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dimanche, 30 septembre 2007

La parabole du riche et Lazare

[source : Site du Jour du Seigneur, prédicateur : Père Philippe Mawet]

Homélie de la messe célébrée à Charleroi
Date : 30/09/2007 - Date liturgique : 26 T.O.C

Frères et sœurs,

Que n’a-t-on pas fait dire à des textes comme celui que nous venons d’entendre ! Ne serait-ce pas la démonstration lumineuse que la religion est l’opium du peuple… pour reprendre l’expression dépassée de Marx ? « Si vous êtes pauvre, semble dire l’Évangile, ne vous en faites pas… vous serez comblés dans l’au-delà. Il suffit d’attendre et, donc, de se résigner. Par contre, si vous êtes riche, vous serez malheureux après votre mort ! »

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Je ne vais pas vous étonner en vous disant que ce n’est pas là le sens de cet Évangile. Il suffit, pour le comprendre, de reprendre les premiers mots de l’épisode de ce dimanche : « Jésus disait une parabole ».

La parabole est ce langage imagé qui n’a pas pour but de tirer des conclusions en rapport direct avec l’image retenue ou le fait évoqué. (Il ne s’agit pas d’un reportage). Il s’agit plutôt de partir d’un récit ou d’un fait de vie qui nous font entrevoir ce qu’est le Royaume de Dieu, et, par là, de ce qu’est notre destinée et le sens de la vie.

Que nous dit cette parabole ?

1) D’abord que notre vie humaine est quelque chose de sérieux. Elle n’est pas le brouillon de ce qui peut être recommencé au prix de multiples réincarnations. En quelque sorte, chaque journée, chaque geste et chaque choix deviennent semence d’éternité et, en ce sens, ont un caractère définitif. Mais alors, direz-vous, comment croire encore au pardon et à la conversion si on ne peut plus faire marche arrière ? C’est justement parce que, dans la vie, on ne peut pas faire marche arrière que le pardon est possible et que la conversion est nécessaire. Ils nous engagent vers l’avenir, et non pas vers le passé ! Dans la parabole de l’Évangile, le riche et Lazare, le pauvre, doivent accepter d’être cohérents… et ici, c’est autre chose que d’être puni ou récompensé !

2) Vient alors une autre question : où est l’amour de Dieu si cet amour ne parvient pas à éliminer les tortures éternelles du riche qui semble se repentir de ce qu’il a vécu ? L’amour de Dieu ne ressemble pas à un effaceur ni à une baguette magique. Son amour, non seulement suppose, mais est créateur de confiance et de liberté. Pour le faire comprendre, je prendrais une image : quand j’étais petit et que je faisais de la photo (on n’était pas à l’époque du numérique), je plongeais le papier photo dans un bain révélateur et puis, dans un bain fixateur. Avant de plonger dans le révélateur, le papier était vierge, blanc. Une fois dans le révélateur, la photo apparaissait et il était temps de le plonger dans le fixateur pour ne pas altérer ce qui avait été découvert. Je crois que Dieu agit un peu de la même façon avec nous. Son amour est un puissant révélateur de qui nous sommes. Et le jugement de Dieu, c’est être plongé dans son amour. Il y a l’amour-révélateur qui fait la vérité en nous. Il y a l’amour-fixateur qui nous redit le caractère définitif de notre vie éternelle. Il y a aussi un amour-correcteur qui nous permet de réajuster notre trajectoire de vie lorsque la lumière de son amour vient éclairer le film de notre existence. Au fond, l’amour de Dieu est si grand qu’il nous rend responsables de notre destinée… dès maintenant et sans attendre demain. Non pas dans une solitude qui étouffe (ce serait le désespoir) ou dans un abandon qui ne conduirait qu’à l’absurdité de la vie… (et même de Dieu), mais dans une relation reconnue comme une communion d’amour à vivre sur le mode de l’Alliance. Et cela change tout !

3) Il reste une question que je voudrais encore évoquer : pourquoi le riche de l’Évangile ne peut-il pas avertir ses frères de ne pas suivre le même chemin que lui ? Quel est ce grand abîme qui les sépare ?

- D’abord, il y a des choses qui ne se comprennent pas que dans l’écoute de la Parole de Dieu : « Ils ont Abraham et Moïse : qu’ils les écoutent » lui est-il répondu. Cela nous redit l’importance de vivre notre vie comme la réponse à un appel de Dieu. (C’est ce qu’expriment Abraham et Moïse qui, tous deux, ont vécu leur vie en réponse et en fidélité à l’appel de Dieu). En ce sens, la Parole de Dieu est comme une clé de son Royaume.

- Ensuite, on ne peut pas vivre par procuration. Il y a des choses et des choix qu’on ne peut pas faire à la place d’un autre. Autant il y a la prière d’intercession, autant il n’existe pas de prière par procuration. L’intercession est source de relation alors que la procuration est d’abord signe d’une absence. (Quand je donne procuration, c’est que je ne suis pas là).

Au fond, l’Évangile de ce dimanche est une grande et bonne nouvelle. Dieu nous rend responsables en nous permettant de poser des choix libres, mais en nous rappelant aussi que la solidarité doit toujours rester le fil rouge de notre vie. C’est cela qui restera quand beaucoup d’autres choses disparaîtront. Enfin, l’Évangile vient nous redire qu’il n’y a pas de frontière entre l’ici-bas de notre humanité et l’au-delà que sera la plénitude de l’éternité. L’amour n’a pas de frontière, pas même celle de la mort et cela, c’est une Bonne Nouvelle. C’est pourquoi nous pourrons dire dans quelques instants : je crois et j’y crois !

sur les "apparitions de Medjugorje"

SOLENNITÉ DU TRES SAINT CORPS ET SANG DU CHRIST
Medjugorje, 15 - VI – 2006
De Ratko Peric, évêque

[...]
III. - "apparitions". Tout d'abord, lorsqu'une personne fait une Confession humble, reçoit la Sainte Communion dans cette église de paroisse, et se sent bien spirituellement grâce au pardon de Dieu, chaque croyant reconnaîtra Dieu et Lui rendra la louange qui Lui est dûe, à Lui qui est la source de toutes les grâces. En même temps, cette personne fera attention pour ne pas procéder à partir de cet état de grace vers une conclusion illogique et incohérente : "J'ai fait une Confession. Je me sens bien et maintenant je suis converti. Par conséquent, la Madonne apparaît à Medjugorje!" Ce type de croyant et pénitent est obligé d'aller en confession, de recevoir les autres sacrements, d'obéir aux commandements, que des apparitions privées soient reconnues ou pas.

Deuxièmement, je serais un ministre irresponsable du Mystère du Corps et du Sang du Christ, si aujourd'hui, je n'avertissais pas publiquement, depuis cet endroit et aussi en cette occasion, tous ceux intéressés dans le monde entier, qu'il existe dans cette église de Mostar-Duvno quelque chose de semblable à un schisme. Un certain nombre de prêtres, qui ont été expulsés de l'ordre franciscain OFM par le Generalate de l'ordre en raison de leur désobéissance au Saint Père, ont gardé de force et depuis des années quelques églises et cures paroissiales, de même que de l'inventaire d'église. Non seulement ils ont été actifs illégalement dans ces paroisses, mais en plus, ils ont aussi administré des sacrements de façon profane, ou de façon invalide (Confession et Confirmation), ou ont participé à la célébration de mariages invalides. Ce genre de comportement anti-ecclésial est choquant pour nous tous. En même temps, ce scandale d'administrer les sacrements de façon sacrilège, particulièrement celui du Corps Très Saint du Christ, doit aussi choquer tous les fidèles qui invalidement confessent leurs péchés à ces prêtres et participent à des liturgies sacrilèges. Nous prions le Seigneur que ce scandale et schisme disparaisse dès que possible de chez nous.

Troisièmement, je suis vraiment reconnaissant au Saint Père le pape Jean-Paul II de mémoire bénie et au Saint Père actuel Benoît XVI, qui ont toujours respecté les jugements des évêques de Mostar-Duvno, du précédent, aussi bien que de l'évêque actuel, concernant les prétendues "apparitions" et "messages" de Medjugorje, tout en reconnaissant au Saint Père le droit de donner une décision finale sur ces événements. On peut résumer les jugements des évêques, après toutes les investigations canoniques faites jusqu'ici, dans les points suivants :

1 - Medjugorje est une paroisse catholique dans laquelle des activités liturgiques et pastorales sont effectuées, comme dans toutes les autres paroisses de ce diocèse de Mostar-Duvno. Personne, excepté les autorités officielles de l'église, est alors autorisé à attribuer le titre formel de "sanctuaire" à cet endroit.

2 - Sur la base des investigations de l'Eglise sur les événements de Medjugorje, il ne peut pas être déterminé que ces événements impliquent des apparitions ou révélations surnaturelles. Ceci signifie que jusqu'à maintenant, l'Eglise n'a accepté aucune des apparitions comme étant surnaturelle ou mariale.

3 - Les prêtres qui administrent canoniquement cette paroisse de Medjugorje ou ceux qui viennent comme visiteurs ne sont pas autorisés à exprimer leurs opinions privées, si celles-ci sont contraires à la position officielle de l'Eglise sur les prétendues "apparitions" et "messages", ni pendant les célébrations des sacrements, ni pendant d'autres actes communs de piété, ni dans les médias catholiques.

4 - Les fidèles catholiques sont non seulement exempts de toute obligation de croire en l'authenticité des "apparitions", mais ils doivent également savoir que les pélerinages d'Eglise ne sont pas permis, qu'ils soient officiels ou privés, individuels ou en groupe, ou provenant d'autres paroisses, s'ils présupposent l'authenticité des "apparitions" ou s'ils sont une tentative de certifier ces "apparitions".

5 - En tant qu’Evêque du lieu, je maintiens que concernant les événements de Medjugorje, sur la base des investigations et d'une expérience acquise jusqu'ici, tout au long de ces 25 dernières années, l'Eglise n'a pas confirmé une seule "apparition" comme étant de façon authentique la Madonne. Le fait que pendant ces 25 ans, on ait parlé de dizaines de milliers d'"apparitions" ne contribue aucunement à montrer l'authenticité de ces événements.

Notre pape actuel, que j'ai rencontré lors d'une audience le 24 février de cette année, a commenté qu'à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ils se sont toujours demandés comment toutes ces "apparitions" pouvaient être considérées comme authentiques par les fidèles catholiques. En particulier, elles ne semblent pas authentiques quand on sait à l'avance que ces prétendues "apparitions" vont se produire :

- Le 18 mars de chaque année pour une des "voyantes", mais elle recevra aussi une "apparition" le 2ème de chaque mois, avec des "messages" que l'on peut attendre selon des procédures établies;
- Le deuxième recevra une apparition chaque jour de l'année, et comme si cela ne suffisait pas, une "apparition" spéciale supplémentaire le 25 de chaque mois, suivie d'une sorte de communiqué de presse que l'on peut prévoir et auquel on peut s'attendre;
- Le troisième recevra une "apparition" le 25 décembre, le jour de Noël, avec un message semblable à ceux déjà mentionnés;
- Le quatrième recevra une "apparition" le 8 septembre de chaque année avec un message spécifique;
- Les deux derniers recevront la même chose tous les jours avec des "messages" qui peuvent être prévus, puisqu'ils sont une variation du même thème.

Ces faits et cette avalanche de prétendus apparitions, messages, secrets et signes, ne renforcent pas la foi, mais plutôt nous convainquent davantage que là-dedans, il n'y a rien d'authentique ni d'établi comme vrai.
Par conséquent, j'invite de façon responsable ceux qui prétendent être des "voyants", aussi bien que les personnes derrière les "messages", de montrer de l'obéissance ecclésiastique et d'arrêter ces manifestations publique et messages dans cette paroisse. De cette façon, elles montreront leur adhérence nécessaire à l'Eglise, en ne mettant pas des "apparitions" ou révélations privées avant la position officielle de l'Eglise. Notre foi est une question sérieuse et responsable. L'Eglise est également une institution sérieuse et responsable!

Par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, qui possède le plus grand nombre des dons du Saint Esprit, qui par le même Esprit Saint a conçu dans son corps et a donné naissance à la Deuxième personne de la Trinité, Jésus Christ, qui nous donne son Corps et Sang Très Saints pour la vie éternelle; puisse-t-Il - Lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie - nous aider de sorte que la vérité sur la Bienheureuse Vierge, sa Mère et Mère de l'Eglise, Siège de Sagesse et Miroir de Justice, puisse briller avec éclat dans cette paroisse et dans ce diocèse, sans même un soupçon de manque de crédibilité, mais en accord avec les constants enseignements et pratique de l'Eglise. Amen

Version original et complète sur: http://cbismo.hr

(Traduit par Florence Pagan)

jeudi, 27 septembre 2007

Le père Axel en boîte

[source : AnnuncioBlog]

Depuis plus de sept ans, le Père Axel passe quatre à cinq nuits de la semaine en discothèque, pour être à l’écoute des jeunes. Moine de la communauté Serviteurs de Jésus et Marie (fondée en Allemagne), il exerce actuellement son ministère de prêtre dans le diocèse de Fréjus-Toulon, où se trouve sa « boîte résidentielle ». Il y retrouve chaque semaines entre 1.500 jeunes l’hiver et parfois jusqu’à 5.000 l’été. Nous l’avons suivi à la discothèque « La Station » près d’Avignon : debout devant une colonne, bien campé sur ses pieds, ce moine baraqué en habit de religieux, attend, comme insensible à la techno, qu’on vienne lui parler. Portrait paru dans le numéro du 29 septembre de l'Homme Nouveau et dont voici la version longue.

Allemand né près de Francfort, issu d’une famille non pratiquante, le Père Axel a découvert la foi à travers le scoutisme. Il n’était encore jamais allé en discothèque avant d’entrer dans sa communauté. Quand il était adolescent, sa mère lui proposait bien d’aller comme les autres garçons de son âge, en boîte de nuit, mais cela ne l’intéresserait pas. « Je ne trouvais déjà pas normal que beaucoup de mes copains scouts disparaissent de notre groupe quand ils allaient en boite, explique-t-il. Et déjà à l’époque, je ressentais le désir d’aller vers ces jeunes qui s’éloignaient de la foi. »

Dès son entrée au monastère en Bavière, Frère Axel y ramenait parfois des punks rencontrés dans la rue, mais cela ne plaisait guère à ses supérieurs. '« Lorsque cela a posé trop de problèmes, je suis parti, et j’ai découvert l’abbaye d’Ourscamp en France, mais là c’était des jeunes délinquants qui venaient me retrouver… ce n’était donc pas mieux vu ! » ajoute-t-il.

Il retourne alors en Autriche où sa première communauté est également installée, et demande à ses supérieurs de l’autoriser enfin à se rendre en boîte de nuit. « Au début ils n’étaient pas très chauds :

- Mais, Frère Axel, que veux-tu faire en boîte avec ces jeunes ?
- Je ne sais pas, on verra bien, mais je sens qu’il faut que j’y aille ! »

A force d’insister, il obtient enfin l’autorisation et commence à faire la tournée des boîtes de nuit de la région : « Je faisais la queue comme tout le monde, et, quand arrivait mon tour, les videurs, étaient très surpris. Ils me demandaient si c’était une blague et comme ils n’osaient pas me fouiller, s’assuraient seulement que je n’avais pas d’arme sur moi !... ».

Depuis le mois de septembre 2005, Père Axel est à Toulon, où il s’est fait admettre sans trop de difficultés dans les boites de la côte. ''« J’y fais le beau comme tout le monde, explique-t-il avec un sourire malicieux, même si ce n’est pas exactement comme les autres... Je ne bois pas d’alcool, et je ne danse pas. Une fois dedans, je prie pour les jeunes que je vois et j’attends qu’ils viennent, sans jamais les aborder. C’est un principe de ne pas accoster les jeunes, afin qu’ils se sentent vraiment libres de venir vers moi. C’est justement ce qu’ils apprécient : ils ont le temps de m’accoster et seulement s’ils le souhaitent. Parfois ils m’observent pendant des semaines, voire des mois… Un jeune Allemand a attendu trois ans avant de se décider à venir me parler, depuis il est venu plusieurs fois à Toulon pour m’y retrouver. »

Pour la plupart de ces jeunes, c’est la première fois de leur vie qu’ils peuvent se confier à un prêtre. Certains parfois, lui demandent même une confession. « On essaye alors de trouver un endroit un peu plus calme, enfin le plus calme possible !… »

En général, les premières questions sont toujours : « t’es un vrai ? c’est cool ton truc, ton habit et tout... ». Ensuite, assez rapidement, viennent les questions sur la foi, et ils en ont beaucoup. Alors qu’à première vue certains semblent aux antipodes de la foi, le Père Axel est souvent « bluffé » par la vie intérieure que lui révèlent ces jeunes. « Même paumés, ils ont toujours une soif spirituelle intense ! - Le Seigneur arrive toujours à me surprendre avec de nouvelles rencontres auxquelles je ne m’attendais pas. »

Ainsi le Père Axel passe ses nuits à écouter ces jeunes et à essayer de répondre à leurs nombreuses questions. Il reste jusqu’à la fermeture. « Je termine ma nuit en célébrant la messe dans mon oratoire vers six heures du matin - ou même un peu plus tard quand il y a des « after » - afin de tout offrir au Seigneur. C’est important de tout Lui remettre, surtout quand ces jeunes vivent des choses très dures, il faut les Lui confier. »

Un ministère de prêtre qui se révèle dans les boîtes de nuit

Le Père Axel nous explique comment se perçoit son ministère. « Les jeunes viennent me voir non parce que je suis un éducateur des rues, mais parce que je suis prêtre. Ils sont surpris que l’Eglise vienne ainsi à eux, et apprécient ma présence, car j’affiche tout de suite la couleur. A mon habit ils se rendent compte que je suis moine : et comme souvent ils n’ignorent pas qu’un moine est consacré à Dieu, ce témoignage de don total les touche beaucoup et ils me le disent. Bien sûr, le cadre de mon apostolat sort de l’ordinaire, mais il entre dans le charisme de notre communauté qui œuvre pour l’évangélisation auprès des jeunes. »

Si un jeune venait lui demander « Qu’est-ce que vous avez à me dire ? » Père Axel lui répondrait : « rien » et lui souhaiterait une bonne soirée. En effet, il n’est pas là pour faire passer un message ou embrigader les jeunes. Sinon évidemment, les videurs ne le laisseraient plus entrer, alors qu’en général ils apprécient plutôt sa présence. « D’ailleurs, je ne paye jamais mon entrée, et….bien souvent on m’offre des « soft drink » !

Il arrive aussi parfois qu’un jeune me rejette, mais c’est souvent la façon qu’il a de m’aborder en révélant ainsi une profonde blessure intérieure, difficile à verbaliser… »

Père Axel admet avec lucidité que ce charisme n’est pas à la portée de tous. Mais il ajoute aussitôt : « Je ne pense pas être le seul appelé par le Seigneur. Je me dis qu’il n’est pas possible que Jésus n’ envoie pas d’autres ouvriers dans cette vigne. Mais bien sûr, chacun a un appel particulier à évangéliser. En boite on ne peut pas s’improviser apôtre, c’est un endroit tellement brut…. il y a des « gogos » qui dansent bien en vue, des filles et des garçons habillés de façon à provoquer les sens, il faut donc être « bien dans sa peau et dans son cœur » pour rester serein. Mais je ressens pour eux une telle compassion et une telle miséricorde, que toute tentation est quasiment inexistante. Plus que les formes sexy d’une, fille je vois la tristesse et le vide dans son regard. Et si vraiment j’étais troublé par ce spectacle, c’est que je n’y serais pas à sa place, tout simplement. »

A certains jeunes qui lui demandent si c’est bien la place d’un prêtre d’être dans une boîte de nuit, Père Axel répond : « Où ces jeunes pourraient-ils rencontrer un prêtre pour parler et se confier ? Tout ceux-là n’entreront jamais dans une église pour le faire ! Un prêtre n’est pas réservé aux seuls catholiques pratiquants ! Et puis, dans quel endroit y a-t-il plus de jeunes ailleurs qu’en boîte ? Dites-le moi, j’irai ! »

Si le Père Axel s’expose ainsi par sa simple présence, il doit aussi « affronter » les jeunes face à face et en vérité. Ces rencontres sont très belles même si elles peuvent être très difficiles. Mais au bout du compte, il est heureux après avoir passé des nuits sans dormir à leur service : « Oui, cela me donne une grande joie de rencontrer ces jeunes qui ont une réelle soif spirituelle ! »

« T’es payé pour être ici ? »

On lui demande souvent s’il est envoyé par quelqu’un ou s’il est payé pour être là. « Je réponds qu’en temps que moine je ne suis pas payé du tout, mais que l’évêque du lieu et mes supérieurs m’envoient. Cela les impressionne de savoir que l’Eglise catholique se donne les moyens de leur envoyer un prêtre. Rien que cela, est pour eux important, et beaucoup le remercient de cette démarche. » Certains lui disent parfois : « Quand tu es là, la soirée est gagnée, mais si tu n’es pas là, c’est sûr, que la soirée est merdique ! »

A cause de la drogue et de l’alcool, les jeunes ne prennent pas de gants pour lui parler. « Les problèmes qu’ils me confient sont souvent « hard » et les pieuses réponses ne les satisfont jamais. Un jour un confrère m’a accompagné pour essayer. En sortant il m’a dit « plus jamais je ne retourne là-dedans » : faute de réponses adapatées, il s’était fait rejeter « méchamment » par les jeunes. »

« Se laisser former par les jeunes »

« J’ai été préparé par mes contacts avec eux, avant même d’entrer au monastère. Déjà, quand j’étais employé de banque, mes collègues qui me voyaient réciter le Benedicite à la cafétéria m’interrogeaient, et souvent je ne savais pas comment répondre à leurs questions. Que dire, par exemple, à : « pourquoi ce n’est pas bon de coucher avant le mariage ? » quand on n’y a pas vraiment réfléchi ? En discutant avec eux j’ai ainsi progressé dans ma foi. Déjà, à l’époque, je demandais à l’Esprit Saint de m’éclairer dans mes réponses.

Ces jeunes en recherche m’apprennent beaucoup sur ma foi et c’est grâce à eux que je continue de l’approfondir chaque jour. Par leurs questions très directes, je suis obligé de creuser… Avec eux, pas moyen d’esquiver ! »

Ils savent aussi très bien que quelque chose ne va pas dans leur vie quand ils viennent trouver un prêtre. Certains se rendent compte qu’il y a un vide en eux et le lui disent clairement. Sortir tout le temps en boîte est souvent une fuite. « Je suis attaché à l’argent, j’ai une grosse voiture mais rien de consistant dans ma vie » est un diagnostic fréquent de leur part. Leurs situations sont très différentes les unes des autres, leurs souffrances aussi, mais pour le Père Axel cela revient au même : tous ont soif de Dieu.

« Paradoxalement, un jeune qui a déjà beaucoup souffert, par exemple d’abandons, d’abus sexuels, a plus de chance de se rapprocher du Seigneur, car il se rend compte de sa souffrance plus facilement qu’un autre qui se laisse couler dans une vie facile. C’est la « grâce » de la souffrance, qui fait que le Seigneur vient nous chercher jusque dans nos plus grandes faiblesses… »

La mission de Père Axel passe surtout par une amitié qui perdure et devient plus profonde au fil des mois, les jeunes prennent l’habitude de me voir aux même endroits, et peuvent me retrouver ailleurs qu’en boite. De plus je, les préviens aussi par SMS, quand je suis de passage dans une ville ou un lieu, où nous pouvons à nouveau nous rencontrer.

« Prier pour eux, c’est le plus important ! »

Au-delà des réponses qu’il leur donne, le Père Axel pense que prier pour eux et les confier au Seigneur est le plus important. « Le Seigneur me donne l’immense chance de prier pour ces jeunes que je rencontre ‘l’arme fatale’ est là ! ». Et il ajoute : « il faut aussi prier pour qu’il y ait plus de vocations de missionnaires de la nuit, car l’attente de ces jeunes est immense, je vous le répète ! et combien de vocations potentielles ? Alors si vous souffrez d’insomnies, priez donc pour eux ! »

L’avenir ? Le Père Axel le confie aussi au Seigneur : « Si Dieu le veut bien, cette terre de mission qui est un champ aride, deviendra un jour une véritable vigne. Pour l’instant, c’est pire que le Sahara. Mais une vigne a besoin de plusieurs années de soins avant qu’on puisse récolter les premières grappes et en tirer du bon vin. Il en va ainsi des cœurs desséchés : il faut d’abord les arroser longtemps. Et ce ne sera pas à forcément à moi de recueillir les premiers fruits… »


Par Jean-Baptiste Maillard

mercredi, 26 septembre 2007

Fifote, château branlant...


mardi, 25 septembre 2007

recherche sperme blond aux yeux bleus

Depuis l'interdiction par la FDA en mai 2005 de l'importation de tout sperme provenant de pays européens exposés à des cas de vache folle, les futurs parents américains ont de plus en plus de mal à trouver un don de sperme venant de blonds aux yeux bleus.

Si quelques banques de sperme avaient jusque-là des réserves congelées suffisantes pour faire face à la demande, les stocks s'épuisent. "Nous en avons encore un peu, mais plus beaucoup", a déclaré Claus Rodgaard, qui dirige International Cryos, une banque de sperme danoise qui a un bureau à New York.

"Nous ne sommes pas là pour inciter les parents à avoir des bébés blonds aux yeux bleus, mais si ce sont les éléments qu'ils cherchent, alors le sperme danois est adapté", a ajouté Claus Rodgaard. "C'est ce que nous avons au Danemark".

Pour les scientifiques, cette interdiction n'est pas justifiée. "Au Royaume-Uni, le consensus est de dire qu'il s'agit d'une mesure stupide", a déclaré le Dr Allan Pacey, andrologue, expert auprès de l'Université de Sheffield et secrétaire de la société britannique de stérilité. "Il n'existe aucune preuve d'une éventuelle transmission de la maladie de la vache folle par le sperme".

La forme humaine de la maladie de la vache folle, la maladie de Creutzfeldt-Jakob, est transmise, dans la plupart des cas, par la consommation de viande infectée. La maladie a pu aussi été transmise par du matériel chirurgical ou lors de la geffe de tissu cérébral, mais très rarement. Pour l'heure, aucune observation n'évoque de transmission par le sperme d'un donneur.

Allan Pacey a déclaré que les médecins concernés avaient toujours la possibilité de surveiller les donneurs potentiels pour voir dans quelle mesure ils seraient à haut risque de maladie de la vache folle. Mais selon lui, une interdiction générale est inutile.

D'autres experts ont admis que la transmission par le sperme était négligeable. "Je serais plus inquiet concernant les maladies génétiques", a déclaré le Dr Gianpero Palermo, professeur associé au centre de médecine reproductive de l'Université Cornell.

Pour les médecins, les maladies telles que le HIV/Sida, l'hépatite, ou les infections bactériennes, notamment le chlamydia, présenteraient plus de risques d'être transmises par du sperme de donneurs.

La Food and Drug Administration (FDA), agence sanitaire américaine, a précisé Claus Rodgaard, a été priée de reconsidérer sa décision, mais n'a pas, pour l'heure, montré de signe allant dans ce sens. "C'est une décision prise totalement au hasard", a-t-il déclaré, faisant allusion au Canada, un pays touché par la vache folle, mais toujours autorisé à fournir tous les produits du corps humain, et notamment le sperme.

A l'heure actuelle, la meilleure solution pour les parents américains désirant un enfant européen est d'aller directement en Europe. "Nous n'avons pas pu importer de sperme provenant de Scandinavie", a ajouté Claus Rodgaard.

Pour Palermo, la décision n'a pas encore eu de répercussion importante sur ses patients. "Il n'y a absolument aucune différence entre du sperme américain et du sperme européen", a-t-il expliqué. "Si vous êtes à la recherche d'un certain type de donneur, on peut trouver toutes les qualités génétiques nécessaires aux Etats-Unis".

source : www.nouvelobs.com

Lady de Nantes

[source : La Croix - 24/09/07]

La solitude du correcteur face à « Lady de Nantes »

Quelques secondes durant, la classe de quatrième B n’est que surprise, soupirs, semblant de révolte. Laurent Gassier, le professeur d’histoire­géographie, vient d’annoncer la date du prochain contrôle. Un de plus ! Et de nouveau, la perspective, poten­tiellement douloureuse, de devoir faire signer la copie à ses parents ! Conscient de ce que beaucoup de familles ne découvrent le niveau de leur enfant qu’à réception du premier bulletin trimestriel, l’ensei­gnant exige désormais que chaque note fasse l’objet d’un paraphe. « En cas d’oubli, on doit recopier deux fois la leçon» , précise Lovelyse, en s’empressant de montrer sa dernière feuille d’interrogation. Et pour cause, c’est un flatteur 4,75/5 que viennent saluer les signatures de ses parents… Dans cette classe du collège Ro­bert-Desnos, à Orly (Val-de-Marne), tous, cependant, n’appréhendent pas avec autant de décontraction la présentation des notes aux pa­rents. Certains, en tout cas, ont leur méthode pour adoucir la réaction en cas de mauvais résultats. « Avant d’annoncer la note, j’essaie d’être gen­til, je mets la table » , raconte Marvin. «J’attends d’avoir une bonne note pour présenter la mauvaise» , confie quant à lui Sami, prompt à contester les notes qu’il juge excessives.

Négocier, il est vrai, permet par­fois de grappiller un ou deux points. Mais pas avec Laurent Gassier… Ce­lui que les élèves surnommaient l’an dernier « la tumeur » croit avoir la ré­putation d’un professeur « sévère et juste » . Surtout, à chaque contrôle, il élabore avec soin son barème «afin de réduire au maximum la part de subjectivité » . De même, il annonce systématiquement la couleur: «Si vous ne répondez pas en faisant des phrases complètes, la note attribuée sera divisée par deux. »

Selon cet enseignant, ce serait en effet un mauvais service à rendre aux élèves que se montrer laxiste sur l’orthographe et la syntaxe, si utiles dans leur vie future. Laurent Gassier se dit d’ailleurs choqué par les consignes adressées l’an dernier, dans son académie, aux correcteurs du brevet des collèges: «Il faudra aller à la pêche aux points sous peine de désastre» , leur demandait-on. Pour autant, ce professeur âgé de 34 ans avoue qu’il adapte quelque peu sa notation lorsque nombre d’enfants n’ont manifestement pas le niveau. «Je compte plus de points pour une question facile, afin de ne pas décourager les élèves. Et pour ne pas trop pénaliser ceux qui maîtrisent mal le français, je propose régulièrement des QCM et autres fonds de carte à compléter » , explique-t-il.

Parce que c’est souvent la seule façon d’amener les enfants à apprendre leurs leçons, Laurent Gassier programme pour chaque classe au moins un contrôle heb­domadaire. Ce qui se traduit par une dizaine d’heures de correction par semaine. Et aussi «d’intenses moments de solitude» , quand ses explications n’ont rencontré aucun écho. Ainsi, l’enseignant se souvien­dra longtemps d’une interrogation portant sur l’édit de Nantes. Pour l’une des élèves, «Lady de Nan­tes» n’était autre qu’ «une femme désireuse de se réconcilier avec les catholiques afin de pouvoir épouser Henri IV » …

DENIS PEIRON

dimanche, 23 septembre 2007

La "mystique" est à la mode

[source : Blog de Patrice de Plunkett]

<< JERUSALEM - La vedette américaine et d'autres stars de Hollywood, adeptes de la Kabbale, un courant mystique du judaïsme, sont en Israël à l'occasion des fêtes du nouvel an juif qui ont commencé mercredi soir. Madonna  est arrivée avec plusieurs heures de retard dans un grand hôtel de Tel-Aviv, entourée de gardes du corps et attendue par une foule de paparazzis, selon les médias israéliens.  Elle a été rejointe par d'autres adeptes, notamment Demi Moore, venus participer à une conférence sur la Kabbale. Madonna veut actuellement qu’on l’appelle Esther et fait dire qu’elle observe le chabbat, bien qu'elle ne se soit pas convertie. Cette prétention choque les juifs pieux, la star n’ayant pas demandé à être admise dans le judaïsme.  A supposer même qu’elle le fasse, la tradition lui nierait le droit d'étudier la Kabbale : cette étude est en effet réservée, non seulement aux hommes mariés, mais à ceux qui ont d’abord étudié (très longuement) le Talmud,  base de la législation religieuse du judaïsme. Quant à savoir si Madonna étudierait vraiment si elle en avait le droit, c'est un autre problème. >>

La Kabbale reposant sur une connaissance exhaustive et une herméneutique des textes bibliques, et ayant pour ressort une démarche symboliste d'une complexité vertigineuse (liée à la plus fine culture ésotérique médiévale), on ne voit pas très bien le rapport avec Madonna. Mais, bon : prendre des poses "spirituelles" sans prendre le spirituel au sérieux,  c’est dans l’air  du  temps.  On voyait l’autre jour, à KTO, un long reportage sur une petite famille française  chic faisant le chemin de Compostelle à pied (ce qui est bien), mais sans foi (ce qui est bizarre) et en dédaignant de s’arrêter au sanctuaire (ce qui est significatif). Parvenue au cap Finisterre (pour le sentiment océanique et les cosmo-vibrations), la maman bcbg disait, péremptoire, que c’était bien mieux de n’avoir pas l’esprit religieux parce que faire le Camino avait pour but « de se trouver soi-même », et qu’elle allait élever bébé dans cet esprit ! Sa connaissance de Santiago se bornait visiblement à Coelho. Entre cette jeune dame jouant avec le Chemin et Madonna jouant avec la Kabbale, une seule différence : la dame passe sur KTO et Madonna sur toutes les chaînes.

Patrice de Plunkett

Harcèlement alimentaire des enfants

[source : Le Consottisier]

Promis juré, on va se discipliner, on s'engage à lutter contre l'obésité infantile, laissez-nous faire, faites-nous confiance, ne nous imposez rien, on signe toutes les chartes d'engagement de la terre… L'industrie-agroalimentaire a sériné ces derniers mois cette berceuse aux pouvoirs publics… qui y ont cru.

Résultat : néant, du moins dans les pubs TV des programmes pour enfants. Le harcèlement alimentaire des enfants à la télévision ne faiblit pas», s'alarme l'UFC-Que Choisir qui a lancé ce matin mardi une vaste campagne pour «protéger nos enfants». Et a créé un site spécifique Obesipub où l'on va pouvoir pétitionner et harceler les élus. Le slogan de ce site annonce la couleur : «Agissez pour que la publicité arrête de faire avaler n'importe quoi à nos enfants.»

En 2006, l'UFC avait scruté ces pubs alimentaires. Elle vient de renouveler l'étude.
Conclusion: «A un an d'intervalle, aucun changement notable.» Crèmes dessert hypersucrées, céréales bourrées de chocolat, fromages fondus bien gras, glaces et confiserie mitraillent toujours les yeux des marmots. La proportion de ces produits déséquilibrés représente l'écrasante majorité des pubs : 87% cette année, contre 89% en 2006.

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Certes, entretemps, des «initiatives positives» se sont produites, admet l'association de défense des consommateurs. Ainsi, McDonald’s, Ferrero et Coca-Cola ont décidé d’arrêter leurs pubs dans les émissions pour les gosses.

Le président de l’UFC, Alain Bazot, estime toutefois que c'est «négligeable au regard de la pression publicitaire que continuent d'exercer une cinquantaine d'autres entreprises».

Mais il y a, direz-vous, les fameux messages sanitaires d'alerte qui, depuis février dernier, apparaissent en bas des spots alimentaires ? Pfftt… Alain Bazot les jugent «inadaptés», «illisibles» ou  «schizophréniques». Rappelons qu'ils ont été combattus bec et ongles par le lobby agro-alimentaire afin qu'ils apparaissent en tout petit et le moins longtemps possible. Effet pour le moins réussi.

Et pourtant, quelques données, rappelées par l'UFC-Que Choisir, font froid dans le dos et… du gras sur le bide : «En trois générations, la consommation des confiseries a été multipliée par deux, celle des boissons sucrées par trois et celles des crèmes dessert par huit.» Quant à l'obésité des enfants (à ce jour 12% des moins de 18 ans en France, soit 1,5 million), elle connait une progression annuelle de  5,7% par an. Ce qui signifie que 300 000 enfants ou ados deviennent obèses chaque année, avec les coûts psychologiques et sanitaires afférents.

L'UFC Que Choisir a donc décidé de taper du poing sur la table de la salle à manger et surtout sur l'écran de la télé. Elle réclame  «une grande loi», interdisant la diffusion de publicités pour les produits les plus gras et les plus sucrés lors des programmes pour enfants. Le meilleur exemple vient d'Outre-Manche. Pourtant «chantre du libéralisme», selon Alain Bazot, la Grande-Bretagne a, depuis le 1er avril dernier (sans poisson d'avril), interdit ces pubs dans les émissions visant les 4-9 ans. A partir de janvier prochain, ces règles seront étendues aux émissions destinées aux moins de 15 ans.

Autres mesures concrètes préconisées par l'UFC-Que Choisir: interdire la vente de confiseries au niveau des caisses ou des têtes de gondole ; instaurer une «taxe sociétale alimentaire» avec une TVA majorée pour les produits les plus riches ; soutenir technologiquement les PME afin qu'elles améliorent la qualité nutritionnelle de leurs produits ; enfin, donner des budgets décents à la restauration scolaire et mieux former le personnel.

Roselyne Bachelot va avoir du pain sur la planche, puisque c'est elle, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des sports, qui est «la mieux placée», estime Alain Bazot, pour prendre à bras-le-corps le dossier.

Marie-Dominique Arrighi

samedi, 22 septembre 2007

Bernard Sesboüé, un demi-siècle d'engagement théologique

[La Croix - 22/09/07]

13928ef0738096d9f7acbf6881f78081.jpgProfesseur au Centre Sèvres à Paris et membre du Groupe des Dombes pendant quarante ans, le grand théologien jésuite vient de publier un passionnant livre d'entretiens sur les renouveaux patristiques, exégétiques, ecclésiologiques et théologiques au XXe siècle.

Difficile de faire parler Bernard Sesboüé de lui. Par modestie et discrétion, ce grand théologien français refuse tout ce qui pourrait ressembler à une mise en valeur. Si bien que, quand Marc Leboucher – directeur littéraire aux éditions Desclée de Brouwer, qui a réalisé des livres d’entretien avec René Rémond et Jean-Marie Rouart – lui a proposé de réaliser un tel livre, il a accepté à la condition de « parler d’un sujet, pas de moi ».

Il fut alors convenu que ces entretiens porteraient sur La théologie au XXe siècle et l’avenir de la foi (1). L’occasion de dresser un panorama exhaustif et brillant, car il n’y a guère de questions théologiques sur lesquelles Bernard Sesboüé n’ait pas travaillé depuis un demi-siècle. Un sujet qu’il aborde, précise-t-il d’emblée, « à partir du lieu où j’ai été formé et où j’ai enseigné la théologie, à savoir la Compagnie de Jésus ».

Après son bac au collège jésuite du Mans, puis une licence de lettres classiques à la Sorbonne, le jeune Bernard est entré au noviciat jésuite de Laval. Après son ordination en septembre 1960 par le cardinal Maurice Feltin, archevêque de Paris, à Saint-Leu-d’Esserent (Oise), il fait son Troisième an (année jésuite de discernement spirituel) à Paray-le-Monial, puis part à Rome préparer une thèse de doctorat sur Basile de Césarée. « Déjà la théologie trinitaire ! » sourit-il.

Dans le mystère trinitaire, la réponse à l'athéisme

Dès son retour, et pendant dix ans, il enseigne la patristique et la dogmatique à la Faculté de théologie jésuite de Fourvière, à Lyon. C’est là qu’Henri de Lubac, dans les années 1933-1937, avait animé un groupe d’étudiants jésuites prometteurs tels Hans Urs von Balthasar, François Varillon, Jean Daniélou et, un peu plus tard, Joseph Moingt…

Le P. Sesboüé se considère comme « l’héritier d’un milieu humain » qui participa à « la révolution » théologique douloureusement introduite par la crise moderniste au début du XXe siècle. Il passe alors en revue les « éléments du renouveau » théologique du siècle passé, en commençant par le double retour à l’Écriture et aux Pères de l’Église.

Il poursuit avec la redécouverte du mystère trinitaire comme structurant l’histoire du Salut : « Le XXe siècle a réalisé de manière vitale que tout l’édifice de la doctrine trinitaire était immédiatement conditionné par la révélation de Dieu en Jésus-Christ et par l’intervention concrète des trois noms divins dans l’histoire de notre salut », souligne-t-il. Des théologiens comme Rahner et Urs von Balthasar du côté catholique, ou Jüngel et Moltmann du côté protestant, ont permis de sortir de l’analyse métaphysique de ce mystère pour le redécouvrir comme mystère du Salut.

Pour le P. Sesboüé, c’est dans le mystère trinitaire que se situe la véritable réponse à l’athéisme contemporain, puisqu’il révèle que « Dieu est celui qui nous reconnaît, qui s’intéresse à nous, s’approche de nous et veut nous communiquer sa propre vie », insiste-t-il, en s’interrogeant sur ce rejet nouveau du christianisme dans notre société qu’il nomme « abréaction antichrétienne ».

Les Evangiles, "le refus du mythe"

Cet antichristianisme – dont il s’est inquiété en répondant aux erreurs du Da Vinci Code (2) – s’en prend aux figures fondamentales du christianisme (Jésus, la Vierge), aux grands dogmes et à la morale chrétienne.

Le P. Sesboüé aborde ensuite le mouvement de recherche christologique du XXe siècle, en commençant par rappeler que le rapport entre histoire et foi est un rapport de « réciprocité circulaire » : « Le Christ de la foi est le Jésus de l’histoire, et le Jésus de l’histoire est le Christ de la foi. »

Ainsi, à quelqu’un qui lui demanderait de quoi l’on est sûr concernant Jésus, le théologien conseillerait de lire d’abord les Évangiles. « Voyez ce que cette lecture produit en vous : est-ce que tout cela a pu être inventé à partir d’un homme ordinaire ou médiocre ? » Cette question de l’historicité de Jésus, indique-t-il, est posée par les Évangiles eux-mêmes puisqu’« ils sont le refus du mythe ».

À ce propos, le P. Sesboüé regrette que Benoît XVI, dans son récent Jésus de Nazareth, n’ait pas suffisamment honoré cette vérification historique du Christ de la foi. Le jésuite a rencontré Joseph Ratzinger une première fois en 1980 à Freising, près de Munich, puis il l’a retrouvé à la Commission théologique internationale et, plus récemment, à un colloque sur le rapport de la théologie morale à la christologie où il avait été invité par l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Le passage à une foi adulte, inévitable et nécessaireEn prélude à ce mouvement christologique, Bernard Sesboüé mentionne le jésuite Yves de Montcheuil, fusillé très jeune pendant la Seconde Guerre et précurseur de Vatican II, auquel il a consacré un ouvrage (3). Il souligne le retour de la christologie à l’Écriture et met en relief ce « considérable déplacement » dans l’approche du mystère de Jésus.

« Ce que Jésus a prétendu être pendant tout son ministère prépascal, à savoir le Fils de Dieu, sa résurrection l’a confirmé », explique-t-il. Et d’insister sur ce « renversement » de la fin vers le commencement, « tout à fait essentiel aujourd’hui pour l’annonce pastorale de la christologie ».

Quant au renouveau de la pensée sur l’église au XXe siècle, Bernard Sesboüé en montre là encore les précurseurs, les acteurs et les principes – intention œcuménique, théologie du Corps mystique, Église mère des sacrements, articulation entre catholicité et unité de l’Église… – et souligne combien la réflexion ecclésiologique a permis « le passage d’une figure de la foi soumise à l’autorité à une foi proprement adulte et responsable ».

Un tel passage était inévitable et nécessaire. On peut « faire le reproche à l’Église d’avoir trop prolongé une solution de facilité », estime le théologien, tout en sachant que la gestion ecclésiale de cette nouvelle manière de vivre sa foi est « infiniment » plus difficile….

Un nouveau langage théologique

Ces divers renouveaux ont permis l’élaboration d’un nouveau langage théologique, auquel le P. Sesboüé a notamment contribué dans le cadre du dialogue œcuménique. Entré au Groupe des Dombes en 1967 et resté membre actif jusqu’en 2005, il y a reçu sa formation œcuménique et noué de grandes amitiés, tant du côté catholique (René Girault, René Beaupère, Jacques Desseaux…) que protestant (Hébert Roux, Max Thurian, Michel Leplay…).

Ce groupe non officiel n’a jamais connu de rappels à l’ordre, alors même que « les autorités ecclésiales suivent de près ses travaux qui leur sont toujours communiqués », aime-t-il à rappeler. Le P. Sesboüé a aussi participé au dialogue officiel en coprésidant la seconde Commission de dialogue entre l’Église catholique et l’Alliance réformée mondiale, et comme expert auprès de la Commission épiscopale pour l’unité. Il siège toujours à la Commission de dialogue catholiques-baptistes.

Si le jésuite se félicite de ces dialogues sur le baptême, l’Eucharistie et les ministères, il regrette que ces résultats n’aient pas permis une avancée décisive « dans la symbiose entre les Églises ». En cause : le « verrou » devant la question des ministères et de leur réconciliation. De même, il regrette que la déclaration luthéro-catholique sur la justification, signée à Augsbourg en 1999, n’ait pas pris le soin de « traduire en termes compréhensibles » cet enjeu décisif pour la vie des communautés chrétiennes. Il s’est d’ailleurs exprimé sur les promesses œcuméniques de Vatican II dans La Patience et l’Utopie (DDB, 2006), titre qui récapitule bien sa vision des choses.

"Mettre au service de l’Église des possibilités nouvelles"

Ces entretiens prennent alors un tournant quand Marc Leboucher interroge le P. Sesboüé sur sa vision de l’avenir de la foi. Convaincu que l’on ne peut répondre à la crise d’aujourd’hui à la lumière des trois ou quatre dernières décennies, le théologien passe en revue un certain nombre de « rendez-vous manqués entre l’Église catholique et la modernité », depuis le XVIe siècle et dans les domaines scientifique, politique, culturel et industriel.

Si Bernard Sesboüé n’a jamais souffert « sérieusement » de suspicion dans son travail théologique, sans doute parce qu’il a longtemps été considéré comme « très classique, pour ne pas dire conservateur » du fait de son grand sens de la Tradition, il lui est arrivé de faire l’expérience que le métier de théologien demande du courage.

Ainsi, ses réflexions à propos des ministères « n’ont pas plu », et il pense que cela lui a valu d’être « beaucoup moins consulté » qu’auparavant par la Conférence des évêques de France. Cela lui est arrivé aussi à la Commission théologique internationale, quand il a dit « des choses qu’il ne fallait pas dire » : des « gaffes » lucides et volontaires, dont il revendique le droit pour un théologien.

« Mon désir, conclut-il, est d’être courageux dans les deux sens : quand j’estime que quelque chose appartient à la foi, je le dis et je le soutiens. Quand la foi laisse ouverte une porte, je n’hésite pas à la franchir et à mettre au service de l’Église des possibilités nouvelles. »

Claire LESEGRETAIN

(1) DDB, 392 p., 25 €.
(2) Le Da Vinci Code expliqué à ses lecteurs, Seuil, 2006.
(3) Yves de Montcheuil (1900-1944), précurseur en théologie, Cerf, 2006.

mercredi, 19 septembre 2007

A Dieu, mon fils

63fff918115bfaa3cd5632ae649f37ba.jpg[La Croix - 19/09/07]

Derniers moments en famille, avant l’entrée au monastère… Instants d’émotion entre frères, sœur et parents à l’instant de la séparation. L’un d’eux, sous un pseudonyme, raconte. 

Il s’engouffre par une petite porte, située sur le côté gauche de l’église de l’ab­baye, et disparaît sans se retourner. Ce samedi de fin d’été, les cloches n’ont pas encore sonné midi et Marc vient d’entrer dans sa nouvelle vie. Discrètement. Sa famille repart en voiture, effaçant la silhouette de cette abbaye du centre de la France dans un grand nuage de poussière. Depuis ce jour, Marc est moine. Ou plutôt, il est entré au monastère. Moine, il le deviendra. Ce tout jeune homme n’aura 20 ans qu’à la fin de l’année, et pourtant il s’est senti suffisamment mûr pour prendre une décision qui va bouleverser son quotidien, déplacer son territoire d’existence vers cet édifice bâti à la fin du XIe siècle. Marc a choisi de quitter le monde, civil et social.

Les semaines précédant son entrée au monas­tère, Marc fut au centre de toutes les attentions. De ses amis, de sa famille. Il a progressivement abandonné sa vie passée. La décoration de sa chambre, dans la maison où il a grandi, a été retirée au dernier moment: rien ne sert de partir trop tôt… Cela fait deux ans que Marc estime avoir « la vocation » . Il ne l’a annoncé à ses parents qu’au mois de mai. Marc avait pourtant déjà abandonné quelques liens avec le monde, comme son téléphone portable, en janvier. Internet ne faisait plus partie de son quotidien depuis quelques mois également. Pour le reste, il aura continué à regarder des films, à se promener, à parler.

Cette semaine, Marc est allé voir la mer, qu’il ne reverra peut-être jamais. Dans le monastère qu’il a choisi, les sorties ne sont pas autorisées, à moins d’événement majeur – tel le décès de l’un de ses deux parents. Dans un premier temps, il ne pourra s’autoriser la rédaction que d’une seule lettre par mois. Il y a quelques semaines, le père abbé, responsable des lieux, a cependant rappelé que Marc était jeune et libre : il dispose de cinq ans avant d’avoir à effectuer ses « vœux perpétuels ». Pour ses soixante premiers jours, il logera à « l’hôtellerie », et ne sera pas obligé de suivre tous les offices qui rythment la journée de ses confrères. Puis il prendra l’habit : une robe noire et simple. Dépouillée. Il sera alors intégré au cloître et au chœur de l’abbatiale, à l’épicentre du monastère.

Marc a revu ses amis le mardi précédant son entrée. Ceux-ci l’ont sollicité à nouveau le jeudi. Devant sa mère, qui s’interrogeait sur son hési­tation à les rejoindre, il a répondu, exprimant ainsi une certaine douleur à s’affranchir de la vie sociale : « Vous n’imaginez pas comme c’est difficile. » Tout est là. Se laisser imprégner, s’ac­compagner soi-même dans l’abandon à Dieu. Entrer en apnée spirituelle. La veille du grand départ, Marc fume un cigarillo, calé au fond d’un vieux canapé, seul dans le salon de cette maison proche du monastère, que lui et sa fa­mille occupent tous ensemble pour le week-end. Un de ses frères passe, et le voyant tirer sur ce petit cigare comme on aspire les bouffées de la dernière cigarette, lui demande : « Alors, tu fais le bilan ? » Réponse de Marc, les yeux fixant les poutres du plafond de cette bâtisse rustique : « Non, c’est exactement l’inverse. Je me vide. »

Plus tôt, dans la soirée, son père avait impro­visé un petit discours, informel, entre deux verres de champagne. «Tu vois, Marc, dans la vie de parents, il y a des étapes importantes. Il est évident que ce week-end en fait partie. » Le père évoque alors le jour de sa naissance, puis le jour où cet avant-dernier d’une famille nombreuse très croyante a été consacré à la Vierge Marie et, plus trivialement, le souvenir d’un accident domestique dont Marc avait été la victime. Les frères et sœur écoutent, avec plus ou moins d’attention, ce petit mot du père. Le père interroge aussi son « moinillon » pour que l’on puisse convenir d’un horaire où, chaque jour, ceux qui voudraient penser à Marc ou prier avec lui puissent le faire en union avec lui. La mère tente ensuite de prendre la parole. L’émotion censurera sa première et seule phrase. Il s’agit des premières larmes du week-end, il est aux alentours de 20 heures.

Il y a peu de pathos dans ce séjour d’accom­pagnement. Marc a juste tenu à rappeler: «Je me sens prêt. Non pas parce que je me sens fort, mais parce que tous les gens qui prient pour moi me donnent de la force. » Plus tôt, ce vendredi après-midi, alors que Marc venait de déposer ses affaires à l’hôtellerie de l’abbaye, pour le len­demain et au-delà, sa sœur s’était inquiétée de son moral. « Cela fait longtemps que j’ai dépassé l’aspect sacrifice de ma vocation , lui avait indi­qué Marc d’un léger sourire. Maintenant, je suis content d’être là. Pressé de commencer.» Après l’apéritif, la famille dîne ensemble autour d’un menu amélioré et de deux bouteilles de pomerol. Les conversations tournent autour de l’actualité des uns et des autres. Cela ressemble à un repas de famille. Classique. Sans plus. Marc reste la plupart du temps silencieux, écoutant comme si de rien n’était ces palabres aussi éphémères qu’innocentes.

La famille semble sereine, prête à aller se coucher. Les frères et sœur ont choisi de dor­mir ensemble, dans la même pièce, pour cette dernière nuit en compagnie de leur frère. Ils doivent se lever tôt demain, afin de partir pour une ultime promenade. La soirée vire pourtant à une surréaliste bataille d’oreillers, à la fois violente, interminable et hilarante. Puis tous s’endorment. Tardivement.

Le lendemain, la famille part donc pour une courte promenade en bord de rivière. Les mi­nutes passent rapidement. Il est déjà l’heure de la messe. Célébration à l’issue de laquelle tous partiront, tandis que Marc restera. Jusqu’au terme de sa vie, peut-être. Dans l’église abba­tiale, la famille s’installe au premier rang. Les uns scrutent le visage de ses futurs congénè­res, postés juste devant eux. Les autres suivent attentivement leur messe, avec recueillement et piété. L’office terminé, on sent comme une hésitation de la famille de Marc à rejoindre la sortie, à atteindre le point de séparation. Sur le parvis, à l’air libre, une paroissienne immorta­lise la scène en prenant quelques photos. On encourage, on discute brièvement. Sans finir ses phrases.

Et puis le père se lance, montre l’exemple et embrasse son fils. Tous deux ont les yeux humi­des. La mère étreint Marc, les traits du visage figés par l’émoi, de nouvelles larmes coulant derrière les verres de ses lunettes de soleil. Marc tente de la consoler, en lui glissant : « Ne vous inquiétez pas, je suis très heureux. » Puis lâche à son oreille de mère consentante mais déchi­rée un doux « Je suis désolé ». Un des frères et la sœur de Marc pleurent, le corps secoué par la tristesse. Cela dure quelques minutes à peine. Il fait un temps splendide. Plus tard, sur la route qui permet à la famille de regagner Paris, on croit entendre la maman de Marc murmurer, dans un soupir serein : ‘‘À Dieu, mon fils.’’ »

MEDELEG KARNAG

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