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mardi, 01 avril 2008
Un mal, des mots
[La Vie - 26/03/08]
«Éthique, ce terme m’agace.» C’est le représentant du lobby pro-euthanasie, Jean-Luc Romero, qui s’exprime. Surtout ne pas irriter monsieur Romero, sinon on sera puni, privé de parole. Surtout ne pas aller contre l’émotion quand celle-ci semble devoir tout emporter. Avouer sa faute et se taire. Reconnaître que tous ceux qui posent des questions sont des sadiques, des hypocrites, des obscurantistes. Eh bien, non ! Non à cette simplification abusive du débat. Non à cette interdiction de penser. Non à ce mensonge qui consiste à prétendre qu’il suffit d’appuyer sur un bouton, d’enfoncer une seringue ou de distribuer une pilule pour régler le problème de la vie et de la mort, de la douleur, de la déchéance, de la dépendance et, finalement, de la condition humaine. Non, encore, à cette forfaiture qui consiste à réclamer la mort d’État, alors qu’on laisse largement inappliqués des pans entiers de la loi Leonetti, votée à l’unanimité voilà trois ans. On nous dit qu’il faut agir et que, pour agir, il ne faut pas réfléchir. On nous dit qu’il «faut qu’on s’active» et que s’activer, c’est forcément dépasser ce cadre légal qui n’a pas réponse à toutes les demandes, à toutes les souffrances, à toutes les exceptions. Les praticiens du soin palliatif répondent avec clarté : il faut commencer par mettre en œuvre la loi.
Le déni du réel doit nous interroger. Qu’est-ce qui se joue donc derrière tout cela ? Pour ma part, une petite phrase m’a ouvert les yeux. La voici : «L’euthanasie est une thérapie.» C’est ce que déclare le professeur Hœbeke, un médecin belge qui avait aimablement proposé de tuer lui même Chantal Sébire. On croyait naïvement qu’une thérapie consistait à soigner, tandis qu’une euthanasie se définissait par le fait de tuer. On ne savait pas que les temps avaient à ce point changé et que, pour certains médecins, soigner c’est tuer, tuer c’est soigner. On n’avait pas compris que beaucoup de citoyens se sentiraient plus rassurés que troublés à l’idée de pouvoir être éliminés par un service public efficace. Bataille du sens et du non-sens. Les mots ont-ils une signification ? Bataille des tabous. Faut-il tous les renverser ?
«Je ne provoquerai jamais la mort délibérément», jure chaque nouveau médecin. Le fameux serment d’Hippocrate. Faire que ce soit la mort et non la vie qui devienne un droit et peut-être un jour un devoir. Tenir pour souverain bien ce que l’on considérait comme un mal. Transformer l’euthanasie active en service, quand elle demeure, rappelle le Robert, un «assassinat». Ces renversements sémantiques et symboliques amorcent un changement culturel majeur. «Une véritable mythologie de la liberté et de la volonté est désormais à l’œuvre, qui voit dans les lois qui pénalisent l’euthanasie un insupportable despotisme», constate le philosophe Christian Godin dans un limpide essai, le Triomphe de la volonté (éd. Champ Vallon). Nouveaux mythes, nouvelle civilisation.
Le consensus médiatique semble tel que ce bouleversement peut paraître imminent et en tout cas inéluctable. Aux Pays-Bas pourtant, on commence à tempérer cette sinistre euphorie qui promettait le meilleur des mondes. On lorgne même sur cette législation française que nous voulons abolir. En chargeant le député Leonetti d’une évaluation de sa propre loi, le gouvernement a voulu répondre aux attentes de l’opinion publique. Il a soigneusement maintenu l’ambiguïté sur ses intentions. De vertigineux choix de société sont devant nous. Faisons en sorte qu’ils puissent être authentiquement «libres et éclairés».
Le déni du réel doit nous interroger. Qu’est-ce qui se joue donc derrière tout cela ? Pour ma part, une petite phrase m’a ouvert les yeux. La voici : «L’euthanasie est une thérapie.» C’est ce que déclare le professeur Hœbeke, un médecin belge qui avait aimablement proposé de tuer lui même Chantal Sébire. On croyait naïvement qu’une thérapie consistait à soigner, tandis qu’une euthanasie se définissait par le fait de tuer. On ne savait pas que les temps avaient à ce point changé et que, pour certains médecins, soigner c’est tuer, tuer c’est soigner. On n’avait pas compris que beaucoup de citoyens se sentiraient plus rassurés que troublés à l’idée de pouvoir être éliminés par un service public efficace. Bataille du sens et du non-sens. Les mots ont-ils une signification ? Bataille des tabous. Faut-il tous les renverser ?
«Je ne provoquerai jamais la mort délibérément», jure chaque nouveau médecin. Le fameux serment d’Hippocrate. Faire que ce soit la mort et non la vie qui devienne un droit et peut-être un jour un devoir. Tenir pour souverain bien ce que l’on considérait comme un mal. Transformer l’euthanasie active en service, quand elle demeure, rappelle le Robert, un «assassinat». Ces renversements sémantiques et symboliques amorcent un changement culturel majeur. «Une véritable mythologie de la liberté et de la volonté est désormais à l’œuvre, qui voit dans les lois qui pénalisent l’euthanasie un insupportable despotisme», constate le philosophe Christian Godin dans un limpide essai, le Triomphe de la volonté (éd. Champ Vallon). Nouveaux mythes, nouvelle civilisation.
Le consensus médiatique semble tel que ce bouleversement peut paraître imminent et en tout cas inéluctable. Aux Pays-Bas pourtant, on commence à tempérer cette sinistre euphorie qui promettait le meilleur des mondes. On lorgne même sur cette législation française que nous voulons abolir. En chargeant le député Leonetti d’une évaluation de sa propre loi, le gouvernement a voulu répondre aux attentes de l’opinion publique. Il a soigneusement maintenu l’ambiguïté sur ses intentions. De vertigineux choix de société sont devant nous. Faisons en sorte qu’ils puissent être authentiquement «libres et éclairés».
Jean-Pierre Denis
19:14 Publié dans Ethique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











