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dimanche, 27 juillet 2008
Des hommes de toute espèce
Et c'est à l'enchevêtrement varié d'un filer qu'est comparé le Royaume des cieux, car elles sont tressées de pensées diverses et variées, les Ecritures anciennes et nouvelles. Ce filet a été jeté dans la mer, dans la vie des hommes de l'univers entier, agitée par les flots dans lesquels ils sont ballottés, nageant par mi les réalités saumâtres de la vie.
En plus de ce que nous venons de dire, le texte : rassemblant toute espèce de poissons peut signifier l'appel des nations de toute race. Ceux qui sont au service du filet jeté dans la mer, c'est le Seigneur du filet, Jésus Christ, ainsi que les anges qui s'approchent pour le servir, et qui ne retirent pas le filet de la mer pour le traîner, loin d'elle, sur le rivage des réalités étrangères à cette vie, si le filet n'est pas rempli, c'est à dire si la plénitude des nations (Rm 11,25) n'est pas entrée dans ses mailles.
Origène
[Magnificat - 27/07/08]
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samedi, 26 juillet 2008
Fuiras-tu au désert ?
Mais où devra donc se réfugier le chrétien pour ne pas gémir au milieu de faux frères ? Où ira-t-il ? Que fera t-il ? Fuira t-il au désert ? les scandales l'y suivront. Se séparera t-il, lui qui progresse bien, jusqu'à ne plus supporter aucun de ses semblables ? mais, dites-moi, lui, avant sa conversion, si personne n'avait voulu le supporter ? Si donc, sous prétexte qu'il progresse, il ne veu supporter personne, par ce fait même il est évident qu'il n'a pas encore progressé.
Supportez-vous les uns les autres dans la charité (Ep 4,2). Tu abandonnes les choses humaines; tu te sépares, pour que nul ne te voie : à qui seras-tu utile ? Serais-tu arrivé jusque là, si nul ne t'avait été utile ?
Saint Augustin d'Hippone
[Maginficat - 26/07/08]
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vendredi, 25 juillet 2008
Servitude volontaire
Files
Une si longue attente… Ils sont là des dizaines, des centaines même, à l’ombre frisquette de cette matinée estivale, à faire du surplace. Ils ne veulent pas rater l’expo dont tout le monde parle (peu importe laquelle : il y a constamment des expos dont tout le monde parle…). Les avisés se seront munis de livres ou de journaux qu’ils tenteront de lire si les conversations des voisins immédiats ne les perturbent pas trop (on n’arrive jamais à lire tranquille, dans une file d’attente…). Les négligents ont oublié toute distraction. Ils attendent, c’est tout. Pour s’occuper, ils prennent des repères.
« La dame rouge, là-bas, il me semble qu’elle a avancé. Il y a cinq minutes elle était avant l’arbre, maintenant elle est après l’arbre. »
Il y a des plages d’immobilité complète. On peut ne plus avancer du tout pendant cinq ou dix minutes. Puis, parfois, cela avance d’un coup de quelques mètres. On se prend alors à espérer. Mais non, ce n’aura été qu’un court répit. Loin, là-bas, dans le monde enviable de ceux qui approchent des portiques de sécurité, puis des caisses, que se passe-t-il de mystérieux ? Approcher pour se renseigner n’avancerait à rien, ne ferait pas avancer plus vite le temps. Une demiheure, une heure, une heure et quart se passe. Enfin vient le temps de la libération incroyable, le moment de payer sa place. Pour obtenir le droit de faire à nouveau la queue, mais cette fois à l’intérieur, devant chacune des œuvres exposées. Et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’expo qui vous rend des fourbus, des lassés de la station debout, des exténués du regard et des choses entraperçues entre des dos, des crinières, des trop grands, des très lents. Avant de repartir il y a quelques masochistes qui, jamais fatigués de stagner, se mettent en file devant une boutique riquiqui où dix personnes attendent qu’on veuille bien leur vendre une carte postale, la biographie de l’auteur, un DVD, le catalogue de l’expo. En revenant de l’expo l’on se dit : j’ai plus contemplé l’intérieur de moi-même que des merveilles derrière les vitrines. Mais enfin, nous pourrons dire : nous ne l’avons pas manquée l’expo dont tout le monde parle. Et nous pourrons en parler avec une science acquise de haute lutte et d’infinie patience. Parfois l’on se demande quand même si le charme principal des expos de ce type ce n’est pas le sentiment de liberté retrouvée, à la sortie. Car la sortie est le seul moment où l’on ne fait pas la queue.
Bouchons
Que faisons-nous d’autre, après tout, qu’attendre ? La modernité, c’est sans doute cela : être dans la file. Lors des voyages aériens, chacun sait que l’on passe souvent plus de temps à stationner qu’à voler, à piétiner qu’à naviguer. À l’enregistrement, pour les contrôles, dans la salle d’embarquement, à la porte de l’avion, dans l’avion avant d’accéder à son siège, à l’arrivée, aux bagages, aux taxis… Même chose sur les routes où les pérégrinations des urbains s’agglutinent en bouchons kilométriques. Même chose pour accéder aux plages les plus recherchées, aux caisses des magasins, aux salles de cinéma, dans les administrations, les boutiques de la SNCF (au moins y a-t-il des sièges !), à La Poste (là, pas de sièges).
Société de bouchons. Même par téléphone. « Ne quittez pas l’écoute, une opératrice va vous répondre. Votre temps d’attente est estimé à sept minutes ! ». C’est trop gentil. Société d’encombrements. Péages, caisses, autobus, ascenseurs, services d’urgences des hôpitaux: qu’est-ce qu’on espère à attendre partout, et de plus en plus longtemps ? On attend sa place. Mais quelle place ? Et surtout comment se fait-il que cette servitude semble volontaire, comme aurait dit l’excellent La Boétie ? Serait-ce une manière de s’entraîner avant la dernière caisse, la dernière porte, celle qu’il nous faudra bien, tous, passer un jour et dont nous devinons que les contrôles y seront sévères ? À passer ainsi une grande partie de sa vie à stagner, à prendre « son mal en patience », que gagnons-nous ? De l’entraînement à la passivité. Des occasions de méditer, de faire « retour sur soi », de casser le rythme fou du reste de l’existence. Il doit bien y avoir là-dedans, quand même, une forme de plaisir, sinon comment supporterions-nous plus de cinq minutes ces immobilisations ?
Bruno Frappat
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jeudi, 17 juillet 2008
Faites votre sandwich
[source : Blog du Consottisier}
Du pain, du beurre, du jambon et/ou du fromage. Et plus d'ingrédients si affinités…
Malheureux simplets !
Un sandwich digne de ce nom (cf. John Montagu, Earl of Sandwich, 1718-1792) se concocte suivant une formule mathématique.
Assez complexe, je vous le concède, mais un peu de science dure ne devrait pas faire de mal au mol plaisir gustatif.
L'équation a été élaborée par le Britannique Geoffrey Nute, professeur à l'université de Bristol, à l'aide de de savants calculs et de divers cobayes goûteurs.
Hélas pour nous Frenchies, sa formule ne s'applique qu'au cheddar. L'objectif est, en l'occurrence, de déterminer l'épaisseur de fromage nécessaire pour obtenir un résultat sensoriel optimal, selon la garniture ajoutée.
Et voilà le travail… Je vous laisse saliver :

W = l'épaisseur de cheddar en millimètres
b = l'épaisseur du pain
d = la variable "nature du pain"
s = l'épaisseur de la margarine ou du beurre
m = l'épaisseur de la couche de mayo (eh oui, ça peut être beurre ET mayo)
c = la variable "onctuosité"
t = la variable "qualité gustative"
v = l'épaisseur de tomate
p = l'épaisseur de la couche de pickles
l = l'épaisseur de la couche de laitue
Il y a donc neuf paramètres, répondant au goût de chacun et dépendant des ingrédients rajoutés ou non.
Evidemment, la baguette est inconnue outre-Manche. Ledit perfect sandwich repose donc sur le postulat «pain de mie», qui peut cependant être blanc, complet ou aux céréales.
Je vous rassure vite. Les non-matheux ou paresseux mais gourmets ne sont pas pénalisés.
Un Cheddar-o-meter («cheddaromètre»), autrement dit un Sarniematic («casse-dallomatic») a été mis en ligne et va faire le boulot à notre place (... lire la suite sur le blog)
Marie-Dominique Arrighi
19:11 Publié dans Bouffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cheddar-o-meter
mardi, 15 juillet 2008
Formation en Bioéthique

[source : www.libertepolitique.com]
Un IIIe cycle de bioéthique sous le patronage de Jérôme Lejeune, entretien avec le Pr Emmanuel Sapin
Pour préparer la révision des lois de bioéthique, la Fondation Jérôme-Lejeune a lancé, en coopération avec l’Institut politique Léon-Harmel, le troisième cycle de bioéthique Jérôme-Lejeune. Dans le but de former les consciences et d'armer les professionnels face aux défis posés par la médecine moderne, dans une perspective personnaliste, elle propose dès septembre 2008 des modules spécifiques. Intervenant dans cette formation, le Pr Emmanuel Sapin, chef du service de chirurgie pédiatrique au CHU de Dijon, répond à nos questions.
LIBERTE POLITIQUE. — Vous avez accepté de participer à ce 3e cycle, quel est pour vous l'enjeu d'une formation de bioéthique ?
Pr EMMANUEL SAPIN. — Pour bien appréhender l’enjeu de cette formation en bioéthique, il faut mesurer l’importance de plusieurs facteurs qui dominent l’état d’esprit actuel de notre société, et admettre que nous en sommes nous-mêmes plus ou moins imprégnés. Ainsi, la réaction émotionnelle domine la raison et l’effort d’approfondissement d’un sujet délicat, le témoignage prime le raisonnement (plus vivants et interactifs, y compris dans les colloques chrétiens), et les cas particuliers sur lesquels on s’émeut, occultent la réflexion politique et éthique et le sens de notre responsabilité collective. L’affectif a pris le pas sur la sagesse.
D'autre part l'accélération de la vie, couplée aux progrès techniques, conduit à confondre la question "peut-on faire cela ?" sur le plan moral, éthique, avec "peut-on faire cela ?" sur le plan technique.
L'aspect multi-culturel de nos sociétés, et la mondialisation (en particulier des média) conduit au relativisme, aux vérités transitoires avec la recherche du consensus. Les enjeux économiques supplantent la prise en compte de la personne, et le critère devenu fondamental de qualité de vie prime parfois sur le respect de la vie. Ce sont autant de facteurs qui expliquent l’évolution politique et juridique de la société actuelle.
Il est par conséquent essentiel qu’une formation rigoureuse et un éclairage de sagesse soient portés sur tous les aspects touchant le respect de l’homme, le respect de la vie. C’est l’objectif d’une formation telle que celle proposée par l’Institut politique Léon-Harmel et la Fondation Jérôme-Lejeune.
Pensez-vous que cette formation peut aider à des prises de décision dans le domaine professionnel, notamment pour les personnels de santé ? Est-ce un complément utile aux études de médecine ?
Les études médicales restent, et sont de plus en plus techniques, bien que certaines réalités de la personne soient abordées dans l’enseignement tels la souffrance, les soins palliatifs, la vieillesse... Des efforts sont faits pour dépasser les connaissances pures vers le raisonnement, l’élaboration de protocoles et l’importance de l’information aux patients. Cette information "protocolée", en réaction à la "médecine paternaliste" qui a prévalut si longtemps, ne respecte pas toujours, loin de là, la personne. Ce troisième cycle de bioéthique peut mettre en valeur une troisième voie, intermédiaire, d’information en vérité sur la situation, mais adaptée à la personne concernée, ce qui correspond bien au regard de l'Église sur les soins prodigués à la personne souffrante.
Je pense que l'intérêt d'une formation éthique, en plus d'une formation médicale, est de donner une profondeur de réflexion. Cela permet, face à des situations très douloureuses, de prendre du recul et pouvoir poser un regard de vérité sur la personne, l’individu que l’on a en face de soi, dans toute sa dimension physique (corporelle et psychique), culturelle et spirituelle, et, par la dimension chrétienne de cette formation, un regard de miséricorde. Savoir ce qui est vrai et bon nous fait être en vérité, être à l'écoute du patient et nous donne une force intérieure qui permet de ne pas se sentir agressé dans des situations difficiles. Le personnel soignant, les médecins en particulier, qui sont bien souvent sincères quant à leurs intentions, peuvent vivre comme un jugement de conscience la remise en question de leur implication et le bien fondé de leur choix.
En quoi ces fondamentaux éthiques, dans votre pratique médicale, vous ont aidé à faire un choix difficile ?
Cette réflexion permet de refuser avec sérénité certaines décisions même sur le plan organisationnel. Par exemple, la direction de l’hôpital avait décidé qu'il y aurait un bloc opératoire commun pour l'hôpital d'enfants où j'opère et le service de gynécologie-obstétrique où ont lieu les avortements. J'ai refusé cette confusion. Je voulais que, même adossés, mitoyens, ces deux blocs soient distincts. Ainsi, à chacune des réunions avec la direction, les différents acteurs médicaux, paramédicaux, et les architectes, j’intervenais systématiquement pour redire par oral et corriger sur les plans le terme "bloc opératoire mère-enfant" par l’appellation "plateau technique des blocs opératoires". Cela peut paraître futile mais, pour moi, cela me paraissait essentiel.
Ce fut difficile, répétitif et a duré jusqu’à ce que le projet du plateau technique des blocs opératoires voit le jour. Il eut été plus simple de laisser les choses se faire et paraître moins désagréable et obtus. Bien des aspects cependant plaidaient pour une distinction quand les enjeux financiers, prépondérant, réclamaient une structure unique. J’avais l’intime conviction du bien fondé de mon refus, même seul, et, afin d’expliquer ce qui sous-tendait, avant toute autre considération, mon opiniâtreté, j'ai écrit au directeur pour lui expliquer qu’il était impossible de concevoir que dans deux salles d’opération voisines du même bloc opératoire, on passe, dans l’une, des heures à opérer un enfant de malformations, qu’on se batte contre la maladie et la mort, pendant que dans la salle voisine plusieurs IVG avaient lieu. Aujourd'hui il y a un plateau technique communiquant, mais avec deux blocs opératoires distincts. Il y a une visibilité de nos deux services, pas de confusion possible, et c'est important.
Les décisions que vous devez prendre vont parfois contre l'avis de vos confrères. Comment réagissent-ils ? Comment parvenez-vous à garder votre liberté ? Comment réagissent les parents de vos petits patients?
Mes confrères me demandent parfois ce que je pense de telle situation. Certains m'ont exprimé leur perplexité par rapport aux chrétiens : "ce n'est pas clair ce que vous pensez les chrétiens, certains font et disent le contraire de ce que d'autres professent." Ceux qui sont les moins tolérants face à mes choix sont bien souvent ceux qui ont reçu, par leur famille, leur éducation, les mêmes principes, mais ne les mettent pas en pratique. D'ailleurs quand vous vous opposez à une décision, on vous cite toujours le cas d'un chrétien qui, lui, a accepté.
Or on ne peut pas vivre de façon schizophrène : penser chrétien d'un côté et vivre professionnellement comme si on ne l'était pas. Si le Christ est vivant, il n’est pas présent qu’à la messe ! Cette formation de bioéthique peut aider à unifier son comportement en donnant les arguments nécessaires. Elle doit aider à grandir dans la liberté en faisant prendre conscience que la sincérité n'est pas forcément synonyme de vérité. En effet, tous, nous pouvons nous laisser imprégner par ce que l'on entend quotidiennement. Il nous faut toujours revenir à ce que la raison, et la Foi pour les croyants, nous enseignent.
Quand j'étais à Saint-Vincent-de-Paul, participant depuis plusieurs années à un programme d’expérimentation animale de chirurgie fœtale sur le macaque, il a été proposé comme sujet de recherche, à l’occasion de l’assemblée générale de l’association, une étude de greffe de foie fœtal. Pour des raisons principalement financières, cette recherche serait couplée à celle déjà en cours que je faisais sur le traitement fœtal d’une anomalie du tractus urinaire. Le rapporteur du projet, avec lequel j’entretenais des rapports tout à fait cordiaux, proposait en public ma participation à cette nouvelle étude. Or cette étude sur le macaque avait pour objectif, si elle était couronnée de succès, l’application humaine avec l’utilisation d’organes fœtaux. Devant tout le monde, j'ai dû interrompre l’orateur pour signifier que je ne ferais pas ces recherches pour des raisons éthiques. Je ne doutais pas de la sincérité de celui qui proposait cette étude mais mon refus surprit. On m’allégua ensuite que l’on pouvait utiliser des fœtus humains anencéphales, car ils n’étaient pas de vrais être humains, propos recueillis de l’avis d’un prêtre spécialisé en éthique ! Tel n’était pas mon point de vue. Ce fut un coup d’arrêt aux divers projets mais sans rancune, des liens d’amitié et de respect s’étant déjà tissés depuis des années.
Et avec les parents ?
Avec les parents je dois être à l'écoute. Quand le pronostic est grave je le leur dis et quand ils me demandent s'ils doivent avorter, je leur réponds que j'ai seulement dit que le pronostic était grave. Je me souviens de parents, à qui le gynécologue consulté initialement avait dit qu’à leur place, il interromprait et en “ferait” un autre, qui m'ont demandé : "Mais vous, Docteur, si c'était votre enfant, qu'est-ce que vous feriez ?" Je me suis levé, j'ai enlevé ma blouse blanche et je leur ai répondu : "Avec ma femme, nous en avons parlé et je pense que si un jour cela nous arrivait, nous garderions l'enfant." Et j'ai expliqué pourquoi. Ces parents m'ont dit : "Vous êtes le défenseur de notre bébé." Mais ils ne se pensaient pas le courage de le garder et ils ont quand même décidé d'avorter. Je leur ai conseillé de donner tout de même un prénom à cet enfant, ce qu’ils ont fait. À la naissance de leur second enfant, je crois que j'ai été la première personne à être prévenue… après le père. Ils n'ont pas oublié leur premier enfant.
Quand vous réagissez en vérité les parents n'ont pas de réaction négative, surtout quand ils sentent que vous les respectez profondément.
Une autre fois un peu différente, un couple est venu me voir avec un enfant souffrant de graves malformations qui n'avaient pas été décelées avant la naissance. Il avait des malformations à la colonne vertébrale, à l'estomac, à l'anus, aux organes génitaux, une anomalie du bras. Le père ne décolérait pas. Il m'a énuméré toutes ces malformations, fou furieux, signifiant que s’ils l’avaient su avant la naissance, ils auraient avorté, tandis que la mère restait tête baissée. Quand j'ai pris la parole, après avoir donné quelques renseignements sur les perspectives de traitement et d’évolution, organe par organe, j’ai dit au père :
"Maintenant si vous voulez bien, on va parler de votre fils Paul, parce qu'on a beaucoup parlé de ses organes, mais votre fils lui on n'en a pas parlé." La mère alors a relevé la tête, et le père s'est assis et s'est mis à pleurer. Aujourd'hui cet enfant est premier de sa classe, il a beaucoup de problèmes, je l'ai opéré plusieurs fois, mais il est devenu la plus grande fierté de son père à qui il ressemble beaucoup !
Quand des jeunes professionnels de la santé viennent vous demander conseil sur des questions d'éthique, quelles sont leurs questions les plus courantes ?
Les élèves sages-femmes sont confrontées au cours de leur formation à la nécessité de participer à des avortements. Quand elles me demandent ce qu'elles doivent faire, je leur réponds que si on les oblige à aller dans la salle, elles peuvent y aller mais rester les bras croisés, collées au mur, et ne participer en rien à l'opération. Elles ne doivent même pas passer une compresse. Elles ne pourraient intervenir que si la vie de la mère était en danger. Elles savent qu'elles risquent ainsi de ne pas voir valider leur stage et qu'elles risquent donc de redoubler. Elles sont les héros des temps modernes et je le leur dis. Les deux élèves qui m'ont demandé cet avis et l'ont suivi, ont été reçues.
Une autre fois, c'est une infirmière de région parisienne qui m'a contacté car son chef de service lui avait demandé de pousser la seringue pour accélérer la mort d’un bébé qui devait mourir. Elle a refusé et m'a dit ensuite avoir vécu “l'horreur” dans son service. Les autres infirmières lui en voulaient, notamment celle qui obéi à sa place. C’était elle qui était sans cœur… Elle était bouleversée, et déstabilisée. Je lui ai dit qu’elle avait eu raison et que c'était son rôle, lui expliquant l'importance de sa décision. À la suite de son refus, il y a eu une réunion de crise dans le service en question. Elle a expliqué son geste et finalement les infirmières l'ont soutenue, deux médecins musulmans aussi et le chef de service s'est retrouvé en minorité. Il n'avait pas imaginé qu'il rencontrerait une opposition, pensant que tous pensaient comme lui.
Que souhaitez vous transmettre en priorité aux élèves du 3e cycle Jérôme-Lejeune ?
Je souhaite étudier avec eux la morphogénèse, l'évolution de l'être humain avant la naissance, cette réalité de l'être qui dépasse l'apparence, la forme visible. Je voudrais aussi montrer que le support physique est constitutif de l'être et que ce n'est pas contradictoire avec l'expression de notre volonté et de notre liberté : les émotions par exemple passent par des médiateurs chimiques et cela ne nous empêche pas d'aimer avec notre volonté.
J'aimerais aussi montrer aux étudiants combien cette formation peut les aider à exercer leur métier en leur donnant les fondamentaux nécessaires pour prendre des décisions pleines d'humanité, pour rester dans la vérité sans omettre la miséricorde, comme nous le rappelle saint Jacques : " Mais la miséricorde se moque de la justice."
Enfin je ne voudrais pas finir ce propos sans profiter de cette tribune qui m’est donnée, et j’aurais pu commencer par cela, pour dire le grand respect que je garde pour Jérôme Lejeune. C’est un homme de bien que j’ai eu la chance de connaître et dont je garde en mémoire les qualités humaines, la rectitude, l'honnêteté, la franchise de son regard. Il alliait des qualités scientifiques indéniables et un humanisme qui en faisait l’héritier de la pensée française, celle qui a rayonné dans le monde, faite de finesse, de clarté de raisonnement, de courtoisie et de clairvoyance. J’ai eu le privilège d’avoir auprès de lui une écoute attentive et une confiance affectueuse. Son témoignage de recherche de la vérité, son opiniâtreté dans l’espoir des avancées constructives de la science et sa foi indéfectible en l’espérance restent pour moi des messages vivants.
Le travail de soutien moral et financier de la Fondation qui porte son nom pour de nombreux projets de recherche dans des domaines abandonnés le plus souvent par les instances publiques, et les objectifs de l’enseignement de 3e cycle de bioéthique avec l’organisation de l’Institut politique Léon-Harmel sont des extensions naturelles de ses travaux et réflexions qui ont été, avec sa famille, au cœur de ses préoccupations permanentes au service de la vie humaine.
Le IIIe cycle de formation bioéthique Jérôme-Lejeune
La formation est assurée par des professionnels de la santé, juristes, philosophes, psychanalystes, notamment :
- Mgr Tony Anatrella, psychanalyste
- Dr JM. Gomas, médecin coordinateur de l’unité fonctionnelle Douleur et Soins palliatifs de l’APHP
- M. Fabrice Hadhadj, professeur de philosophie et écrivain
- Pr. Alain Lejeune, président de la Fédération internationale des pharmaciens catholiques
- Mme Marguerite Peeters, éthicienne, directrice d’Interactive Information Service
- Me Jean Paillot, avocat
- Pr. Emmanuel Sapin, chef du service de chirurgie pédiatrique au CHU de Dijon.
- Mme Monette Vacquin psychanalyste
- Dr Pauline de Vaux, addictologue
Les cours débutent en septembre 2008 avec les modules abordant les sujets les plus emblématiques, ils sont répartis sur 2 jours consécutifs par mois :
- l’embryon : statut biologique et philosophique de l’embryon, fécondation in vitro, problématiques de la gestation pour autrui et de l’homoparentalité, diagnostic préimplantatoire;
- la grossesse : interruption volontaire de grossesse (IVG) et interruption médicale de grossesse (IMG) : historiques, statistiques, législations en France et à l’étranger, syndrome post avortement, maisons d’accueil, problématique de l’homicide involontaire du fœtus et de l’infanticide ;
- le dépistage : dépistage prénatal (DPN) : organisation, techniques, cas paradigmatique de la trisomie 21, eugénisme démocratique
- le clonage : clonage reproductif et scientifique, enjeux des cellules souches et du clonage embryonnaire
- la fin de vie : réflexion éthique sur la mort, euthanasie, suicide, organisation des soins palliatifs en France, testaments de vie et déclaration anticipée, loi du 22 avril 2005.
Renseignement et inscriptions
IIIe cycle de bioéthique Jérôme-Lejeune
Institut politique Léon Harmel
176, rue du Temple - 75003 PARIS
Tél. : 08 77 97 57 86
Inscriptions :
Tél. : 06 25 37 62 83
www.iplh.fr
09:30 Publié dans Ethique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emmanuel sapin, iplh
vendredi, 04 juillet 2008
Priorité doit être donnée à l'enfant !
[Le Figaro - 03/07/2008]
Sans nier la présence de générosité et d'amour dans ces parcours, nous contestons la pratique des mères porteuses comme contraire à l'intérêt des enfants et à celui des femmes qui les auront enfantés sous contrat.
La « gestation pour autrui » (selon le nom qu'on veut imposer) suppose de dissocier trois fonctions maternelles en les répartissant entre plusieurs femmes : la génitrice fournira ses gènes, la « gestatrice » enfantera et l'éducatrice élèvera. Constat révélateur, alors que la fécondation in vitro avec donneuse d'ovocyte fait de l'enfantement le facteur déterminant de la maternité, c'est ici l'apport génétique qu'on veut privilégier. Le contrat de livraison du nouveau-né ravale la grossesse au rang de simple prestation de service sous l'autorité des titulaires du « projet parental ».
Tout cela est ingénieux, mais comment ne pas voir qu'il est injuste de programmer, avant même la conception d'un être humain, la rupture de la relation mère-enfant qui s'établira pendant la grossesse ?
Nier l'importance de la vie intra-utérine dans la construction d'une personne est absurde. Les découvertes scientifiques ne cessent de confirmer que chacun naît avec l'acquis des neuf mois durant lesquels sa sensibilité se forge par interaction avec son environnement. C'est à ce moment que peuvent être générés certains troubles du caractère ou du comportement. On connaît les conséquences sur la santé du fœtus d'une dénutrition maternelle et de déficits vitaminiques, de l'alcool, du tabac et des stupéfiants. Son développement psychosocial est aussi tributaire de ce qu'il perçoit par ses sens (sa mère, mais aussi la voix paternelle). Les émotions maternelles lui sont transmises, via le placenta, par des modifications hormonales et des médiateurs neuro- endocriniens. Des bébés naissent donc stressés par les événements endurés par leurs mères, mais la plupart bénéficient heureusement du contexte affectif porteur de la grossesse qui préfigure la suite des relations familiales. L'idée de grossesses « désaffectivées » n'est pas conforme à la nature humaine.
Pour légitimer cette pratique, certains veulent l'assimiler à l'adoption. Mais l'adoption est organisée dans l'intérêt de l'enfant pour pallier un accident de vie, alors que la gestation pour autrui impose cet accident de vie à un enfant, objet d'un désir d'adultes. Dans un cas, on tente de réparer une rupture précoce, dans l'autre on la programme. Il ne faudra pas s'étonner si, devenues adultes, les personnes nées de mères porteuses se plaignent d'avoir été délibérément malmenées à un âge sans défense.
La mère porteuse subit elle aussi une atteinte à sa dignité en prêtant son corps pour une transaction intime. La maternité n'a rien d'un travail industriel ou artisanal ; elle inaugure une histoire familiale marquée par la responsabilité d'un adulte sur le destin d'un enfant. L'éclatement de la maternité a déjà provoqué des imbroglios qui prouvent, par l'absurde, sa gravité. Que se passera-t-il si un diabète ou une hypertension de la porteuse menace le développement de l'enfant ? La médecine prénatale impose parfois des décisions difficiles : quelle sera la place du couple demandeur si la vie du fœtus ou celle de la porteuse sont en jeu ? La capacité pour cette dernière de recourir librement à l'IVG ou à l'IMG souligne l'incohérence du découpage de la maternité. Et pourquoi, à l'inverse, ne prévoir que trois jours après la naissance (délai prévu pour retourner les objets achetés par correspondance !) pour laisser la porteuse se dédire, alors que trois mois sont prévus pour l'accouchement sous X ?
Au total, que de telles dérives soient autorisées dans quelques pays n'exonère pas la France de les considérer comme inhumaines. Des sénateurs qui heureusement ne représentent pas l'avis de leur Assemblée disent s'être laissé infléchir après un voyage d'étude. Ils en sont revenus avec l'idée de légaliser les mères porteuses de façon « encadrée ». Par « précaution », ils ont proposé que la « gestatrice » soit déjà mère, au risque d'impliquer d'autres enfants dans la confusion généalogique : comment une femme enceinte peut-elle faire admettre à ses enfants qu'elle devra abandonner son bébé ? Une telle annonce les laissera dans la peine et l'insécurité. Chacun sait par ailleurs qu'entrouvrir la porte alimenterait des revendications élargies. Des groupes homosexuels et certains célibataires réclament déjà l'accès à la gestation pour autrui. L'intérêt des enfants devrait-il s'effacer devant les souffrances des adultes ? Ce sont toujours des désirs mal régulés qu'ils soient légitimes ou non qui provoquent les atteintes aux droits de l'homme.
10:59 Publié dans Ethique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mère porteuse
mercredi, 02 juillet 2008
Mères porteuses, à quel prix ?
[Le Monde - 01/07/08]
Mais derrière la souffrance des couples qui ne voient d'autre solution pour enfanter que la gestation pour autrui, on ne peut pas ne pas remarquer la survalorisation de la génétique. Elle s'inscrit dans une définition de l'individu par ses seuls gènes, qui ouvre la porte au renfermement sur soi ou à des pratiques contestables, comme on l'a vu pour les tests ADN. On revient au pedigree plus qu'à la mixité et à l'ouverture sur l'autre.
Cette démarche est différente de l'adoption, du parrainage, du don de sperme, d'ovule ou d'embryon, qui relativisent l'apport de la génétique pour valoriser la parentalité dite "d'intention". On ne peut comparer, comme le font certains, la gestation pour autrui aux dons de gamètes sans ajouter à la confusion des repères.
La mère est celle qui accouche, mais l'enfant peut avoir une parentalité multiple. La grossesse n'est pas un simple portage, c'est une expérience fondamentale qui façonne les deux protagonistes : la future mère et l'enfant en gestation. On découvre à peine la complexité et la richesse des échanges entre la mère et l'enfant in utero. Ce ne sont pas des élucubrations de psychanalystes. Les chercheurs scientifiques de toutes les disciplines n'en sont qu'au début de leurs découvertes concernant les mécanismes de ces échanges et leurs conséquences.
Même les animaux n'y échappent pas : les embryons d'étalon portés par une solide jument se retrouvent avec des caractéristiques repérables de la jument porteuse. Faut-il, au nom de la filiation génétique, organiser la venue au monde d'enfants portés par une femme dont le travail psychique conscient et inconscient consistera à pouvoir l'abandonner ? On peut imaginer son ambivalence si, comme il est prévu, elle garde la possibilité de se rétracter à l'accouchement et les conséquences pour l'enfant d'une rétractation... Faut-il, au nom de la souffrance de parents infertiles, croire que l'amour peut tout, et réduire ces échanges à... rien ?
L'inégalité - vécue comme une injustice - devant la fertilité est mise en avant par certains pour justifier la gestation pour autrui pour les couples infertiles. C'est oublier qu'en matière de vie en général et de procréation médicalement anonyme (PMA) en particulier, on est dans le règne de l'injustice : à ce jour, la moitié des couples qui ont recours à la FIV n'auront pas d'enfant. On peut certes espérer améliorer cet état de fait, mais il y aura toujours des limites.
S'adjuger douze mois de la vie d'un être humain, ce n'est pas rien ! Une grossesse, ce n'est pas toujours simple, et une mère porteuse n'est à l'abri ni d'une fausse couche, ni d'une césarienne, ni de complications, ni de porter un enfant malade, ni d'un baby blues. Ses propres enfants devront intégrer l'idée que l'enfant qu'elle porte n'est pas un frère ni une soeur, qu'il n'a pas été conçu avec leur père et qu'il sera (aban)donné à une autre famille dès la naissance. La société peut-elle exposer de la sorte ces enfants au bon vouloir de leur mère ? Et le couple ? Et le mari ? Messieurs les députés, que diriez-vous si votre femme vous annonçait qu'elle allait porter un enfant pour un autre couple ? Mesdames les députées, allez-vous donner l'exemple ?
N'est-ce pas une forme majeure d'aliénation du corps de la femme ? La principale motivation est et restera une motivation économique liée ou non à une réparation psychique, consciente ou non, qu'il paraît douteux d'encourager. Il y a sûrement de par le monde des prostituées libres de choisir l'usage qu'elles veulent faire de leur corps, mais la très grande majorité sont exploitées et n'ont pas le choix.
Il n'y a qu'à regarder les offres financières faites aux mères porteuses - qu'elles aient eu ou non des enfants - pour comprendre que la régulation n'est qu'un cache-misère et que les dérapages sont inscrits dans la démarche même de légaliser cette forme de prostitution au nom de la souffrance des couples qui ne peuvent procréer mais qui peuvent payer. Certes le tourisme procréatif existe. Dans ce contexte, tenir sur des positions de principe paraît rétrograde. Mais les contraintes dont on veut se débarrasser au nom de la liberté des uns et des autres sont autant de remparts contre les dérapages.
Certes, des enfants de parents français ont été portés par une femme californienne ou ukrainienne. Les parents ont agi en connaissance de cause, mais font pression sur la justice française - au nom du bien-être de l'enfant -, sujet sensible s'il en est, pour faire reconnaître la filiation. Si l'on considère que la mère est celle qui a accouché, l'enfant qu'elle a abandonné ne pourrait-il être adopté par le couple qui a l'intention de l'élever et qui se trouve être les parents génétiques ? Manière de ne pas faire comme s'il ne s'était rien passé. Car, aujourd'hui, l'enjeu que pose chaque technique de procréation assistée est de savoir s'il est possible ou non de l'humaniser en instituant la parenté sans confusion sur les origines.
Ces réflexions intéressent la société tout entière et, au premier chef, les parents qui veulent à tout prix un enfant, dont on dit, à tort, qu'il n'a pas de prix.
Caroline Eliacheff - René Frydman
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mardi, 01 juillet 2008
Mère porteuse, où est l'intérêt de l'enfant
[Le Figaro - 30/06/2008]
Prêt-à-porter, téléphone portable, mères porteuses… On n'arrête pas le progrès ! Le Sénat vient de rendre son rapport sur le sujet, ouvrant la perspective d'une réglementation de la pratique des mères porteuses, dite «maternité pour autrui». Les raisons qui ont conduit le législateur, en 1994 comme en 2004, à refuser la légalisation, seraient-elles donc obsolètes ? La maternité pour autrui serait-elle devenue soudain respectueuse des femmes et de leur féminité ? Quel tour de magie en aurait fait un cadre adéquat pour que les enfants viennent au monde ?
La mère porteuse s'engage à porter un enfant, à l'abandonner à sa naissance et à le remettre au couple demandeur. Elle rend, en apparence, généreusement service à des couples sans enfant. Mais à quel prix ? Qui paiera l'addition ? Quoi qu'on en dise, l'enfant et, aussi, la femme gestatrice. L'actuelle prohibition légale protège donc autant les enfants à venir que les femmes concernées, et la légalisation de la pratique priverait les uns comme les autres de cette protection.
Il y a bien un lien entre maternité pour autrui et argent car on n'a jamais vu de femme aisée se proposer pour rendre ce service. Un marché s'était mis en place en France avant que la loi n'interdise cette pratique en 1994 ; le dédommagement était estimé à 50 000 francs de l'époque. Des intermédiaires mercantiles ne reversaient que le quart des sommes encaissées à la gestatrice, exploitant ainsi la détresse des uns et des autres. La maternité pour autrui à titre gratuit est illusoire et le rapport du Sénat envisage au moins un «dédommagement», sans compter le «cadeau» que la femme pourra recevoir en remerciement (une voiture, un voyage…). Et, quand bien même elle ne serait pas rémunérée, quel est ici son rôle si ce n'est celui d'un «outil de production» lorsqu'elle met au service de tierces personnes ce qu'elle a de plus intime à son être, ce qui la distingue en tant que femme, sa capacité gestationnelle ?
Quant à l'enfant, en voilà une chance pour lui de naître via le recours à une mère porteuse ! En attendant le bébé autoporté, qui n'aura même plus besoin de ce type d'intermédiaire, le voilà au cœur d'un imbroglio biologique et psychique dont il devra s'accommoder pour trouver sa place et ses repères généalogiques. Citons, par exemple, le cas (soumis au tribunal d'Aix-en-Provence) de l'enfant qui découvre que celle qu'il considérait comme sa mère est en réalité sa tante et que celle qu'il considérait comme sa tante est sa mère par le sang… La maternité pour autrui ne serait certes pas le seul contexte délicat pour un enfant. Mais en quoi cela justifierait-il d'ajouter cette pratique à la liste des situations à risque pour lui ? Remarquons qu'on est loin de la fécondation in vitro «classique», car le processus de la maternité pour autrui n'est pas achevé avec la naissance de l'enfant, mais avec sa remise au couple commanditaire. Les meilleures intentions ne peuvent changer ce qui est un fait : l'enfant est l'objet d'un contrat, contrat qui suppose une remise de l'enfant. On est bien loin aussi de l'adoption, qui permet d'offrir une famille à l'enfant qui est privé de la sienne alors que la maternité pour autrui revient, elle, non pas à compenser mais à susciter cette difficulté, laquelle, si elle n'est bien entendu pas voulue pour elle-même, n'en est pas moins acceptée de façon délibérée.
L'intérêt de l'enfant ? Légaliser la pratique ou même, seulement, régulariser l'état civil des enfants ainsi nés, réduirait à néant la protection assurée par la loi. On croit servir l'intérêt de l'enfant en régularisant sa situation ? En fait, on dessert l'intérêt de l'enfant en général en banalisant la violation de la loi adoptée justement pour son bien.
L'enfant ne doit pas payer le prix des actes des adultes. Hélas, de nombreuses hypothèses existent dans lesquelles l'enfant paie le prix des actes des adultes. La loi ne peut pas tout arranger. Peut-on sérieusement à la fois prendre le risque de concevoir un enfant dans des conditions qui présentent de forts risques psychologiques pour lui et le placent dans une situation juridiquement confuse pour, ensuite, se fonder sur l'intérêt de ce même enfant pour exiger de la justice qu'elle démêle la confusion créée ?
L'amour que recevrait l'enfant n'est pas en cause, mais les circonstances, objectives, qui lui sont imposées pour venir au monde. S'il faut réparer au mieux les accidents que la vie impose aux enfants, n'est-ce pas criminel de leur imposer ces mêmes maux de façon délibérée ?
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