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jeudi, 29 novembre 2007

Le P. Cottier, témoin privilégié des années JPII

[source : La Croix - 29/11/07]

e8f5f555728ffb65798745678821ac96.jpgThéologien personnel du pape, le dominicain suisse relisait tous ses textes avant publication.

On le connaissait comme le «théologien particulier» de Jean-Paul II : un titre qui n’inclinait pas à s’exposer sur le de­vant de la scène. Georges Cottier, dominicain, est, par nature et par fonction, «homme de l’ombre», mais aussi homme de confiance. Une qualité précieuse dans la situation privilégiée qu’il a occu­pée, observatoire unique d’où rien ne lui échappait de ce qui agitait le milieu romain. Qu’on ne s’attende pas cependant, dans le livre que lui consacre le journaliste suisse Patrice Favre, à des « révélations » : la discrétion reste sa règle.

Comment parvient-on à cette charge? Le P.Cottier raconte : « C’était une matinée de novem­bre1989. Je reçois un coup de téléphone du nonce. Il me dit: le pape vous a nommé théologien de la Maison pontificale. Je ne savais ce que c’était… Je n’ai pas dormi de la nuit. C’était quand même une grosse affaire ! » En même temps que lui parvenait cette nomination, il était invité à prêcher la retraite de Carême de la Curie. Il lui fallut en­trer aussitôt en fonction. Pendant quinze ans, Georges Cottier sera donc le conseiller doctrinal du pape, relisant ses grands textes avant toute publication. Patrice Favre ne se limite cependant pas aux seules « années Jean-Paul II ». Sa biographie embrasse toute la vie du cardinal, de Genève à Rome en passant par ses années de pro­fesseur à Fribourg.

Né en 1922, Georges Cottier fut formé à l’école de saint Thomas d’Aquin, qui restera son maître à penser. Condensée dans les ma­nuels, reconnaît-il pourtant, la théo­logie thomiste « avait trop souvent perdu le sens du mystère de Dieu ». Attentif aux menaces à l’horizon, il perçut tôt la perversion du nazisme, puis du marxisme. Ordonné en 1951, il prépara dès l’année suivante une thèse sur « l’athéisme du jeune Marx » , qui fait toujours autorité. Expert au concile, ce dominicain s’est senti partie prenante des grandes initiatives de Jean-Paul II, notamment en direction des juifs et des autres religions. Cet homme ne se laisse guère impressionner par les nouveautés. Il peut se montrer très ouvert sur certains sujets, comme la liberté dans l’Église, et en même temps très sévère – par exemple face aux improvisations liturgiques. Il ne tolère pas les bricolages de la pen­sée : « La démission de la pensée est la première forme de lâcheté » , dit-il.

Sans prétendre offrir une biogra­phie « totale », Patrice Favre veut surtout faire réagir son interlocu­teur aux événements qui ont mar­qué la vie de l’Église et de la société. Sans prétendre avoir réponse à tout, Georges Cottier est un homme es­sentiellement soucieux de « penser juste ».

Marcel Neusch

Patrice Favre, Georges Cottier, Itinéraire d’un croyant, CLD, 20 €
À lire également : Georges Cottier, Christianisme et cultures , Ad Solem, 8 €

Relevez la tête !

Toute la géhenne et toute l'horreur du monde sont appelées par leur nom. Dans la croix et la résurrection du Christ, le pouvoir de l'amour a montré qu'il était le plus fort. Il nous a arraché à l'emprise de ces puissances. Pour le chrétien, malgré toutes les tentations, les souffrances et les angoisses, il n'est donc pas question de résignation ni de découragement.

Cette certitude du salut est toutefois nettement distincte de toute forme d'enthousiasme ; elle n'ignore pas la réalité de l'expérience de l'aliénation ; elle ne l'élude pas. L'espérance fait ses preuves dans la persévérance, c'est à dire dans la force du "rester là" et de l'endurance sous le fardeau et les pressions. Le chrétien vit encore à l'ombre de la croix.

Mais c'est précisément ainsi, dans la foi en la victoire de la croix et de la résurrection sur ces puissances qui encore s'agitent, qu'à partir de l'expérience quotidienne de l'aliénation et en y ayant part, il peut être rempli d'espérance.

Walter Kasper, L'espérance est possible, Cerf, p.108-109

[source : revue Magnificat, 19/11/07]

Répercussions d'une grossesse interrompue

[source : Le Monde - 27.11.07 - titre : Une grossesse interrompue peut avoir des répercussions sur le prochain enfant]

Vous venez de publier un livre (1) sur les répercussions psychologiques des interruptions de grossesse, volontaires comme les IVG ou involontaires comme les fausses couches. Pourquoi ce travail ?

Certaines femmes peuvent encore souffrir dix ans après la perte de leur foetus. Ces traumatismes ne sont pas pris en considération, ou très peu, par l'entourage, la société, et la douleur peut s'enkyster.

Mais si on évoque les conséquences psychologiques des IVG, on risque de devenir suspect de soutenir les mouvements anti-avortements. Par ailleurs, on ne plaint pas une femme qui a fait une IVG parce qu'on considère qu'elle l'a voulue. On parle peu également des interruptions de grossesse non désirées qu'elles soient médicales ou qu'il s'agisse de fausses couches. Les médecins ont tendance à évacuer le sujet en expliquant à leurs patientes que "c'est la sélection naturelle", que "c'est mieux comme ça", qu'"il faut vite refaire" un bébé. Aujourd'hui, dans une société où l'on maîtrise la procréation, les femmes qui subissent ces pertes peuvent en éprouver de la honte, le vivre comme un échec personnel ou en concevoir beaucoup de culpabilité en pensant qu'elles ont été trop actives, qu'elles n'ont pas pris toutes les précautions.

Vous expliquez que les enfants également peuvent en être affectés...

Un deuil non fait peut être inoculé à son enfant. Plus ils sont jeunes, plus les enfants sont réceptifs à la douleur de leur mère. Ils expriment alors de la tristesse, des troubles du sommeil, ou encore de l'irritabilité, de l'agitation, de l'hyperactivité... Ce sont autant de façons de lutter contre le repli de leur mère. Ils peuvent également éprouver un sentiment de culpabilité pour avoir désiré la disparition d'un rival annoncé. Certains petits peuvent imaginer que le foetus mort a été digéré par leur mère. Ils peuvent alors craindre d'être à leur tour dévorés et par conséquent prendre de la distance vis-à-vis de leur mère. Il faut parler aux enfants de la fausse couche, leur dire que le foetus "n'a pas voulu naître" pour les déculpabiliser.

Une grossesse interrompue peut aussi avoir des répercussions sur le prochain enfant. La femme enceinte peut se retenir de trop investir le futur nouveau-né afin d'anticiper une éventuelle perte. Si la mère n'a pas fait le deuil de l'enfant idéal qu'elle portait, elle peut considérer inconsciemment celui qui le suit comme un enfant de remplacement qui se doit d'être à la hauteur d'un être idéalisé, donc sans défaut.

Que préconisez-vous pour aider les mères ?

Il faut légitimer la douleur morale liée à la perte du foetus. Dans le cas de fausses couches tardives, de mort in utero, ou d'interruptions médicales de grossesse à partir de 5 mois, il est possible d'inscrire l'être à l'état civil ou sur le livret de famille. Mais il reste à mettre en place des rituels laïques ou religieux pour ceux qui le souhaitent. Dans le cas de fausses couches plus précoces, il faut aider la mère à se détacher de son enfant perdu en lui proposant systématiquement une consultation psychologique. Je pense à la violence que vivent des femmes qui ont perdu leur foetus en allant aux toilettes. C'est une douleur inaudible et indicible pour beaucoup qui peut justifier une prise en charge spécialisée.

(1) "Quel âge aurait-il aujourd'hui ?" de Stéphane Clerget (Fayard, 307 p., 19 €).

Propos recueillis par Martine Laronche

mardi, 27 novembre 2007

Téléthon, une cristallisation bioéthique

[Source : http://www.revmed.ch - 28.11.2007]

C’est reparti mais le ton a changé. On ne présente plus le Téléthon, cette gigantesque manifestation télévisuelle qui, depuis vingt ans, mobilise la charité publique au bénéfice des affections neuromusculaires d’origine génétique, et plus généralement des maladies orphelines. La prochaine édition – c’est la 21e – se tiendra les 7 et 8 décembre sous l’égide, comme toujours, de l’Association française contre les myopathies (AFM). Elle s’est fixée comme défi «de transformer les essais médicaux en succès thérapeutiques».

Les grandes lignes du spectacle caritatif sont connues. Il commencera le vendredi 7 décembre à 18 h 50, sous l’égide de ses deux «parrains», un acteur (M. Kad Merad) et une chanteuse (Mme Liane Foly). Le coup d’envoi sera donné depuis l’esplanade du château de Vincennes. Cet épuisant marathon télévisé durera 30 heures et sera diffusé en direct sur France 2 et France 3. Une nouvelle fois la question centrale sera celle du record à battre. En dépit d’une polémique inhabituelle, l’édition 2006 avait finalement permis de réunir 106,7 millions d’euros alors que les seules promesses de dons avaient été de 101,47 millions d’euros. Rappelons que depuis sa première édition, en décembre 1987, le Téléthon a engrangé un total de 1,328 milliard d’euros.

C’est reparti mais le ton a changé dans cette France où de larges fractions de la population estiment que leur pouvoir d’achat est en baisse. «L’espoir n’est pas de faire sauter les compteurs mais de faire aussi bien que l’année dernière, explique-t-on prudemment auprès de l’AFM. Les essais sur l’homme sont beaucoup plus coûteux que ceux sur les animaux et ils sont pluriannuels. Les labos et les équipes que l’on soutient demandent donc des moyens plus importants.» On ajoute qu’il faut financer au total 37 essais cliniques ; 22 sont en préparation et 15 sont en cours. Le champ des recherches financées par les dons faits au Téléthon ne cesse de s’élargir englobant désormais les myopathies, les maladies rares, les cellules souches embryonnaires et jusqu’à la thérapie cellulaire de l’infarctus du myocarde.

Bien évidemment, on n’hésitera pas à mettre en lumière le résultat, pour l’heure prometteur, d’une thérapie génique menée en France chez deux enfants souffrant d’adrénoleucodystrophie. On redira que les vingt années de mobilisation via le Téléthon ont permis d’obtenir un allongement de l’espérance de vie des personnes souffrant de la myopathie de Duchenne notamment. On préviendra d’autre part les donateurs potentiels qu’il existe 7000 maladies rares (touchant moins d’une personne sur 2000), qu’elles peuvent frapper n’importe qui, qu’elles touchent aujourd’hui entre 3 et 4 millions de personnes en France et plus de 25 millions en Europe. On ajoutera enfin, non sans raison, que les recherches concernant les maladies rares peuvent déboucher sur des avancées concernant d’autres pathologies plus fréquentes.

Certains estiment déjà que des travaux concernant la myosite à inclusions pourraient trouver des applications vis-à-vis de la maladie d’Alzheimer ou que d’autres, concernant le syndrome de Hutchinson-Gilford (ou progeria), pourraient permettre de mieux comprendre la physiologie du vieillissement. Dans le champ cardiovasculaire, l’AFM soutient les travaux de l’équipe dirigée par Michel Pucéat (I-stem, Genethon, Evry) qui a récemment démontré que des cellules souches embryonnaires humaines sont bien capables de régénérer le muscle cardiaque du rat.

C’est reparti mais le ton a changé. L’évêque de Metz, Mgr Pierre Raffin, vient d’annoncer qu’il lui serait «impossible» de soutenir l’édition 2007 du Téléthon dans la mesure où cette manifestation assurait le financement de recherches menées à partir de cellules souches embryonnaires humaines. «Tant que l’on n’offrira pas aux donateurs la possibilité de s’opposer à l’affectation éventuelle de leurs dons à la recherche sur les embryons, il m’est impossible de soutenir la campagne du Téléthon», a-t-il fait savoir. On se souvient peut-être qu’il y a un an plusieurs responsables catholiques avaient pour la première fois mis en cause le fait que l’opération caritative finançait des recherches imposant la destruction d’embryons humains pour l’obtention de cellules souches. L’AFM avait alors fait valoir que ces recherches représentaient moins de 1,5% des fonds recueillis et qu’elles s’inscrivaient dans le cadre de la loi française de bioéthique votée en 2004.

«Le légal n’est pas forcément moral (...), l’embryon humain n’étant jamais un objet utilisable au gré d’intérêts divers même si, parmi ces intérêts, il y a la guérison possible de maladies graves», fait valoir aujourd’hui Mgr Raffin. Le ton n’est guère différent au sein de l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France qui vient d’élire comme président le cardinal André Vingt-Trois. Dans son discours de clôture, Mgr Vingt-Trois a longuement parlé de la mission d’«alerte des consciences» que doit assurer l’Eglise, évoquant la loi sur la bioéthique et le Téléthon. Sur ce point, il estime que «la générosité ne légitime pas tout».

Et le ton change aussi radicalement avec cet ouvrage étonnant, dérangeant, que signe Nicolas Journet, scénariste et documentariste, souffrant d’un syndrome de Marfan (1). L’auteur raconte son enfance, la prise de conscience de sa différence, son parcours marqué par des relations on ne peut plus difficiles avec les médecins. Il explique aussi sa révolte, comment il a choisi de ne plus accepter le rôle qu’on le pressait de tenir. Il revendique aujourd’hui son statut de «mutant», écrit que, Marfan ou pas, il fera tout pour avoir des enfants en excluant le recours au diagnostic préimplantatoire. L’existence humaine, nous dit-il, ne saurait sans grand risque se réduire à des caractéristiques biologiques.

Dans un chapitre intitulé «Jésus vs Téléthon», il revient aussi sur la polémique expliquant : «le Téléthon me donne autant d’urticaire que l’épiscopat catholique». Son message n’est ni simple ni sans intérêt. Sans être fondamentalement opposé au dépistage prénatal, il aimerait qu’ici «la société assume son rôle». Il aimerait que l’on puisse dire clairement que la pratique du diagnostic préimplantatoire et de l’interruption médicale de grossesse sont du domaine de l’eugénisme. Il revendique surtout un véritable et nouveau droit à la différence et à l’«impureté génétique».

(1) Nicolas Journet. Génétiquement incorect. Editions Danger public (groupe La Martinière), 253 pages. 

Jean-Yves Nau

dimanche, 25 novembre 2007

Arrêtons la catéchèse hors sol

[Famille Chrétienne - 27/10/07]

Alors que [le congrès Ecclesia2007] se tient à Lourdes du 26 au 28 octobre, Mgr Christophe Dufour*, qui a participé à son organisation, analyse pour Famille Chrétienne la situation de la catéchèse en France.

Quel est le but du rassemblement Ecclésia 2007 ?

Il s'agit d'abord, pour les catéchistes et pour tous ceux qui ont des responsabilités ecclésiales dans les diocèses, d'un pèlerinage à la source. Jean-Paul II disait que Marie est la mère et le modèle des catéchistes. Nous lui demanderons la grâce de pouvoir dire avec elle : "Je suis la servante du Seigneur", et les participants feront chaque jour trente minutes de lectio divina.

Ce rassemblement aidera à stimuler le renouveau de la catéchèse, qui est déjà réel. La très forte participation en est le signe.

Enfin, le troisième sens de cet événement est la rencontre et le partage entre les différents responsables de la catéchèse en France. L'enjeu principal se situe dans le contexte actuel de la sécularisation et de la pluralité religieuse.

Quelle est la situation de la catéchèse en France ?

Sur un plan quantitatif, les années 90 ont vu une forte baisse des effectifs. Alors que la moitié des enfants étaient catéchisés en 1990, ils ne sont aujourd'hui plus qu'un tiers. Actuellement, cette situation se stabilise : la catéchèse est encore en baisse dans certains endroits, mais elle est en progression dans d'autres.

Pourquoi cette baisse ?

Il y a eu une dissociation entre la catéchèse, la liturgie et la communauté chrétienne. On a fait de la catéchèse "hors sol". Je prendrai l'exemple de la première communion : comment peut-on imaginer y préparer des enfants si on ne leur fait pas découvrir le rassemblement des chrétiens autour de l'eucharistie le dimanche ?

Il y a aussi eu une dissociation entre la catéchèse et la famille. On ne peut pas évangéliser un enfant quand on sait qu'il se retrouve dans un désert chrétien à la maison et à l'école. Alors, il faut aussi évangéliser son environnement.

Il n'y aura donc pas de renouveau de la catéchèse sans un renouveau de la foi dans les communautés chrétiennes.

En 1983, le cardinal Ratzinger avait dénoncé une "crise de la catéchèse" en France. Depuis, la situation s'est-elle améliorée ?

Non, elle s'est aggravée du fait de ce que j'appelle la dérive des continents entre la société et l'Église. Du point de vue de l'Église, il y a eu une formidable prise de conscience. Les JMJ de 1997 ont donné lieu aux premières catéchèses d'évêques, permettant de renouer avec la tradition très ancienne qui veut que l'évêque soit le premier catéchiste dans son diocèse.

Reste une question fondamentale que posait le cardinal Ratzinger : comment introduire au mystère chrétien ? Comment passer de la connaissance à l'adhésion à la foi ? Je crois qu'il nous faudra conduire cette réflexion.

Y a-t-il des incontournables pour les méthodes de catéchèse ?

Il n'y a pas une seule méthode valable. En revanche, les fondamentaux sont incontournables. Jean-Paul II disait que le but de la catéchèse est de mettre quelqu'un en communion, en intimité avec Jésus-Christ. Celle-ci doit permettre de connaître la foi, de la célébrer, de la vivre et de la prier. Les catéchistes doivent donc transmettre aux enfants la connaissance de la foi, l'éducation liturgique, la formation morale et la prière chrétienne.

Et en ce qui concerne les manuels de catéchisme ?

Les manuels ne font pas tout. Tout dépend de la manière dont on s'en sert. Aujourd'hui, il nous faut sans doute revenir à quelque chose de plus essentiel. Toute une génération de documents va sans doute nous paraître dépassée. Les éléments de la foi ont été fragilisés et, même dans les familles chrétiennes, les fondamentaux ont été mis à l'épreuve.

Quelle formation faut-il pour les catéchistes ?

La priorité est la formation à la vie spirituelle, à la prière et à la lectio divina, car les Saintes Écritures sont remplies de l'Esprit Saint. Sans cela, les catéchistes ne peuvent pas transmettre la foi.

Pour ce qui est de la connaissance du mystère chrétien, la base de leur formation doit être le Catéchisme de l'Église catholique.

Enfin, il leur faut de la méthode, pour savoir conduire une démarche et l'adapter à son public.

Comment gérer la différence de culture religieuse entre les enfants dans un même groupe ?

C'est une question très difficile, qui revient souvent lors de mes visites pastorales. Pour moi, il faut tirer les enfants vers le haut. Je pense qu'il faut donner beaucoup à ceux qui ont beaucoup reçu, et les autres recevront aussi. Mais il faut aussi prévoir une démarche particulière pour ceux qui ont moins reçu, ou qui ne sont pas baptisés. Dans leur cas, il faut responsabiliser les parents et s'assurer qu'ils peuvent participer à la messe du dimanche.

En tant qu'évêque, quels sont les points sur lesquels vous êtes attentif, dans votre diocèse, dans le domaine de la catéchèse ?

Tout d'abord, je veille à ce que les responsables inscrivent dans leur vie la lecture quotidienne de la Parole de Dieu.

Ensuite, je souhaite qu'ils soient capables d'écoute spirituelle, c'est-à-dire qu'ils soient attentifs au travail de l'Esprit Saint dans les cœurs et dans la vie des enfants. Pour cela, ils se réunissent pour en parler.

Enfin, le témoignage des communautés est très important. Je veille en particulier à la qualité de la célébration du dimanche. Pour que les personnes se sentent accueillies, il faut que la liturgie soit de qualité, et qu'il y ait si possible un temps de rencontre avant ou après la messe.

Dans la tradition orthodoxe, la liturgie en elle-même est une catéchèse. Dans la célébration de l'eucharistie, nous retrouvons ces quatre éléments de la foi : célébrer, connaître, vivre la rencontre avec le Christ, et prier.

* Mgr Christophe Dufour, évêque de Limoges, est président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat.

Sophie le Pivain

Entretien avec le Père Bernard Bro

[Famille Chrétienne, 10/10/07]

Mon Père, qu'est-ce qui vous a convaincu de l'importance des images et des histoires dans la prédication ?

En 1951, j'ai fait une rechute tuberculeuse après mon ordination. On m'a envoyé pendant un an en maison de repos, dans les Alpes. Elle était tenue par quatre religieuses. S'y trouvaient quatre-vingts jeunes filles de 13 à 18 ans, des enfants d'employés du métro. Tous les soirs, ces adolescentes "avaient droit" à une dizaine de chapelets et à un sermon de trois minutes. Cela les barbait. Les religieuses ont été trop heureuses de me confier ce prêche... et moi j'étais bien embêté : comment ne pas les ennuyer davantage ? Je n'ai trouvé qu'une solution : raconter des histoires. Cela a fonctionné à merveille. Depuis, je ne peux plus prêcher sans paraboles.

Avant de prendre la parole, qu'est-ce qui vous habite ?

Je le résumerais en quatre phrases. La première est du cardinal Decourtray. Guéri de son cancer de la gorge par la médiation d'Élisabeth de la Trinité - ce miracle a servi à sa béatification -, Albert Decourtray m'a confié : "J'aurais préféré perdre la vie plutôt que la parole". Cette phrase exprime l'une des clés de mon existence.

La deuxième est de Prévert : "Je préfère ceux qui lisent les livres à ceux qui les écrivent parce qu'au moins ils en rajoutent". Le Saint-Esprit habite mes auditeurs - et, heureusement, il en rajoute lorsque je prêche !

La troisième phrase est de Thérèse de Lisieux : "Les livres me fatiguent les uns plus que les autres, l'Évangile me suffit". La docteur de l'Église aurait pu ajouter : "Et les homélies me fatiguent aussi". Cela m'a remis à ma place.

La quatrième clé est donnée par saint Jean dans le discours après la Cène où Notre Seigneur dit : "Je ne prie pas seulement pour [les apôtres] mais pour tous ceux qui, à cause de leur parole, croiront en moi". Avant de prêcher à Notre-Dame de Paris, saisi par le trac, je suppliais : "Jésus, je jette tout dans ton tablier. À toi de jouer puisque tu as prié pour ceux qui vont m'écouter..."

Comment définiriez-vous un sermon ?

Un vieux Père dominicain de la province du Midi nous disait avec son accent ensoleillé : "Petits Frères, un sermon, c'est une caresse, une image, un coup de révolver, et tu descends [de la chaire - N.d.l.r.] !" Rien à redire. Excepté qu'on trouve beaucoup de caresses et de coups de révolver dans les homélies, mais pas assez d'images.

Et un "bon" sermon ?

Je ne sais pas... Et pourtant je suis sûr que pour respecter la grandeur du mystère, c'est celui qui tient ensemble deux choses : la réalité et la transcendance. La réalité : il ne s'agit pas seulement d'idées, d'hypothèses, ni même de "thèmes". La transcendance : nous sommes dépassés par ces réalités en amont desquelles nous ne pouvons pas remonter. On adore la présence du Christ dans l'eucharistie, on ne l'explique pas. C'est réel et ça nous dépasse.

Pour dire cela, une seule recette, celle du Christ : la parabole, l'image. S'il n'y a pas retour à la parabole, il n'y a pas de sermon chrétien. Une idée peut être ardue à saisir, pas une image. Mais il est plus difficile de trouver un bonne histoire que de faire un cours de théologie...

Il est redoutable de "dire" le mystère ?

On ne peut le faire qu'en s'impliquant et en avouant son impuissance. C'est peut-être le premier signe de l'audace de la foi : choisir des images, non pas seulement pour le besoin de susciter l'attention ou de plaire au public, mais d'abord parce qu'elles obligent à montrer que, prédicateur, on est dépassé par ce qu'on a à dire. "Mon Dieu, je n'ai que ma peur à vous offrir", disait Gilbert Cesbron, luttant contre le cancer.

Seule l'humilité du cœur permet l'audace de la foi. Comment oser parler de l'amour des ennemis ? du suicide et du pardon qui ne peut avoir de limite ? de l'Enfer et de la bonté toute puissante de Dieu ? de la douleur divine de n'être pas "payé de retour" par les hommes ?... Qui peut loyalement se croire de niveau avec le mystère, sans avouer, dans la manière même d'en parler, qu'il est dépassé par ce dont il est question ?

Comment construisez-vous vos paraboles ?

J'applique la "recette" de Racine dans ses récitatifs. Je pars d'une anecdote, d'un fait divers, d'une actualité, qui amène "en douce" une parabole universelle, avant d'atterrir par une conclusion qui conduit au dépassement. Surtout, jamais d'engueulade - toujours une caresse. Dans la parabole du prodigue, le père aurait de bonnes raisons d'enguirlander son fils ; or il renvoie la question de manière douce et affectueuse. Il n'y a pas une seule vacherie dans les cent quatre-vingt-treize paraboles de l'Évangile.

Un exemple de parabole "à la Bro" ?

Un jour, j'ai dépassé mes trois minutes réglementaires à Radio Notre-Dame. Aussi ai-je promis de me rattraper lors de l'émission suivante. Le lendemain, j'ai commencé ainsi : "Ce ne sont pas les difficultés du chemin qui font mal au pied, mais le caillou que tu as dans la chaussure. Déchaussez-vous ! Et cherchez d'abord en vous-même les obstacles ou les contrariétés plutôt que de vous en prendre tout de suite aux autres".

Vous appelez cela une parabole ?

Certes, elle est brève, mais elle a toutes les caractéristiques de la parabole évangélique.

D'abord, elle part d'une expérience concrète, comme la parabole du bon berger et de la brebis égarée. La force de l'Évangile vient en partie de ce qu'il ne procède pas par conférence, théorème ou abstraction.

Deuxièmement, la parabole est immédiatement compréhensible, et par tout le monde - comme le levain dans la pâte, les vieilles outres, ou le débiteur impitoyable. J'ai prêché de la même façon aux quarante évêques du Canada et à cent religieuses canaques la semaine suivante ; et l'histoire que je destinais, en chaire de Notre-Dame, à mon ami Alfred, bûcheron dans les Alpes, est celle qui a touché mon ami Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde !

Troisièmement, la parabole est fraternelle - grâce à la fiction, on n'est pas brutalisé. Mais en même temps, elle est provocante et "extravagante" : elle nous mène ailleurs, là où on ne s'y attend pas. Le Christ conduit à un nouvel ordre de l'existence. On est amené à une transgression des "valeurs" habituelles.

C'est-à-dire ?

Il n'est pas normal de payer autant quelqu'un qui a travaillé une heure que celui qui a travaillé toute la journée. Il n'est pas normal d'abandonner quatre-vingt-dix-neuf brebis au risque de les perdre pour aller en retrouver une. Ce n'est pas le fils aîné fidèle, mais le fils cadet, qui a dilapidé son bien avec des filles, qui est reçu comme un prince : pas normal non plus ! Etc.

La parabole se joue sur une mélodie relativement silencieuse. On pourrait dire qu'elle est chaste : elle n'en rajoute pas, elle est humble, modeste.

Enfin, elle conduit à une attitude qui déborde la proposition d'une morale humaine normale : elle conduit à un "plus". Elle nous laisse accompagnés par quelqu'un. Elle invite affectueusement à quitter nos schémas. La parabole n'est ni un discours électoral, ni un cours de théologie, ni une conférence d'université. On ne peut pas non plus la réduire à une fable de La Fontaine avec sa morale, ni à un conte, ni à une page des Mille et une nuits. C'est une image qui part du réel pour aller plus loin qu'elle. Elle est souvent redoutable, comme l'ont pressenti les apôtres quand ils ont été saisis d'effroi en face de Jésus. Ou bien il faut fuir, ou bien il faut adhérer.

Un nouvel exemple ?

Un jour, un poète arrête Hosukaï, un grand peintre japonais, au cours de sa promenade, et lui dit : "Ô maître, écoute : "Une libellule / Ôtez-lui les ailes / C'est un haricot"". Hosukaï poursuit son chemin en méditant, s'arrête et revient vers le poète : " Non, écoute plutôt : "Un haricot / Mettez-lui des ailes / C'est une libellule"" (1). Nous sommes tous capables d'enlever les ailes à ce qui vole et laisser le négatif étouffer l'espérance.

Selon vous, qui est le champion du sermon ?

Le Curé d'Ars. Il n'avait pas le temps de préparer. Il ne dormait que trois heures par nuit, était obligé à quinze heures de confessionnal, se battait avec son désespoir. Ses paroles sont de la lave, géniales, inventives, proches, pleines de trouvailles poétiques et parfaites de rectitude théologique. Surtout, ce prêtre brûlant de charité aimait ceux à qui il prêchait.

Quels conseils donneriez-vous à un séminariste pour faire un "bon" sermon ?

Écrivez. J'ai toujours rédigé, même pour parler à un public restreint. Sauf quand on ne peut pas... Une Mère supérieure m'a demandé un jour à l'improviste : "Vous nous direz bien un petit mot, mon Père ?" L'un de mes amis dominicains répond du tac au tac : "Oh, même un gros, ma Mère !"

Démarrez en rejoignant une question réelle que les gens se posent, un souci, une angoisse... Essayez de trouver une image et développez-la sans délayer. Imaginez que vous n'avez que trois minutes ; cela fait une trentaine de lignes. On peut en dire, des choses...

Quelle est votre parabole préférée ?

Celle du diamant rayé : selon moi, l'un des plus beaux résumés du christianisme. C'est l'histoire d'un prince à qui l'on a fait cadeau d'une pierre précieuse magnifique. Elle se trouve par mégarde rayée. Le prince, désolé, convoque les lapidaires du royaume, tous plus habiles les uns que les autres. Les artisans se succèdent au chevet du diamant sans pouvoir effacer la rayure. Lorsque arrive au pays un lapidaire étranger. On l'invite au château. Il observe la pierre, médite, et se met à la tailler... en forme de rose. Il ne cherche pas à supprimer la rayure ; au contraire, il l'utilise pour en faire la tige de la rose. Il transforme ce qui dévaluait le joyau en occasion de lui donner une plus grande valeur.

Le prince, c'est Dieu ; la pierre précieuse, c'est l'homme ; l'égratignure, c'est la blessure intime en chacun ; le lapidaire, c'est le Christ. Une rayure est une rayure - inutile de la cacher. Le Christ vient pour transfigurer ce qui nous apparaissait négatif en occasion d'une plus grande splendeur. Encore faut-il avoir reconnu l'égratignure et faire confiance au lapidaire...

De telles histoires aident-elles à vivre ?

Oui. La parabole est porteuse d'espérance. C'est une revanche du cœur car c'est une parole qui console. Une mère m'a écrit un jour : "Mon Père, j'ai une fille de 26 ans, profondément alcoolique. Ce qui me sauve, c'est de repenser à la parabole du diamant rayé. Je l'ai entendu dans votre bouche il y a vingt ans, je ne l'ai jamais oubliée".

Quelle parabole évangélique vous touche le plus ?

Celle du prodigue, bien sûr, qu'on n'a jamais fini de méditer. Mais aussi celle du figuier stérile, pleine d'espérance et de miséricorde : c'est merveilleux de voir le Christ supplier le jardinier d'attendre avant de couper...

L'histoire de l'aveugle de Bethsaïde me touche de plus en plus. Cet aveugle entend dire qu'un thaumaturge approche. Alors il se place à l'entrée du village et hurle dès que Jésus arrive : "Jésus, fils de David, aie pitié de moi !" Les apôtres, excédés, le repoussent et essaient de le faire taire. En vain. Jésus vient, lui prend la main, et traverse tout le village avec lui. L'aveugle ne râle pas, ne proteste pas ; il se laisse conduire, il fait confiance. C'est seulement à la sortie du village que le Christ le guérit et que l'homme voit.

C'est la parabole de mon existence terrestre. J'arrive à la sortie du village de ma vie ; il m'a accompagné durant toute cette traversée terrestre ; il va m'ouvrir les yeux et enfin je vais voir.

(1) La Libellule et le Haricot - Confessions sur le siècle, Presses de la Renaissance, 732 p., 25 euros.

Luc Adrian

dimanche, 11 novembre 2007

les mots de la Foi

Radio Vatican
Les mots de la foi, réalisée par Nicolas steeves, sj. Il nous explique le mot "Purgatoire"
podcast

Le combat de la résurrection

[http://www.homelies.fr - 32e dimanche]

À quelques jours de la fête de la Toussaint et de notre intercession pour nos frères défunts, la liturgie nous invite à méditer sur le mystère central de notre foi : la résurrection.

Les textes choisis nous invitent à prendre conscience que la résurrection n’est pas seulement un phénomène post-pascal. Elle concerne toute l’humanité, même ceux qui ont précédé Jésus dans le cours de l’histoire ont pu connaître ce mystère. Les rabbins prétendaient ainsi que chaque verset de la Torah parle de la résurrection ; si les hommes ne sont pas capables de discerner sa présence, c’est que leur foi n’est pas assez forte. Il est donc logique de trouver dans l’Ancien Testament des témoignages de la foi en la résurrection. La lecture du livre des Maccabées que nous venons de faire en présente un des tout premiers.

Il s’agit d’une déclaration pleine d’espérance : « le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » et qui prend des accents très concrets : « C'est du Ciel que je tiens ces membres, et c'est par lui que j'espère les retrouver ». Cette conviction trouve son fondement dans la fidélité de Dieu. Puisque nous acceptons de perdre la vie par fidélité à Dieu, il ne permettra pas notre perte et nous rendra justice, expliquent les jeunes martyrs. La première condition pour ressusciter est donc notre confiance dans la fidélité de Dieu.

Cette confiance indéfectible est illustrée par Jésus sur la Croix : « entre tes mains je remets mon esprit ». Puisque Dieu est fidèle, lui remettre notre vie et tout ce que nous sommes, est s’assurer que personne ne nous en dépossèdera, et que la vie nous sera rendue. Mais cette attitude doit être bien comprise, car elle n’est pas un investissement, une sorte d’assurance à long terme : se réfugier en Dieu est se livrer à lui. Il s’agit d’un véritable acte d’abandon à sa volonté. Au seuil de la résurrection apparaît donc une difficulté de taille. Que Dieu défende et protège mes intérêts est facilement concevable, les païens en font autant ; mais pour qu’il puisse le faire, que je doive tout lui remettre, même ma vie, est un combat.

Ce point est crucial et mérite qu’on s’y attarde. Avant d’être un couronnement ou une récompense, la résurrection est en effet en elle-même un combat.

Nous avons pour première preuve les doutes des sadducéens qui interrogent Jésus. L’exemple un peu grotesque de la femme qui épouse sept maris successifs au nom de la loi du lévirat montre qu’ils perçoivent la résurrection comme une continuité avec la vie terrestre, c’est pourquoi ils la refusent. Ils ont raison. Mais ils ont à faire un pas de plus qui est d’accepter la résurrection pour ce qu’elle est au lieu de se contenter de la refuser pour ce qu’elle n’est pas.

Comme l’explique Jésus quand il fait allusion aux anges, il y a un vrai hiatus entre la vie que nous connaissons ici-bas et celle qui nous sera donnée en partage dans la maison du Père. Notre condition sera celle des anges, c'est-à-dire que nous serons sans cesse et de manière évidente en présence de Dieu. Nous serons en parfaite communion avec lui, l’expression de notre vie ne sera qu’action de grâce. Tout amour vécu ici-bas dans l’ordre de la charité demeurera et sera transfiguré. Le mariage en tant qu’institution n’aura plus de raison d’être, mais l’époux et l’épouse connaîtront Dieu au cœur de l’amour qui les unit pleinement l’un à l’autre.

Nous connaissons cette différence d’ordre. Mais le danger subsiste d’imaginer seulement un saut qualitatif, de considérer qu’aujourd’hui on aime comme on peut, alors que demain nous aimerons parfaitement. En somme, la vie des ressuscités serait une vie semblable à la nôtre, mais perfectionnée. Or la différence est radicale. Elle est annoncée dans l’évangile par l’expression « quand Jésus passa de ce monde à son Père ». Jésus passe d’un monde à un autre. Ce passage se fait par la mort, une vraie mort. Pas seulement une mort biologique, mais une mort métaphysique, si l’expression existe. C'est-à-dire que la résurrection n’est pas une simple réanimation biologique qui réduirait la mort à un sommeil douloureux et temporaire, mais elle est un passage de la mort à la vraie vie. C’est pourquoi la résurrection de Jésus est la victoire contre la mort, la mort en elle-même, et non la victoire contre une mort particulière, celle d’une personne déterminée, Jésus de Nazareth. Nous le disons d’ailleurs dans le Credo : « il est ressuscité d’entre les morts », et non pas « quelqu’un de mort est ressuscité ». Ce n’est pas sa mort qui est dépassée, mais la mort qui est vaincue.

Voilà l’ampleur de la résurrection. Ainsi, nous disons qu’elle est un combat, parce qu’elle en a été un pour Jésus lui-même. Le mystère du samedi saint est celui du Christ qui nous extirpe de la mort. Il n’y a donc pas que la Passion et la Croix qui soient un combat, la résurrection l’est aussi. On peut l’assimiler aux douleurs de l’enfantement, elle fait que Jésus n’est pas seulement le ressuscité, il est aussi le ressuscitant, le principe actif de la résurrection des hommes.

Ce combat de Jésus est aussi le nôtre. De même qu’entre la Croix et la Résurrection il y a un délai, un espace pour l’attente et la lutte, entre la victoire définitive de Jésus remportée au matin de la Pâque et l’avènement du Christ dans la gloire, il y a un temps où nous luttons encore contre la mort. Entre notre baptême où nous sommes plongés dans la mort du Christ et notre entrée dans la plénitude de la vie, il y a l’espace de notre pèlerinage intérieur. C’est le temps où le Christ nous attire à lui, le temps où il nous enfante à la vie dans les douleurs de nos résistances. Le temps où la résurrection est une lutte.

Il est donc grand temps de nous affranchir de nos raisonnements de sadducéens, pour laisser le Christ nous enfanter à la vie des ressuscités, la vie filiale qui seule peut faire notre béatitude. Nous ne connaîtrons pas le Dieu vivant tant que nous ne nous serons pas abandonnés à la victoire de sa résurrection qui marque notre entrée de la vie de l’Esprit.

La louange et les psaumes sont une arme de ce combat, ils nous font participer déjà à la louange des anges et des fils. Ils chantent la gloire de celui qui nous appelle à la vie, tenant pour vraies et présentes les richesses à venir. Nous l’avons prié tout à l’heure : « Et moi, par ta justice, je verrai ta face : au réveil, je me rassasierai de ton visage ».

Frère Dominique

samedi, 10 novembre 2007

Instant comique avant intrigue tragique

Ron, Hermione, Fred, Georges, Fleur et Mondigus burent leur verre d'un coup. Ils eurent tous un haut-le-coeur accompagné d'une grimace lorsque la potion leur descendit dans la gorge. Aussitôt, la peau de leur visage se couvrit de cloques et leurs traits commencèrent à se déformer comme de la cire chaude. Hermione et Mondigus grandirent brusquement ; Ron, Fred et Georges se ratatinèrent ; leurs cheveux s'assombrirent, ceux d'Hermione et de Fleur se rétractant dans leur crâne.
Indifférent à cex transformations, Maugrey était occupé à dénouer les cordons des deux sacs qu'il avait apportés : lorsqu'il se redressa, une demi-douzaine de Harry Potter étaient alignés devant lui, hoquetant et haletant.
Fred et Georges se tournèrent l'un vers l'autre et s'écrièrent d'une même voix :
- ça alors... On est exactement pareils !
- A la réflexion, je ne sais pas, reprit Fred qui examinait son reflet dans la bouilloire. Je crois que c'est toujours moi le plus beau.
- Oh, là, là ! s'exclamat Fleur en se contemplant dans la porte du micro-ondes, Bill, ne me regarde pas, c'est fou ce que je peux être horrible !
- Pour ceux dont les vêtements sont un peu amples, j'en ai de plus petits, annonça Maugrey en indiquant le premier sac, et vice versa. N'oubliez pas les lunettes, il y en a six paires dans la poche latérale. Quand vous serez habillés, vous trouverez des bagages dans l'autre sac.
Le vrai Harry songea qu'il n'avait jamais vu dans sa vie un spectacle aussi bizarre et pourtant, il était habitué aux choses les plus étranges. Il regarda ses six doubles fouiller dans les sacs, en sortir des vêtements, mettre des lunettes, ranger leurs propres affaires. Lorsqu'ils se déshabillèrent en toute impudeur, beaucoup plus à l'aise en dévoilant un corps qu'ils ne l'auraient été en montrant le leur, il eut envie de leur demander un peu plus de respect pour son intimité.
- Je savais que Ginny mentait à propos de ce tatouage, dit Ron en regardant sa poitrine nue.
- Harry, tu as vraiment une mine épouvantable, commenta Hermione en mettant des lunettes.

 Harry Potter et les reliques de la mort, p.61-62

Indécente célérité

"L'aube sembla succéder à la nuit avec une précipitation proche de l'indécence"

(Harry Potter et les reliques de la mort, p.255)

20:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rowling

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