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mardi, 26 février 2008

10 conseils de Carême

[07/03/2007 - Inxl6]

1. Prie. Chaque matin, le Notre Père et chaque soir le Je vous salue Marie
2. Cherche dans l'Évangile du dimanche, une petite phrase que tu pourras méditer toute la semaine.
3. Chaque fois que tu achètes un objet dont tu n'as pas besoin pour vivre - un article de luxe - donne aussi quelque chose aux pauvres ou à une œuvre. Offre-leur un petit pourcentage. La surabondance demande à être partagée.
4. Fais chaque jour quelque chose de bien pour quelqu'un. Avant qu'il ou elle ne te le demande.
5. Lorsque quelqu'un te tient un propos désagréable, n'imagine pas que tu doives aussitôt lui rendre la pareille. Cela ne rétablit pas l'équilibre. En fait, tu tombes dans l'engrenage. Tais-toi plutôt une minute et la roue s'arrêtera.
6. Si tu zappes depuis un quart d'heure sans succès, coupe la TV et prends un livre. Ou parle avec ceux qui habitent avec toi: il vaut mieux zapper entre humains et cela marche sans télécommande.
7. Durant le Carême quitte toujours la table avec une petite faim. Les diététiciens sont encore plus sévères : fais cela toute l'année. Une personne sur trois souffre d'obésité.
8. 'Par-donner' est le superlatif de donner.
9. Tu as déjà si souvent promis d'appeler quelqu'un par téléphone ou de lui rendre visite. Fais-le finalement.
10. Ne te laisse pas toujours prendre aux publicités qui affichent une réduction. Cela coûte en effet 30% moins cher. Mais ton armoire à vêtements bombe et déborde également de 30 %.

Cardinal Godfried Daneels

vendredi, 22 février 2008

M'aimez-vous sans tricher ?

L'amour ne va pas sans humilité, pauvreté et sacrifice. C'est ce que nous avons le plus de peine à saisir quand nous pensons à Dieu. Nous devrions pourtant, si nous réfléchissons sur l'expérience que nous avons de l'amour, reconnaître que les hiérarchies, les privilèges, les préséances, l'ambition, sont incompatibles avec l'amour. Précisément, c'est ce que Jacques et Jean n'ont pas encore compris. ils sont une vision hiérarchisée de la gloire de Dieu ; ils croient naïvement qu'il y a dans la gloire des places d'honneur.

Jésus les reprend calmement. Il ne les réprimande pas. "Vous n'avez pas tort de désirer être associés intimement à ma gloire, mais cela implique que vous soyez d'abord intimement associés à ma souffrance." Car l'amour est sans partage ; consentir aux délices et refuser l'amertume, c'est tricher. Le véritable amour ne triche pas. Si celui que j'aime souffre, je veux souffrir avec lui ; s'il est joyeux, je suis avec lui dans la joie. or, il faut que Jésus souffre et meure, pour que soit enfin révélé aux hommes, et autrement qu'avec des mots, ce qu'est la vraie puissance de Dieu, sa vraie gloire, qui n'est pas de dominer ni de subjuguer, mais d'amier jusqu'à la mort et jusqu'au pardon. "Pouvez-vous souffrir avec moi ? M'aimer-vous sans tricher ?"

François Varillon, La parole est mon royaume

jeudi, 21 février 2008

Oratoire de Nancy

[Famille Chrétienne - 10/11/07]

Installé depuis 1995, et pour toujours, à Nancy, l'Oratoire de Saint-Philippe-Neri, société de vie apostolique quatre fois centenaire, est la seule maison de ce type en France. Communauté jeune, stable et avec pour seule règle la charité, l'Oratoire de Nancy doit fonder en 2008 une nouvelle maison dans notre pays.

À Nancy, il est une maison comme une abbaye à deux pas de la magnifique place Stanislas, en plein centre-ville. Quatorze hommes, prêtres, séminaristes et diacre, s'entassent dans l'étroite tanière de la rue des Loups. Ils se retrouvent chaque matin à 7 h 30 pour l'office. Leur chapelle est une pièce minuscule au parquet ciré. Dans un angle, le tabernacle, et, sur un simple mur blanc, se découpent quatorze silhouettes sombres. Ces hommes se sont engagés à partager leur vie jusqu'à la fin de chacune d'entre elles, et à ne jamais quitter Nancy. Charité, et stabilité.

Malgré les apparences, la rue des Loups n'abrite pas une quelconque nouvelle forme de vie monastique, mais un Oratoire de Saint-Philippe-Neri. Une communauté nouvelle ? Rien moins que cela puisque les men in black nancéens - pantalon et chemise noirs sans oublier le col romain pour tous - s'inscrivent dans une tradition éprouvée par plus de quatre siècles d'histoire. Nova et vetera. Du neuf avec de l'ancien.

La congrégation de l'Oratoire de Rome est en effet née en 1575 à Rome, sous l'inspiration de saint Philippe Neri (1515-1595), saint italien du XVIe siècle présenté dans l'imagerie populaire comme le comique du Paradis, sorte de Raymond Devos de la joie, qui gagna de nombreuses âmes à Dieu dans la Rome païenne par la douceur et l'humour.

A l'heure actuelle, la branche italienne de l'Oratoire compte près de quatre-vingts maisons à travers le monde. En France, divers projets de création sont à l'étude (dans les diocèses d'Avignon et de Fréjus-Toulon). Mieux, une fondation de l'Oratoire de Nancy est prévue pour septembre 2008 dans un diocèse dont le nom n'a pas été dévoilé par les Oratoriens. Quatre Nancéens seront de l'aventure. "Si une famille veut croître, il faut qu'elle laisse partir ses enfants", note le Père Christophe Martin.

Pour l'heure, Nancy accueille la seule maison en France de l'Oratoire de Saint-Philippe-Neri (voir "Deux Oratoires, deux spiritualités"). Une communauté étonnante où la moyenne d'âge ne dépasse pas 40 ans et qui s'est développée à une vitesse surprenante en ces temps de pénurie de vocations. Le fruit d'un projet porté par quatre prêtres diocésains à la fin des années 1980.

Le Père Jacques Bombardier est l'un d'eux. Ordonné en 1976, il aspire néanmoins "à vivre parmi une communauté de prêtres, stable dans le diocèse et ouverte à tous". Un ministère ordinaire, mais porté par une vie de prière forte et la charité fraternelle. à la même époque, le Père Philippe Vallin étudie à Rome. Avec les mêmes aspirations que le Père Bombardier. Et il croise le délégué du Saint-Siège pour l'Oratoire, qui leur présente la vie d'un oratorien. "C'était tout à fait ce que nous cherchions", raconte le Père Bombardier, qui ajoute qu'aucun parmi eux n'avait de charisme de fondateur. "Il me fallait quelque chose d'enraciné dans une histoire. Cela m'aurait fait très peur de me lancer dans une nouvelle communauté", souligne le Père Vallin, 51 ans, maître de conférence de théologie dogmatique à l'université de Strasbourg.

En 1990, l'évêque de Nancy autorise le début d'une vie communautaire. Progressivement, des séminaristes rejoignent le groupe initial, réduit à trois depuis le départ de l'un d'eux pour entrer chez les Cisterciens. Cinq ans plus tard, l'Oratoire de Nancy est officiellement érigé par un décret du pape Jean-Paul II en société de vie aposto-lique de droit pontifical.

Une "pastorale de la permanence"

"On ne rentre pas à l'Oratoire ; on rentre dans un oratoire", insiste le Père Jean-Gabriel Kern, le plus jeune prêtre de la maison. à 31 ans, ce Nancéen de naissance met le doigt sur l'une des principales particularités de l'Oratoire. Chaque maison constitue une congrégation à part en-tière, indépendante des autres. S'il ne fait pas vœu de stabilité au sens monastique du terme, un oratorien s'engage à vivre et à mourir dans la même maison, la même ville, parmi les mêmes personnes. "L'avantage, c'est que l'on n'est pas obligé de faire réimprimer de nouvelles cartes de visite tous les trois ans", s'amuse le Père Kern. Plus sérieusement, cette "pastorale de la permanence" permet aux Oratoriens de cultiver en profondeur le quartier où il leur sera donné de témoigner une vie durant. "Il faut vibrer à la ville où nous vivons", ajoute le Père Bombardier, lui-même issu d'une famille installée en Lorraine depuis cinq siècles.

"Lorsque des jeunes hommes viennent passer quelques jours de discernement parmi nous, je leur demande en premier lieu s'ils pensent pouvoir vivre dans une agglomération de trois cent mille habitants." Cette stabilité dans un lieu et au milieu des mêmes personnes conduit à une vie fraternelle forte. "Parfois, certains prêtres sont tentés de nous rejoindre, pensant que nous vivons ensemble pour mutualiser nos forces. Nous tâchons de leur expliquer que cette vie communautaire n'est pas anecdotique, mais qu'elle est au contraire centrale dans la spiritualité de l'Oratoire. Il est notre premier lieu de sanctification, ainsi que le premier endroit de mortification", explique le Père Bruno Gonçalves, prévôt, c'est-à-dire supérieur de la maison lorraine. "Nous vivons en permanence sous le regard de nos Frères", ajoute le prêtre de 38 ans, récemment élu à la tête de l'Oratoire de Nancy.

Même si le statut canonique d'un oratoire est proche de celui d'une abbaye, le Père Gonçalves n'a rien d'un Père abbé : "Nous sommes une république bien ordonnée. Toutes les grandes décisions sont prises par un conseil, mais nos constitutions sont plutôt floues". "La charité est la seule règle", disait saint Philippe Neri à propos de la concision de ces constitutions. "Il se méfiait de la rigidité des institutions , explique le Père Gonçalves.

Pour les mêmes raisons, un oratorien ne prononce pas de vœux ou de promesses. Au terme d'un temps de discernement, il est simplement "agrégé" à la communauté existante au cours d'une cérémonie très simple. "Aucun lien, en dehors du lien de charité", disait également le saint italien.

"Leur charité fraternelle rayonne au-delà de la communauté"

La paroisse Saint-Epvre a été confiée aux Oratoriens de Nancy. La basilique du même nom en est le cœur, dans ce quartier de Nancy où la ville prend des airs d'Italie. Les Pères de l'Oratoire donnent la moitié de leur temps au diocèse lorrain, le plus souvent en prenant en charge des paroisses, des aumôneries de collèges ou d'hôpitaux.

Le reste de leur temps, ils le consacrent à leurs œuvres propres, dont l'animation de Jubilate Deo, un groupe de jeunes, ainsi qu'à la confession, à la prédication ou à la direction spirituelle. "Nous accompagnons plus de deux cents personnes, et parfois depuis des années."

Certaines se retrouvent au sein de l'Oratoire séculier, fraternité laïque qui rassemble une quarantaine d'adultes autour des prêtres. "Nous vivons avec eux une vraie proximité, qui n'est pas artificielle, explique Bruno, un médecin. La charité qu'ils vivent entre eux rayonne au-delà de la communauté."

"L'oraison reste la soupape de notre vie communautaire, confie le Père Gonçalves. En communauté, nous fonctionnons comme un couple : chaque matin, nous devons refaire le choix de vivre avec chacun des Frères." Et le Père Vallin d'ajouter : "Récemment, on m'a dit : "Tu n'as jamais été aussi bon pour parler du mariage que depuis que tu es à l'Oratoire !"" 


Benjamin Coste

Pour en savoir plus : www.oratoire-nancy.org

vendredi, 15 février 2008

Sarkozy et Dieu

C'était écrit. Il suffit de relire La République, les religions, l'espérance (Ed. du Cerf, 2004). Dans sa "bible", écrite avec, entre autres, un père dominicain, Philippe Verdin, le président dévoilait sa volonté d'en finir avec ce qu'il appelle en privé la "laïcité de papa". Elu, il décline ses convictions à Rome, puis à Riyad : la religion est un fait de culture et d'identité. Elle fonde toute morale, et la laïcité n'est pas antireligieuse.

Henri Guaino, son présumé "gourou", lecteur de Georges Dumézil, Jacques Berque et Jean-Pierre Vernant, fait profession de foi laïque, mais interroge : "Qui peut nier l'évidence que la transcendance est une étape capitale de l'histoire humaine et l'immanence la mère de tous les totalitarismes ?"

Depuis deux mois, le camp laïque vit dans une transe qui ne ressemble pas aux guerres d'antan (l'école privée, le voile), mais traduit son désarroi face au "retour du refoulé" (Dieu).

Ses proches et ses biographes sont peu diserts sur l'éducation catholique ultraclassique de Nicolas Sarkozy. Il va au catéchisme et fait sa première communion à Paris. Depuis, il s'affiche comme "catholique", ajoutant avec humour qu'aucun catholique au monde, et chef d'un Etat laïque, n'a autant fréquenté de mosquées que lui !

Catholique "sociologique" donc, pratiquant très occasionnel. En vacances à Arcachon, il va à la messe dominicale avec Cécilia et leur fils, Louis. Comme président, il n'y va plus. On l'a vu marmonner une prière à la basilique du Latran, où le "chanoine" est venu chercher son titre, mais la rumeur selon laquelle il aurait communié aux obsèques de Mgr Lustiger était fausse. Aucun chef d'Etat, y compris de Gaulle, Giscard et Chirac, n'a jamais communié à Notre-Dame.

Tout sauf une grenouille de bénitier, donc. Philippe Verdin, qui passe pour son aumônier, s'esclaffe : "Je ne suis pas le Raspoutine de Sarkozy. Il ne m'a jamais demandé la confession, ni interrogé sur la situation des divorcés-remariés par rapport à l'Eglise." Le président se situerait, "comme tout le monde", dans une "zone de foi et de non-foi".

COMPÉTENCE INTUITIVE

Pour Emmanuelle Mignon, sa directrice de cabinet, ex-élève des jésuites, ancienne commissaire nationale des Scouts unitaires et major de l'ENA, Nicolas Sarkozy ressemble à tous ces gens qui passent par "des moments où on y croit et des moments où on n'y croit pas, où on y croit moins ou plus du tout." Il n'en dit jamais plus sur ce chapitre. C'est la part de mystère et d'ombre que cultive cet homme réputé exhibitionniste, par goût du paradoxe ou pour brouiller les pistes.

Il sent la question religieuse avec "un flair de chien de chasse", observe Denis Tillinac, fin connaisseur des milieux postgaullistes. Sarkozy n'a rien de commun avec la vieille démocratie chrétienne et joue à contre-emploi avec François Bayrou sur ce terrain de la laïcité.

Mais "plus que Mitterrand et Chirac, ce type est une éponge, assure Tillinac. Il n'était quasiment pas né en Mai 1968, mais a vite senti qu'il fallait le récuser. Vite senti que l'islamisme deviendrait la seule alternative au capitalisme mondialisé. Vite senti qu'il n'est plus possible de confiner la religion à la seule sphère de la vie privée. Si elle ne doit pas exister en public, alors rasons Notre-Dame de Paris".

Bref, Nicolas Sarkozy lève le tabou de la laïcité. Impulsif, provocateur, c'est aussi un "libéral" : en France, on a le droit de croire, mais aussi de le montrer. Et ce n'est pas de l'électoralisme, insiste Mme Mignon : "La politique, c'est le combat des idées, et un président a le droit, mais aussi le devoir, de parler de choses comme la vie, l'amour ou la religion."

Son cabinet reste frappé par la ténacité avec laquelle, ministre des cultes, il s'était saisi du dossier de l'islam, que ses prédécesseurs se refilaient comme un mistigri. Il se souvient de ses colères quand on lui présentait "deux ou trois notables musulmans", alors qu'il réclamait de recevoir tout ce qui compte dans la communauté, y compris Tariq Ramadan et les radicaux de l'Union des organisations islamiques (UOIF). Devant les manœuvres de Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, il aurait eu maintes fois l'occasion de torpiller le projet de Conseil français du culte musulman (CFCM), mais il a imposé l'armistice à ses chefs.

Sa compétence en la matière est intuitive. Avant d'aller voir Benoît XVI à Rome, il a parcouru sa dernière encyclique sur l'"espérance". Mais il n'est familier ni des méandres des institutions religieuses, ni des philosophes spécialisés, ni des Ecritures sacrées, même s'il n'est pas aussi inculte qu'il le dit dans cette sorte d'"autodérision" qu'il cultive parfois et qui amuse son entourage.

C'est par les "hommes de foi" les plus engagés et les plus fervents qu'il apprend le métier. Et là, il est intarissable. "Il est capable de parler des heures d'Amélie Mauresmo ou d'un grand chanteur, puis de passer à l'Abbé Pierre, à Guy Gilbert, au cardinal Barbarin ou à Sœur Emmanuelle", dit un proche.

Il est fasciné par les religieux, imams, rabbins ou prêtres, parce qu'ils ont en eux quelque chose de radical et de mystérieux. Il l'est par tous ceux qui aspirent à un dépassement d'eux-mêmes. Sa "candeur de gamin" devant les champions et les stars fait sourire, mais "avec Dieu, il a le top du top, le champion des champions", s'amuse Tillinac.

Quand Alexis II, patriarche de Russie, est reçu à l'Elysée, Sarkozy tombe dans les bras du cardinal Etchegaray, proche du pape, qui l'accompagne. En 2005, après l'assassinat de Frère Roger, il débarque à Taizé (Saône-et-Loire) après l'Evangile, mais tient sa promesse de le saluer à ses obsèques. L'année suivante, il est en Algérie sur la tombe des moines de Tibéhirine. En faisant l'aller-retour des Etats-Unis, en août 2007, pour les funérailles du cardinal Lustiger, il "bluffe" tout le clergé de Paris. Et il attend son tour, après 700 prêtres, pour aller bénir le cercueil.

Dans ce contexte, Bigard au Vatican, était-ce une erreur de casting ? "Bigard, c'est un type qui va à la messe, prie dix fois par jour et est généreux comme pas deux", s'insurgent les courtisans. Le cabinet avait prévu une délégation d'intellectuels catholiques, mais Sarkozy n'en a pas voulu.

Il a une telle soif de revanche sur l'establishment, dit un proche, qu'il va toujours chercher "ses repères symboliques dans les paroxysmes : l'Abbé Gilbert, avec ses santiags et ses blousons de cuir, Bigard, pornocrate mais populaire. Et, au fond, n'est-il pas mieux de donner du catholicisme une autre image que celle qu'on connaît des grenouilles de bénitier et d'une secte résiduelle, balayée par les vents de l'histoire ?"

DISCOURS "LIMITE"

Reste que cela fait désordre. Les sondages en chute libre n'épargnent pas le président dans les électorats religieux. "Il a donné tellement de gages à Israël que les juifs de France ne craignent pas d'être lâchés", observe un sondeur. Les musulmans savent aussi qu'ils ont sa sympathie. Mais les catholiques restent presque de marbre. L'épiscopat, le Vatican, n'ont pas bronché après le discours, apprécié mais sans plus, du Latran.

"Je suis écartelé, confesse Guy Gilbert, le "curé des loubards". Je gueule contre les expulsions d'immigrés et les tests ADN, mais Sarkozy est un mec fidèle. Il a donné des coups de main incroyables à mes jeunes. Mais ça fait des années qu'on pisse et qu'on chie sur les croyants. Alors, quand le grand pape Sarkozy ose dire que la religion aide les gens à espérer ou, à Riyad, que les chrétiens immigrés d'Arabie sont moins bien traités que les musulmans en France, je dis bravo." De leur côté, les laïques ne désarment pas contre ces discours présidentiels. Les historiens de la laïcité, comme Jean Baubérot ou Sébastien Fath, ont reproché au président, dans son discours de Rome, son manichéisme, oubliant le catholicisme "intransigeantiste" du XIXe siècle et donnant aux seuls clercs la palme du martyre.

L'Elysée admet que ce discours était "limite", qu'il aurait mieux valu éviter de dire que "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur". Mais Emmanuelle Mignon s'élève contre la "reconstruction de l'histoire", selon laquelle la loi de séparation de 1905 serait passée "en douceur". "Trente mille religieux français ont été expulsés. Qui s'en souvient ?", interroge le Père Philippe Verdin.

Mêmes critiques après le discours de Nicolas Sarkozy à Riyad, citant Dieu à treize reprises, louant la "modération" de l'islam (wahhabite) en Arabie saoudite. "Plume" de ce discours, Henri Guaino réplique : "Le but n'était pas de faire la leçon au régime saoudien, car si le pacte entre les wahhabites et la famille Saoud s'effondrait demain, ce serait la catastrophe. Tout centimètre gagné là-bas dans le sens de l'ouverture est donc bon à prendre. Il faut aider ceux qui veulent transformer l'islam dans le sens opposé au fanatisme."

Le conseiller spécial du président de la République pense pourtant qu'il est temps de calmer le jeu : reconnaître le "fait religieux", ne pas s'aveugler sur son rôle dans la crise des identités et la politique de civilisation, mais pas au risque de réveiller les vieux démons. "Il ne faut pas rouvrir un débat, dit-il au Monde, qui, en France, n'intéresse personne jusqu'au jour où il est rouvert. Car le jour où il est ouvert, cela devient la guerre civile."

Henri Tincq

jeudi, 14 février 2008

La qualité d'enfant n'est pas liée à la capacité de naître

[le Figaro - 14/02/08]

Les trois familles qui ont gagné devant la Cour de cassation s’étaient vu refuser la reconnaissance de leur enfant mort-né, parce que les cours d’appel avaient pris comme référence les critères retenus par l’Organisation mondiale de la santé pour déterminer qu’un enfant est viable: 22 semaines de grossesse, ou un poids de 500 grammes. En donnant tort aux juridictions d’appel, la Cour de cassation affirme deux choses de la première importance.

La première, qu’il est tout de même bon de rappeler, est que l’OMS n’est pas un organe compétent en matière juridique, et que le simple fait de suivre ses recommandations ne peut suffire à établir le droit. La médecine et la science sont une chose, le droit en est une autre. Le second rappelle ici les premières à la contention de leurs compétences et précise clairement que les conclusions scientifiques (d’ailleurs tout à fait temporaires, et parfois controversées) n’ont pas force de norme: c’est très bien ainsi, et on ferait bien de s’en souvenir à d’autres propos.

La seconde est que, par sa décision, la Cour de cassation intervient d’une manière forte dans le champ symbolique. Elle reconnaît implicitement que la qualité d’enfant n’est pas liée à la capacité de naître, ni à la viabilité, mais d’abord à l’existence dans le ventre maternel puis à la relation qui unit cet enfant à ceux qui l’attendent. De sorte que cette qualité « d’enfant humain » (si l’on veut bien me passer cette redondance), doit lui ouvrir – et à ses parents en même temps qu’à lui – l’ensemble des droits attachés à l’être humain décédé: la reconnaissance de son existence, l’inscription dans une généalogie, l’attribution d’un prénom, et la trace de son passage sur terre par l’inscription officielle dans les registres de l’état civil. L’appartenance à l’humanité, même faible, même interrompue avant terme, ne peut pas être traitée comme si elle n’était pas. Comment, à cette aune, ne pas comprendre la détresse de ces familles qui constataient la disparition anonyme de leur enfant mort- né au milieu des déchets hospitaliers? Ces deux aspects semblent relever d’une évidence telle que l’on se demande bien pourquoi les décisions de la Cour suscitent des oppositions aussi violentes. En fait, pour être étonnantes, ces réactions sont malheureusement habituelles. Elles se fondent sur la crainte exprimée à chaque fois que l’on suggère ou que l’on affirme 1/que l’enfant non né est un enfant et 2/que la perte d’un enfant non né provoque la tristesse des mères et des familles. Les décisions de la Cour de cassation affaiblissent la portée des arguments avancés pour justifier les interruptions de grossesse par l’absence de caractère humain.

Cela étant, il est vrai que ces décisions réaffirment le fait qu’un enfant non né est un être humain à part entière et non un chimpanzé en moins vif et moins performant (ce que pensent et écrivent par exemple les tenants de la libération animale, comme Peter Singer, ou ceux de la Deep Ecology américaine). Cette réaffirmation semble gêner les « jusqu’au-boutistes » de la loi Veil, qui lui donnent habituellement une portée qu’elle n’a pas, et que son auteur n’a jamais revendiquée. Donner aux foetus morts toutes les marques de respect dues à l’humanité revient-il à remettre en cause la loi de 1975? On peut s’en plaindre ou s’en féliciter, mais non: les arrêts de la Cour de cassation rappellent le droit civil, pas plus, et pas moins. En revanche, il est clair que ces trois arrêts affaiblissent la portée conceptuelle des défenseurs prosélytes de cette loi. C’est pourquoi ces arrêts, loin de constituer une rupture, sont une bonne nouvelle. Ils portent un coin dans la dimension la plus inacceptable du relativisme: celle qui, comme le soupçon et ses maîtres, fait peser sur l’homme, en particulier à naître, le doute sur son humanité ellemême. Ils obligent un peu plus ceux qui postulent que l’être humain n’est pas humain dès sa conception à rendre compte de leur opinion, par des moyens plus sérieux et plus établis que ceux qui sont habituellement utilisés.

La faiblesse insigne des objections prononcées laisse cependant songeur sur ce point… En réagissant à ces arrêts, une responsable de mouvement « familial » déclarait: « On dérape dans une folie » . Si l’on comprend bien, il serait aliénant de tout faire pour précisément permettre que ce lien essentiel de la filiation soit attesté. Pourtant, il ne s’agit ici que de donner vie à une histoire, totalement et terriblement humaine de bout en bout, de la tracer, de l’enregistrer, afin que nul n’en ignore. Et que la vie de ceux qui continuent de vivre se déroule dans la moindre douleur possible. La pierre tombale l’indiquera: « Cigît un enfant qui n’a pas pu voir le jour, et les siens en sont meurtris. » Qu’y a-t-il de choquant à cela ?



Député des Yvelines, vice-président du Forum des républicains sociaux, auteur de Bioéthique: l’homme contre l’Homme ? (Presses de la Renaissance, 2007)

mardi, 12 février 2008

Gestation pour autrui

[Le Monde - 09/02/08]

La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, spécialiste de l'assistance médicale à la procréation, estime indispensable d'autoriser la pratique de la gestation pour autrui (GPA) en France.

La gestation pour autrui (GPA), qui s'adresse en premier lieu aux femmes présentant une pathologie utérine, va-t-elle entrer dans l'arsenal courant de la lutte contre la stérilité ?

Très probablement. Environ 10 000 bébés conçus dans le cadre d'une GPA sont nés aux Etats-Unis depuis une vingtaine d'années, et cette pratique est désormais autorisée dans de nombreux pays. Depuis la première fécondation in vitro (FIV, 1984) et le premier don d'ovocyte (1988), la fonction maternelle, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, peut ainsi se répartir entre trois femmes distinctes : la mère "d'intention" (qui élèvera l'enfant), la mère "génétique" (qui donnera l'ovocyte si besoin est) et la mère "gestatrice", terme aujourd'hui préféré à celui de "mère porteuse". Ces nouvelles façons de faire des bébés vont d'autant plus se développer que personne, aujourd'hui, ne supporte l'infertilité. Pas plus les médecins "fivistes" que les couples parentaux.

La France, où la pratique des "mères porteuses" est interdite par la loi bioéthique de 1994, est-elle en retard ?

Dans ce domaine, oui. La pratique de la GPA est aujourd'hui légale - ou du moins régulée par la déontologie médicale - dans de nombreux pays. En Europe, plusieurs d'entre eux ont déjà légiféré : la Grande-Bretagne en 1998, la Grèce en 2000, la Finlande et la Belgique en 2007. Tous l'ont fait dans des conditions rigoureuses, certaines lois prévoyant pour la gestatrice le remboursement par l'Etat des dépenses médicales. Voire, comme en Grèce, un dédommagement financier.

Vous figurez parmi les rares psychanalystes à vous prononcer pour la GPA. Pourquoi estimez-vous urgent, en France, de légiférer à nouveau sur ce point ?

Pour deux raisons majeures. La première, c'est que cet interdit représente une grave injustice vis-à-vis des femmes dont la stérilité est d'origine utérine, alors qu'on déploie par ailleurs une panoplie fabuleuse de traitements pour toutes les autres formes d'infertilité. La seconde, c'est que si on ne légifère pas, de plus en plus de couples se lancent dans des parcours hasardeux de "tourisme procréatif" pour trouver une femme susceptible de porter leur bébé. On estime qu'ils sont actuellement 300 à 400, chaque année, à faire ainsi appel à une aide étrangère. Or cette pratique, si elle n'est pas encadrée, présente des risques de dérives. Dans une GPA bien accompagnée, ce risque disparaît. C'est une histoire qui se déroule entre deux femmes, qui se connaissent tout naturellement. Certains protocoles prévoient même qu'elles se rencontrent plusieurs fois durant la grossesse.

Pour les femmes ayant une pathologie utérine, peut-on imaginer une autre perspective que la GPA dans un avenir proche ?

Non. La gestation intégrale en dehors du corps de la femme pose encore des problèmes techniques insurmontables, notamment pour suppléer l'ensemble des fonctions physiologiques assurées par le placenta et l'utérus. De même pour la greffe d'utérus, à laquelle personne ne croit vraiment. Et même si ces perspectives devenaient techniquement possibles, elles me semblent au plan psychologique infiniment plus lourdes que la GPA.

Cette gestation "par autrui" ne risque-t-elle pas de compliquer les relations entre l'enfant ainsi conçu et sa mère légale, celle qui l'élèvera ?

En anglais, il y a deux termes pour désigner la maternité : maternity et motherhood. Le premier désigne la mère proprement dite, et le second le "devenir mère". Ce que la psychanalyse a montré, c'est que ce "devenir mère" ne coïncide pas forcément avec la seule grossesse. Celle-ci, bien sûr, représente un temps privilégié d'élaboration du processus psychique mis en oeuvre. Mais l'adoption montre bien que la grossesse n'est pas l'alpha et l'oméga de la maternité. Une mère d'intention peut sans difficulté devenir une excellente mère sans jamais avoir porté son bébé. Quant au vécu de l'enfant ainsi conçu, il est encore trop tôt pour le connaître. Mais les risques psychiques d'une telle situation ne sont pas, dans mon expérience clinique, plus grands pour l'enfant que dans d'autres formes modernes de procréation, tels le don d'ovocyte ou "l'accueil d'embryon".

Quelle place la mère gestatrice prendra-t-elle dans la vie de l'enfant, si cette situation, comme la FIV aujourd'hui, devient relativement banale ?

En général, la gestatrice ne cherche pas à maintenir un lien étroit avec les parents d'accueil. Sa présence se limite souvent à une carte de voeux annuelle. Mais cela suffit à maintenir une sorte d'engagement moral, qui permettra, lorsque l'enfant sera plus grand, de lui parler de cette femme qui l'a mis au monde. A cet égard, les choses se passent de façon beaucoup plus simple dans les familles qui ont eu recours à une simple GPA que dans celles qui ont eu recours, de surcroît, à un don d'ovocyte. Car une grossesse ne dure que neuf mois, alors que les conséquences d'un don de gamètes se jouent sur plusieurs générations.

Si le recours à la GPA augmente trouvera-t-on suffisamment de femmes volontaires pour accepter cette mission ?

Lorsqu'on les interroge sur leurs motivations, on s'aperçoit que ces "mères porteuses" ont presque toujours connu une histoire de filiation un peu atypique : ce sont souvent des femmes généreuses qui mettent en oeuvre, à travers ces gestations, un processus de réparation. De plus, la plupart d'entre elles adorent être enceintes. Il est donc probable que certaines femmes, si on leur en donne la possibilité, s'accompliront dans une GPA.

Pour les couples gays désireux d'avoir des enfants, la GPA représentera-t-elle une voie privilégiée ?

Si les lois l'autorisent un jour, elle pourrait en effet constituer un palliatif à cette forme "sociologique" de stérilité masculine des couples homosexuels. De nombreux couples gays préféreront cette solution à l'adoption, car elle leur garantit que l'enfant à naître sera génétiquement lié à l'un des deux parents.

GPA, don d'embryons, homoparentalité... dans dix ou vingt ans, comment imaginez-vous les fêtes de famille ?

Tous ces bouleversements font que la famille coïncide de moins en moins avec le couple procréateur. Une nouvelle forme de parenté est en train de se construire sous nos yeux : une famille non plus seulement de sang ni même d'héritage. Comme la procréation sera de plus en plus médicalisée - surtout si l'on continue à retarder l'âge du premier accouchement -, ces cas de figure ne feront que croître. Les réunions de famille deviendront donc de plus en plus "multicomposées", de plus en plus sociales. Le tout, il faut l'espérer, dans la plus grande transparence.

Propos recueillis par Catherine Vincent

lundi, 11 février 2008

Dilemnes des médecins de l'infertilité

[La Croix - 28/01/08]

L'Agence de biomédecine présente mardi 29 janvier un bilan de l'assistance médicale à la procréation en France

Près de vingt-six ans après la naissance du premier « bébé-éprouvette » en France, Amandine, en 1982, l’assistance médicale à la procréation (AMP) s’est largement développée. Selon l’Agence de biomédecine, qui présente ce matin un bilan, 19 026 enfants sont nés dans l’Hexagone en 2005 grâce à une technique d’AMP.

Avec un corollaire : ces dernières années, les médecins de l’infertilité sont confrontés à de nouvelles demandes, qui les exposent à des choix éthiques difficiles, principalement du fait de l’âge des couples.

« Il y a plusieurs raisons à ces nouvelles demandes, explique Nicolas Foureur, médecin du Centre d’éthique clinique, à Paris. L’amélioration des techniques, bien sûr, qui ouvre le champ des possibles, mais aussi une appréhension différente de la place du patient qui, notamment depuis la loi du 4 mars 2002, a davantage son mot à dire. »

Conséquence, les médecins voient arriver en consultation des couples aux demandes « hors norme », pour lesquelles les textes n’apportent pas toujours de réponse claire, en dépit d’un cadre législatif assez strict : selon la loi du 6 août 2004, en effet, seul peut avoir recours à l’assistance médicale à la procréation un couple formé d’un homme et d’une femme « vivants, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans », ce qui exclut les célibataires, les couples de même sexe et les femmes ménopausées.

Un homme de 75 ans demandait à «récupérer» ses gamètes

Dans la pratique, pourtant, il n’est pas aussi simple d’interpréter l’expression « en âge de procréer ». Concernant les femmes, qui se présentent à un âge de plus en plus avancé, « il existe un relatif consensus pour ne pas aller au-delà de 43 ans », témoigne Jean-Marie Kunstmann, le responsable du Centre d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos) de Cochin. Si le don d’ovocytes ouvre techniquement la voie à des grossesses très tardives, la Sécurité sociale ne prend en charge la fécondation in vitro (Fiv) qu’avant 43 ans.

La question se corse en revanche en ce qui concerne les hommes. « Depuis quelques années, ils sont un nombre croissant à demander une congélation de leur sperme vers 60 ou 65 ans », remarque le docteur Kunstmann.

Le dépistage plus fréquent du cancer de la prostate y est pour beaucoup : lorsque la maladie est décelée, des urologues proposent aux patients la conservation de leurs gamètes avant traitement, puisque celui-ci comporte des risques de stérilité. « Il faut y ajouter une évolution de notre société, complète le praticien hospitalier. Aujourd’hui, on se dit qu’il est possible de refaire sa vie après 60 ans, y compris avec un projet parental. »

À Cochin, l’équipe a récemment été sollicitée par un homme de 75 ans qui avait fait conserver son sperme en 1994, à l’annonce d’un cancer. Père de quatre enfants et de nombreux petits-enfants, il s’était depuis remis en couple avec une jeune femme désireuse d’avoir un enfant, et demandait donc à « récupérer » ses gamètes.

L’âge n’est pas le seul en cause

« C’est un cas extrême, mais cela arrive régulièrement avec des hommes d’une soixantaine d’années, que doit-on faire alors ? », interroge le responsable du Cecos. À l’hôpital Jean-Verdier de Bondy (Seine-Saint-Denis), Jean-Noël Hugues, chef du service de médecine de la reproduction, est confronté aux mêmes dilemmes. « Faut-il aider un couple à avoir un enfant lorsque l’homme a 65 ans et a déjà subi quatre pontages cardiovasculaires, avec le risque que cet enfant se retrouve orphelin à cinq ans ? », questionne-t-il.

L’âge n’est pas le seul en cause. Il y a peu, le cas d’un couple jeune mais dont l’homme et la femme étaient tous deux atteints de mucoviscidose a été soumis au Centre d’éthique clinique de Cochin, qui rend des avis consultatifs.

« Les progrès de la médecine ont permis aux malades de gagner en espérance de vie, décrypte Nicolas Foureur. Ce couple souhaitait un enfant, tout en sachant que l’un ou l’autre risquait de mourir quelques années plus tard… Ils nous ont cependant expliqué qu’ils avaient lutté pour en arriver là et qu’ils pouvaient compter sur leurs proches en cas de décès. Au nom de quoi leur refuser ce projet ? Qui peut juger de l’intérêt de l’enfant à naître ? », interroge le médecin.

Celui-ci se souvient également de la situation inextricable d’un couple malien : « Ils demandaient une AMP en raison de la séropositivité de l’homme, ce qui est prévu par la loi. Cependant, d’autres difficultés se posaient : la précarité économique du couple, la clandestinité de la femme, qui risquait une reconduite à la frontière… »

Face à ces questions, les praticiens doivent trouver des règles de conduite. Le gynécologue obstétricien René Frydman, qui fut l’un des « pères » d’Amandine, s’en tient à son rôle de médecin. « L’élément dominant, c’est le risque que présente une éventuelle grossesse, notamment après un certain âge, explique-t-il. Pour le reste, je m’interdis d’entrer dans ce qui fait le désir d’enfant. »

Révision des lois de bioéthique en 2009

Il cite un exemple : « Même lorsque, pour telle ou telle raison, le futur père a une espérance de vie limitée, il est compréhensible que la femme souhaite avoir un enfant de l’homme qu’elle aime. Ce n’est pas mon rôle d’interférer », estime-t-il.

D’autres médecins, comme Jean-Noël Hugues, à Bondy, privilégient la décision collégiale et l’échange avec des collègues d’autres disciplines. D’autres encore sollicitent l’avis du Centre d’éthique clinique, composé de soignants et de non-soignants (psychologues, philosophes, sociologues, juristes, théologiens…) et dont l’objectif est précisément d’« accompagner » la décision médicale.

« Cette aide est précieuse car on se sent souvent seul face à ces questions qui dépassent notre compétence, fait observer Jean-Marie Kunstmann, à Cochin. Dès lors que la technique permet de transgresser les repères naturels, c’est aussi à la société de dire jusqu’où il faut aller. »

Autant de réflexions qui viendront nourrir les débats sur la révision des lois de bioéthique, l’année prochaine. D’ici là, les spécialistes de l’assistance médicale à la procréation attendent également que l’on s’intéresse au don d’ovocytes.

Le manque de dons et l’âge élevé des donneuses entravent actuellement l’efficacité de l’AMP en France, regrettent-ils, soulevant la question d’une éventuelle rémunération. L’agence de biomédecine prépare de son côté une campagne de sensibilisation sur le sujet, qui sera lancée au printemps.

Marine LAMOUREUX

dimanche, 10 février 2008

La vocation des laïcs

Va t'en chez toi, auprès des tiens (Mc 5,19). Tu as autre chose à faire. C'est ailleurs, toi, laïc, que tu as à Me servir. Tu as un autre office à remplir, - et raconte-leur... Occupe-toi d'eux. Parle-leur de moi. Raconte au monde Ma miséricorde - au lieu de rêvasser à cette barque où ta place n'est pas. ne considère pas ta vie comme un succédané. C'est une belle vie où tant de gens attendent que leur soit révélé par toi "ce que le Seigneur a fait", ce dont l'amour du Seigneur est capable.

La plupart des laïcs méconnaissent leur vocation. Ils n'ont pas compris que Dieu a besoin d'eux là où ils sont, que Dieu a besoin d'eux pour continuer son oeuvre dans le monde, que Dieu compte sur eux pour achever et sanctifier le monde ! Qu'il leur a confié cette besogne, ces enfants, cet homme, cette femme, cette tâche, et que chacun d'entre nous est l'administrateur sage et prudent que le maître a établi sur quelques-uns de ses biens et de ses serviteurs afin de distribuer à chacun la nourriture en temps opportun.

Dieu avait besoin de quelqu'un, figurez-vous, là où vous êtes : pour guider cet enfant, pour réjouir cet homme, cette femme, pour accomplir ce travail, pour manifester son amour. Il aurait pu le faire lui-même, sans avoir recours à vous ?

Le Seigneur aurait pu faire tout seul. Mais il a voulu que le monde soit tel... que ce serait moins bien ! Dieu a voulu avoir besoin des hommes. Dieu a voulu que nous soyons nécessaire à l'achèvement de son oeuvre.

Louis Evely, C'est toi cet homme

[source : Magnificat - réf à Mc 5.1-20]

vendredi, 01 février 2008

Jeûner ?...

[Il est vivant - 26/01/2008]

Le point de vue du médecin. Le docteur Myriam Lejeune est médecin naturothérapeuthe et spécialiste du jeûne. Elle nous explique les mécanismes, effets et bienfaits de cette pratique ancestrale, mais ô combien actuelle, sur tout notre être.

D’un point de vue thérapeutique, quel intérêt comporte le jeûne ?

Le jeûne est un merveilleux trésor pour notre être tout entier : corps, cœur, esprit. Il fait partie intégrante de la vie. On l’observe dans le règne animal et végétal. Il s’inscrit dans une des lois de vie qui structure la Création, à savoir, l’alternance. Toute vie est rythmée par l’alternance. Par exemple, dans le rythme respiratoire (inspiration/expiration), le rythme cardiaque (systole/diastole), le biorythme d’une journée (la nuit et le jour ; le sommeil, l’état de veille et le travail), le déploiement d’une année. On la retrouve aussi dans la nature, le rythme des saisons (l’hiver, temps d’hibernation, de mise au repos de la terre, de la nature ; le printemps ; l’été, jaillissements de la vie renouvelée). Pour être pleinement participant, responsable et acteur de notre santé, accueillons le jeûne positivement, comme un cadeau pour notre corps. Car la physiologie du jeûne répond à ce besoin vital de l’organisme qu’est le juste équilibre de la dynamique de l’alternance.

Pendant le jeûne, par quelles étapes va passer notre corps ?


Durant le jeûne, le corps ne se nourrit plus de l’extérieur, mais de l’intérieur par un phénomène d’autolyse, de combustion, (des sucres, glycogène, graisses, protéines, néoglycogénèse, etc.) apportant les matières premières, l’énergie nécessaire à la nutrition des cellules, au renouvellement et au maintien des structures tissulaires. Un véritable “nettoyage de printemps” se fait, appelé “détoxination” (ou drainage des toxines de l’intérieur vers l’extérieur) pouvant se manifester par quelques malaises (maux de tête, fatigue, courbatures…). Ce sont des “crises de nettoyage”, dites “crises curatives”. C’est bon signe ! Le processus de détoxination est en route ! Ne luttons pas contre ! Mais, accompagnons ce travail de drainage, de purification en soutenant les organes ou émonctoires dont la fonction est essentielle durant un jeûne : - Les poumons : en marchant, tous les jours, si possible au grand air (selon le rythme de chacun) ; une marche consciente, rythmée par une respiration abdominale active, ouverte sur nos cinq sens. L’oxygène est indispensable, la clé d’une bonne combustion. - Les reins : en buvant très régulièrement et lentement, en “mâchant” l’eau, la tisane, le jus de fruits bio ou le bouillon de légumes bio, selon la méthode Buchinger. - Les intestins : par des lavages intestinaux ou purges douces, pour ceux qui le souhaitent. - La peau : par des massages du corps avec gants de massage, brosses de massage, etc.

Par ailleurs, le corps qui jeûne est en repos physiologique. De ce fait la qualité du sommeil est différente. Il ne s’agit pas d’insomnie. Les grands jeûneurs sont tous des veilleurs (les pères de l’Église, le curé d’Ars, Gandhi, Marthe Robin, etc.). Profitons de la nuit pour prier, faire une relecture de notre histoire, accueillir des pensées ou motions intérieures et les noter sur un carnet à portée de la main.

Quels en seront les effets physiques positifs ?

Les bienfaits du jeûne sont multiples, fruits du travail de drainage, d’élimination, de repos physiologique de l’organisme, à savoir :

- La mise au repos du tube digestif.
- La revitalisation de l’écosystème intestinal et sa microflore.
- La relance du système immunitaire.
- La diminution des phénomènes inflammatoires (affections gastro-intestinales, allergies, asthme, arthrite, polyarthrite).
- La baisse du taux d’insuline par suppression d’apport de glucose : amélioration très importante des maladies métaboliques, dites de surcharge (dyslipidémies, hypercholestérolémie, diabète type 2, athérosclérose).
- L’amélioration de l’hypertension artérielle, des troubles de la circulation artérielle ou veineuse, des œdèmes. Le jeûne est un digital naturel (pour le cœur), un diurétique naturel (pour les reins).
- La mise au repos du système neurovégétatif et l’harmonisation des sécrétions neuro-endocriniennes.
- Le drainage et le nettoyage des dermatoses ou affections cutanées (acné, eczéma…).

Peut-on retirer également de cette pratique des bénéfices psycho-affectifs ?

Oui, car le jeûne est un exercice, un entraînement, une ascèse (du grec askésis, entraînement). Il révèle, découvre toutes ses richesses et sa fécondité, jour après jour, chemin faisant. Soyons persévérants, ne nous laissons pas décourager. Allons de l’avant ! Le jeûne nous met en route vers une vie nouvelle, notre Pâques intérieure, en nous saisissant dans toutes les strates de notre être : corps, cœur, esprit. Il nous fait vivre un déplacement intérieur, du « corps que j’ai » au corps que je suis », entre autres par l’expérience du “lâcher prise” et aussi par celle du manque. Dans notre société, le manque est intolérable : « Il faut tout, tout de suite ! » Le jeûne est révélateur des mécanismes de compensation : tabac, alcool, troubles de l’oralité, de la sexualité, besoin de reconnaissance, etc. « Quelle est ma vraie faim ? » Quand on a faim, on parle de “creux” à l’estomac. Durant le jeûne, ce creux n’est pas un vide, mais un espace intérieur qui s’ouvre. Le creux devient creuset offrant l’émergence, la mise en lumière, au-delà de la mémoire affective ou psychique, de la “mémoire de notre corps”. Il est bon, durant un jeûne, de faire “mémoire” de son histoire pour unifier tout notre être à partir du cœur profond, là où je suis habité « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l’Esprit Saint qui est en vous ? » (1 Co 6, 19-20).

Et quels en sont les fruits spirituels ?

Gandhi, grand jeûneur, disait : « Le jeûne est pour la vie intérieure ce que les yeux sont pour le monde qui nous entoure. »

- Le jeûne est une école de vie. Par son travail de désencombrement, d’appauvrissement, il est source de clairvoyance, de lucidité d’où peut jaillir la question existentielle, « qui suis-je ? », et ma vocation originelle qui redonne sens et substance à ma vie. « Dieu dit : faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1, 26).

- Le jeûne est une école de libération, de liberté. Par le renoncement, le détachement, la modération, la notion du temps habité, je me découvre :

. humble dépendant de mes limites physiques, physiologiques, du souffle reçu et donné.
. une créature au sein des lois de vie inscrites dans la Création. Je me reçois d’un Autre. Je ne suis pas à l’origine de ma vie. Je suis solidaire, co-responsable de la Création, sa beauté, ses richesses à partager, à transmettre.
. un être de désir, et non pas un être “instrumentalisé” par les besoins, les envies, démultipliés par la société de surconsommation, de surmédiatisation, la culture ambiante du “toujours plus”.

- Le jeûne est une école de l’écoute. L’écoute est la trame de la fécondité du jeûne. Au début du jeûne, on est davantage centré sur l’écoute de soi. Puis, par la Parole de Dieu vivante, nourrissante et structurante s’ouvre une écoute plus profonde, l’écoute du “TOUT-AUTRE”, qui est enrichie par les sacrements, notamment par l’Eucharistie et l’adoration eucharistique (étymologiquement ad-os : tourner la bouche vers). « L’homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). Cette écoute profonde peut être un instrument pour redécouvrir le vrai sens du jeûne eucharistique et redevenir ainsi un être de désir, amoureux de son Créateur.

Le jeûne ouvre le regard du vrai, du beau. Le jeûne me décentre de moi, me construit à devenir un être de communion avec ceux qui ont faim de pain, de justice, de paix, avec les malades, avec les personnes âgées vulnérables, dépendantes (« Le jeûne que je préfère… », Is 58, 6-10), pour être ferment d’alliance, ouvrier de paix, dans l’esprit des béatitudes. « Acquiers la paix intérieure et des milliers autour de toi seront sauvés » saint Séraphin de Sarov.

Propos recueillis par Laurence de Louvencourt

Interview de Mgr Defois

[La Croix - 01/02/08]

Mgr Defois : « Il nous faut afficher ce en quoi nous croyons »

dfc640fe9c7eda32c66ab717dfe14b52.jpgAprès plusieurs décennies de hautes responsabilités dans l'Église de France, Mgr Gérard Defois devrait quitter samedi le diocèse de Lille. Retour sur le parcours d’un pasteur et sociologue auquel ses postes variés ont permis de cumuler une expérience rare.

La Croix : Vous êtes sociologue de formation : cela vous a-t-il servi pour être prêtre et évêque ?

Mgr Gérard Defois : Cela m’a aidé et gêné. Aidé, car être sociologue m’a permis de dédramatiser certains problèmes en allant au-delà du questionnement théologique. Mais cela m’a aussi gêné, car je ne pouvais pas avoir le même discours que ceux pour qui la réponse aux problèmes était de rappeler la doctrine. Or, par rapport aux questions d’identité, l’analyse sociologique est forcément déstabilisatrice. En même temps, c’est après une session de formation aux évêques, où j’avais fait une analyse sociologique de la situation de l’Église, que j’ai été appelé comme secrétaire général adjoint de l’épiscopat, en 1973.

En 1977, vous devenez secrétaire général de l’épiscopat. Une période difficile pour l’Église de France : d’un côté « l’affaire Lefebvre », de l’autre la tentation politique vers la gauche. Comment maintenir l’unité ?

À l’époque, beaucoup de prêtres voulaient avoir un engagement politique. Pour eux, mettre de la justice dans la société signifiait un engagement à gauche. L’épiscopat a voulu réagir contre cette tendance à confondre l’action politique et pastorale, en soulignant le rapport entre l’action libératrice de l’homme avec le salut en Jésus-Christ. Je regrette quelquefois qu’on ne se souvienne plus du travail fourni à cette époque.

Vous êtes alors l’un des premiers à plaider pour une plus grande visibilité des chrétiens dans la société…

C’était effectivement une vision dérangeante. Mais je pouvais l’affirmer, grâce à l’approche sociologique qui me donnait une vision différente des choses : la société se recomposait et il fallait y être soi-même, comme y invitait Jean-Paul II. Sortir de l’enfouissement était devenu une nécessité pour affirmer les positions chrétiennes dans les débats sociaux.

En 1980, vous préparez le premier voyage de Jean-Paul II en France. Ce fut un demi-succès : le regrettez-vous ?

Ce premier voyage du pape en France a été difficile. D’une part à cause de l’imbroglio politique entraîné par les querelles entre Giscard, Barre et Chirac. Pour des raisons également météorologiques, Le Bourget aura été un demi-flop. Mais ce voyage a aussi révélé les tensions internes du catholicisme français.

Tensions que l’on retrouve sous d’autres formes pour la venue du pape à Reims, en 1996, où vous êtes alors archevêque. Comment avez-vous déminé le terrain « sensible » de l’anniversaire du baptême de Clovis ?

Le déminage, je l’avais pratiqué six ans comme secrétaire général de la Conférence épiscopale ! À Reims, j’ai été beaucoup aidé par des universitaires, comme Michel Rouche, qui ont aidé à dépasser l’imagerie traditionnelle sur Clovis : avant Clovis, il y avait déjà des chrétiens, et après lui, il y a eu encore des païens. Et le pape a fait une très belle homélie sur le sens profond du baptême.

Vous aurez finalement, à divers titres, accueilli quatre fois Jean-Paul II. Et de 1989 à 1991, vous avez présenté sa pensée lors du Carême à Notre-Dame. En quoi ce pape a-t-il compté pour vous ?

L’apport intellectuel de Jean-Paul II est inégalable. Ses encycliques sont d’une grande qualité de construction : il y a une véritable architecture de la pensée. C’est notamment vrai avec Redemptor hominis. À l’époque, tout un mouvement disait que le pape remettait en cause Vatican II. Or, justement, dans cette première encyclique, Jean-Paul II ne cite que les documents critiqués par les traditionalistes !

Vous avez été aussi recteur de l’Université catholique de Lyon de 1984 à 1990, avant d’être nommé archevêque de Sens. Ce passage au travail pastoral direct a-t-il été difficile ?

Toute ma vie, j’ai balancé entre mission pastorale et vie universitaire. Le plus difficile pour moi aura été de quitter le cercle de relations d’une ville comme Lyon pour un diocèse rural. Je suis passé d’une situation urbaine à un monde rural en voie de désertification. Cela a demandé de me convertir à quelque chose d’humble, mais aura finalement été passionnant.

En 1998, vous arrivez à Lille, diocèse où vous serez resté le plus longtemps. Que gardez-vous de toutes ces années d’épiscopat ?

Sens-Auxerre, Reims puis Lille auront été des diocèses très différents. Ici, à Lille, j’ai trouvé un diocèse très structuré et un tissu local marqué par l’Action catholique. Des rigidités, aussi, mais un réel dynamisme porté, par exemple, par l’Université catholique ou par un fort diaconat. Imaginez que, dans l’Yonne, je n’avais que quatre diacres, alors qu’ils sont 66 à Lille ! Ici, l’évêque ne peut pas s’occuper de tout : la subsidiarité est incontournable. Aussi, sur ce « paquebot », est-il nécessaire d’aller voir ce qui se passe dans les soutes et de rencontrer ceux qui font avancer le navire. C’est ce que j’ai voulu faire à travers les visites pastorales. Je n’ai pas organisé de synode : peut-être mon successeur devra-t-il le faire, pour créer une conscience diocésaine. Ce diocèse en effet, créé en 1913, est encore jeune et manque d’unité : on se sent d’abord de chez soi avant d’être du diocèse. Par exemple, les rassemblements diocésains réunissent moitié moins de monde que dans les diocèses d’Arras et de Cambrai.

Pendant trente-cinq ans, vous avez été aux avant-postes de l’Église de France. Comment celle-ci a-t-elle changé ?

Tout au long de cette période, j’ai vécu de l’intérieur la crise interne et morale de l’Église. Cela m’a permis de réfléchir. Il y a eu des changements très importants. Je pense que les débats de l’Église n’ont pas suffisamment pris en compte les questions de société. Or, les questions qui se sont posées à nous – comme la laïcité, le sécularisme, la montée de l’individualisme – étaient davantage des questions de société que des problèmes religieux.

Comme le décrit Jean-Paul Willaime, nous avons vécu une « sécularisation au carré ». Une première étape a été une sectorisation du religieux, avec sa mise à l’écart dans un débat purement privé ; puis il y a a eu une sécularisation des valeurs sur lesquelles est bâti le vivre-ensemble. Et voici que maintenant on en appelle au religieux pour donner une espérance sociale : cet appel aux croyances – si ambigu qu’il soit ! – révèle une société inquiète de son sens comme de ses projets. Le sens collectif est ce qui est le plus en danger aujourd’hui.

Que voulez-vous dire ?

Il y a un problème : la méconnaissance de la Parole de Dieu, de la spécificité propre du christianisme parmi les autres religions, dans un monde qui se fait une foi en kit. Nous avons là un très gros travail au niveau de la régulation, de l’unité du christianisme. Il faut un christianisme qui ne soit pas basé uniquement sur la réponse aux besoins religieux, mais qui soit profondément évocateur de rupture, au nom de la rencontre avec le Christ. Ces questions du vrai visage de Dieu, cette vision du crucifix, de l’amour vécu à la suite du Christ, sont des questions radicales ! Autrement, on risque d’entrer dans une sorte de sentimentalisme religieux dominant que l’on nous demande de remplir. Nous arrivons à une vocation protestataire au nom du Christ dans la société d’aujourd’hui, et pas simplement au nom de la morale. Nous sommes les témoins du Salut, et pas seulement de la réglementation morale.

Est-ce à dire que le catholicisme a une fonction contestataire ?

La question aujourd’hui n’est pas de savoir si nous sommes majoritaires ou minoritaires, mais d’exister avec une identité de remise en cause. Dans le débat démocratique, il nous faut afficher ce en quoi nous croyons. Le problème de la foi chrétienne et de l’Église, aujourd’hui, c’est d’oser être différent. Cela pose des questions à une conception neutraliste de la laïcité, d’accord, mais on ne peut pas être chrétien dans la société d’aujourd’hui et rechercher le « consensus mou ».

Recueilli par Nicolas SENEZE

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