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mercredi, 31 octobre 2007
Entretien avec Mgr Ricard
[La Croix - 31/10/07]
Cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France
Au terme de deux mandats à la tête de l’épiscopat français, le cardinal Jean-Pierre Ricard dresse un portrait optimiste de l’Église .
L’Église de France vient de connaître des temps forts comme le rassemblement religieux-laïcs, puis Ecclésia 2007 à Lourdes. Elle a vécu aussi des tensions autour d’un motu proprio… Comment la trouvez-vous, au moment de laisser votre charge ?
CARDINAL JEAN-PIERRE RICARD : Pas si mal que ça ! Elle se veut fidèle au Christ, annonçant l’Évangile face à un mouvement de sécularisation déjà ancien mais toujours actif en Occident, qui affaiblit la relation des gens avec la foi et avec l’Église. En même temps, des chrétiens prennent en charge la vie ecclésiale, des hommes et des femmes redécouvrent le chemin de la foi, bien des fidèles s’investissent dans la formation chrétienne, etc. Ces signes invitent à l’espérance : le Christ est là, présent dans la barque de l’Église même si celle-ci paraît secouée…
Les craintes suscitées par le motu proprio sur la liturgie sont-elles apaisées ?
Il y en a eu beaucoup plus avant sa publication qu’après. On avait peur que des modalités nouvelles pour célébrer selon le Missel tridentin soient l’occasion de remettre en cause la réforme liturgique voulue par Vatican II et tous les papes depuis Paul VI. Ce qui nous a beaucoup aidés, c’est la lettre de Benoît XVI qui accompagne le motu proprio, définissant la liturgie conciliaire comme « la forme ordinaire» du rite romain, l’autre étant une « forme extraordinaire ». J’ai senti, en échangeant avec le pape lui-même, qu’il considère cette question dans une perspective d’avenir, comptant sur un enrichissement possible entre ces deux formes, et absolument pas comme un retour au passé ! Le pape pense qu’une bonne part des catholiques attachés à la tradition peut entrer dans une dynamique de réconciliation. Je partage cette conviction.
Où en est la mise en œuvre de ce document, et comment avez-vous vécu personnellement cette affaire ?
Nous avons fait le point en septembre entre archevêques. J’ai été frappé par la volonté de chaque diocèse de s’organiser pour répondre positivement aux demandes. Pour le mo ment, peu de demandes nous sont arrivées. Par contre, dans plusieurs diocèses en France, cette question a éveillé l’intérêt de prêtres et de fi dèles pour redécouvrir les grandes intuitions du Concile qui ont mené à la réforme liturgique. Pour moi, le point le plus douloureux dans ces débats autour de Vatican II, c’est de voir que la démarche spirituelle du Concile n’est parfois pas perçue, voire est rejetée. Il y a là comme un déni envers l’Esprit Saint. Je souffre beaucoup plus de cela que des problèmes de reconnaissance institutionnelle. Par ailleurs, je vous avouerai que, par santé spirituelle, je ne consulte jamais les sites Internet intégristes. Leur violence me ferait douter qu’une réconciliation soit possible…
Vue de Rome, la France reste un enfant terrible: pratique et vocations en baisse, relents de gallicanisme… Comprenez-vous cette impression ?
De telles réactions sont actuellement le fait de fonctionnaires de second rang au Vatican. Dans mes rencontres à Rome, je n’entends plus ce type de discours, qui existait encore il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, Rome nous dit au contraire: «Votre situation est difficile, mais nous savons tout ce que vous faites pour la vitalité de votre Église, et tous les germes de renouveau qui apparaissent.»
On nous invite à persévérer, beaucoup plus qu’on ne nous juge. C’est vrai que le nombre de prêtres et de séminaristes reste une question; mais Rome sait que nous n’avons pas pris le parti de l’échec, et nous ne nous faisons plus «remonter les bretelles» comme avant.
Votre mandat à la tête de l’épiscopat a également connu un changement de pontificat…
Nommé en 2002 membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, j’en ai rencontré les membres presque tous les mois, en particulier son préfet, le cardinal Ratzinger. C’est dire que, lorsqu’il est devenu pape, je le connaissais, admirant son intelligence et sa clarté dans les analyses, mais aussi sa gentillesse. Et j’ai tout de suite pensé que ce pape ne serait pas la caricature que certains en faisaient. C’est d’abord un enseignant, désireux de faire comprendre l’enseignement de Jean-Paul II pour éclairer les situations nouvelles que nous connaissons.
Dans la même période, les relations Église-État ont connu des moments forts : rudes débats de société, centenaire de la loi de 1905, mais aussi contacts avec le sommet de l’État. Quel bilan en tirez-vous ?
J’ai vécu depuis huit ans un changement de climat dans ces relations. Avec le cardinal Billé, nous avons voulu renouer des relations plus régulières avec le président de la République et avec le premier ministre, à un moment où Jacques Chirac et Lionel Jospin convenaient tous deux que cela manquait. C’était l’époque du livre de René Rémond, Le Christianisme en accusation, et Lionel Jospin était impressionné de voir que les catholiques se sentaient mal à l’aise dans la société. Pour faire face à cette situation, il a proposé de mettre en place une instance de dialogue. C’est ainsi qu’ont été mises sur pied, avec Matignon, des rencontres régulières (une ou deux fois par an) ou parfois plus informelles. On y traite les dossiers de l’heure, mais on évoque aussi des questions de société comme – à la demande de nos interlocuteurs – la crise des banlieues ou la loi sur la fin de vie.
La parole de l’Église vous semblet-elle attendue par les responsables de la cité ?
Notre discours sur les sujets de société, même s’il gêne parfois (on l’a vu sur l’immigration), est bien reçu quand il s’agit de doctrine sociale. Par contre, ce qui touche à l’embryon, à la famille ou au mariage, au croisement du privé et du social, a plus de mal à être entendu : on nous rétorque que l’opinion va dans l’autre sens ; on nous oppose le poids des sondages… Mais peut-on élaborer sur la base des seuls sondages une politique qui engage l’avenir ?
Êtes-vous satisfait aussi de la manière dont les évêques travaillent ensemble actuellement ?
Ce qui a d’abord marqué sur ce point mes six années de présidence, c’est la mise en place des «provinces ecclésiastiques », qui permettent un travail en groupes restreints de diocèses voisins: c’est un rouage essentiel pour la collaboration entre évêques. Puis, il y a eu la réforme des structures de notre Conférence, avec de nouvelles méthodes de travail. Le climat de nos assemblées me semble bon, à la fois fraternel et efficace!
En même temps, il y a toujours des évêques désireux de faire entendre leur voix, parfois hors assemblée, voire en dissonance par rapport à elle. C’est dans l’ordre des choses, et sans doute légitime, tant qu’on ne touche pas aux dogmes… Mais il faut avoir le courage d’exprimer ces idées devant l’assemblée, et il faut que l’assemblée soit capable de les accueillir : il peut en effet arriver que celle-ci fasse écran à l’expression de certaines opinions en son sein… et il ne faut pas s’étonner alors que cellesci aillent s’exprimer ailleurs !
Enfin, dans la manière de fonctionner de nos assemblées d’évêques, nous devons vérifier notre capacité à aboutir, par-delà l’échange d’opinions, à des décisions vraiment communes. Notre consensus sur la catéchèse, par exemple, n’a été obtenu que de justesse et, sur l’enseignement catholique, l’intéressant document auquel nous avons abouti n’a pas suffi pour permettre une parole commune, la décision étant remise à chaque évêque en son diocèse.
Comment expliquez-vous l’embarras de l’épiscopat, il y a un an, face au Téléthon ?
La question se reposera cette année. Malgré des différences entre nous, la plupart des évêques n’appelleront pas au boycottage. Cela ne nous empêche pas de manifester notre inquiétude en constatant qu’une partie des fonds récoltés va à certaines recherches que nous désapprouvons. Le Téléthon n’est pas seul en cause: la Conférence épiscopale s’exprimera certainement sur le sujet lors de la prochaine révision des lois de bioéthique. L’Église n’est pas opposée à toute recherche scientifique, et je ne serais pas étonné que, dans les mois à venir, nous soyons amenés à soutenir de façon positive d’autres types de recherches, qui ne posent pas à nos yeux les mêmes problèmes moraux.
Quel bilan personnel tirez-vous de ces années à la tête de l’Église de France ?
Ce fut fatigant, mais passionnant ! La quantité et la sensibilité des dossiers, l’accumulation de réunions et l’enchaînement d’obligations, tout cela a été lourd, ajouté à la charge d’un grand diocèse où j’arrivais. Heureusement, j’ai une bonne santé, et un tempérament qui ne cultive pas l’angoisse! L’un de mes soucis aura été de trouver, face à des événements de l’actualité, la parole juste et le langage qui convient pour être entendu, tout en restant fidèle à la foi et à l’espérance qui nous habitent. Cela, il m’a fallu l’apprendre.
En même temps, j’ai été passionné par la dimension relationnelle de cette responsabilité, en ayant le souci de mes frères évêques et de ce qu’ils avaient à vivre, tout en me sentant soutenu par eux. Et j’ai beaucoup découvert grâce à la fonction de contact qui me revenait : au plan œcuménique, partageant avec les autres Églises le souci de l’annonce de l’Évangile, et interreligieux, tant dans la rencontre de l’islam que – aux côtés du cardinal Lustiger – celle du judaïsme. Sans oublier Rome, l’Europe, l’Asie (Vietnam), la Terre sainte et le Liban, et surtout l’Afrique, avec laquelle j’ai tenu à développer les liens. Tout cela fait vivre pleinement ce qui est demandé à un évêque : porter à la fois le souci personnel de l’Église locale qui lui est confiée et la charge collégiale de l’ensemble des Églises.
Quel conseil donnez-vous à celui qui vous succédera, la semaine prochaine, comme président de la Conférence des évêques de France ?
J’attends de savoir qui ce sera, pour ajuster mon message à celui qui sera élu !
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mardi, 30 octobre 2007
Ecclesia2007, intervention finale de Mgr Dufour
Lourdes le dimanche 28 octobre 2007 - Ecclesia2007
Je m’associe aux remerciements du père Jean-Claude REICHERT. Je remercie en particulier toute l’équipe du Service National de la Catéchèse et du Catéchuménat. Je suis témoin de leur total engagement au service de notre Congrès. Ils l’ont organisé dans un temps record, s’adaptant en particulier au merveilleux engouement qu’il a suscité dans les diocèses, puisque nous sommes passés de la perspective de 2000 participants estimés en janvier à 7000 aujourd’hui. Je joins à ce bravo les membres des autres services nationaux qui ont participé à l’organisation. Merci et bravo à tous. Je remercie mes frères évêques pour leur présence, et en particulier Mgr Jean-Louis PAPIN, vice-président de la Conférence des évêques de France, qui a présidé notre eucharistie ce matin. Je dois enfin un merci aux délégations étrangères : votre témoignage positif et enthousiaste nous encourage.
Il me revient maintenant de porter un bref regard sur notre congrès et d’ouvrir quelques perspectives. Qu’avons-nous vécu ? Et après ?
Une phrase de Dei Verbum nous a conduits « Dieu, qui est invisible, s’adresse aux hommes comme à des amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion ». Au commencement est la Parole. C’est elle qui nous convoque et nous rassemble. C’est elle qui nous accueille et que nous accueillons. C’est elle qui nous fait vivre et revivre. Elle est une lampe sous nos pas, elle est une lumière sur nos routes. Nous sommes appelés à la faire résonner, nous en sommes responsables et l’Eglise a la mission de la servir. Ce fut le thème de notre congrès : « Ensemble, servir la Parole de Dieu ». Mettre la Parole de Dieu au cœur de la catéchèse,ce fut là un objectif essentiel d’Ecclésia 2007 et nous vivons aujourd’hui un temps béni de l’histoire de notre Eglise en France qui met la parole de Dieu au cœur de la vie des communautés. Notre joie d’avoir goûté la lectio divina en témoigne et celle d’avoir partagé de nombreuses initiatives dans ce domaine nous remplit d’une profonde confiance.
Un deuxième fruit de ce congrès de la responsabilité catéchétique est la prise de conscience que la catéchèse est la responsabilité de toute l’Eglise. La catéchèse n’est pas toute la mission de l’Eglise mais elle est la responsabilité de toute l’Eglise. Elle l’est selon l’ordre donné par le Christ lui-même à l’Eglise apostolique : « Allez ! De toutes les nations, faites des disciples ». C’est bien le but de la catéchèse de faire des disciples de Jésus et de les mettre, comme disait Jean-Paul II, « en communion, en intimité avec Jésus-Christ ». Faire des disciples est la responsabilité, la mission évangélisatrice de toute l’Eglise.
Un troisième fruit de ce Congrès se voit dans l’espérance et le souffle qu’il nous donne. Nous l’avouons souvent, la mission est difficile. Nous avons l’intuition que l’Evangile est attendu, mais les résistances et les obstacles sont nombreux. Pour la première fois de son histoire, l’Eglise doit évangéliser une société qui n’est plus religieuse, une société sécularisée. Les obstacles sont aussi en nous-mêmes qui sommes parfois peu enclins à une vraie conversion pour former une Eglise qui propose la foi. Mais nous témoignons ici d’un souffle évangélique, d’une audace missionnaire pour que nous soyons au cœur du monde non seulement une présence évangélique, mais une présence évangélisatrice.
Un quatrième fruit enfin, je le contemple dans le riche partage d’expériences que nous avons vécu. Il nous donne foi en l’action de l’Esprit Saint qui fait toutes choses nouvelles. L’échange des savoir faire nous stimule et développe nos talents au service de l’annonce de la Parole. Ce partage entre paroisses, services et mouvements doit se poursuivre et nous faire progresser encore, au sein de nos diocèses et de nos provinces.
Et après ?
De nombreux évêques sont présents ici à Lourdes, près de 60. « L’évêque a pour fonction principale, avec la prédication, de promouvoir une catéchèse active et efficace » dit le directoire pour le ministère pastoral des évêques. Il appartient à chaque évêque de donner des orientations catéchétiques et de les inscrire au cœur du projet pastoral de son diocèse. Au cours de ce congrès, nous avons voulu que vous puisiez vivre des temps en diocèse, créer des liens, partager. Tout cela est, j’en suis sûr, de bon augure pour l’avenir de la catéchèse dans nos Eglises locales.
Pour ma part, dans la responsabilité que m’ont confiée mes frères évêques au sein de la conférence, je veux maintenant vous partager les perspectives de travail de la commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat. Comment la catéchèse participera-t-elle à la mission d’évangélisation ? Cette mission est celle de toute l’Eglise, nous l’avons vécue à Ecclésia 2007, et j’en profite pour remercier tous ceux des services et des mouvements qui sont présents nombreux à Lourdes. Voici 4 perspectives de travail de la commission que je préside.
1.La première annonce
La catéchèse s’adresse à des personnes qui ont reçu une première annonce et qui demandent à suivre le Christ qui leur a été annoncé. Et pour les autres ? Parmi ceux que nous accueillons ou vers qui nous allons – je pense par exemple aux nombreux élèves accueillis dans les établissements catholiques ou les futurs mariés accueillis dans les paroisses - beaucoup n’ont jamais été en contact avec la foi chrétienne ou n’ont pas été catéchisés. Avouons que nous ne savons pas bien faire. Lors des JMJ de Cologne, Benoît XVI suggérait aux évêques allemands une sorte de pré-catéchèse pour une première annonce : « Peut-être, disait-il, devrait-il exister pour les non croyants une sorte de pré-catéchèse d’accès qui ouvre avant tout à la foi ». C’est une première orientation de notre travail.
2.La formation des catéchètes
La catéchèse est la responsabilité de toute l’Eglise. Mais l’Eglise suscite en son sein des vocations de catéchètes. Dans ces temps de renouveau, une tâche importante sera la formation. Nous pouvons déjà pressentir quelques points clés de cette formation.
- Former à la lectio divina, qui lit l’Ecriture comme une Parole de Dieu, qui fait entrer en dialogue avec Dieu, qui conduit à la prière.
- Former à la vie spirituelle qui donne d’accompagner le travail de l’Esprit Saint dans les personnes et de repérer les pierres d’attente de la Révélation.
- Former le catéchète à être un aîné dans la foi, c’est-à-dire à être témoin du trésor qu’il a reçu et de la tradition vivante de l’Eglise.
3.L’éducation chrétienne au sein des familles
La Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat a le projet de réaliser un livre des familles, une sorte de petit catéchisme qui aidera les familles à transmettre la foi comme une vie, à éveiller à la foi comme un chemin de croissance.
4.La pédagogie d’initiation
Comment irons-nous de la Parole de Dieu au Credo de la foi de l’Eglise ? Ce chemin est proposé aux adultes que l’Eglise conduit aux sacrements de l’initiation chrétienne. C’est un chemin balisé, le chemin catéchuménal. Nous disposons de deux bons outils : le catéchisme des évêques de France et le catéchisme de l’Eglise catholique. Quelles démarches, quels itinéraires allons-nous proposer pour les traverser ?
Que l’Esprit nous éclaire, nous soutienne et nous fortifie dans notre mission. Avant de nous séparer, écoutons la promesse faite à Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi ». L’Esprit Saint viendra sur toi, Eglise du Christ. Serviteurs de la Parole, renouvelons notre acte de foi et confions-nous à la prière de Marie, « mère et modèle des catéchètes ». Disons avec elle : « Qu’il nous soit fait selon ta parole ».
Monseigneur Christophe Dufour, évêque de Limoges
Président de la commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat
16:39 Publié dans Eglise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecclesia2007
Le Motu Proprio, pourquoi, comment ?
Une vidéo de 60 mn, sur KTO, avec Mgr Le Gal et le P. Le Pivain. Pour prendre du recul et essayer de comprendre.
"Le Motu Proprio Summorum pontificum sur l'usage du Missel dit de saint Pie V, publié par Benoît XVI en juillet, est entré en vigueur le 14 septembre. Un point sur le sens du rite et sur ces nouvelles dispositions."
==> http://www.ktotv.com/video_data.php3?numero=1782
09:40 Publié dans Théologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Motu Proprio
lundi, 29 octobre 2007
Marie, la catéchiste de Bernadette
En marge du congrès Ecclesia 2007, voici quelques remarques sur la catéchèse suivie par Bernadette entre le 11 février et le 16 juillet 1858.
Premières apparitions
Tout commence par le signe de la croix que Bernadette ne peut achever tant que la Dame ne le lui montre pas. Marie sera le guide de Bernadette dans son initiation aux mystères de la foi. Marie est la monitrice. Ceux qui accomplissent une mission de catéchèse ont à faire découvrir ce que les enfants, les jeunes ou les adultes qui leur font confiance ne connaissent pas encore.
Marie n’enseigne pas à Bernadette une leçon mais elle lui transmet une pratique : comment faire le signe de la croix. Le signe de la Croix est la plus parfaite synthèse du christianisme. Le geste rappelle jusqu’où est allé l’amour de Dieu pour nous ; les paroles qui l’accompagnent disent la perfection de l’Amour, qui est la substance de la Trinité. Dès le départ, le signe de la totalité est posé. En catéchèse, nous savons où nous allons.
Au cours des deux premières apparitions, la Dame se tait. Elle établit la confiance avec Bernadette. Avant de lui demander quoi que ce soit, la Dame noue une relation personnelle avec la fillette. Celle-ci en a besoin, car les objections agrémentées de quelques gifles n’ont pas tardé. Bernadette s’est trouvée en bute à la contradiction, comme n’importe quel croyant d’aujourd’hui.
A la troisième apparition, Marie refuse d’écrire son nom mais demande à Bernadette de lui faire la grâce de venir régulièrement pendant quinze jours. Que cela nous dit-il pour la catéchèse ? Non pas que l’écrit soit inutile mais qu’il n’est pas premier. Nous ne sommes pas limités à la culture de l’écrit et le christianisme n’est pas une religion du Livre.
Après le refus d’écrire son nom, la Dame demande à Bernadette de lui faire la grâce de venir pendant quinze jours. Elle lui parle avec familiarité, dans sa langue. Elle la respecte plus que son entourage habituel, en lui parlant au « vous ». Elle attend quelque-chose de la jeune fille comme Dieu est en attente de notre foi. Elle demande à Bernadette un engagement, certes limité dans le temps, mais difficile à réaliser, vu l’opposition de la famille et des Sœurs et, bientôt, celle des autorités civiles. La catéchèse, que ce soit celle d’un enfant ou d’un adulte, demande du temps. La Vierge n’a pas commencé par cette exigence mais, le moment venu, elle a passé comme une sorte de contrat avec Bernadette.
Le passage par la Croix
Viendra ensuite le temps des épreuves. Bernadette est invitée à la pénitence, la face pénible de la conversion. Le Christ n’avait nul besoin de faire pénitence mais pour nous sauver du péché, il s’est rangé parmi les pécheurs en recevant le baptême de Jean, un baptême de conversion. Son chemin est passé par la Croix et il n’y a pas d’initiation chrétienne qui ne passe par la Croix. Le Christ nous y a précédés. Bernadette se prosterne jusqu’à terre, comme Jésus au jardin des oliviers. Son visage, couvert de boue, est méconnaissable, comme celui du Serviteur souffrant, dans les prophéties d’Isaïe.
La pénitence n’est pas une affaire strictement privée. Quand Bernadette est appelée à la pénitence, l’horizon s’élargit. Jusqu’ici, semble-t-il, l’événement ne concernait que Bernadette. Ses entretiens avec la Dame restaient confidentiels. Désormais, Bernadette reçoit une mission : prier pour les pécheurs. Elle s’en acquittera toute sa vie. Elle découvre ainsi qu’on n’est pas chrétien pour soi-même. Nous vivons dans la communion des saints.
En même temps, la Dame fait découvrir à Bernadette une source. Bernadette se dirige d’abord vers le Gave. La Dame doit la remettre dans la bonne direction. C’est le rôle de l’Eglise : montrer aux hommes où est la Source qui ne déçoit pas. Marie qui fait découvrir à Bernadette la source jusque-là cachée, n’est-ce pas un beau modèle d’action catéchétique ? Bernadette est activement associée à la découverte, non sans s’être d’abord trompée de direction. Mais rien ne se serait passé si la Dame ne l’avait pas mise, et remise, sur le chemin.
Marie n’est pas la source. Le catéchiste n’est pas la source. Il indique la source. Il fait penser à la femme de Samarie qui, revenant en hâte au village, encourage les gens à aller trouver celui qu’il l’a si bien comprise.
Durant la « quinzaine des apparitions », la Dame, par deux fois, n’est pas au rendez-vous. Bernadette est troublée : en quoi l’a-t-elle peinée ? De même, dans une catéchèse, il peut y avoir des passages à vide, sans raison apparente. L’éducation de la foi est aussi un apprentissage des moments de désert.
La mission, l’Eucharistie et le service
La foi de Bernadette a donc été éprouvée, tant par les gestes déconcertants qui lui ont été demandés que par les absences. Elle peut alors être chargée de mission dans l’Eglise et pour l’Eglise. Sa mission dans l’Eglise, c’est d’aller « dire aux prêtres ». Sa mission pour l’Eglise, c’est de faire en sorte qu’une chapelle soit construite et que les fidèles viennent en procession. De même, la catéchèse doit permettre à chacun de découvrir quelle est sa place et sa mission dans l’Eglise.
Pendant toute cette période, la dame a refusé obstinément de dire son nom. Bernadette ne s’est pas découragée. Finalement, la Dame dit son nom : je suis l’Immaculée Conception. Les noms ont aussi une importance même si la pédagogie de la Dame, et de l’Eglise, privilégie l’expérience dont nous venons de voir quelques aspects. La parole de Marie quand elle révèle son nom est la dernière que Bernadette entendra. Les deux dernières apparitions sont, de nouveau, silencieuses. C’est un bel enseignement sur la prière : elle va du silence au silence.
Les semaines des apparitions coïncident avec le temps où Bernadette se prépare à la Première Communion, qu’elle réalisera à la Fête-Dieu. Pour Bernadette, les visions n’auront eu qu’un temps. L’Eucharistie, elle, demeurera. Bernadette ne vivra pas dans la nostalgie des apparitions mais dans un désir croissant de s’unir au Christ par l’Eucharistie et le service des malades.
+ Jacques Perrier
évêque de Tarbes et Lourdes
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jeudi, 25 octobre 2007
Faut-il avoir peur d'Harry Potter ?
[Famille Chrétienne, n° 1554]
L'heure espérée et redoutée des "fans" est arrivée : le dernier volume de la saga, Harry Potter et les Reliques de la Mort, paraît en français ce 26 octobre. Beaucoup de parents s'inquiètent de la fascination pour cet univers magique qui ensorcelle des millions de lecteurs de par le monde. Harry Potter est-il dangereux ? Sa magie est-elle malsaine ?
Le jeune sorcier a frappé fort : de sept coups de baguette magique - les sept tomes de la saga de Joanne K. Rowling -, Harry a semé la zizanie jusque dans les sacristies et transformé certaines familles en terrain de Quidditch, où détracteurs et défenseurs de Potter se livrent à des joutes acharnées (qui se répercutent régulièrement dans les pages de notre Forum...).
Pour certains parents, le jeune mage sent le soufre ; pour d'autres, c'est un innocent héros qu'on laisse complaisamment entrer chez soi, trop content de voir ses enfants lire d'eux-mêmes sans qu'on ait, pour une fois, à batailler. Car ce n'est pas son moindre mérite : les sept livres de J. K. Rowling, bien écrits et subtilement construits, ont rendu le goût de la lecture à nombre de boulimiques d'images qui ne juraient que par l'"ordi" ou les jeux vidéo. Mais cette attirance universelle, pour d'autres parents, est bien le signe d'une marque "démoniaque".
"Face à Harry Potter, on trouve schématiquement deux tendances chez les parents chrétiens, résume Bénédicte Repain, professeur de lettres à Nancy : la diabolisation ou la bénédiction. Pour certains, Harry Potter est l'arme de Satan en personne. Si l'on ose avouer qu'on trouve du plaisir à sa lecture, on est digne de l'excommunication... ou de l'exorcisme. C'est à mon avis aussi excessif que ceux qui applaudissent à tout crin, sans mettre en garde devant des dangers réels."
Cette mère de neuf enfants a profité de ses rares temps libres pour plonger dans les sept volumes de la saga - soit plus de quatre mille pages ! "Je n'avais pas le choix, explique-t-elle en riant. Même si je l'avais voulu, je n'aurais pu interdire Harry Potter à la maison. L'attraction était trop forte. Les enfants l'auraient lu en cachette et ne m'en auraient rien dit. J'ai préféré l'autoriser, en fixant des limites de temps de lecture... et m'y plonger moi-même. Afin de comprendre leur attirance pour le fantastique, très à la mode actuellement. Et pour permettre un dialogue constructif plutôt que risquer qu'ils se fassent leur opinion seuls... ou pire !"
Auriez-vous des soucis de communication avec un enfant ? Lisez Harry Potter et parlez-en avec lui. Potter est en effet " transgénérationnel " : il captive les petits comme les grands. Sans parler des adolescents, qui se retrouvent tout à fait dans la description très fine de leurs fragilités, leurs contradictions, leurs interrogations, et de leur découverte de l'autre sexe (merci à J. K. Rowling de nous avoir épargné la "première expérience" de Harry).
"Par ailleurs, Harry Potter met en scène certaines valeurs positives, d'amitié, de fidélité, de courage, de sacrifice, reconnaît Bénédicte Repain. Je suis personnellement sensible aux Weasley qui offrent l'image sympathique, fantaisiste, accueillante, attachante, d'une famille nombreuse. Ce n'est pas si fréquent." Le Père Arnaud Toury renchérit. Ce prêtre de 37 ans, curé d'une paroisse urbaine du diocèse de Reims, responsable diocésain de la pastorale liturgique et sacramentelle, résume la saga en quatre mots : amitié, famille, bienveillance et esprit de sacrifice. "L'amitié, c'est celle qui soutient les trois jeunes héros envers et contre tout. La famille : Il y a un bel équilibre des présences paternelle (père, parrain, Dumbledore...) et maternelle (mère, professeur McGonagall, Madame Weasley...) autour de Harry, rare dans les ouvrages de jeunesse aujourd'hui, note-t-il. Or l'adolescent doit grandir en référence à ces deux figures parentales".
"La puissance de l'amour est le fondement de la construction d'une vie, poursuit le prêtre enthousiaste : c'est ce que montre le don que la mère d'Harry fait d'elle-même pour le protéger." Même les horribles Dursley finissent par jouer un rôle constructif. Et lorsque Harry découvre les faiblesses de certains adultes - Dumbledore notamment -, il comprend de façon saine et belle qu'il devra peut-être en assumer de semblables pour avancer. Autre grande leçon : il apprend à ne pas enfermer les personnes dans le jeu des apparences. La bienveillance ? "C'est celle, surtout, de Dumbledore vis-à-vis de ses élèves : il cherche toujours à leur faire donner le meilleur d'eux-mêmes et à leur permettre de trouver le sens de leur vie."
Quant à l'esprit de sacrifice, "c'est le point fort du tome 7, qui comporte une dimension presque chrétienne, va jusqu'à dire le Père Toury : la vie ne nous a pas été offerte pour tout casser et tout prendre, comme Voldemort, mais pour donner - parfois jusqu'au don de sa propre vie. C'est une merveilleuse leçon sur le sens de l'existence ". Finalement, conclut le Père Toury, "le motif le plus fort de toute la saga, c'est la puissance de l'amour. La magie la plus puissante reste la magie du cœur".
Le problème, c'est que cette analyse risque d'échapper aux enfants. "Leur inconscient sera marqué par les valeurs que véhicule l'histoire", assure le prêtre, sans forcément convaincre tout le monde. En tout cas, elle peut davantage être saisie par les adolescents. Et de toutes les façons, fournir d'intéressantes occasions de discussions familiales.
"Aux parents d'utiliser Harry Potter dans le bon sens"
Faudrait-il donc canoniser Harry ? Sans sombrer dans la diabolisation, nombre d'éducateurs s'inquiètent de l'immersion répétée du jeune lecteur dans un univers magique qu'ils jugent malsain. Pour Bénédicte Repain, l'un des dangers de Harry Potter est d'insinuer que le bonheur n'est pas dans cette vie.
"La fuite du réel est une tendance puissante actuellement, avec les jeux vidéo et ces avatars comme Second Life. Dans Harry Potter, le monde des "Moldus" est censé représenter notre quotidien : il est bête, triste, uniforme et plein d'ennui. Cette vie est totalement dépourvue d'intérêt et de profondeur." Comment accéder à une existence passionnante, où l'impossible devient envisageable ? Par la magie. "Il suffit d'apprendre certaines formules, de s'initier à quelques secrets, et l'on aura un impact positif sur notre vie et celle des autres, poursuit-elle. Et pas de problème s'il s'agit de "magie blanche"... Comme s'il était évident qu'il y avait une distinction à opérer entre magie blanche et magie noire ! C'est un mensonge pernicieux ! Toute magie, fût-elle remplie de bons sentiments, est intrinsèquement perverse."
Là encore, le débat est ouvert. Professeur de philosophie, ancien professeur à l'IPC, ancienne journaliste à L'Homme Nouveau et formatrice de formateurs religieux, Aline Lizotte, qui a lu tout Potter en anglais, défend le petit sorcier : "Pour bien comprendre, il faut replacer le roman dans son contexte : le genre "conte de fées" qu'est la fantasy. Et saisir que J. K. Rowling a créé un monde qui fonctionne en autarcie, avec ses propres lois, de manière parfaitement logique. Les pouvoirs de ses personnages ne sont pas des pouvoirs occultes, mais leurs pouvoirs à eux, venant de leur nature. De la même façon que nous avons les nôtres, et que nous nous battons avec des fusils, ils ont les leurs et se battent avec des baguettes magiques. Au fond, la magie n'est qu'un décor, dans un monde fictif, comme Shakespeare, Dickens ou L'Odyssée".
"Il n'y a pas du tout d'occultisme dans cette magie !, insiste le Père Arnaud Toury. À aucun moment, la magie n'est présentée comme un domaine mystérieux et ésotérique, transmis sous le manteau. Tout le monde connaît les sorts et leurs effets. L'auteur ne montre aucune fascination pour le pouvoir magique comme s'il était un pouvoir supérieur. La magie est de l'ordre de la technique, comme on peut apprendre le karaté, une manière d'utiliser la force, pour le Bien ou le Mal."
Et si les parents surprennent leurs enfants à jouer au petit sorcier ? "Évidemment, les enfants imitent et s'amuseront à se jeter des sorts, sourit Aline Lizotte. Mais quand c'était la mode des romans d'Indiens, les enfants jouaient à s'attacher au poteau de torture, la mode des westerns, on leur achetait des revolvers en plastique. Quand Star Wars est sorti, ils ont emprunté les tringles à rideaux de leur mère en guise d'épées laser ! Aux parents d'utiliser Harry Potter dans le bon sens."
Les derniers tomes ? Violents et ambigus
Le Père Jean-Christophe Thibault, alias Michael Dor (lire son portrait), est nettement plus réservé. "J'étais bloqué au lit pour raisons de santé, quand une amie m'a prêté les quatre premiers tomes de Harry Potter, raconte ce prêtre du diocèse de Metz, âgé de 47 ans. Je les ai "avalés" ! J'ai vraiment apprécié l'excellence de l'écriture et la flamboyance de l'imagination. En revanche, une chose m'a frappé : la magie y est omniprésente comme une puissance qu'on a en soi, ou qu'on peut acquérir, et qui permet de résoudre tous les problèmes des hommes, notamment de sortir d'un quotidien banal et ennuyeux."
Depuis, remarque-t-il, les écoles de magie abondent sur Internet : plus de six mille adresses ! "Beaucoup de propositions farfelues, certes, mais aussi des invitations plus sérieuses, avec un risque réel de se laisser happer, surtout pour des jeunes fragiles ou mal dans leur peau", assure cet ancien aumônier de collèges, qui connaît la magie de l'intérieur pour l'avoir pratiquée durant six ans avant sa conversion, et qui atteste : "Il n'y a pas de pire prison que celle des esprits !"
La lutte profonde entre le Bien et le Mal traverse et domine le monde fictif de Harry Potter. Et ce mal est absolument féroce. Faut-il s'en effrayer ? "C'est le mal de notre monde, de notre société. Une société qui a vécu toutes les désintégrations de la personne humaine au XXe siècle", répond Aline Lizotte : les deux Guerres (la terrible bataille de Poudlard), le régime nazi (la promotion, par le Seigneur des Ténèbres, de la race pure des sorciers opposée aux "sang de bourbe" - injure suprême -, les sorciers d'ascendance moldue), les tribunaux communistes (le tribunal arbitraire de Dolorès Ombrage contre les Moldus), la torture (Hermione dans le tome 7).
À cause de cette férocité du Mal, Harry Potter n'évite pas, malgré l'humour, un côté sombre et des scènes parfois très violentes. À plusieurs reprises, on craint que l'auteur bascule dans une noirceur totale. Mais elle se rattrape toujours. Aux parents de juger à partir de quel âge leurs enfants peuvent le lire. Sans doute pas avant 10 ans, voire 12 pour les plus impressionnables. "Ce n'est pas du tout confortable pour les éducateurs, remarque Bénédicte Repain : certains tomes sont lisibles par les enfants - les premiers -, mais les derniers, plus violents et ambigus, sont à réserver, à mon avis, aux adolescents, voire aux adultes. Or lorsqu'un enfant a mordu à l'hameçon, il est difficile de lui interdire de lire la suite du feuilleton..."
Les détracteurs livrent une critique supplémentaire : Harry Potter évolue dans un monde sans aucune référence spirituelle. Exact. Mais Le Seigneur des Anneaux aussi. Et les défenseurs renvoient la balle en soulignant quelques (très discrètes !) allusions à une autre vie : par exemple, sur la tombe des parents de Harry ; ou lorsque Dumbledore se soucie de l'âme de Drago et veut l'empêcher de devenir un tueur ... Notons d'ailleurs d'étonnantes similitudes - avec moins de souffle et de profondeur - entre Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux : le Mal à vaincre - Sauron et Voldemort - est sans forme ; Harry, comme Frodon, est choisi pour sauver un monde en perdition et comme lui, soumis à la terrible tentation du pouvoir ; Ron, c'est Sam, l'ami fidèle, mais un Sam qui doute ; Dumbledore, c'est Gandalf, le magicien puissant et sage, etc.
Pour être crédibles auprès des jeunes
C'est avec le regard d'espérance de la théologienne - mais tous peuvent-ils le partager ? - qu'Aline Lizotte décrypte la saga Potter : "Elle traite un grand thème de notre époque, présent aussi bien dans Star wars que dans Matrix ou Le Seigneur des Anneaux : le Mal sera vaincu par l'Élu, un être qui accepte, soit de mourir, soit de témoigner de la pureté du cœur. Autrement dit, à travers ce monde totalement ténébreux, il y a une lueur d'espoir".
Les héros vont devoir lutter contre le Mal avec les mêmes qualités exigées de nous dans ce combat : "Et ce ne sont ni des fusils ni des baguettes magiques, mais l'amour, l'amitié, la maîtrise de soi. Et l'acceptation de sa condition mortelle".
Car la magie échoue toujours : elle n'empêche pas Sirius, le parrain de Harry, de mourir ; et elle a, en quelque sorte, tué Dumbledore.
Au fond, ce que montre J. K. Rowling, selon Aline Lizotte, c'est qu'"il est dérisoire de s'opposer au Mal avec des baguettes magiques. Les baguettes n'agissent que si on prononce des mots. Or il y a des mots qui blessent, des mots qui torturent, des mots qui tuent... et des mots qui relèvent et qui guérissent". Pour vaincre Voldemort, Harry renonce à la magie et accepte de mourir. Tandis que Voldemort a confié sa vie à des objets dérisoires (les horcruxes). Et lui qui voulait le pouvoir suprême sur la vie et la mort, il se tue, en quelque sorte, lui-même. "Harry et Dumbledore, eux, ont fait confiance à l'amour, au pardon (défection momentanée de Ron dans le tome 7), à la pureté du cœur pour vaincre le Mal."
Bénédicte Repain ne partage pas cet optimisme : "Comment ne pas remarquer un flou entretenu dans la limite entre le Bien et le Mal ?, s'interroge-t-elle. Dans Harry Potter, il est clair que la fin justifie les moyens. Par exemple, la désobéissance ou le mensonge sont justifiés, voire encouragés par ceux qui ont l'autorité. Plutôt gênant, non ?"
Elle souligne un autre risque : "La confusion entre le réel et l'imaginaire. Un jeune m'a dit : "J'étais tellement plongé dans Harry Potter que j'attendais le facteur, convaincu que j'allais recevoir moi aussi une lettre de Poudlard". C'est effectivement à la littérature de nous faire rêver, et de nous plonger, le temps de la lecture, dans les délices d'un autre monde. Mais elle peut devenir dangereuse quand elle nous fait croire que ce monde existe et qu'il est accessible par des "pouvoirs". C'est cette vie-là, bien réelle, qui est à vivre et à aimer !"
Alors, au risque de nous répéter, nous permettons-nous d'insister : parents, amis lecteurs, lisez Harry Potter. Au moins un tome. Ne fût-ce que pour pouvoir être crédible auprès de vos enfants lorsque vous voudrez témoigner qu'il y a encore une vie après Harry Potter (à moins que vous ne tombiez sous ses charmes magiques...). Et pour pouvoir choisir votre camp - détracteurs ou défenseurs - en connaissance de cause.
Marie-Catherine d'Hausen et Luc Adrian
11:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Harry Potter
mercredi, 24 octobre 2007
Andreas Englisch, journaliste auprès du pape
[source : http://www.arte.tv]
Andreas Englisch, journaliste allemand, vit à Rome depuis 1987. Après dix ans à la tête du bureau romain du groupe Axel Springer, il est le correspondant exclusif au Vatican de « Bild » et « Bild am Sonntag », deux journaux populaires allemands. Depuis 1995, il fait partie des journalistes accrédités qui accompagnent le pape dans ses déplacements à l’étranger. Son ouvrage, Jean Paul II : Le marathonien de Dieu, sorti en 2003, est resté longtemps en tête des meilleures ventes.
ARTE : Vous avez accès aux coulisses du Vatican. Un pape a-t-il encore une vie privée ?
Andreas Englisch : Pas au sens où nous l’entendons communément, bien sûr. Un pape ne vit pas dans le luxe, loin s’en faut, son train de vie est plutôt modeste. Entre deux obligations, Jean-Paul II ne s’octroyait pas plus de dix minutes d’intimité, pendant lesquelles il souhaitait qu’on le laisse tranquille. Au tout début de son pontificat, il aimait faire de la randonnée ou chausser ses vieux skis dans la région de Rome. Jamais il n’a fait fermer les pistes, il skiait au milieu de la foule ; des enfants lui tendaient leur cahier de poésie pour qu’il y écrive son nom. Les dernières années de sa vie ont été très solitaires, il passait énormément de temps avec son secrétaire ou seul, il lisait des poèmes et écrivait beaucoup.
Dans la biographie que vous lui consacrez, vous écrivez notamment que l’idée que vous vous faisiez du pape a évolué avec le temps. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Au début de mon installation à Rome, comme beaucoup de gens de ma génération, j’étais anti-tout – j’étais hostile au pape et à l’Eglise catholique. C’est surtout pour l’argent que j’ai commencé mes reportages sur la prière de l’angélus, place Saint-Pierre. Pour moi, le pape était conservateur, misogyne et à des années lumières de la vraie vie – au début, j’étais très critique. Avec les années, mon opinion a radicalement changé, parce que j’ai compris qu’en fait, cet homme somme toute démuni – le Vatican est un Etat minuscule, avec une armée symbolique – pouvait durablement changer la face du monde. Par la suite, j’ai accompagné le pape dans ses déplacements en Europe de l’Est, notamment en Pologne et en Hongrie, et beaucoup de gens là-bas m’ont dit que sans lui, jamais l’URSS ne serait effondrée. Cela m’a impressionné.
Il était inflexible sur certaines questions importantes de la vie...
Je vois les choses autrement : bien sûr, Jean-Paul II avait des idées arrêtées sur certains points, mais on lui doit tellement de grandes révolutions et d’actes qui témoignent de sa volonté d’ouverture qu’on devrait se souvenir de lui comme du pape le moins conservateur du XXe siècle. Par exemple, il a été le premier pape à aller prier dans un temple protestant. La journée mondiale pour la Paix, instituée en 1999, et la déclaration conjointe sur la doctrine de la justification représentent à mon avis une vraie révolution que l’Eglise catholique n’aurait jamais imaginée… On l’a attaqué parce qu’il avait prié pour la paix aux côté de musulmans, de shintoïstes, de bouddhistes. La réconciliation avec les juifs constitue sa deuxième grande contribution. L’Eglise catholique reconnaissait enfin sa part de responsabilité dans la tragédie de la Shoah et reconnaissait avoir gravement failli à sa mission pendant les deux guerres mondiales.
Le pape Benoît XVI poursuit-il l’œuvre de son prédécesseur ? Pensez-vous qu’il aura plus de mal à faire passer son message auprès des croyants ?
Benoît XVI a un tempérament différent. Je pense qu’il y aura une rupture sur la question de la réconciliation religieuse par exemple. Il n’y aura pas, comme avec son prédécesseur, de prières interreligieuses, c’est clair. Mais il poursuit l’œuvre de Jean-Paul II dans d’autres domaines et je ne crois pas qu’il ait plus de mal à communiquer. Depuis Benoît XVI, le nombre des audiences a atteint des sommets, ne me demandez pas pourquoi, et contre toute attente, les Journées mondiales de la jeunesse ont eu un franc succès, alors que beaucoup pensaient que Josef Ratzinger était trop froid pour être un grand rassembleur.
Quel est votre souvenir le plus marquant de Jean-Paul II ?
Notre dernière rencontre, que je ne l’oublierai jamais. Alors qu’il était mourant, je me suis rendu à la clinique Gemelli, où j’ai remis à son secrétaire un dessin que mon fils de cinq ans avait fait pour lui. Deux semaines avant sa mort, j’ai été convoqué au palais apostolique, où l’on m’a rendu l’image. Dessus, il avait écrit son nom et cette phrase : « Ne m’oublie pas », j’ai été profondément ému.
Les dernières semaines de la vie de Jean-Paul II ont suscité la polémique. Sa mort publique est-elle pour vous un aboutissement logique de sa vie ?
En tout cas, il voulait mourir en public, cela faisait partie de son message religieux, peut-être même était-ce le plus important – et moins il pouvait parler, plus les gens l’écoutaient. Ne pas cacher ses souffrances comptait énormément à ses yeux, on n’enferme pas un vieil homme uniquement parce qu’il est malade. Dans les dernières années de sa vie, on l’a poussé à se retirer ou à renoncer à ses déplacements, mais il a tenu bon et obtenu gain de cause.
Quelles relations le Vatican entretient-il avec les médias, pratique-t-il la censure ? Les relations ont-elles changé depuis Benoît XVI ?
Les spéculations sur la censure ou les clans religieux au Vatican m’agacent profondément, car tout est faux. Le Vatican a des relations très professionnelles avec les médias. Je crois en être la preuve vivante ; mon magazine n’hésite à montrer des femmes nues, et pourtant je suis le seul journaliste allemand à avoir un bureau au Vatican… J’ai toujours exprimé mes critiques, par exemple lorsque le pape a déclaré que l’Eglise devait cesser de participer en Allemagne aux Centres de conseils pour les femmes qui désiraient avorter ; le ton était très agressif, avec des gros titres comme « Peut-on encore se fier à ce pape ? ». On m’en a parlé, mais il n’y a pas eu de censure.
Propos recueillis par Nicola Hellmann
09:55 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vatican, témoignage
L'intendant fidèle
Le caractère inattendu de la venue du Fils de l’Homme, entendons le Seigneur Jésus Christ ressuscité, ressort tout particulièrement de la comparaison utilisée par Jésus au début de l’évangile de ce jour. En fait, Jésus veut nous inviter à la vigilance pour être capable de le reconnaître lorsqu’il viendra et se présentera devant nous : « Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra ».
La question de Pierre pour savoir si cet avertissement s’adresse à tous ou seulement aux disciples amène Jésus à raconter la parabole de l’intendant fidèle. Celle-ci va nous permettre de comprendre que la vigilance dans l’attente du maître se joue dans notre fidélité responsable par rapport à la mission par lui confiée.
La parabole fait bien ressortir que l'administration des choses divines comme celle des biens de la terre requière à la fois fidélité et prudence : fidélité au Maître dans la fidélité aux dons et à la mission reçue de lui ; prudence dans l’usage de ces dons et dans l’exercice de cette mission.
Jésus lie ces deux attitudes au fait de donner « en temps voulu » aux âmes confiées leur « part de blé », plus exactement leur « mesure de froment ». En insistant sur le fait que ce bienfait doit venir en son temps, Jésus souligne qu’il lui est essentiel d’être ajusté à la capacité de celui qui le reçoit : ni trop, ni trop peu. Sinon, il deviendrait inutile.
L’homme qui gère ainsi la faim et par conséquent la croissance de ceux dont il a la responsabilité, Jésus n’hésite pas à le proclamer « bienheureux ». Plus soucieux de Dieu et de ceux qui lui sont confiés que de lui-même, il est entré dans la dynamique du don et du service. Totalement détaché de lui-même, il est libre et demeure dans la joie de son Maître.
A l’inverse, le mauvais serviteur, se soucie plus de lui-même que du Maître et de ceux dont il a la charge. Au lieu de veiller avec attention sur ses propres serviteurs, il les blesse et les meurtrit à coup de bâton. Mangeant, buvant, s’enivrant, il pense plus à se servir qu’à servir. Il se rend maître du service qui lui a été confié oubliant que ce dont il dispose pour accomplir sa mission est un don, tout comme celle-ci d’ailleurs.
Certes, il s’agit de développer les dons reçus mais l’intendant ne doit jamais oublier que c’est pour le service de celles et ceux que le Maître lui a confiés. Tous, quelle que soit notre vocation, nous nous sommes vus confier des dons à faire fructifier dans une mission de service de la charité. Chacun de nous devra rendre compte de la manière dont il s’est acquitté de sa responsabilité suivant la mesure de sa prise de conscience de ce qu’était la volonté du Seigneur : « Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, n’en recevra qu’un petit nombre ».
« A qui l'on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l'on a beaucoup confié, on réclamera davantage ». Il est important de remarquer ici que Jésus ne dit pas qu'il demandera davantage pour ce qu'il a donné, mais pour ce qu'il a confié comme un dépôt. Et il est encore plus essentiel de noter que c’est le bonheur qui est promis à celui qui se sera montré responsable de ce qui lui a été confié !
« Seigneur, c’est bien le bonheur que nous désirons ! Que ton Esprit Saint nous assiste pour œuvrer dans la fidélité et la prudence à ce que tu attends de nous dans nos familles, nos lieux de travail, nos communautés, selon l’appel de toi que nous avons reconnu et auquel nous avons choisi de répondre. »
09:45 Publié dans Spirituel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : commentaire biblique
mardi, 23 octobre 2007
Prénoms de dingues
[source : Linternaute]
Des prénoms bien nets
Saviez-vous que ce mois-ci, un petit Yahoo a vu le jour au Mexique ? Plus court mais efficace, un couple de Chinois a tenté de donner le nom de "@" à leur bébé. "Le monde entier l'utilise pour écrire des e-mails et en chinois il signifie je t'aime", a spécifié le père. On ignore encore si l'Etat-civil a validé le prénom, mais l'initiative est définitivement originale.
Enfin, le 12 septembre, Google a vu le jour en Suède, d'un papa Libanais et d'une maman Suédoise et il se porte bien. Explication : le papa "adore les services Google", tout simplement.
Le prénom de marque, pour des enfants à valeur ajoutée
En France, le prénom Chanel est donné chaque année à une centaine de bébés. Que dire de la naissance en Belgique d'un petit Rolex et d'une Prada ? Aux Etats-Unis, bienvenue aux Timberland, Porsche et autres Canon, Bentley ou Jaguar pour les garçons. Côté filles, les Nivéa, L'Oréal, Fanta, Pepsi ou Ikea ont également fait leur apparition. Le must ? Le prénom Armani, donné autant aux garçons qu'aux filles.
Attention à ne pas confondre avec les marques inspirées de prénoms comme Sephora et Zara (prénoms arabes), Mégane ou Mercedes.
Le prénom qui fait rire les parents... mais pas forcément les enfants
Les jeux de mots ont de beaux jours devant eux, et les jumeaux inspirent particulièrement les parents créatifs. Ainsi, ce couple de marins Bretons qui a appelé ses bébés Babord et Tribord. Autres jumeaux, les petits Starsky et Hutch, Soupline et Cajoline, et Côme et Pacôme, les derniers-nés de la famille Toulemonde.
Nous avons tous entendu parler de la petite Mégane Renault qui avait défrayé la chronique il y a quelques années. Et que penser d'Andy Capet, ou du jeune Périphérique, nommé ainsi car sa mère avait perdu les eaux dans la voiture ? Enfin, en France, ont sait qu'Assedic a été refusé par l'Etat-Civil. Heureusement ?
Le prénom qui exprime une qualité
On connaissait déjà Grâce, Clément, Angélique et Modeste. Mais attendez-vous à l'arrivée d'une multitude de nouveaux prénoms, inspirés de toutes les qualités dont peut se prévaloir un être humain. En vrac, on notera Gentille, Goodness, Lagrace, Naturelle, Splendeur (rien que ça !), Vitaline, Patience et Divine chez les filles. Pour les garçons, ne vous méfiez pas des Charmant, Bienfait, Happy, Chérubin et Audace. Des prénoms qui montrent la voie de la sagesse ?
Les prénoms de dessins animés
La majorité des prénoms de dessins animés sont, à la base, des prénoms classiques, qui se sont faits "cartooniser". Si Casimir est un nom polonais, Zébulon est un personnage biblique, et pas seulement le petit moustachu du "Manège Enchanté" (souvenez-vous... "tournicoti... tournicotons" !). Zelda est un nom arabe, et Candy est la contraction de Candide ou Candice. Quant à Goldorak, Fantomas et Pikachu, euh... pas d'explication.
Le prénom géographique
Si le prénom de ville le plus connu est évidemment Paris (Hilton), ne croyez pas qu'il n'en existe pas d'autres. Tenez, le petit Brooklyn Beckham par exemple. Et que pensez-vous de Louisiane, Cheyenne, Sydney, Madrid et Nancy ? A souligner en Asie, la naissance de Cuba, Viêtnam, Malaisie, ou Manille prénoms choisis pour leur connotation révolutionnaire et anti-impérialiste.
Enfin, en Belgique sont nées des petites filles répondant aux prénoms d'Afghana et d'Orly. Et bon courage aux parents de la petite Etna, qui aura, on l'imagine, un caractère... explosif.
Le prénom n'importe quoi
Parmi les prénoms sortis de nulle part, on recense en Belgique des Dieu, Babyface-Ralph ("Ralph tête de bébé"), Chao, Napoléon-Flavien, War (Guerre), Latino, Qui-Angelo, Sado-Michel et Ufuk chez les garçons. Du côté des filles, carnet rose pour les petites Acte, Anjou, Belgine, Pieternel, Chukwunonyelum, Urbanie et Shock. A noter, en France, une attirance pour les noms composés tels que Ivette-Sage, Inti-Jésus, Yasmine-Bambi, ou plus simple, Chenille, Fauve, Caresse, Xénophon et Gaufrette. Pour finir en beauté, apprenez que l'Etat-civil a refusé une Spatule et une Fourchette !
Le prénom "fan de"
Si la Coupe du Monde de 98 a relancé les prénoms Zinédine, Youri et Aimé, certains parents ont carrément nommés leurs fils Zidane ou Zizou (nous avons entendu parler d'un Zinédine-Zizou, mais ce n'est pas confirmé). Depuis 2003, on peut noter une recrudescence des petites Beyoncé, Shakira, Lorie, Aaliyah, Zazie et Britney.
Le phénomène n'est pas récent, puisqu'il y a toujours eu des Dalida, Marilyn, Johnny, Brigitte et autres Claude-François directement inspirés des idoles de l'époque. Et souvenez-vous, dans les années 80, de l’apparition d’une multitude de Sue-Ellen et de Pamela et de l'augmentation soudaine de bébés Brandon, Kelly et Dylan en 1995.
Le prénom mythologique
Pénélope, Diane, Ariane et Daphné sont des prénoms de l'époque gréco-romaine qui n'en n'ont pas l'air.
Mais quand on s'appelle Perceval, Athéna, Ulysse, Pan, Antigone, Médée, Philémon ou Thésée, ça donne quand même une certaine dimension au personnage. Qui a dit qu'il fallait assurer ? Le prénom végétal, pour les bébés bio
On connaissait Jasmine, Hortense, Capucine, Lila, Amandine... Que des prénoms féminins, puisque les fleurs et les fruits symbolisent principalement la fertilité féminine. Mais voilà que de nouveaux concurrents arrivent pour les garçons ! Ainsi pouvons-nous souligner la naissance des jeunes Pamplemousse, Origan, Ambroise, Pralin et Nectar. Ca ne vous donne pas faim à vous ?
[pauvres gosses...]
19:55 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 19 octobre 2007
L’Eglise et l’affaire Galilée
[La Croix - 20/10/07]
Il y a quinze ans, le 31 octobre 1992, Jean-Paul II reconnaissait les erreurs commises par l’Église catholique dans l’affaire Galilée. Il répondait alors aux conclusions, lues par le cardinal Paul Poupard, rendues par une commission d’étude après plus de dix ans de travail.
Pourquoi Jean-Paul II a-t-il souhaité rouvrir le « dossier Galilée » ?
Parce que «l’affaire Galilée» va bien au-delà de l’événement historique lui-même. En effet, au fil des siècles, autour de cette condamnation, dure, du savant de Pise par l’Église catholique, s’est cristallisée toute la problématique des heurts entre l’Église et la modernité. Comme l’explique le cardinal Georges Cottier, ancien théologien de la Maison pontificale, aux « erreurs et manquements de l’Église qui ont ensuite été éclaircis et reconnus » , est « venu se greffer, après le siècle des Lumières, un mythe d’inspiration scientiste : l’obscurantisme dogmatique de l’Église s’opposant au héros de la liberté de la pensée ». Même si elle y a mis le temps, l’Église avait déjà reconnu son erreur : en 1741, soit plus de cent ans après la sentence de 1633, Benoît XIV fit donner par le Saint-Office l’imprimatur à l’édition des œuvres complètes de Galilée. Et Vatican II fait amende honorable, dans une allusion explicite : « Qu’on nous permette de déplorer certaines attitudes qui ont existé parmi les chrétiens eux-mêmes, insuffisamment avertis de la légitime autonomie de la science. Source de tensions et de conflits, elles ont conduit beaucoup d’esprits jusqu’à penser que science et foi s’opposaient » ( Gaudium et spes n. 36).
En demandant en novembre 1979 – dans les débuts de son pontificat – la création d’une commission pour « approfondir l’examen du cas Galilée » , Jean-Paul II surprend. Il inaugure en fait un mouvement de repentance et de réexamen de l’histoire, qui marquera son pontificat. D’une part, il explique que des réhabilitations implicites successives ne suffisent pas, car « Galilée eut beaucoup à souffrir – nous ne saurions le cacher – de la part d’hommes et d’organismes de l’Église ». Au-delà, il souhaite « faire disparaître les défiances que cette affaire oppose encore, dans beaucoup d’esprits, à une concorde fructueuse entre science et foi, entre Église et monde ».
Quelles furent les conclusions de la commission ?
Elles furent rendues par le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical de la culture et responsable de la commission d’étude du cas Galilée. Un travail considérable a été fourni pendant plus de dix années. Non seulement l’ensemble des documents du procès a été examiné, mais des experts ont étudié l’état de la pensée exégétique, philosophique et scientifique à l’époque, de façon à ne pas faire d’anachronisme : le texte biblique n’était pas lu au XVIIe siècle avec les connaissan ces exégétiques actuelles !
La commission rappelle d’abord que la sentence de 1633 a un caractère relatif : l’Église reprochait à Galilée de ne pouvoir apporter de preuve de ce qu’il avançait. Ce qui est réel, puisque Galilée se basait sur une série d’observations. Le cardinal Robert Bellarmin, qui a jugé l’affaire, avait déclaré qu’aussi longtemps qu’il n’y avait pas de preuve de l’orbitation terrestre autour du Soleil, il fallait continuer à lire les passages bibliques comme déclarant la Terre immobile. Mais il ajoutait que, si la preuve des affirmations coperniciennes était donnée, alors il faudrait revoir la manière d’interpréter ces passages.
L’affaire pouvait être depuis longtemps considérée comme classée, l’Église ayant reconnu, depuis, la véracité des affirmations de Galilée. La première conclusion fut donc que tous les acteurs du procès étaient de bonne foi, chacun dans sa logique. Mais ensuite, la commission souligne les torts « des juges de Galilée, incapables de dissocier la foi d’une cosmologie millénaire » et qui « crurent que la révolution copernicienne, par ailleurs non encore définitivement prouvée, était de nature à ébranler la tradition catholique, et qu’il était de leur devoir d’en prohiber l’enseignement». Et cette erreur « les conduisit à une mesure dont Galilée eut beaucoup à souffrir ».
Quels enseignements en tira l’Église ?
L’affaire pouvait être considérée depuis déjà longtemps comme classée, l’Église ayant reconnu depuis la véracité des affirmations de Galilée. Mais restait dans les mentalités, note alors Jean-Paul II, « le symbole du prétendu refus par l’Église du progrès scientifique, ou bien de l’obscurantisme dogmatique opposé à la libre recherche de la vérité » . Par cette réhabilitation solennelle, JeanPaul II a donc levé ce qu’il appelle le « douloureux malentendu » et la « tragique incompréhension réciproque » . En parlant de « l’erreur » des théologiens, le pape reconnaît explicitement les torts commis alors. Il a ainsi permis de « laver de l’Église d’une tache qui a été elle-même largement instrumentalisée » , comme le dit aujourd’hui le cardinal Poupard. Le symbole était fort. « Ensuite, nous avons eu le sentiment qu’une page était tournée » , se souvient le cardinal français, aujourd’hui retraité.
Jean-Paul II, en demandant cette nouvelle enquête, souhaitait tirer des enseignements pour aujourd’hui, afin que l’Église sache « comment prendre en considération une donnée scientifique nouvelle, quand elle semble contredire des vérités de foi ». Il demande donc aux pasteurs une « authentique audace ».
De ce point de vue, conclut le cardinal Poupard, « la question s’est déplacée, mais elle existe toujours: de la cosmologie, qui aujourd’hui ne pose plus questions, on est passé, après Freud et Darwin, à la psychologie et à la biologie. Et, là encore, le dialogue avec l’Église ne va pas de soi »…
ISABELLE DE GAULMYN
21:00 Publié dans Eglise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science et foi, personnalité
« revivre » après une interruption de grossesse
[La Croix - 19/10/07]
Pendant huit ans, Stéphanie a tout gardé en elle. Des années de détresse et d’immense solitude. Assise dans son petit appartement clair aux fenêtres grandes ouvertes, elle se souvient comment, à 26 ans, après s’être séparée de son compagnon, elle s’est retrouvée enceinte, ne se « sentant pas d’être mère » . « Je ne peux pas dire que je ne voulais pas de cet enfant. Mais je me disais qu’il ne serait pas heureux » , témoigne-t-elle. Sans en parler à personne, craignant la réaction de ses parents, elle décide d’interrompre sa grossesse. Tente d’abord « d’oublier » . Puis, prenant conscience de la « monstruosité » de son acte, se met à se punir. Fréquente des hommes qui la rendent malheureuse, refuse toute évolution professionnelle, se comporte « comme un paillasson » …
« Je me disais que je ne méritais que ça. J’avais des mots très durs envers moi », reconnaît Stéphanie. Désireuse d’améliorer ses relations avec sa mère, elle entame une psychothérapie. Mais la porte se ferme dès qu’elle tente d’évoquer son IVG: la jeune femme sent qu’il est «inutile d’insister » .
Cette «écoute bienveillante » dont elle a tant besoin, c’est à Agapa que Stéphanie a fini par la trouver. Depuis 1994, cette association accompagne des hommes et des femmes, croyants ou non, touchés par la perte d’un enfant, avant ou autour de la naissance. Avec un objectif : les aider à retrouver l’estime d’eux-mêmes et à repartir de l’avant. Quelque temps après avoir appris par hasard l’existence d’Agapa, Stéphanie s’est décidée à décrocher son téléphone. Les premiers mots reçus seront ceux qu’elle « avait toujours eu envie d’entendre » . « Une barrière s’effondre. » Mais, précise-t-elle, « ce n’était pas des larmes de tristesse. Enfin, quelqu’un écoutait ce que j’avais à dire » : cette culpabilité qui la paralyse, l’empêche de prendre un enfant dans les bras, et qu’elle a l’impression de porter « sur (son) front ». Le parcours est parfois douloureux, surtout quand l’accompagnatrice l’invite à se replonger dans son enfance. Mais jamais elle ne flanche, intimement convaincue qu’elle ne sera «plus la même après» . Aujourd’hui, Stéphanie suit toujours une psychothérapie. Mais elle n’hésite pas à l’affirmer : le parcours avec Agapa lui a réappris « ce que c’est que la vie, d’aimer et d’être aimée » . Plus solide, elle donne « moins de prise aux autres » .
Pour Audrey, baptisée à l’âge adulte, tout a commencé en confession. Alors qu’elle l’avait totalement occulté, « supprimé de sa mémoire » , son avortement est soudain remonté à la surface. Sans préméditation, vingt-cinq ans plus tard. « Sur le coup, j’avais 23 ans, je l’avais vécu comme quelque chose de très banal, un acte médical, comme lorsque l’on vous arrache une dent , se souvient Audrey. J’avais sans doute besoin de la lumière du Seigneur pour me reposer la question. » En plein désarroi, elle est aiguillée vers Agapa par son accompagnateur spirituel. L’association lui propose un parcours en équipe, à trois. « Avancer avec d’autres femmes a été un soulagement. On était différentes mais dans le même cas de figure » , analyse-t-elle.
Reconstituer son arbre généalogique et rejouer une scène de son enfance l’a beaucoup aidée. Audrey a pu se « situer face à son père, complètement différemment » . Lors d’une étape plus difficile à franchir, elle est tombée malade. « Il y avait des résistances» en elle, dit-elle. À leur demande à toutes trois, le parcours s’est clos par une messe. Non pas « d’enterrement, mais presque de naissance » . « Nous étions pardonnées et les bébés étaient là, sortis de l’oubli » , assure Audrey.
Le pardon – « demandé à l’enfant et que l’on peut ensuite s’accorder à soi-même » –, c’est aussi ce que Madeleine, 37 ans, retire de son parcours avec Agapa. La jeune femme s’est adressée à l’association quelques semaines seulement après son interruption volontaire de grossesse, choquée du « tabou » entourant son acte : « Quand je me suis réveillée, j’étais en larmes. J’ai demandé au médecin si l’enfant, ou l’embryon (en l’occurrence, c’étaient des jumeaux) avait eu peur de ce qui s’était passé. Il m’a répondu qu’il n’en savait rien et qu’il fallait que je tourne la page… » Et toujours le même refrain : « Tu n’es pas mariée » , « Tu as le droit » …
« La douleur, il faut donc la garder en soi. J’étais révoltée par cela » , insiste-t-elle. Pendant son parcours, en équipe là aussi, Madeleine « cherche à comprendre pourquoi » elle a fait ça. Car, à ses yeux, « on ne se dit pas : je vais le faire et point final. On est tiraillé. On le fait plus par faiblesse que par conviction. »
Il faut donc comprendre « pourquoi cette faiblesse » . Et aussi « quelles sont nos qualités et nos forces. C’est comme cela qu’on arrive petit à petit à retrouver l’équilibre » . Au cours d’une séance consacrée à l’enfance, Madeleine se revoit petite, pleurant. « C’est là que le pardon s’est fait : il faut accepter que l’on puisse être faible. Et puis, si Dieu nous pardonne, il ne faut pas être orgueilleux, mais savoir se pardonner aussi. » Comme « toute période de deuil » , le parcours proposé par Agapa lui a semblé difficile. Mais, souligne-t-elle, « c’est à ce prix qu’on arrive à oublier de façon saine, à se soigner » . Depuis, Madeleine s’est mariée et est aujourd’hui enceinte de quelques mois. Un « immense bonheur » .
Sachant que la majorité des femmes accompagnées par Agapa ont connu un avortement, Valérie, mère de quatre enfants, estime avoir connu une « histoire relativement facile » . Et pourtant, avoir perdu quatre fois un fœtus à cinq ou six mois de grossesse l’a « foutue par terre » : « Un an ou deux après le dernier, je me suis dit : Je ne vais pas m’en sortir. Je ne cessais de pleurer toute la journée » , se souvient-elle. Dans son couple, le problème de la mort est
« délicat » . Son mari vit encore douloureusement la perte de ses parents. La souffrance et la tristesse sont donc partagées, mais chacun les vit différemment. Son entourage ne l’aide guère plus : la détresse « fait peur » aux autres, qui en deviennent « maladroits » .
Un entrefilet dans un journal lui apprend qu’une association forme les professionnels de santé au problème « du deuil autour de la naissance » . Valérie appelle et entame le parcours, seule, avec une accompagnatrice. Son enfance vécue, son enfance rêvée, comment la voit une bonne amie, les valeurs auxquelles elle tient : Valérie réfléchit à des choses « auxquelles elle n’avait jamais pensé » . Les rendez-vous ont lieu dans une petite salle paroissiale. « On avait froid. Et plein de paquets de mouchoirs. » Tout est noté dans son carnet de parcours : « La mort de ces bébés est une réalité en moi de la mort et de la vie mêlées. Pourquoi la joie d’avoir un autre enfant ne m’est-elle pas donnée ? » Ou encore : « Impression qu’on m’a volé quelque chose. Obligation de me réapproprier mon corps, gros, et avec “rien”. Un “rien” qui emplit tout dans mon quotidien. »
Pourquoi ces décès, cette souffrance ? La jeune mère n’a certes pas la réponse. Mais elle a « offert » la question autrement, et s’en trouve apaisée. « Dans le fond, j’ai eu huit enfants, et mes bébés ont existé. Il ne faut pas forcément des épreuves pour grandir, mais il se trouve que, finalement, ils m’ont aidée. J’ai une oreille plus attentive aux autres. » Valérie n’hésite pas à le dire : Agapa l’a « sauvée » .
ANNE-BÉNÉDICTE HOFFNER
20:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médecine, guérison











