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mercredi, 30 janvier 2008

L'éducation, une affaire de coeur

09817cddfaeed5689b4f9ac8deba0e5d.jpgSi vous êtes vraiment des pères pour vos élèves, il faut que vous en ayez aussi le coeur.

Puisqu'ils sont nos enfants, évitons toute colère lorsque nous devons réprimer leurs fautes ; ou du moins modérons-la de telle sorte qu'elle paraisse tout apaisée. Pas d'agitation de l'âme, ni de mépris dans les yeux, ni d'injures sur les lèvres. Ressentons plutôt de la compassion dans la situation présente, de l'espérance pour l'avenir. Vous serez alors de vrais pères et votre éducation sera efficace...

Regardons comme nos enfants ceux sur qui nous avons à exercer notre autorité. mettons-nous pour ainsi dire à leur service, comme Jéus, qui vint pour obéir et non pour commander... Souvenez-vous que l'éducation est une affaire de coeur et que Dieu seul en est le maître ; nous ne pourrons rien réussir si Dieu ne nous en apprend l'art et s'il ne nous en donne les clefs.

S. Jean Bosco

[source : Magnificat - 30/01/08]

mardi, 29 janvier 2008

Sexualité et procréation

L’Église s’inquiète de la dissociation entre sexualité et procréation.
Si l’Église catholique met en garde contre l’assistance médicale à la procréation, elle accompagne aussi les couples dans leur quête de fécondité.

«Avec le recul d’une ving­taine d’années d’exer­cice, nous voyons mieux pourquoi l’Église a condamné les diverses techniques d’assistance médicale à la procréation » , écrit Mgr Jean-Louis Bruguès en tête du chapitre consacré à ce sujet dans le « Lexique des questions éthiques » (1). Le théologien dominicain, alors évêque d’Angers, nommé depuis secrétaire de la Congré­gation romaine pour l’éducation catholique, est d’ailleurs réticent à utiliser le terme d’ « assistance » car, pour lui, il s’agit plutôt d’une « substitution » .

Ces substitutions – et les disso­ciations qu’elles entraînent – sont au cœur des objections morales que l’Église catholique n’a cessé de soulever contre les AMP, dès l’instruction Donum vitae de la Congrégation pour la doctrine de la foi, en 1987. Ainsi, le P. Jac­ques de Longeaux, théologien et prêtre parisien qui anime depuis quelques années des sessions pour couples sans enfants dans le cadre des Équipes Notre-Dame, met en garde contre « la dissociation en­tre sexualité et procréation, et vice versa» , tout en soulignant qu’il commence toujours par « écouter et tenir compte de la souffrance » de ces couples. « En substituant un acte technique à l’étreinte des corps , écrit pour sa part Mgr Bru­guès, on pervertit la relation à l’enfant : celui-ci n’est plus un don mais un dû. »

Autre dissociation mise en cause par l’Église : celle des parentés en cas de fécondation in vitro hétéro­ logue (ou insémination artificielle avec donneur – IAD), puisque l’on fait appel à un tiers donneur de sperme. Selon Donum vitae , qui parlait du « droit de l’enfant à être conçu et mis au monde dans et par le mariage » , l’IAD « lèse les droits de l’enfant, le prive de la relation filiale à ses origines parentales, et peut faire obstacle à la maturation de son identité personnelle ». De fait, l’homme et la femme ne se trou­vent plus à égalité devant l’enfant puisqu’il est issu biologiquement « de l’un mais non de l’autre » – se­lon Mgr Bruguès. Et même en cas de FIV entre époux, « il n’est pas indifférent, pour la personnalité de l’enfant, d’avoir été engendré dans une éprouvette » , estime le P. de Longeaux.

Enfin, l’Église met en garde contre «la perte de valeur de l’embryon » , selon l’expression du P. Brice de Malherbe, enseignant de bioéthique à l’École Cathédrale. Du fait, d’une part, de la « réduction embryonnaire » (pour ne laisser qu’un seul embryon se développer dans l’utérus après en avoir im­planté plusieurs) et, d’autre part, de la congélation ou de l’utilisa­tion des embryons surnuméraires (à des fins scientifiques), celui-ci voit son statut défini selon un acte de reconnaissance extérieur à lui.

« Tout se passe comme si l’embryon qui n’est pas porté par un “projet parental” n’avait pas de valeur » , regrette le P. de Malherbe. Or la tradition catholique soutient que l’embryon est un «être humain à part entière » et doit être traité « comme s’il était une personne » . «Dès sa conception , rappelait Donum vitae , on doit lui reconnaî­tre les droits de la personne, parmi lesquels le droit inviolable à la vie. » C’est souvent « cette question des embryons surnuméraires qui pose un vrai problème de conscience » , selon le P. de Longeaux, aux cou­ples catholiques qui pourraient être tentés par une FIV.

Même constat de la part du doc­teur Éric Sauvanet, chef du service gynéco-obstétrique de l’hôpital parisien Saint-Joseph-Bon-Secours où, depuis 1987 (après Donum vi­tae ) on ne pratique plus de FIV mais où l’on continue d’accom­pagner des couples infertiles. «Parmi les couples catholiques pratiquants qui nous consultent, 90 % refusent une fécondation in vitro » , estime le docteur Sauvanet. Il faut dire que ceux qui veulent une FIV se concentrent sur les centres qui les pratiquent… En revanche, Jean-Claude Soudée, jeune retraité qui, depuis 2000, anime, avec son épouse, des sessions pour couples en attente d’enfant au centre jésuite de Manrèse, se souvient, à propos de la dernière session en 2004, que « parmi la dizaine de couples inscrits, la plupart étaient passés par l’insémination artificielle ou la stimulation ovarienne. Tous en par­laient comme d’un parcours lourd, difficile, et exprimaient le désir de ne pas s’acharner » , poursuit-il.

Car l’enjeu de l’accompagnement des couples sans enfant est bien là : montrer qu’au-delà du « négatif » des mises en garde ecclésiales, il y a du « positif ». « Et puis , souligne le P. de Longeaux, l’Église est sans doute l’un des seuls lieux où l’on ne traite pas de la fécondité d’un point de vue strictement médical mais où les couples peuvent aussi être accueillis et consolés. »

Claire Lesegretain

(1) Conseil pontifical pour la famille, Éd. Téqui, 2005, 1 002 p., 60 €.

dimanche, 27 janvier 2008

Les gestes des fidèles dans la liturgie

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[La Croix - 26/01/08]

La participation active à laquelle le concile Vatican II appelle les fidèles suppose que ceux-ci soient conscients de leurs gestes et de leurs attitudes dans la liturgie.

Pourquoi doit-on faire certains gestes lors de la messe ?

La liturgie de la célébration eucharistique ne s’intéresse pas seulement aux paroles pronon­cées. Elle fait aussi une grande place aux gestes et aux attitudes. Les fidèles sont à genoux, s’as­soient, se lèvent, ils ont les mains jointes, ils inclinent la tête… Tout cela ne constitue pas un code ni un rituel. Les gestes liturgiques chré­tiens sont un rappel, plus ou moins direct, des actes et des paroles du Christ. L’Eucharistie est d’ailleurs la mémoire de la Cène. Les gestes et attitudes sont aussi liés à des pa­roles dans les Écritures. Ainsi, dans l’une de ses lettres aux Philippiens, saint Paul évoque la génuflexion en parlant du Christ : « Aussi Dieu l’a­t-il exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux sur la terre et dans les enfers » (Première Épître aux Philippiens 2, 9).

Comme l’a rappelé Vatican II, l’assemblée doit participer plei­nement à la célébration eucha­ristique. La Présentation générale du Missel romain (PGMR) indique d’ailleurs que l’assemblée ne doit pas être simple spectatrice du­rant la cérémonie. « Les attitudes communes à observer par tous les participants sont un signe de l’unité des membres de la communauté chrétienne rassemblée dans la Sainte Liturgie ; en effet, elles expriment et développent l’esprit et la sensibilité des participants » (PGMR 42). Ainsi le corps est-il un moyen d’aller à la rencontre de Dieu et chaque geste ou parole, chaque action, contribue à la prière et à la célébration. Car celle-ci n’est pas une simple réu­nion humaine. Durant la messe, le Christ est présent parmi les fidèles : « Que deux ou trois, en effet, soit réu­nis en mon nom, je serai là au milieu d’eux » (Matthieu 18, 20). D’où l’im­portance de la conscience de cette présence. Le geste révèle au fidèle qu’il est devant Dieu. « Ce résultat sera obtenu si (…) la célébration tout entière est organisée pour favoriser chez les fidèles cette participation consciente, active et plénière du corps et de l’esprit, animée par la ferveur de la foi, de l’espérance et de la charité » (PGMR 18).

Comment doit-on se comporter à l’assemblée dominicale ?

Les gestes et positions des fidèles s’inscrivent dans le déroulement de la célébration. Ils sont en lien avec la signification des paroles et des gestes du célébrant. Cha­que position a une signification symbolique forte. Être debout, par exemple, signe de respect, d’écoute, a aussi une signification qui ren­voie à l’homme debout, à l’image du Ressuscité. Par leurs gestes et attitudes, les fidèles doivent avoir pour but « que toute la célébration manifeste une belle et noble simpli­cité, que soit perçue toute la vraie signification de ses diverses parties et que soit favorisée la participation de tous » (PGMR 42).

Les attitudes et les gestes de l’assemblée ne doivent pas revêtir un caractère trop ostentatoire. «Le geste vient de l’intérieur», explique Sœur Catherine Aubin, dominicaine et auteur de Prier avec son corps (1), pour qui il ne s’agit pas non plus de sombrer dans le mimétisme. Mais cha­cun doit aussi veiller à ne pas se démarquer dans l’assemblée et à respecter les coutumes. Car c’est une assemblée, formant un tout – un seul corps – qui s’est réuni. La PGMR précise même que les conférences épiscopales de chaque pays doivent « adapter les gestes et les attitudes décrits dans l’Ordi­naire de la messe à la mentalité et aux justes traditions des peuples » (PGMR 43). Il s’agit de respecter les coutumes du pays. C’est ainsi qu’en Afrique, l’assemblée est assise pour écouter l’Évangile, cela en signe de respect. De même, la communion des fidèles peut se faire dans la main ou dans la bouche, selon les sensibilités de chacun. Même chose pour le temps qui suit la communion : « Les fidèles seront assis (…) si on le juge bon, pendant qu’on observe un temps sacré après la communion » (PGMR 43).

Où sont inscrits les gestes et positions des fidèles ?

C’est le Missel qui indique les tex­tes et la liturgie à suivre durant les célébrations, tant par le prêtre que par l’assemblée. La Présentation gé­nérale du missel romain (PGMR), publiée en 1970 (2) et qui explicite la manière de célébrer, donne aussi des indications sur l’attitude des fidèles et la tenue de la célébra­tion. Les gestes et les positions des fidèles ont un peu varié au cours des siècles. Si les premiers chrétiens ont souvent été debout durant la messe, au XV siècle c’est la position agenouillée qui est mise en avant. Dans la PGMR, l’Église in­dique: «En énonçant les règles selon lesquelles le rite de la messe serait révisé, le IIe concile du Vatican a ordonné, entre autres, que certains rites “seraient rétablis selon l’ancienne norme des Pères” » (PGMR 6), soulignant ainsi une continuité de la liturgie. Elle pré­cise aussi que les pères du Concile « ont répété les affirmations dogma­tiques du concile de Trente, ils ont parlé à une époque bien différente de la vie du monde ; c’est pourquoi, dans le domaine pastoral, ils ont pu apporter des suggestions et des conseils qu’on ne pouvait même pas prévoir quatre siècles auparavant » (PGMR 10).

Valérie-Anne Maitre

(1) Cerf, 242 p., 22 €.
(2) La traduction française de la troisième édition (2002) doit être publiée fin mars
(lire La Croix du 23 janvier) .
À LIRE « Gestes et attitudes », La Maison-Dieu n° 247, Centre national de pastorale liturgique, Cerf, 202 p., 14,50 €.

La vie monastique

[La Croix - 26/01/08]

Les monastères vivent au rythme de la liturgie, de la prière personnelle, du travail, selon une organisation précise et chargée de sens.

Saint Benoît est né dans une civilisation où la vie était fondée sur la marche du so­leil. Depuis, les moines ont relu les rythmes fixés dans sa Règle en fonction des évolutions de la vie sociale, et notamment de l’im­portance donnée au travail qui leur permet de gagner leur vie. Mais le temps des moines et des moniales est toujours scandé par les offices liturgiques. Au cours de la nuit, ils se réunissent dans l’église du monastère pour un long temps de prière. L’essentiel de cet office de nuit, nommé « vigiles », qui dure de une à trois heures, est constitué de psaumes, de lectures tirées de la Bible ou d’auteurs spirituels, no­tamment les Pères de l’Église.

Les moines se retrouvent ensuite au lever du jour pour les « laudes », qui tirent leur nom du fait que l’on y chante un ou plusieurs psaumes de louange. Ceux-ci font écho à l’éveil de la nature et célèbrent le Christ, venu « pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort et pour conduire nos pas au chemin de la paix » (Cantique de Zacharie). La journée est ensuite ponctuée de temps de prière plus brefs (environ un quart d’heure) : «tierce», «sexte» et «none». Le but de ces « petites heures » est de maintenir l’attention à la présence de Dieu tout au long du jour.

Tierce, troisième heure depuis le lever du soleil, évoque l’heure où l’Esprit Saint descendit sur les Apôtres au jour de la Pentecôte. Sexte, sixième heure, rappelle le Christ mis en croix, et none, la mort du Fils de Dieu sur la croix. Outre l’hymne et la lecture d’un bref passage de la Parole de Dieu, les psaumes occupent une grande place dans ces « petites heures ». Ceux chantés au cours de ces offices sont ceux que l’on nomme des « montées » ou « graduels » : des textes traditionnellement chantés par les juifs lorsqu’ils se rendent à Jérusalem au moment des grandes fêtes de pèlerinage.
À l’heure où le jour décline, les moines se rassemblent à nouveau pour l’office de « vêpres » au cours duquel leur prière monte « comme l’offrande du soir ». Ils se réunis­sent une dernière fois après le dîner, pour les « complies », qui se terminent par l’une des antiennes dédiées à la Vierge Marie, comme le Salve Regina. Si ces offices sont pour les moines des moments forts de recentrement, la célébration eucharistique, célébrée quotidien­nement dans la plupart des monas­tères, occupe néanmoins une place centrale dans la journée.

En dehors des offices liturgiques, dont les horaires varient selon les familles monastiques et les mo­nastères (1), les moines consacrent du temps à la lectio divina, c’est­à-dire à la lecture, la rumination, la méditation du texte biblique et d’écrits spirituels qui lui font écho, mais aussi à l’oraison qui, selon la tradition monastique, est issue de cette lectio divina. Ils se réunissent également chaque jour à la salle du chapitre pour y entendre un extrait de la Règle de saint Benoît et un enseignement de leur abbé. Le reste du temps, après tierce et none, ils se consacrent au travail et au service communautaires.

Côté travail, la liste des pro­ductions monastiques est parti­culièrement longue, même si les travaux artisanaux occupent une place privilégiée car plus compa­tibles avec l’horaire liturgique. Le travail intellectuel a également sa place, mais les besoins matériels le­ rendent parfois plus difficile. Pour le reste, un monastère fonctionne comme une microsociété. Le cellé­rier, chargé des affaires matérielles, est aujourd’hui fortement accaparé par l’administration, la gestion du personnel monastique et laïc, les travaux d’entretien et d’investisse­ment. Le prieur et le sous-prieur secondent l’abbé. Le maître des novices est chargé de la formation de ceux qui entrent au monastère. L’infirmier prend soin des anciens et des malades. Il faut encore citer le cuisinier, le cérémoniaire en charge de la liturgie, le maître de chœur, l’hôtelier qui reçoit les hôtes qui séjournent sur place, le portier, le bibliothécaire…. toutes ces responsabilités étant confiées pour un temps déterminé mais renouvelable.

Dans l’emploi du temps des moines et des moniales, les repas, pris en silence, sont au nombre de trois dans la plupart des monas­tères. Une lecture les accompa­gne, le choix de celle-ci pouvant aujourd’hui toucher de nombreux domaines de culture générale. Cette coutume vise bien sûr à alimenter l’esprit, et à inviter les moines à ne prêter qu’une atten­tion seconde à la nourriture. La vie monastique prévoit par ailleurs quelques moments de détente ap­pelés récréations.
Le choix des horaires, qui rendent la vie monastique viable, est tou­jours un moment délicat pour une communauté. Elle doit rester fidèle à l’intuition de saint Benoît, sans être esclave des éléments proposés pour son époque, et sans se laisser envahir par l’esprit de rentabilité.

Martine de Sauto

(1) À Ligugé, l’office de nuit (les vigiles) est célébré le soir à 21 heures. Les moines se lèvent le matin à 6 heures, été comme hiver. L’office de laudes est fixé à 7 heures, tierce à 8 h 30. La messe est célébrée en fin de matinée, à 11 h 30, pour permettre aux laïcs d’y participer. Les vêpres sont à 18 heures et complies à 20 heures. Les moines de Ligugé travaillent cinq heures par jour, de 9 heures à 11h15, puis de 14h30 à 17h45. Les repas sont à 13 heures et 19 heures et le temps de récréation de 14 heures à 14 h 30.

Qu'est-ce qu'un miracle ?

Faire suivre le mot « miracle »  d’un point d’exclamation est une manière d’évoquer la di­versité des réactions qu’il peut provoquer, de la foi émerveillée à la gêne et au scepticisme. Les miracles tiennent une place con­sidérable dans les Évangiles et l’histoire de l’Église. Pourtant, pour beaucoup de nos contem­porains, il semble difficile de leur accorder quelque crédibi­lité. Contre cette impression, je prends le risque d’une affirma­tion paradoxale : accueillir cette part de l’héritage évangélique et ecclésial est plus facile aujourd’hui que cela ne l’était durant les der­niers siècles.
Les progrès des sciences et les recherches bibli­ques permettent en effet de lever les obstacles qui rendaient les miracles « incroyables ».

La capacité d’accueillir des événements ressentis comme extraordinaires varie selon les époques. Elle dépend de la vision qu’on a du monde. Pour les hommes de la Bible et de l’Antiquité, les événements exceptionnels s’inscrivaient dans un univers plein de forces mystérieuses, où ils étaient in­terprétés comme des signes. Un changement s’est produit quand la science, explicitant les lois de la nature, a développé une con­ception déterministe du monde où le miracle faisait difficulté. On en est venu à le comprendre comme une intervention directe de Dieu en infraction aux lois de la nature. Cela n’est satisfaisant ni pour la science ni pour la foi. Heureusement, le monde tel que le voit la science contemporaine n’est plus statiquement enfermé dans ses lois. Il est ouvert à la nouveauté : de l’inattendu s’y produit. Cette vision du monde est en cohérence avec la foi en un Dieu créateur, qui ne cesse de fonder sa création et de sou­tenir son dynamisme pour que du neuf puisse surgir.

Oui, il se produit, y compris dans l’univers physique, des évé­nements impossibles à prévoir et inexpliqués. Quel sens leur donner ? Telle est la question que posent les miracles de Jésus. De l’avis des historiens – croyants ou non –, les contemporains de Jésus, témoins directs de ses ac­tes, ont vu en lui un homme qui guérissait les malades et chassait les démons. Nous ne saurons ja­mais exactement ce qui s’est passé, car le but des récits évangéliques est de dire le sens des évé­nements, non de les décrire. Mais il est clair que des hommes et des femmes ont reconnu en Jésus celui qui, très con­crètement, les libérait de la maladie et même de la mort, celui qui les arrachait à l’emprise de forces mauvaises. Les œuvres de Jésus étaient pour eux des signes de la puissance de Dieu, qu’ils accueillaient dans la foi. Sans la foi, pas de miracle. Quand il rencontrait incrédu­lité ou hostilité, Jésus refusait de s’imposer en accomplissant des prodiges. Un fait n’a pas de sens en lui-même. C’est la foi qui permet d’y lire l’action de Dieu.

Aujourd’hui encore, il peut arriver quelque chose d’im­probable, inexpliqué par rap­port à la situation antérieure. Si cet événement est compris comme un signe qui invite à louer la bonté de Dieu, s’il est reçu dans la prière et dans la foi, l’Église peut y reconnaître un « miracle ».

Sœur Christiane Hourticq

vendredi, 25 janvier 2008

Regard sur la campagne publicitaire du planning familial

[source : www.cef.fr]

avec Anne Lannegrace, responsable du département famille au sein du service pour les questions familiales et sociales de la Conférence des évêques de France

Les évêques d’Ile de France ont réagi suite au lancement d’une campagne de publicité lancée par le planning familial. Pourquoi ?

Je souhaiterais tout d’abord revenir sur cette affiche : Colorée, avec un kaléidoscope de photos en majorité de jeunes, elle met en valeur les mots de « sexualité, contraception, avortement » avec une phrase injonction « un droit, mon choix, notre liberté ». Le terme « interruption volontaire de grossesse » est remplacée par le terme plus ancien et plus populaire d »avortement », probablement pour avoir un impact plus direct.

L’ensemble se veut vif, gai, souriant. Aucun signe de tristesse ou de difficultés de vie n’y transparaît. Le message à l’évidence est que la sexualité doit être source de plaisir et que l’avortement y contribue.

De plus, le choix d’un kaléidoscope entraîne le regard dans une succession rapide d’images qui intriguent et éveillent une curiosité superficielle. Il y a là une véritable stratégie d’« empêcher de penser » en déviant l’attention et en rendant difficile l’approfondissement du sujet même.

Sur le plan du matraquage publicitaire, ce message a été relayé notamment par la presse gratuite : dans une interview, un médecin valorise le recours à l’avortement en parlant sur une demi page d’un acte technique facile à réaliser, sans mention de l’impact psychique, affectif et physique.

Jeunesse, plaisir, rapidité d’agir sont trois injonctions très prégnantes dans cette affiche. Le message est global, se veut attirant dans et par l’anonymat et la banalisation.

Quelle est votre analyse des situations rencontrées ?

Les situations sont très différentes :

il y a les grossesses non désirées chez des très jeunes filles, encore scolarisées ou étudiantes, chez qui la grossesse est la conséquence de naïveté et de méconnaissance autant que d’immaturité affective. Les récentes enquêtes effectuées auprès des jeunes montrent, même si on peut le regretter, qu’ils ont des relations sexuelles très tôt, le plus souvent non protégées. Selon ces enquêtes, ils considèrent le préservatif comme une preuve de défiance et d’absence de sentiment amoureux. Ils cessent de l’utiliser très rapidement pour se prouver l’un à l’autre l’authenticité de leur sentiment, sans pour autant avoir recours à la contraception. Celle-ci ne leur parait nécessaire qu’après coup lorsque la relation s’est établie de manière durable. Les rapports sexuels des très jeunes sont donc à haut risque de grossesses et de propagation de maladies vénériennes dont en particulier le VIH. Cet état de fait est la conséquence de l’effusion amoureuse propre à cet âge : les plus jeunes ou les plus fragiles vivent leur premier amour sans distance. Il s’agit d’amours adolescents vécus comme projet qui se suffit à lui même, dans lesquels les rapports sexuels sont surtout vécus comme des câlins. C’est dans ce groupe d’âge que le sentiment de culpabilité à propos de l’avortement sera le plus fort et le plus durable.

Les grossesses non désirées suivies d’avortements chez des femmes adultes en couple ayant déjà des enfants. Ces grossesses peuvent être dues à l’absence de contraception ou à un échec de la contraception, souvent dans un contexte de carence : vie trop difficile ou trop rude, difficultés de communication et de dialogue, rapports sexuels mal intégrés dans un projet de vie. L’avortement se présente alors comme une des nombreuses conséquences de la misère matérielle, affective et morale.

Les avortements de confort : Des femmes adultes utilisent l’avortement comme mode de contraception, Certaines ne souhaitent pas de grossesse supplémentaire par crainte de se déformer le corps avec le désir de rester jeunes et séduisantes, ou pour ne pas être dérangées ou bousculées dans leur vie par un enfant supplémentaire. Le conjoint partage cet avis ou se contente de ne pas avoir à le donner. C’est ce groupe de femmes qui éprouvent le moins de sentiment de culpabilité.

Les grossesses « actes manqués » de femmes seules, qui souhaitent un enfant sans avoir de couple stable et qui en même temps ne se sentent pas capables de pouvoir l’élever seules, sans père. Les médecins disent recevoir de manière assez fréquente la visite de femmes ne sachant pas quel est le père de l’enfant qu’elles portent, et très ambivalentes pour le garder.

Pour ces femmes, la grossesse non désirée et l’avortement sont le signe dramatique de tendances contradictoires et d’une vie non unifiée ou insatisfaisante. Ils renvoient aux situations de grandes solitudes. Ces femmes sont par la suite le plus souvent inconsolables de cette interruption de grossesse.

Ces quelques réflexions ne rendent pas compte de la diversité de toutes les situations. L’avortement a des causes multiples qui correspondent à des situations très différentes. En parler comme le fait cette publicité de manière globalisante et exhibitionniste est une malhonnêteté.

La vraie question se situe en amont : comment transmettre et enseigner le respect et de la dignité de son corps propre et de celui de l’autre, et cela dès le plus jeune âge.

samedi, 19 janvier 2008

Guy Gilbert, visite au Vatican

["Ma raison de vivre" - la Croix - 19/01/08] 

a63484a705a2f8c734dcf0eb9f0dc329.jpgUn appel de l’Élysée me convie à accompagner notre président à Rome pour sa visite officielle au Vatican le 20 décembre dernier.

Mes adjoints consultés sont partagés sur la suite à donner. Mgr André Vingt-Trois, que j’ap­pelle aussitôt, n’y voit pas d’« inconvénients majeurs» . Il ajoute, dans un éclat de rire : « La discrétion qu’on te connaît te fera passer inaperçu !" J’accepte finalement.

L’avion présidentiel est rempli d’une équipe accueillante et pétante de joie. J’entre dans l’Airbus présidentiel en blouson noir. Nicolas me reçoit et me présente son équipe.

Je le connais depuis neuf ans. Une forte amitié est née depuis le jour où un citoyen de Neuilly me demande de rencontrer leur maire. Comme j’ai toujours placé ce sentiment au plus haut du plus profond de ma vie, j’ai conservé avec le futur président, à ce mo­
ment-là en pleine traversée de désert politique, des liens ami­caux… sans concessions.
La vie étant ce qu’elle est et sa carrière politique, lente et fulgurante à la fois, étant ce que vous savez, j’ai invité ce trépidant homme d’État pour une visite pri­vée à la bergerie en Provence. Il y a passé, il y a huit ans, quatre heures de son temps pour vivre au milieu de nos jeunes et des bêtes. Il a gardé le souvenir im­périssable de nos jeunes et celui de «Popeye», le mâle sanglier de 200 kg… qui, entre parenthèses, lui a tourné le dos. Un sanglier de gauche intolérant, je ne pensais pas que ça existait !

Je tente d’être un homme de Dieu universel. La couleur reli­gieuse, politique ou humaniste d’une personne m’importe peu. Je la respecte absolument et peux ainsi fréquenter, dialoguer et me lier d’amitié avec des humains de tous horizons. Et par priorité les pires d’entre eux.

Je vous passe l’entretien, bref et formel, avec Benoît XVI. Mon
mentor Nicolas s’extasie devant lui sur mon habit de clergyman pour lequel j’ai opté en dernière minute en raison de cette visite officielle. Benoît XVI n’a rien dû comprendre quand Nicolas lui précise que je suis d’habitude en « cuir perfecto » !

Le repas avec le président et son équipe dans une auberge italienne est joyeux et convivial. Je sors fumer une cigarette. Une femme inconnue m’accompa­gne. À mon grand étonnement, la presse nous mitraille. Je ne sais pas encore qui est cette personne. Les photographes m’apprennent que c’est Marisa, la mère de Carla Bruni. J’écoute simplement la souffrance d’une personne ayant perdu récemment son fils dans des conditions tragiques. La presse « people » fixe l’image pour deviner ce qui se passe dans la chambre à coucher présiden­tielle. Elle reste sur sa faim de piranha… Les anciens loubards de par­tout sont ravis de ma présence vaticane. Ils savent mieux que personne ma liberté de dire et de faire, restée intacte. Raymond qui m’attendait à 1 heure du matin au bord de ma porte pour avoir un gîte cette nuit-là est un de mes princes prioritaires et ma raison de vivre.


Guy Gilbert, Prêtre, éducateur

Finalement, la foi, ça apporte quoi ?

La foi comme grâce supplémentaire, dans l'ordre du gratuit, mais cependant déterminant

la problématique consiste ucu à considérer que la vie humaine, indépendamment de la foi, comporte déjà suffisamment de raisons autonomes pour mener une vie joyeuse, sensée et généreuse. De ce point de vue, la foi n'est pas "nécessaire" pour mener une vie authentiquement humaine ; elle ne vient pas combler ce qui manque à l'humanité. Elle n'est même pas nécessaire pour faire partie du Royaume de Dieu ; toute personne de bonne volonté, en effet, qui vit seln sa conscience et pratique les vertus évangéliques - sans confesser le nom de Jésus - appartient déjà au Royaume de Dieu et, donc, à l'économie du salut.

Qu'apporte dès lors la foi ? Elle n'apporte rien de "nécessaire" ; elle est de l'ordre de l'excès, du supplément gratuit. par rapport à la grâce déjà suffisante de l'existence humaine, le message chrétien invite à reconnaître le don de Dieu en Jésus-Christ comme un surplus inattendu, comme une générosité de surcroît. "De sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce" (Jn 1,16).

La reconnaissance de ce don de Dieu - plus grand que tout ce que nous pouvions imaginer - ajoute encore à l'existence des raisons nouvelles et inattendues de sens, de joie, d'engagement. Elle permet une relecture supplémentaire de la vie (la foi relit) en même temps qu'elle nous met en relation de manière nouvelle (la foi relie). Par la foi, en effet, on se reconnait non seulement comme frères et soeurs en humanité, mais, bien plus, comme frères et soeurs en Jésus-Christ, comme fils et filles d'un Dieu qu'on peut nommer "Père" et qui nous destine à une vie sans fin. Ce lien fraternel et filial (la nouvelle alliance en Jésus-Christ) nous ouvre des raisons supplémentaires de joie, de sens et d'engagement. En effet, s'il y a déjà dans l'existence des motifs suffisants de joie, "à bien plus forte raison" pouvons-nous être joyeux si nous sommes ainsi fils et filles de Dieu. S'il y a des raisons de combattre pour la justice, "combien plus" avons-nous à nosu engager dans ce combat puisque nous savons que tout être humain est enfant de Dieu, aimé par lui jusqu' à l'extrême. Cette révélation ne rend pas les chrétiens meilleurs que les autres dans l'accomplissement de toutes les tâches humaines, mais elle est pour eux un appel à s'y engager avec d'autant plus de détermination. Selon l'expression de Gaudium et Spes, la foi leur en fait "un devoir plus pressant" (43 $1).

Si la foi advient ainsi dans l'ordre de la non-nécessité, dans l'ordre de l'excès gratuit, elle n'est pas moins décisive pour la vie. Au contraire, elle est transformation radicale de l'existence ; elle est la "perle rare" dont parle l'Evangile, qui, sans doute, n'est pas "nécessaire" pour vivre, mais à laquelle on s'attache avec ravissement et indéfectiblement dès lors qu'on l'a trouvée. Cette "perle rare" de la foi, en effet, reconfigure l'existence à sa racine en lui ouvrant des perspectives inouïes : l'amour personnel et infini de Dieu, sa puissance de création et de résurrection, le Royaume déjà présent et encore à venir.

Cette foi ne confère aucune supériorité aux chrétiens, mais les assigne à la mission de communiquer gratuitement aux hommes ce qu'ils ont eux-mêmes reçu gratuitement. ils n'apportent rien aux autres sinon la reconnaissance, pour leur plus grande joe, de ce qui est déjà secrètement offert à tous depuis l'aube de la création. "Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons à vous aussi, pour que vous soyez en communion avec nous ; et notre communion à nous est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Et cela nous vous l'écrivon pour que votre joie soit complétée" (1 Jn 1,4).

Cette manière de comprendre le rapport entre la vie et la foi nous paraît particulièrement adaptée à un monde sécularisé où l'affirmation de Dieu n'est culturellement ni évidente ni nécessaire pour vivre. Elle respecte la légitime autonomie de ce monde tout en laissant place à la reconnaissance joyeuse et transformante de l'Evangile.

André Fossion

Dieu toujours recommencé, Essai sur la catéchèse contemporaine, Ed Lumen Vitae, pp.91

vendredi, 18 janvier 2008

la Maison de Tom Pouce

[La croix - 18/01/08]

ea453ca1fb5320c241b7ad87856febfe.jpg"La maison de Tom Pouce", un refuge pour les futures mères en détresse

Alors qu'une campagne d'information sur la contraception et l'avortement est lancée vendredi 18 janvier, un centre accueille et accompagne, en Seine-et-Marne, des femmes enceintes en précarité sociale et affective.

Leur vie a été bouleversée du jour au lendemain. « C’était une journée comme les autres, j’étais au lycée, raconte Cassandra (1), 20 ans. Dans la cour, l’assistante sociale a regardé mon ventre et m’a demandé : “Tu ne serais pas enceinte, toi ?” À partir de là, tout s’est enchaîné : l’hôpital, l’échographie… Je ne m’attendais pas du tout à cette grossesse ! Au moment de quitter le cabinet, le médecin m’a dit : “Au fait, il y en a deux.” Je me suis évanouie. » C’était le 3 décembre dernier.

Un mois et demi plus tard, assise dans la salle commune de la maison de Tom Pouce, au cœur d’un village de Seine-et-Marne, Cassandra caresse d’une main son ventre arrondi. « C’est l’assistante sociale, qui me connaît bien, qui a tout fait pour que je sois reçue ici, raconte-t-elle. Ma mère habite en Guadeloupe, je vis chez mon frère. J’avais besoin de me poser, qu’on s’occupe de moi. »

L’annonce a été un choc pour la jeune femme. « À l’hôpital, on m’a tout de suite remis un post-it avec l’adresse du Planning familial pour avorter. Il m’a hanté ce post-it ! J’avais tellement peur de la réaction de ma famille… »

Cassandra décide pourtant de garder ses jumeaux. Entre les murs chaleureux de la maison de Tom Pouce, entourée d’éducateurs et d’une psychologue, elle a pu prendre le temps de réfléchir. « Jusque-là, j’ai toujours fait ce qu’on attendait de moi. Cette fois, j’ai pris ma propre décision et j’en suis heureuse. » "Ce sont avant tout les ruptures familiales qui les conduisent ici" Créée il y a vingt ans, agréée par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), la maison de Tom Pouce accueille une dizaine de femmes enceintes en difficulté. Très souple, la structure n’impose pas de critères d’âge, ni de revenus. « Certaines mamans connaissent, c’est vrai, une grande précarité économique mais le plus souvent, elles souffrent d’une pauvreté affective, explique la directrice, Marie-Noëlle Couderc. Ce sont avant tout les ruptures familiales qui les conduisent ici. »

Des jeunes femmes, comme Léa, 19 ans, élevée dans une famille aisée, récemment mise à la porte par son père parce qu’elle attend un enfant d’un garçon maghrébin ; ou d’autres, plus âgées, rejetées par leur mari qui refuse un troisième ou quatrième enfant…

« Notre but, c’est de leur offrir un toit mais surtout de les accompagner pour qu’elles abordent leur grossesse aussi sereinement que possible, poursuit la directrice. Sans ce soutien, comment savoir ce qu’elles veulent vraiment, au fond d’elles-mêmes ? Trop souvent, on les pousse à avorter. »

Ne cachant pas ses convictions catholiques, Marie-Noëlle Couderc tient au caractère laïque de son établissement. L’important, souligne-t-elle, « c’est que ces femmes soient respectées dans leur choix intime ».

"Depuis 6 ans que je travaille ici, seules 2 femmes ont choisi d’avorter"

À Tom Pouce, la quasi-totalité des futures mères décident de garder leur enfant. « Depuis six ans que je travaille ici, seules deux femmes ont choisi d’avorter », indique Sophie Krulic, l’une des éducatrices, occupée à trier de la layette pour le trousseau de Véronique.

Ce jour-là, c’est Véronique justement, une jeune Congolaise enceinte de quelques mois, qui a préparé le repas. Autour de la table, on plaisante, on évoque le documentaire L’Odyssée de la vie, que certaines aimeraient visionner. L’atmosphère est familiale, apaisée.

« Ici, c’est comme à la maison : on participe à la cuisine et au ménage et on a toujours quelqu’un à qui parler. C’est très différent d’un foyer », apprécie Corinne, 18 ans, arrivée il y a trois semaines. Orpheline de mère, élevée par une belle-mère avec laquelle elle ne s’entend pas, Corinne a préféré quitter le foyer familial en apprenant sa grossesse. « Elle m’aurait mené une vie impossible, je ne voulais pas rester », explique-t-elle, les cheveux noués dans un foulard de couleur ocre.

« Ici, je n’ai pas honte d’être enceinte, même si je suis jeune. Toutes les filles ont le ventre rond ! s’amuse-t-elle. Et les éducatrices sont comme des mamans, elles vérifient qu’on a pris nos vitamines, elles accourent si on saigne du nez… J’ai repris confiance dans cette maison. »

"Ici, j’ai repris pied, je me sens forte" Comme Cassandra, l’annonce de sa grossesse l’a ébranlée d’autant qu’elle s’était séparée du papa, une amourette de vacances : « J’ai 18 ans, je sors à peine de l’adolescence… j’ai beaucoup de choses à vivre. Un enfant, si jeune, ce n’était vraiment pas prévu. »

Malgré tout, croyante, Corinne n’a pas voulu avorter et a trouvé l’adresse de Tom Pouce sur Internet. « Sans cet endroit, j’aurais déprimé, vous savez… Ici, j’ai repris pied, je me sens forte et je sais où je vais. Bien sûr, ça ne va pas être tout rose mais je me sens capable d’assumer. »

Avec l’aide des travailleurs sociaux, Corinne travaille à son avenir. « La prise en charge s’arrête à la sortie de la maternité, précise Marie-Noëlle Couderc, car nous ne sommes pas habilités à recevoir des bébés. L’enjeu, c’est donc de construire un projet avec les mamans. »

Certaines iront dans un centre maternel (qui accueille les mères jusqu’aux 3 ans de l’enfant), d’autres en famille d’accueil. D’autres encore profitent de cette parenthèse pour renouer avec leur propre famille, qu’elles retrouvent à leur sortie. Corinne a choisi le centre maternel, « pour bien poser mes valises » et entreprendre une formation « de préparatrice en pharmacie ou d’assistante dentaire ».

Dans quelques mois, la directrice va ouvrir une nouvelle unité pour l’accueil des jeunes accouchées. « Jusqu’ici, on a trouvé une solution pour toutes les mamans, à leur sortie de la maternité. Mais on ne sait jamais. » Cette unité devant permettre d’éviter l’éventuel placement du nouveau-né. Le matériel de puériculture est déjà entreposé dans le grenier, grâce aux dons de particuliers et de fondations d’entreprises, lits à barreaux, poussettes, vêtements… En attendant, Corinne a déjà choisi le prénom de sa petite fille. « Je l’appellerai Loyhina… C’est moi qui l’ai inventé. »

Marine Lamoureux

(1) Les prénoms ont été modifiés

mardi, 15 janvier 2008

Spiritualité de la table à repasser

[source : http://www.dominicains.fr]

Les anciens de ma promo (noviciat 2001-2002) vous le diront, je fus très tôt préposé au repassage. À l’époque, j’y ai vu comme le doigt de la Providence (parce que c’est vrai que dans les premiers mois de la vie religieuse, on a un peu tendance à voir la Providence partout, mais ça se calme ensuite). Non pas que j’affectionnais spécialement cet exercice jusque là, mais parce que ça a fini par bien me plaire.

J’ai rapidement réalisé que le repassage me permettait, pendant les deux heures hebdomadaires réglementaires, de ne penser à rien. Or c’est très précieux de ne penser à rien. C’est, en gros, ce qu’on doit faire quand on s’adonne à la méditation. Il y avait ça aussi prévu au programme au noviciat (et par la suite aussi, je vous rassure). Mais j’ai bien vite compris que, ne penser à rien c’était très dur. Typiquement à la chapelle je pensais au repas qui allait suivre, surtout si j’étais de réchauffage de soupe, ou bien à l’excursion du week-end qui se profilait… et ça dure encore aujourd’hui. Parfois je suis tout de même un peu dans le thème : plan d’une prédication sur le feu, bouclage virtuel d’une dissertation qui s’enlise ; mais souvent, je déborde : projet de rando avec les frères, correspondances SNCF entre deux missions de prédication spéciale à l’autre bout du pays, possibilités abandonnées de carrières prestigieuses et rémunérées « dans le monde »…

Bref, le repassage, très tôt me permis de couper court, un temps, à cette promenade incessante de l’esprit en des terrains fort éloignés du Bon Dieu. J’ai rapidement saisi que cette occasion décalée et bienvenue de m’adonner au « penser à rien » n’allait pas être forcément réitérable en tous lieux. Il y a des couvents avec et d’autres sans. À Lille, étape obligée après le noviciat, pas de problème ; c’était chacun pour soi, donc repassage individuel. Ça me faisait moins de travail, mais on peut s’arranger pour repasser quand on en arrive au stade limite (façon « moine au bord de la crise de nerf »). À Rennes, où l’on m’envoya ensuite, c’était plus compliqué : repassage pris en charge – très impeccablement – par notre cuisinière. Pas un pli, pas plus que d’excuse pour refaire le travail. Mais cette année fut plutôt heureuse, si bien que le plan « fer le vide » s’imposait moins.

A Paris où l’on m’a ensuite envoyé c’est la formule « avec et sans » qui prévaut. Certains frères repassent, d’autres usent du service commun. Vous devinez l’option que j’ai d’emblée préférée. Et me voilà heureusement surpris.
En effet, depuis septembre que je pratique mes exercices de méditation dans la salle un peu sombre préposée à cet effet (la table à repasser trône dans une pièce sans fenêtre, récemment relookée par notre excellent syndic, mais il n’a pu rajouter de fenêtre !) j’ai enfin compris, en exerçant ce passe temps thérapeutique et utile, la vraie nature de ma vocation.

Mes frères de promo (2001-2002, donc) vous le diront : J’ai un côté un peu pieux. Il faut y voir un qualificatif qui, dans leur bouche, n’était pas toujours dénué d’une certaine ironie. Mes passages au repassage devaient sans doute accentuer ce penchant intérieur, si bien que j’ai même cru un moment bifurquer, en proie à des velléités plus contemplatives, pour aller m’enfermer dans une boutique plus austère (des vrais moines qui passent carrément plus de temps à ne « penser à rien » dans leur église). C’était me leurrer pour une vision bien partiale de ce que devait être la vraie vocation à laquelle j’étais appelé. Pour faire simple, il me manquait le côté « tradere » qui complète chez nous le « contemplare »
Paris me l’a offert.

La preuve en est : ce soir. À peine installé dans la pièce, premier passage. Un frère vérifie si les lumières sont inutilement restées allumées. Prétexte évident à un brin anodin de conversation. Puis c’est le tour d’un autre qui va voir où « elle en est » (sa machine) ; puisque elle n’est pas terminée, il s’en va donner un coup de fil à sa cousine : « Ah bon tu as une cousine ? »... et me voilà apprenant qu’il a fait trois ans d’éthiopien et qu’il s’est fait offrir par sa maman ce qu’il faudrait que je demande à la mienne : un calepin-récapitulatif des anniversaires de tous les membres rapprochés de ma famille. Puis c’est un autre, amateur de repassage lui aussi (mais en secret) qui repassera après avoir lu le journal puis qui revient parce qu’un frère aîné « s’est mis a lire le dernier ‘Monde’ d’une façon irréversible », pas la peine qu’il patiente…

En temps normal, et sur mon horaire « prévu pour » (temps de méditation avant les offices), je suis le premier à râler quand tous les frères du couvent semblent s’être coalisés pour me « pourrir mon oraison » en profitant de la demi-heure réglementaire qui précède les vêpres pour faire couler l’eau, claquer les portes, courir en roller dans les couloirs, répondre au téléphone dans le cloître etc. Je râle, mais en fait y a pas de quoi, comme vous le savez déjà, je pense, moi comme eux, tout autant à autre chose.

Mais le miracle du repassage veut que, alors que je ne pense à rien pour de bon, je ne suis pas indisposé le moins du monde par ces visites impromptues. Moi qui ne suis pas fan de la salle TV, des conversations gratuites au détour d’un couloir (je fais mine d’être pressé), me voilà rattrapant au repassage des tas d’occasions perdues de faire connaissance avec mes frères… C’est dire si tout cela me rend profondément joyeux, avec la pile de linge qui fond en prime. Voilà, c’était juste pour vous écrire ce à quoi je pensais, tout à l’heure à l’oraison, avant de me mettre à repasser ce soir après les vêpres. Il fallait bien que cette distraction-là me servît à quelque chose, pour lancer d’autres que moi dans l’aventure improbable de l’apprentissage de la vie spirituelle par le fer.

Frère Franck Dubois

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