saint Paul" après avoir tenu un synode sur la Parole de Dieu, il est raisonnable de voir une intention oecuménique en direction des Réformés.
Dans l'Eglise catholique, il ne voudrait pas que des fidèles vivent séparés, au prétexte d'une manière ancienne de célébrer. Mais là encore la vérité ne doit pas être sacrifiée à une unité qui ne serait que de surface: le Concile Vatican Il doit être correctement interprété, mais ne peut être annulé.
Les Français et d'autres aussi ont, sans doute, découvert un peu mieux le Pape Benoît XVI à la faveur de son voyage aux Etats-Unis. Nous avons pu voir avec quel courage il affrontait les scandales, avec quelle délicatesse il écoutait les victimes, avec quelle aisance il se mouvait dans cette société si éloignée de sa propre culture, avec quelle autorité amicale il encourageait ses frères évêques, avec quelle sobriété liturgique il célébrait dans les stades, avec quelle hauteur de vues il s'adressait aux délégués des Nations unies, avec quelle émotion il communiait à la douleur, encore vive, de la ville de New York frappée par les attentats du 11 septembre.
Au long des jours de son voyage, nous avons constaté un changement de ton dans les commentaires des médias. Il les a surpris. Attendons-nous à être surpris. Nous pourrions, nous aussi, le surprendre en venant très nombreux pour lui montrer que nous l'aimons et que nous faisons corps avec lui, en Eglise.
Jacques Perrier
(© L'Osservatore Romano - 12/19 août 2008)
10:07 Publié dans Eglise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jacques perrier
mardi, 12 août 2008
la fabrique des champion "made in China"
[Le Monde - 12/08/08]
Sous un cèdre à l'entrée de l'Ecole de sport de Shichahai, il y a une grande stèle de marbre noir, avec des colonnes de noms dorés. Ma Jung, la jeune attachée de communication qui fait visiter au pas de course cette école modèle, au coeur de Pékin, s'y arrête une minute réglementaire (1). Les noms sont ceux des champions du monde et des médaillés olympiques sortis de l'école depuis vingt-cinq ans. Au chapitre "Athènes 2004", il y en a quatre : Zhang Yining (2 médailles en tennis de table), Teng Haibin (cheval d'arçon), Luo Wei (taekwondo) et Feng Kun (volley-ball). "Depuis, il a fallu commencer à écrire sur les côtés, il n'y avait plus assez de place pour nos cinq nouveaux champions du monde." Et pour Pékin 2008 ? "Graver d'autres noms serait notre rêve le plus cher." Avant, la direction de l'école se faisait discrète sur ses ambitions. Il y a un an, le directeur était catégorique : il y aura plus de médailles à Pékin qu'à Athènes.
Le projet de l'Ecole de Shichahai fait écho à l'espoir d'un pays pressé de se voir reconnu dans son statut de nouvelle superpuissance à l'occasion de "ses" JO. Restée à l'écart de la famille olympique jusqu'à la fin des années 1970 pour cause de querelle avec Taïwan, la Chine a participé à ses premiers Jeux en 1984 et progressé inexorablement depuis : 4e à Atlanta, 3e à Sydney, 2e à Athènes avec 32 médailles d'or, juste derrière les Etats-Unis. En 2008, elle doit devenir la première nation sportive du monde : "Sinon, le public sera très déçu parce que nous n'aurons pas fait preuve d'un bon esprit national", a dit le responsable du programme d'entraînement au ministère des sports. L'Ecole de Shichahai est en phase avec cette ambition. Ma Jung explique qu'elle produit "la plus grande proportion de champions de toute la Chine" et résume l'esprit de l'école : "Travailler dur, ne négliger aucun détail."
Les deux grands bâtiments neufs se visitent en empruntant des balcons qui dominent les gymnases. Pavarotti, Maradona, Jackie Chan et plusieurs centaines de journalistes ont suivi ce chemin. L'atmosphère est studieuse ; 600 élèves de 6 ans et plus, la plupart internes, se lèvent le matin à 7 h pour des cours de mathématiques et de chinois, puis s'entraînent. Aux murs, des drapeaux rouges et des slogans. "D'ici, les champions de demain partiront à la conquête du monde." Les élèves n'ont pas de temps libre.
Des exercices répétés à longueur de journée
Tout est propre, éclairé au néon. Les équipements sont de qualité. Pour les sports de combat, les jeunes athlètes s'entraînent sur fond de rap. "Des recherches ont montré que la musique peut améliorer la réponse du système nerveux", explique Mme Ma, qui s'excuse aussitôt d'en avoir trop dit. Dans les couloirs, on croise des groupes d'adolescents à la démarche fatiguée - les doses d'entraînement, cinq heures par jour pour des enfants de 8 ans, seraient inapplicables en France, a jugé un entraîneur français. La direction de l'école affirme que le chiffre est exagéré.
D'un gymnase à l'autre, on retrouve la même répétition d'enchaînements, perfectionnés à l'infini. Volley : passe, smash. Ping-pong : diagonale, smash de coup droit. Badminton : coup en cloche, smash. La jeune fille qui sert ne regarde pas le volant, ne se déplace pas d'une semelle, répète jusqu'à 50 fois d'affilée le même geste d'une précision millimétrée, sans chercher à cacher son ennui. Il n'y a aucune dimension ludique : en chinois, aucun sport ne se conjugue avec le verbe jouer.
En matière de "sport", trois millénaires de civilisation ont forgé une culture privilégiant l'adresse, l'art du geste et le bien-être, comme le tai-chi, une activité dont l'esprit de compétition est absent. Jusqu'au milieu du siècle dernier, la Chine était l'"homme malade de l'Asie" et ses sportifs étaient hors du coup dans les rencontres internationales. L'esprit de compétition s'est invité dans le sport chinois en même temps que le nationalisme.
C'est à l'arrivée des communistes au pouvoir que la Chine a commencé à bâtir sa machine à champions, sur le modèle soviétique : un système pyramidal, contrôlé par l'Etat, permettant de repérer les enfants très jeunes, souvent sur des critères morphologiques, de sélectionner et d'entraîner les meilleurs jusqu'aux équipes nationales. Le ping-pong (importé du Japon) fut le pionnier, parce que Taïwan avait été écarté de la Fédération internationale.
En 1959, quand le pongiste Rong Guotuan devint le premier champion du monde chinois, Mao Zedong y vit une "arme nucléaire spirituelle". La compétition devenait objet de gloire et de fierté. L'Ecole de Shichahai fut créée cette année-là.
Un demi-siècle plus tard, dans une économie chinoise bouleversée par le capitalisme, le sport est un bastion de stabilité étatique. Les futurs champions sont détectés, entraînés, payés, nourris et logés par une bureaucratie qui contrôle leur vie personnelle et peut leur interdire tout contact direct avec leur famille pendant plusieurs années. Même Liu Xiang, la superstar du 110 m haies, s'est fait rappeler à l'ordre pour avoir passé trop de temps avec ses amis au téléphone.
Seulement quelques-uns finissent champions
Ce système, qui s'ouvre depuis une dizaine d'années aux sponsors, a atteint son objectif avec une redoutable efficacité, jusqu'au sacre espéré de cet été. Soutenu au besoin par des entraîneurs étrangers recrutés avec de bon salaires et une obligation de résultat, le régime a investi sur les sports parfaitement inconnus en Chine, mais à fort potentiel de médailles, comme l'escrime ou l'haltérophilie féminine. L'équipe de taekwondo a été formée en 1995 parce que la compétition y était faible, la première médaille est arrivée cinq ans plus tard. Le programme s'appelle "Gagner l'honneur aux Jeux olympiques".
Mais sur les 400 000 enfants et adolescents entraînés dans 3 000 écoles de sport, seuls quelques centaines au mieux deviendront des champions de calibre international. Pour tous les autres, l'avenir est sombre. La plupart restent au bord du chemin, sans formation universitaire ou même scolaire, abandonnés par l'Etat. Selon le China Sports Daily, 80 % des ex-athlètes chinois sont au chômage ou vivent dans la pauvreté, quand ils ne souffrent pas de troubles physiques liés à l'entraînement subi ou aux produits absorbés.
Même parmi ceux qui ont décroché des médailles, nombreux sont ceux qui expriment leurs regrets d'avoir été privés d'une vie normale. Championne du monde de gymnastique par équipes en 1998, Liu Fei se confiait quelques années plus tard à l'agence Chine Nouvelle : "Je regrette profondément d'avoir emprunté le chemin du sport. Les fleurs, les applaudissements et le drapeau rouge sont bien loin aujourd'hui. Quand je me tenais sur le podium du championnat du monde, je n'aurais jamais imaginé que le jour de la retraite serait le début d'une vie aussi dure. Je n'ai pas de maison à moi, pas de travail, pas de revenus..." La jeune femme, qui partage un minuscule studio avec sa mère, envie le sort de sa soeur diplômée. Elle conclut : "J'ai travaillé dur. Pourquoi ?"
Dans la même région du Nord-Est, frappée par le déclin de l'industrie lourde, Zou Chulan, une ancienne championne d'haltérophilie, a ouvert un lavomatic et doit se raser tous les matins, stigmate des stéroïdes qu'elle a ingurgités pendant des années en toute confiance. Comme Liu Fei et Zou Chunlan, un grand nombre d'anciens athlètes anonymes travaillent dans des mines, comme femmes de ménage ou vendeurs de rue, et lancent des appels à l'aide. En 2007, l'ancienne gymnaste Mo Huilan, l'une des rares à avoir réussi sa reconversion comme présentatrice d'une émission de sport, a proposé de créer une fondation pour venir en aide aux anciens sportifs sans emploi. Le projet, à ce jour, est resté sans suite.
Dans la salle de gymnastique de l'Ecole de Shichahai, le silence n'est troublé que par les voix des entraîneurs. Les fillettes sont âgées de 9 à 11 ans, dit Mme Ma, mais elles en paraissent deux ou trois de moins. Elles sont pâles et ont les traits tirés de fatigue. Une petite fille peine, les dents serrées, à la barre fixe. L'entraîneur la replace avec des gestes pleins de reproches, élevant un peu plus la voix à chaque tour, jusqu'à ce que Mme Ma lui rappelle la présence d'un journaliste d'un seul mot : "Coach..."
(1) Visite sous strictes conditions compte tenu de la proximité des Jeux : pas de photos, interdiction de pénétrer dans les salles et de parler aux jeunes athlètes.
Olivier Montalba
17:08 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 04 août 2008
Mères porteuses, le créneau indien
[Le Monde - 04/08/08]
Choquée à l'idée que "la technologie puisse mettre au monde des enfants", Puja hésita. Avait-elle le droit de refuser ? Lourdement endetté, le couple pouvait difficilement renoncer aux 2 500 euros offerts par la clinique. Invoquant le mythe du conte épique indien Ramayana, Rajesh rappela à sa femme ses devoirs : "Lorsque le dieu Rama a dû se réfugier, seul, dans la forêt, pendant quatorze ans, Sita a bravé tous les dangers pour le rejoindre et remplir son devoir d'épouse." Quelques semaines plus tard, Puja et son époux partirent s'installer avec leurs enfants à New Delhi.
La famille occupe désormais un deux-pièces exigu, loué 60 euros par mois, dans la lointaine banlieue de Delhi, où les maisons de brique, construites à la hâte, battent en brèche les derniers remparts de végétation. C'est la première fois que Puja vit loin de son village. A 24 ans, celle qui a déjà accouché de deux enfants portera bientôt l'embryon d'un couple de producteurs de cinéma d'Hollywood. "Le Bollywood des Etats-Unis", s'exclame Rajesh, qui aimerait vaincre les dernières réticences de son épouse. Le couple recevra près de 130 euros par mois de grossesse et 1 000 euros à l'accouchement. Toutes les semaines, ils ont rendez-vous chez le docteur Gupta pour des tests médicaux.
En plein coeur de New Delhi, la clinique se repère facilement grâce à sa pancarte, "Lieu de naissance de la joie", et aux dizaines de sandales entassées au pied de l'escalier. Dans la salle d'attente, les patients, pieds nus, ne quittent pas des yeux la comédie romantique diffusée à la télévision. Ici, les ovules et les spermatozoïdes font l'objet d'une attention particulière. "Vous êtes priés de ne pas utiliser de parfum, ni de lotion après rasage. Ces odeurs sont mauvaises pour les ovules et les spermatozoïdes", avertit une pancarte, placée à côté de Ganesh, dieu de la prospérité.
Le docteur Gupta est un "spécialiste de la fertilité", comme l'indique sa carte de visite. Chaque mois, il reçoit, trente demandes de couples étrangers. "Ici, les femmes ne trompent pas leur mari. Elles ne boivent pas d'alcool, ne fument pas et ne se droguent pas. Elles sont en excellente santé", affirme le docteur. Face à lui, Puja, le visage creusé par les cernes, a les mains crispées sur le tissu bleu de son sari. Elle doit attendre encore quelques semaines avant de recevoir l'embryon du couple américain, le temps de terminer l'allaitement de son dernier enfant, âgé seulement de 8 mois. Le docteur Gupta tente de la rassurer : "Nous avons en Inde les mêmes technologies qu'en Occident et nous sommes aussi compétents."
Après l'informatique, les grossesses se délocalisent en Inde. L'opération, qui peut coûter en Inde jusqu'à 20 000 dollars (13 000 euros environ), est cinq fois moins chère qu'aux Etats-Unis. Des agences se sont même créées dans le but de recruter des mères porteuses. A Anand, une petite ville de l'ouest de l'Inde, une clinique a construit une résidence pour loger, durant leur grossesse, les mères, qui ont la possibilité de suivre des cours d'anglais et d'informatique. Pour porter le bébé d'un couple étranger, rien n'est plus simple. La "clinique de la fertilité", à Bombay, propose sur son site Internet un formulaire de candidature. La postulante doit avoir eu au moins un enfant et répondre à une série de questions, dont celle-ci : "Dans le cas d'une malformation, accepteriez-vous un avortement ?"
Les demandes de couples étrangers auraient quadruplé l'année dernière. En l'absence de régulation, ce nouveau "marché", évalué à 450 millions de dollars (près de 290 millions d'euros), est en pleine croissance. La seule protection juridique à laquelle peut prétendre Puja tient dans les quelques pages de son contrat signé avec le couple américain. L'essentiel concerne le mode de rémunération. En cas d'accident ou de malformation du bébé, les clauses restent allusives. En Inde, les seules directives, données par le Conseil de recherche médicale indien, un organisme public de recherche, sont jugées insuffisantes par les défenseurs des droits des femmes. La section 3.10 recommande, par exemple, que l'âge maximum légal soit fixé à 45 ans. L'âge minimum légal n'est même pas mentionné.
"Et si la mère meurt à la naissance ?", s'interroge Bhavana Kumar, coordinatrice au Conseil national des femmes. "En l'absence de loi, les mères porteuses s'exposent à tous les dangers", conclut-elle. En Inde, la pratique de la maternité par substitution n'est pas nouvelle. "Il arrivait qu'une femme porte l'enfant de sa soeur, stérile. Mais on restait dans le cadre familial. Désormais, le corps peut être exploité commercialement. C'est la porte ouverte à tous les abus", avertit le docteur Girija Viyas, la présidente de la Commission nationale des femmes. Récemment, la commission nationale a recueilli le témoignage d'une femme qui, après avoir accouché sept ou huit fois, aurait rencontré de sérieux problèmes de santé.
Le 25 juin, la ministre indienne des femmes et de la protection de l'enfance, Renuka Chowdhury, a promis le vote d'une loi au cours des dix prochains mois. Il n'est pas question d'interdire la pratique commerciale, mais de mieux la réguler. "Nous ne voulons pas que la maternité par substitution devienne un commerce d'organe, sans entrave. L'Inde en est devenue un pôle d'attraction à bas coût. Nous devons mettre en place un organisme régulateur", a précisé Mme Chowdhury. La loi devrait prévoir notamment un accompagnement psychologique pour la mère au moment de l'accouchement et une limitation du nombre d'accouchements pour autrui. L'âge légal pour une mère porteuse devrait être compris entre 22 et 45 ans.
Même si une loi est votée, les couples étrangers ne seront pas tout à fait protégés, ajoute le docteur Asha Jaipuria, obstétricienne : "Qu'est ce qui peut garantir aux parents que certains de leurs ovules ou spermatozoïdes ne seront pas conservés pour être ensuite revendus à des mères indiennes désirant avoir un bébé au teint clair ?"
Julien Bouissou
18:43 Publié dans Ethique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mère porteuse
dimanche, 03 août 2008
Les portables en colo
Sites Internet, blogs, téléphones portables, les colonies de vacances n'échappent pas à l'intrusion grandissante des nouvelles technologies. "Avant, c'était un courrier par semaine, aujourd'hui c'est un coup de téléphone portable par jour", résume Cédric Javault, cofondateur de Telligo, organisme de séjours pour jeunes. Terminé le temps où les familles attendaient le retour de leur progéniture pour écouter le récit des vacances. Désormais, les blogs se multiplient. Chaque jour, les parents peuvent se connecter pour découvrir en images et en textes le vécu de leur enfant et glisser des commentaires. Une interaction très appréciée des familles qui ont l'impression "d'y être", mais qui peut avoir ses limites.
"Plus on met d'informations, plus les familles en demandent. Si pendant une journée nous n'alimentons pas le blog, l'inquiétude pointe", témoigne Eric Levasseur, directeur de l'association Evasion vacances aventure (EVA). Voir son enfant sourire sur une photo mise en ligne fait du bien aux parents. "Le charme du courrier est rompu, parents et enfants ne s'écrivent plus, ils attendent le blog du soir", raconte Jacques Chauvin, chargé de mission vacances à la Ligue de l'enseignement.
Chez Tillego, 400 séjours disposent de leur site Web sécurisé (réservé aux familles via un mot de passe) et une vingtaine d'un blog. "Cet été, nous en sommes à trois connexions par enfant et par jour", comptabilise M. Javault. Ce lien virtuel quotidien sécurise les familles qui sont "beaucoup plus inquiètes qu'avant", constate Eric Levasseur. "Les parents ont peur de lâcher leur enfant et certains faits divers comme celui de Beaune (Côte-d'Or, en 1982, 53 morts dans un accident de car) ou de Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique, en 2004, un enfant disparaît pendant la nuit d'un centre de vacances et est retrouvé mort) restent ancrés dans la mémoire collective", poursuit-il. Pourtant, ces angoisses vis-à-vis des déplacements et des risques d'enlèvement ou de pédophilie ne sont statistiquement pas fondées ; les taux d'accidents en "colo" étant bien moindres que dans la vie domestique.
Des objets devenus banals Bien que les documents remis aux parents par les organismes de vacances indiquent clairement qu'il est "déconseillé" d'emmener son téléphone portable ou sa console de jeux pendant la colo, il est difficile d'interdire des objets devenus banals. "Certains jeunes ne seraient pas envoyés en colo par leur famille s'ils ne pouvaient pas emporter leur téléphone", assure M. Javault. Quant aux consoles de jeux "j'en confisque deux par jour", témoigne-t-il. Avant le portable, la cabine téléphonique du centre de vacances - avec un animateur tout proche qui pouvait intervenir en cas de pleurs - ou le système de messagerie vocale maintenaient la séparation parents-enfants propre au départ en colo. Le mobile, lui, "a tout chamboulé", estime Jacques Chauvin. "Les parents peuvent être informés de tout instantanément et sans aucun recul", déplore-t-il.
Un bobo, une saute d'humeur, une remontrance et l'enfant peut appeler ses parents. Des situations qui compliquent le travail des animateurs. "Il y a deux ans, il y avait eu un mini incident avec un jeune de 9 ans qui effectuait sa première colonie de vacances. Il pleurait. J'ai contacté sa mère, elle était déjà dans sa voiture prête pour venir le chercher ; l'enfant l'avait appelé", raconte M. Javault, qui ne manque pas d'anecdotes sur les effets du portable.
La colo est un peu le miroir d'une société de plus en plus inquiète. Le portable fait office de cordon rassurant et participe au "droit de savoir" revendiqué par les parents, analyse Patrice Huerre, psychiatre et psychanalyste, spécialiste des adolescents. Certains parents estiment désormais "inadmissible de ne pas pouvoir joindre leur enfant quand ils le veulent", constate M. Levasseur.
Autonomie et indépendance
Ces communications quasi permanentes via l'écran d'ordinateur ou le téléphone portable modifient également "l'épreuve initiatique que représente la séparation parents-enfants lors du départ en colonie, considère le psychiatre et psychanalyste Alain Braconnier, spécialiste des relations parents-enfants. Cela atténue l'angoisse de la séparation mais peut nuire à la capacité d'autonomie et d'indépendance de l'enfant". Auparavant, les parents s'inquiétaient "par imagination", désormais ils disposent "d'une projection directe sur la réalité qu'ils peuvent interpréter sans amortisseur", complète-t-il.
Patrice Huerre relativise les conséquences : "Il y a la surface et le fond. Nous sommes dans l'illusion de l'échange, de la continuité des liens, mais chacun fait sa vie après avoir rassuré l'autre. Il ne faut pas sous-estimer la capacité des jeunes à cacher ce qu'ils veulent cacher."
Sandrine Blanchard
09:18 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











