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mardi, 01 juillet 2008
Mère porteuse, où est l'intérêt de l'enfant
[Le Figaro - 30/06/2008]
Aude Mirkovic, maître de conférences à l'université d'Évry, s'interroge sur le rapport du Sénat préconisant la légalisation des mères porteuses.
Prêt-à-porter, téléphone portable, mères porteuses… On n'arrête pas le progrès ! Le Sénat vient de rendre son rapport sur le sujet, ouvrant la perspective d'une réglementation de la pratique des mères porteuses, dite «maternité pour autrui». Les raisons qui ont conduit le législateur, en 1994 comme en 2004, à refuser la légalisation, seraient-elles donc obsolètes ? La maternité pour autrui serait-elle devenue soudain respectueuse des femmes et de leur féminité ? Quel tour de magie en aurait fait un cadre adéquat pour que les enfants viennent au monde ?
La mère porteuse s'engage à porter un enfant, à l'abandonner à sa naissance et à le remettre au couple demandeur. Elle rend, en apparence, généreusement service à des couples sans enfant. Mais à quel prix ? Qui paiera l'addition ? Quoi qu'on en dise, l'enfant et, aussi, la femme gestatrice. L'actuelle prohibition légale protège donc autant les enfants à venir que les femmes concernées, et la légalisation de la pratique priverait les uns comme les autres de cette protection.
Il y a bien un lien entre maternité pour autrui et argent car on n'a jamais vu de femme aisée se proposer pour rendre ce service. Un marché s'était mis en place en France avant que la loi n'interdise cette pratique en 1994 ; le dédommagement était estimé à 50 000 francs de l'époque. Des intermédiaires mercantiles ne reversaient que le quart des sommes encaissées à la gestatrice, exploitant ainsi la détresse des uns et des autres. La maternité pour autrui à titre gratuit est illusoire et le rapport du Sénat envisage au moins un «dédommagement», sans compter le «cadeau» que la femme pourra recevoir en remerciement (une voiture, un voyage…). Et, quand bien même elle ne serait pas rémunérée, quel est ici son rôle si ce n'est celui d'un «outil de production» lorsqu'elle met au service de tierces personnes ce qu'elle a de plus intime à son être, ce qui la distingue en tant que femme, sa capacité gestationnelle ?
Quant à l'enfant, en voilà une chance pour lui de naître via le recours à une mère porteuse ! En attendant le bébé autoporté, qui n'aura même plus besoin de ce type d'intermédiaire, le voilà au cœur d'un imbroglio biologique et psychique dont il devra s'accommoder pour trouver sa place et ses repères généalogiques. Citons, par exemple, le cas (soumis au tribunal d'Aix-en-Provence) de l'enfant qui découvre que celle qu'il considérait comme sa mère est en réalité sa tante et que celle qu'il considérait comme sa tante est sa mère par le sang… La maternité pour autrui ne serait certes pas le seul contexte délicat pour un enfant. Mais en quoi cela justifierait-il d'ajouter cette pratique à la liste des situations à risque pour lui ? Remarquons qu'on est loin de la fécondation in vitro «classique», car le processus de la maternité pour autrui n'est pas achevé avec la naissance de l'enfant, mais avec sa remise au couple commanditaire. Les meilleures intentions ne peuvent changer ce qui est un fait : l'enfant est l'objet d'un contrat, contrat qui suppose une remise de l'enfant. On est bien loin aussi de l'adoption, qui permet d'offrir une famille à l'enfant qui est privé de la sienne alors que la maternité pour autrui revient, elle, non pas à compenser mais à susciter cette difficulté, laquelle, si elle n'est bien entendu pas voulue pour elle-même, n'en est pas moins acceptée de façon délibérée.
L'intérêt de l'enfant ? Légaliser la pratique ou même, seulement, régulariser l'état civil des enfants ainsi nés, réduirait à néant la protection assurée par la loi. On croit servir l'intérêt de l'enfant en régularisant sa situation ? En fait, on dessert l'intérêt de l'enfant en général en banalisant la violation de la loi adoptée justement pour son bien.
L'enfant ne doit pas payer le prix des actes des adultes. Hélas, de nombreuses hypothèses existent dans lesquelles l'enfant paie le prix des actes des adultes. La loi ne peut pas tout arranger. Peut-on sérieusement à la fois prendre le risque de concevoir un enfant dans des conditions qui présentent de forts risques psychologiques pour lui et le placent dans une situation juridiquement confuse pour, ensuite, se fonder sur l'intérêt de ce même enfant pour exiger de la justice qu'elle démêle la confusion créée ?
L'amour que recevrait l'enfant n'est pas en cause, mais les circonstances, objectives, qui lui sont imposées pour venir au monde. S'il faut réparer au mieux les accidents que la vie impose aux enfants, n'est-ce pas criminel de leur imposer ces mêmes maux de façon délibérée ?
Prêt-à-porter, téléphone portable, mères porteuses… On n'arrête pas le progrès ! Le Sénat vient de rendre son rapport sur le sujet, ouvrant la perspective d'une réglementation de la pratique des mères porteuses, dite «maternité pour autrui». Les raisons qui ont conduit le législateur, en 1994 comme en 2004, à refuser la légalisation, seraient-elles donc obsolètes ? La maternité pour autrui serait-elle devenue soudain respectueuse des femmes et de leur féminité ? Quel tour de magie en aurait fait un cadre adéquat pour que les enfants viennent au monde ?
La mère porteuse s'engage à porter un enfant, à l'abandonner à sa naissance et à le remettre au couple demandeur. Elle rend, en apparence, généreusement service à des couples sans enfant. Mais à quel prix ? Qui paiera l'addition ? Quoi qu'on en dise, l'enfant et, aussi, la femme gestatrice. L'actuelle prohibition légale protège donc autant les enfants à venir que les femmes concernées, et la légalisation de la pratique priverait les uns comme les autres de cette protection.
Il y a bien un lien entre maternité pour autrui et argent car on n'a jamais vu de femme aisée se proposer pour rendre ce service. Un marché s'était mis en place en France avant que la loi n'interdise cette pratique en 1994 ; le dédommagement était estimé à 50 000 francs de l'époque. Des intermédiaires mercantiles ne reversaient que le quart des sommes encaissées à la gestatrice, exploitant ainsi la détresse des uns et des autres. La maternité pour autrui à titre gratuit est illusoire et le rapport du Sénat envisage au moins un «dédommagement», sans compter le «cadeau» que la femme pourra recevoir en remerciement (une voiture, un voyage…). Et, quand bien même elle ne serait pas rémunérée, quel est ici son rôle si ce n'est celui d'un «outil de production» lorsqu'elle met au service de tierces personnes ce qu'elle a de plus intime à son être, ce qui la distingue en tant que femme, sa capacité gestationnelle ?
Quant à l'enfant, en voilà une chance pour lui de naître via le recours à une mère porteuse ! En attendant le bébé autoporté, qui n'aura même plus besoin de ce type d'intermédiaire, le voilà au cœur d'un imbroglio biologique et psychique dont il devra s'accommoder pour trouver sa place et ses repères généalogiques. Citons, par exemple, le cas (soumis au tribunal d'Aix-en-Provence) de l'enfant qui découvre que celle qu'il considérait comme sa mère est en réalité sa tante et que celle qu'il considérait comme sa tante est sa mère par le sang… La maternité pour autrui ne serait certes pas le seul contexte délicat pour un enfant. Mais en quoi cela justifierait-il d'ajouter cette pratique à la liste des situations à risque pour lui ? Remarquons qu'on est loin de la fécondation in vitro «classique», car le processus de la maternité pour autrui n'est pas achevé avec la naissance de l'enfant, mais avec sa remise au couple commanditaire. Les meilleures intentions ne peuvent changer ce qui est un fait : l'enfant est l'objet d'un contrat, contrat qui suppose une remise de l'enfant. On est bien loin aussi de l'adoption, qui permet d'offrir une famille à l'enfant qui est privé de la sienne alors que la maternité pour autrui revient, elle, non pas à compenser mais à susciter cette difficulté, laquelle, si elle n'est bien entendu pas voulue pour elle-même, n'en est pas moins acceptée de façon délibérée.
L'intérêt de l'enfant ? Légaliser la pratique ou même, seulement, régulariser l'état civil des enfants ainsi nés, réduirait à néant la protection assurée par la loi. On croit servir l'intérêt de l'enfant en régularisant sa situation ? En fait, on dessert l'intérêt de l'enfant en général en banalisant la violation de la loi adoptée justement pour son bien.
L'enfant ne doit pas payer le prix des actes des adultes. Hélas, de nombreuses hypothèses existent dans lesquelles l'enfant paie le prix des actes des adultes. La loi ne peut pas tout arranger. Peut-on sérieusement à la fois prendre le risque de concevoir un enfant dans des conditions qui présentent de forts risques psychologiques pour lui et le placent dans une situation juridiquement confuse pour, ensuite, se fonder sur l'intérêt de ce même enfant pour exiger de la justice qu'elle démêle la confusion créée ?
L'amour que recevrait l'enfant n'est pas en cause, mais les circonstances, objectives, qui lui sont imposées pour venir au monde. S'il faut réparer au mieux les accidents que la vie impose aux enfants, n'est-ce pas criminel de leur imposer ces mêmes maux de façon délibérée ?
18:13 Publié dans Ethique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mère porteuse











