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mardi, 28 août 2007

Mère Teresa : la fécondité dans la nuit

[La Croix - 26/08]

Mère Teresa a passé sa vie de religieuse dans la nuit profonde de la foi

Des lettres de Mère Teresa, publiées en anglais pour le dixième anniversaire de sa mort, confirment que la religieuse n'avait aucune expérience sensible de sa foi depuis 1946

<>Mère Teresa, béatifiée par Jean-Paul II le 19 octobre 2003, a connu une profonde et très longue nuit de la foi. Un livre en anglais, publié dix ans après sa mort, le 5 septembre prochain, sous le titre Come Be My Light, (littéralement, « viens, sois ma lumière ») le confirme.

Il présente 66 années de lettres privées entre la sainte de Calcutta et ses confesseurs et supérieurs. Ce travail est établi sous la responsabilité du postulateur de la cause de béatification, le P. Brian Kolodiejchuk, missionnaire de la charité (la congrégation fondée par Mère Teresa). Il est également l’éditeur du livre dont on ne sait pas encore quand il sera publié en français.

Ce qui était donc largement connu – le pape lui-même avait publiquement insisté sur « la nuit intérieure » de Mère Teresa lors de la messe de béatification en 2003 – apparaît désormais en toute lumière, avec une précision jusque-là inédite. L’hebdomadaire américain Time, qui a obtenu les bonnes feuilles de ce livre, consacre la couverture de son édition datée du 3 septembre à cet événement.

"Le silence et le vide sont si importants"

En 1979, Mère Teresa écrit par exemple à son confesseur, le P. Michael Van der Peet : « Jésus a un très grand amour pour vous, mais pour moi – le silence et le vide sont si importants – que je regarde et je ne vois pas, que j’écoute et que je n’entends pas. » Ainsi les mots de « sécheresse », « obscurité », « isolement », « torture » marquent-ils beaucoup des quarante lettres publiées. Elle va même jusqu’à écrire que son sourire, mondialement connu, était « un masque ».

Son désarroi était donc extrême mais elle confie à son confesseur en 1960 qu’elle a fini par trouver alors une certaine sérénité en « aimant cette obscurité ». Elle la rapprochait, disait-elle, du plus profond de la solitude et de l’angoisse du Christ pendant sa passion. « J’ai juste la joie de ne rien avoir, même pas la présence de Dieu dans l’eucharistie. »

Et de conclure : « Je ne l’accepte pas [cette absence totale de consolation spirituelle] dans ma sensibilité, mais avec ma volonté, avec la Volonté de Dieu. J’accepte Sa volonté. » Ce qui lui fait écrire en 1962 : « Si un jour, je deviens une Sainte – je serai sûrement celle des « ténèbres », je serai continuellement absente du Paradis pour éclairer la lumière de ceux qui sont dans l’obscurité sur la terre. »

Une âme comme un « bloc de glace »

En attendant l’épreuve était constante, à l’image de grands mystiques comme saint Jean de la Croix ou sainte Thérèse de Lisieux. À part deux rémissions comme celle de 1958, au moment de la mort de Pie XII : « la longue obscurité disparut » mais « le tunnel » revint très vite, témoigne-t-elle, cinq semaines après. Et quel tunnel puisqu’elle est a parfois douté de sa foi elle-même.

« Où est ma foi – tout au fond de moi, où il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité – mon Dieu – que cette souffrance inconnue est douloureuse – je n’ai pas la foi », confie-t-elle dans une lettre, non datée, adressée à Jésus.

Parlant de son âme comme d’un « bloc de glace », elle semble parfois proche du désespoir : « On me dit, Dieu t’aime – mais alors la réalité de l’obscurité, de la froideur et du vide est tellement vaste que rien ne touche mon âme »…

Mère Teresa avait explicitement demandé que tous ces courriers fussent détruits. Elle craignait en effet que les gens qui les liraient pensent « plus à elle qu’à Jésus ». Consignes que ses supérieurs n’ont pas respectées. Ces documents sont devenus l’un des éléments importants du procès de canonisation en cours après celui de la béatification.

Lors de cet événement, en octobre 2003, La Croix avait déjà consacré un article très détaillé sur cet aspect méconnu de la spiritualité de Mère Teresa avec plusieurs citations explicites qui circulaient au sein de la congrégation des missionnaires de la Charité.

Interrogée, Sœur Nirmala, supérieur des missionnaires de la Charité, avait alors commenté pour La Croix cette expérience spirituelle hors normes : « Il est important de savoir qu’elle a été la véritable expérience intérieure de notre Mère, son expérience de Dieu. Nous ne sommes pas opposés à la publication de ces documents, mais nous pensons que cela doit se faire lentement, prudemment. »

Jean-Marie GUÉNOIS

lundi, 20 août 2007

Le top 10 des blessures à la con

[source : www.20Minutes.fr - 17/08/07]

Rater une Coupe du monde à cause d’une descente en ski en chasse-neige, ça fout les boules… Mais pour consoler Sylvain Marconnet, qui doit attendre jusqu'au 31 août pour connaître son sort, il doit savoir qu’il y a bien pire que lui dans le genre ridicule.

10. Les sous-doués font de la bricole, par Grégory Coupet

Avant de se blesser sérieusement au genou, le gardien de Lyon et de l'équipe de France a connu un forfait des plus stupides, sanction d'un pêché véniel par excellence. Alors qu'il construisait une étagère pour pouvoir exposer ses trophées, Coupet se laisse tomber une planche sur la main et doit se faire poser sept points de sutures, ratant l'édition 2006 du derby face à Saint-Etienne.

9. Le sac trop lourd, par Venus Williams

A priori, Ana Kournikova n'avait aucune chance de battre l'aînée des sœurs Williams, lors du tournoi de Rome en 2002. C'était sans compter sur le point faible de Venus: son incapacité à porter un sac de raquettes avant de rentrer sur le court. Mauvaise prise? Sac trop lourd? L'Américaine se blesse au poignet et ne dépasse pas les vestiaires romains, offrant à la Russe sa seule victoire de prestige.

8. Le coup de la porte vitrée, par Jim Bilba

L’histoire se passe en 1997, le grand Jim «Trampoline» Bilba évolue sous les couleurs de Villeurbanne avec qui il vient de réaliser l’exploit d’une qualification pour le dernier carré de la coupe d’Europe de basket, sur le parquet de l’Efes Pilsen. Fuyant les projectiles du public stambouliote en furie, Bilba cavale et ne voit pas la porte vitrée qui s’effondre sur lui. Bilan: une rupture des ligaments du pouce qui le prive de Final Four.

7. La partie de scrabble qui tourne mal, par Lionel Letizi

La scène du drame est assez surréaliste: imaginez Lionel Letizi, Laurent Leroy et Jérôme Alonzo jouant au scrabble, lors d'une mise au vert du PSG, en 2002. Soudain, une pièce tombe. N'écoutant que son courage, l'actuel gardien niçois la ramasse... et se ramasse. Le prix du courage, une lombalgie aigüe et deux matchs de repos.

6. La bouteille d’eau qui traîne, par Cristiano Ronaldo

La starlette aux dribbles de feu n’aime pas être remplacée. Lors du huitième de finale aller de la Ligue des champions contre Lille, Ronaldo est sorti par son entraîneur dès la 60e minute. Mécontent, alors qu’il passe devant le banc des remplaçants, il envoie un coup de latte dans une bouteille qui traîne. Las, la fiole était pleine et le prodige portugais finit le match avec un hématome et une poche de glace sur le cou de pied.

5. Le badge qui nique l’œil, par Steve Marlet

Voilà quand même une blessure splendide, qui privera l’attaquant français d’Euro 2000: sur le bord du terrain, Steve Marlet joue avec le cordon de son accréditation. Problème, le cordon est aussi revêche qu’élastique et le coin du carton vient percuter son œil et déchirer sa cornée. Bon, en même temps, Marlet n’aurait quand même pas joué…

4. Le parfum qui t'explose le pied, par Santiago Canizares

Au faîte de sa gloire, le gardien de Valence est l'indiscutable taulier de la sélection espagnole. Elégant comme un hidalgo (comme en atteste sa coupe de cheveux...), «Santi» ne se déplace jamais sans son parfum. En stage de préparation avec la Seleccion, peu avant la Coupe du monde 2002, il laisse tomber le flacon qu'il venait de saisir au sortir de la douche. Celui-ci se brise aux pieds du portier, qui se coupe le tendon et déclare forfait pour le mondial, rejoignant la longue liste des gardiens espagnols maudits. Il ne retrouvera évidemment jamais son niveau.

3. Le barbecue qui brûle, par Yannick Noah

Quoi de mieux qu’un bon bidon d’essence pour faire partir un feu et faire cuire des grillades... Pour Yannick, rien. Du coup, le tennisman est immobilisé pendant quatre semaines, alors qu’il sortait d’un quart de finale à l’US Open 1989 qui le remettait en scène. A quoi ça tient une fin de carrière…

2. La douche trop chaude, par Jérôme Fernandez

On t’avait dit Jérôme, le chaud, c’est à gauche. Faute de l’avoir retenu, le talentueux handballeur se brûle au troisième degré en prenant sa douche. Résultat, pas d’Euro et un long moment de solitude pour convaincre ses coéquipiers que non, ce n’est pas une blague et que oui, il sait que le chaud c’est à gauche…

1. Le rien branlage devant la télé, par Rio Ferdinand

Il est grand Rio. Du coup, quand il mate la télé, le défenseur anglais de Manchester United étend bien ses jambes sur sa table basse. Et comme il aime la télé, il reste des heures devant. Et là, c’est le drame. Au moment de se relever, cette feignasse de footballeur se choppe un étirement de la cheville et est privé de match du samedi. Superstiteux, il a préféré aller voir ses coéquipiers au stade que les suivre devant l’écran.

Stéphane Alliès

a tenniswoman


samedi, 18 août 2007

Critique d'Harry Potter 7

[source : Cédric Muffat - http://www.dvdrama.com/news.php?21574]

d5e597d786bd22e7d6682e332c2c6872.jpgTout d'abord, il convient de rassurer nos lectrices et lecteurs prudents, qui tentent un regard à la fois curieux et craintif dans cet article comme l'on met un pied dans un magasin dont la vitrine nous a plu mais en redoutant d'être harcelé par le vendeur.

Vous ne trouverez donc ici aucun résumé, aucune révélation, ni même aucun indice quant aux événements du septième et ultime tome de la saga Harry Potter, mais également du sixième tome (tout le monde ne l'ayant pas forcément lu). Il ne sera ici question que de sensations et de cohésion littéraire. L'occasion d'ailleurs de demander à nos gentils forumeurs actifs, pour ceux qui souhaiteraient en discuter plus en détail ci-dessous, de ne rien révéler dans le titre de leurs posts mais d'y indiquer la présence de spoilers le cas échéant. Ceci étant dit, attaquons la lecture sereinement.

Cela faisait… Dix… Six… Trois ans… Ou quelques mois selon les cas, peu importe. Mais en tout cas cela faisait longtemps, trop longtemps, que l'on attendait la conclusion de la saga de tous les records, annoncée dès le début par J.K. Rowling comme une série en sept tomes représentant chacun une année de la vie de son héros. L'on a donc eu six tomes, et cinq films, pour laisser vagabonder notre imagination et s'enfoncer dans les conjectures les plus diverses et variées quant à l'issue de l'inévitable confrontation entre Harry Potter et le seigneur Voldemort. Chaque livre, et chaque année passée à Poudlard, apportait son lot de mystères, de révélations, de personnages clés, d'artefacts magiques et d'évolutions psychologiques pour Ron, Hermione et Harry, nos trois héros centraux.

Parallèlement, la série gagnait des lecteurs par flopées entières, des lecteurs de tous âges, de tous pays, de toutes confessions. A tel point que la saga Harry Potter est aujourd'hui une des œuvres littéraires les plus vendues au monde, pas loin d'un podium où trône tout de même la Bible. Il n'est donc pas exagéré de dire que la publication, le 21 juillet 2007, du dernier tome des aventures du sorcier à la Cicatrice dans son édition anglaise, portant la promesse de réponses longtemps désirées, était un des évènements littéraires les plus attendus de cette année, voire que diable; de ces dix dernières années (les fans ne nous contrediront pas). La question, somme toute très simple, dont on meurt d'envie de connaître la réponse en ouvrant ce septième tome, s'énonce donc en ces termes: Est-ce que la conclusion de la série est à la hauteur des attentes placées en elle au fil des six premiers volumes?

Cessons de tourner autour du pot: la réponse est oui, oui et mille fois oui.

Le pari n'était pourtant pas forcément gagné d'avance, tant était devenu important le nombre d'enjeux à boucler, de mystères à résoudre, de personnages dont le destin et les motivations restaient à clarifier, de tâches à accomplir. D'autant plus qu'à un agenda déjà bien chargé, J.K. Rowling a ajouté une tâche supplémentaire pour cet ultime volume: les fameux Deathly Hallows du titre, qui se traduiront pour l'édition française prévue le 26 octobre par "Harry Potter et les reliques de la mort". Pourtant, et même si l'on avait peu d'inquiétudes à ce sujet, le fil du récit reste constamment maîtrisé, les chapitres s'avalant sans en avoir l'air, toujours ponctués par un petit cliffhanger final qui rend la tranquillité d'esprit du lecteur virtuellement impossible avant le mot "fin". En somme, la romancière fait ce qu'elle sait faire de mieux: nous accrocher.

Il faut cependant être honnête : l'on ne peut nier une certaine baisse de régime durant la première moitié du récit, moment où la quête des trois amis paraît vraiment être au point mort. Des passages par essence redondants, peu trépidants, voire frustrants si l'on considère que l'on tient tout de même entre les mains le dernier volume des aventures d'Harry Potter. Mais au vu de l'orientation pour le moins atypique prise par l'intrigue à ce moment là, on voit difficilement comment J.K. Rowling aurait pu faire autrement sans que cette septième année ressemble à une version étirée jusqu'à la nausée d'une journée en compagnie de Jack Bauer. En tout état de cause, la seule crainte que fait naître ces pages plus "creuses", à savoir "restera-t-il assez de temps pour traiter convenablement tous les enjeux et boucler toutes les intrigues en suspens?" ne fait pas long feu.

C'était la deuxième crainte légitime: que le final, congestionné par un trop plein d'action et un trop peu de pages, s'étouffe sous son propre poids… et retombe comme un soufflé. Car s'il y a bien un chapitre, dans tout le livre, et par extension dans toute la saga, où J.K. Rowling n'avait pas droit à la moindre petite erreur, - et tout le monde en conviendra, - c'est bien le dernier. A cet impair bien réel, la réponse de l'écrivain est aussi pragmatique que frappée au coin du bon sens. Il faut éviter à tout prix un final saucissonné, des enjeux survolés, des scènes d'actions qui ne parviendraient pas à dépasser de suffisamment loin en intensité celles des opus précédents? Qu'à cela ne tienne : au lieu d'avoir un climax s'étalant sur les traditionnels deux ou trois chapitres, comme c'était le cas dans les romans précédents, celui-ci couvrira pas moins d'une dizaine de chapitres. De quoi rendre justice à la structure, mais aussi à la longueur de la saga prise dans son ensemble. Et si l'on craignait plus tôt dans le livre, victimes d'une baisse de confiance infondée envers les talents de tisseuse d'intrigues de J.K. Rowling, que certaines questions soient par trop survolées ; le magnifique et apocalyptique final de Harry Potter and the Deathly Hallows se charge de nous détromper point par point.

Non seulement aucune des zones d'ombres des six premiers romans n'est oubliée, mais elles s'en trouvent éclairées d'une lumière nouvelle qui rend d'hors-et-déjà indispensable une relecture des tomes précédents, avec l'œil de l'initié cette fois, pour en saisir pleinement tous les tenants et les aboutissants. Sans surprise, tout ce qui touche à Voldemort, à Harry et au lien qui les unit est ainsi très réussi – et réserve encore son lot de surprises -. Et sans rentrer le moins du monde dans les détails, qu'en est-il de l'affrontement final entre les deux sorciers, attendu comme le Messie depuis la fin de Harry Potter à l'école des sorciers? Il est vrai que certains lecteurs ont été déçus. Chacun verra midi à sa porte, en tout cas votre humble serviteur n'en fait pas partie. Nous n'en dirons pas plus sur le sujet; dans la mesure où se lancer dans un argumentaire serait déjà trop en dire.

Quoi qu'il en soit, un point d'achoppement met tout le monde d'accord, et ce depuis le premier volume. Si Harry Potter est devenu si populaire, ce n'est pas uniquement pour la qualité des intrigues ou la cohérence de l'univers mis sur pied par son auteur. Si l'on aime Harry Potter, c'est avant tout…. Pour Harry Potter. Ou Hermione, ou Ron, ou Dumbledore, ou Fred et George, ou même Voldemort, c'est selon. Ceci pour dire que la vraie qualité de l'écriture de J.K. Rowling, c'est d'avoir su faire vivre ses personnages, nous les faire accepter pour argent comptant, comme faisant partie de nos vies le temps de la lecture.

Peut-être est-ce là le plus grand tour de magie d'Harry Potter. Et encore une fois ce septième tome ne démérite pas, loin s'en faut. La moindre dispute des trois amis vous vrillera le cœur, leurs moments de joie vous donneront envie de vous joindre à la fête, vous partagerez leurs craintes comme si elles étaient les vôtres et leurs souffrances vous paraîtront insoutenables. Un constat applicable d'ailleurs à l'ensemble des personnages, bons ou mauvais. Le signe des grands romans, n'en doutons pas. Et la promesse d'un voyage en compagnie de visages familiers. Un voyage, en tout cas, qui livre toutes ses promesses... et même un peu plus. Mais un voyage, il convient de le signaler, souvent cruel et très violent.

La frontière entre le livre pour enfant et le roman pour adulte est de fait de plus en plus floue, mais pour sa défense, J.K. Rowling n'a jamais dit que ses romans étaient destinés aux enfants. Et c'est tant mieux.

En tout état de cause ; le meilleur roman de la série, avec une bonne longueur d'avance. On n'en attendait pas moins. Et l'on espère maintenant que le film parviendra à se hisser au même niveau d'excellence.

Sortie du livre en français : 26 Octobre 2007

jeudi, 16 août 2007

Un camembert en forme d'oxymore

[Le Consottisier]

Le camembert va mal. Symbole de la francitude et de l'identité nationale (Brice Hortefeux, ministre du Calendos ?, je rigole mais, je sais, ce n'est pas drôle), le camembert donc est sur la pente descendante, du moins dans sa version industrielle et pasteurisée.

Deuxième fromage le plus consommé en France (derrrière l'emmenthal et consorts râpés), il reste le leader dans la famille des frometons à pâte molle et à croûte fleurie (devant le brie, le coulommiers, etc). Mais ses ventes sont en repli. La faute à qui ? La faute à nous et à nos modes de vie.
Nous souhaitons qu'il soit «fait mais pas trop», «pas plâtreux mais pas coulant», «goûteux mais pas puant». Tout et son contraire.

Or, un bon calendos coule et pue, y a pas à tortiller du bulbe.
Reste que la tendance est à l'affadissement. C'est que les fromages pour enfants, du Kiri au Caprice des dieux, ont fait des ravages en matière de formation du goût. A quoi s'ajoute un problème de stockage. Où est-ce qu'on le met, le calendos qui pue ? Au frigo? Hérésie ! Et si l'hérésie on s'en tape, la senteur schlingante affectera à coup sûr le beurre et tous les restes. A l'air libre, dans la cuisine ? Il faudra aimer de tels effluves au petit déjeuner. Alors, le garde-manger ou la cloche ? Ils se font rares. On ne s'étonnera donc pas que notre bon vieux calendos ne soit guère en odeur de sainteté.

Accompagnant cette tendance, Bridel a lancé, il y a trois ans, un nouveau camembert, baptisé le Moelleux. C'est tout dire. Le nom fait appel au toucher plutôt qu'au goût, plus à la texture qu'à l'odorat. Un camembert-oreiller, en quelque sorte. Hélas, ça n'a pas suffi, on s'en doute, à enrayer l'érosion des ventes.

2774eb12cb8aba4f6d4eec93d8b923f0.jpgPour corriger le tir, l'agence de design B&G vient de relouquer le packajingue du dit Moelleux, en l'occurrence son étiquette. Voyez le Avant/Après. Les retouches, apparemment mineures, s'avèrent hautement pensées.   A gauche, c'est avant, avec les attributs traditionnels du genre camembertien, c'est-à-dire le blason, les armoiries, la médaille. Notons cependant un cerclage gris-bleu pour signifier la douceur, voire la rassurante fadeur. Mais également la présence de l'or, du rouge, du blanc, codes couleur habituels du camembert (manque juste le noir).

A droite, c'est après, avec l'ajout d'une photo retouchée. «C'est un champ de blé duveteux misant sur le sensoriel et l'affect, bref un message qui fait la part belle à l'émotionnel», énonce Cécile Tassin, responsable du planning stratégique chez B&G.

11c7a36c8b2cad4d48f2217eb205277a.jpgEmotionnel ??? Par les temps qui courent, les publicitaires n'ont que ce mot à la bouche. Désolée, je ne comprends pas. «On introduit des éléments émotionnels pour susciter l'envie, sans passer par la case "rationnel"», précise la dame à la journaliste bouchée (mézigue). Je n'entrave pas davantage, mais je devine que l'explication est révélatrice de la gamberge en œuvre, à mon humble avis fort vaine. Ne sachant plus trop quoi faire, on vise l'irrationnel, sur fond de fatras contradictoire.

Ainsi, vous pouvez voir que le cerclage bleu a été conservé, légèrement moins gris, mais toujours pour indiquer un fromage «pas trop typé»,«accessible». Donc un camembert toujours doux… Et si c'était cela le hic ? La juxtaposition de deux termes opposés et inconciliables. Bref, un camembert en forme d'oxymore. Vous en achèteriez vous de l'oxymore goûteux ET fade ?

Marie-Dominique Arrighi

Pardon et avenir - la victime et le coupable

Pardonner et se réconcilier, ce n'est pas prétendre que les choses sont autrement qu'elles ne sont. Ce n'est pas non plus se donner des petites tapes amicales dans le dos et fermer les yeux sur ce qui va mal. Une vraie réconciliation passe par la mise à nu de l'horreur, des mauvais traitements, de la douleur, de la déchéance, de la vérité. Parfois, elle peut même aggraver les choses. C'est une entreprise risquée, mais qui vaut finalement la peine, car c'est en affrontant la véritable situation qu'on peut espérer parvenir à une vraie guérison. Un semblant de réconciliation ne peut qu'aboutir à un semblant de guérison. En pardonnant, nous affirmons notre confiance dans l'avenir de notre relaiton et dans l'attitude de celui qui a nui à prendre un nouveau départ et la possibilité de changer que nous offrons à celui qui nous a fait du tort. Selon Jésus, nous devons être prêts à pardonner non pas sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois (Mt 18,20) pourvu que le frère ou la soeur qui nous a fait du mal soit disposé à avouer ses torts une fois encore.

La victime a-t-elle nécessairement besoin de la confession et du repentir du coupable pour pouvoir pardonner ? Il est évident qu'une confession aide énormément celui qui désire accorder son pardon, mais elle n'est pas indispensable. Jésus n'a pas attendu que ceux qui le crucifiaient lui demandent pardon. Alors qu'ils enfonçaient les couls, il a prié son Père de leur pardonner, et il leur a même trouvé une excuse. Si la victime ne pouvait pardonner qu'après la confession du coupable, alors elle serait soumise au bon vouloir de ce dernier, prisonnière de sa condition de victime, quelle que soit son attitude ou son intention. Ce serait manifestement injuste.

Pour expliquer le besoin de se confesser, qu'éprouve un coupable, j'utilise souvent cette analogie : Imaginez-vous dans une pice humide et froide, mal aérée et combre. Tout cela parce que les rideaux sont tirés et la fenêtre fermée. Dehors, le soleil brille et une brise fraîche souffle. Si vous désirez que la lumière innonde la pièce et que l'air frais entre à flots, il vous faudra ouvrir les rideaux et ouvrir la fenêtre. Alors la lumière, qui n'a jamais cessé de briller, éclairera la pièce et le vent la rafraîchira. Il en va de même pour le pardon.

La victime peut être prête à offrir son pardon, mais c'est au coupable d'accepter ce cadeau - en tirant les rideaux et en ouvrant le fenêtre. Il le fera en reconnaissant ses torts, en laissant la lumière et l'air frais du pardon entrer en lui.

Mgr Desmond Mpilo Tutu (Il n'y a pas d'avenir sans pardon)

[Magnificat]

Ces aliments qui font peur

[09/03/2006 - © Le Point - N°1747]

Dans « Savoir manger » (Flammarion), les docteurs Jean-Michel Cohen et Patrick Serog révèlent la composition des 10 000 produits alimentaires que nous consommons tous les jours.

L es Grignotes de poulet rôti La Gauloise affichent 16,5 % de lipides et 247 kilocalories pour 100 grammes, alors que le poulet contient environ 110 kilocalories pour 100 grammes. Les galettes poireaux-carotte de chez Bonduelle contiennent, sous une appellation extrêmement vertueuse, 130 kilocalories pour 100 grammes et 10 grammes de lipides. Les minichoux fourrés sont une aberration nutritionnelle, avec 660 kilocalories aux 100 grammes et des teneurs en huile à 60 % absolument ahurissantes.

De tels exemples d'hérésie culinaire, on en trouve à la pelle dans le dernier livre des docteurs Jean-Michel Cohen et Patrick Serog. Forts du succès de la première édition de leur « Guide des aliments » (1), ces deux nutritionnistes viennent de récidiver. Et d'approfondir la question. Ils ont cette fois analysé 10 000 produits vendus sous des marques nationales ou des marques de distributeurs, y compris de hard discount . Car, comme ils l'expliquent d'emblée, « l'alimentation ne peut se réduire à de simples rapports nutritionnels, aux taux de glucides, lipides et protéines. Il faut considérer les différents ingrédients employés - toujours énumérés par ordre décroissant de quantité. Globalement, leur nombre est inversement proportionnel au prix du produit... et à sa qualité nutritionnelle » .

Le détail des substances entrant dans la composition des aliments industriels a de quoi faire frémir : ces médecins en ont trouvé jusqu'à 50 (et 40 dans des crèmes glacées). En d'autres termes, une même appellation peut cacher des compositions bien différentes. Que penser d'un pain d'épices préparé avec une dizaine de substances, mais pas de miel, alors que la recette traditionnelle du même gâteau en prévoit plus de 50 % ? Ou d'une mousse de canard faite de lait, foie de canard, gras de porc, graisse de canard, dextrine, foie de poulet, oeufs, crème et... sirop d'érable ? Comment expliquer que, selon les marques, les « barres de céréale » contiennent de 31 à 68 % de ces fameuses céréales ?

« L'Etat est schizophrène ». Mais ce n'est pas le plus grave. Le vrai problème réside dans la nature même de ces ingrédients. Premier accusé : le sirop de glucose-fructose - provenant de l'amidon, donc du maïs ou du blé -, qui remplace souvent le saccharose ou le glucose, en raison de son pouvoir sucrant supérieur et de son coût inférieur. Or il est maintenant admis que sa consommation excessive augmente la synthèse de triglycérides (qui encrassent les artères). Il serait aussi incriminé dans l'obésité, car il favorise la constitution de stocks de graisses. « Et il serait responsable de stéatose hépatique, autrement dit de la formation d'un foie "gras", habituellement retrouvé chez les buveurs excessifs » , ajoute Patrick Serog.

Côté huiles, la situation n'est guère plus enviable : les « bonnes » huiles sont trop souvent remplacées par celles de palme et de coco, plus néfastes pour les artères (car riches en acides gras saturés), mais ô combien plus légères pour le portefeuille. « On en trouve notamment dans presque toutes les frites industrielles, et particulièrement chez McDo , regrette Jean-Michel Cohen. Cela montre bien à quel point l'Etat est schizophrène : il prône le manger sain, et laisse commercialiser des produits néfastes ; il vante l'huile de colza, mais laisse employer l'huile de palme pour la nourriture quotidienne. »

La dérive semble sans limites. Car qui s'imagine, en mangeant un steak haché, qu'il peut s'agir de « viande reconstituée avec des protéines de soja » , à la valeur biologique moindre ? Le consommateur de préparations à base de viande a intérêt à savoir décrypter les étiquettes. Un plat de chez Dia, par exemple, annonce 65 % de viande de poulet, mais en précisant entre parenthèses : viande de poulet 70 %, eau, amidon... En réalité, la viande ne représente donc plus que 40 % de l'ensemble.

Une alimentation à 4 vitesses. « D'autre part, la réglementation européenne fixe des doses maximales à ne pas dépasser pour les ingrédients sur lesquels pèse une incertitude, en fonction de leur potentielle nocivité , explique Ambroise Martin, professeur de nutrition à la faculté de médecine de Lyon et expert auprès de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Mais ces doses ne tiennent pas compte de la consommation individuelle de chaque produit. » Celui qui abuse de cola light 1er prix risque fort d'aller largement au-delà du seuil acceptable pour les (mauvais) édulcorants. D'où l'intérêt de l'action menée actuellement par l'Afssa : elle a lancé, il y a quelques mois, une grande enquête nationale sur la consommation des aliments, auprès de 4 000 adultes et 2 000 enfants (chacun étant suivi pendant sept jours). Cette étude, qui se terminera en novembre, permettra de calculer l'exposition aux différents ingrédients. Et, éventuellement, de modifier les seuils limites autorisés pour certains.

Les résultats d'un tel travail seront lus avec intérêt par tous ceux qui, à l'instar de Jean-Michel Cohen, « redoutent de voir apparaître de nouvelles maladies liées à la "déformation" actuelle de l'alimentation. Les effets de la malbouffe sont déjà évidents sur l'obésité et les affections cardio-vasculaires. Et on peut aussi s'interroger sur l'augmentation du nombre de cas d'allergie, voire de cancers... ».

Pour la prise de poids, l'évolution des chiffres - en Europe et, évidemment, plus encore aux Etats-Unis - a de quoi inquiéter. « Et la composition des produits n'est pas seule en cause , ajoute Patrick Serog. Car la valeur nutritive des aliments ne cesse d'augmenter. Par exemple, il y a quelques années, un yaourt de 100 grammes apportait en moyenne 70 kilocalories, contre 80 aujourd'hui. Pour le pain, on est passé de 250 à 275. » Et que dire du record toutes catégories : la pizza Hut fourrée au fromage équivaut à 2 120 kilocalories pour 794 grammes, alors que son diamètre n'est guère supérieur à celui d'une pizza « normale », en portion individuelle.

« On glisse de plus en plus vers une alimentation à 3, voire 4 vitesses , constate Marie-Jeanne Husset, rédactrice en chef de 60 Millions de consommateurs . Et, d'ailleurs, les pauvres grossissent plus vite que les autres. Car si tous les aliments présents sur le marché répondent aux mêmes normes en termes de sécurité sanitaire, c'est bien leur seul point commun. Il serait temps que les industriels mettent leur créativité au service de la qualité et du goût, au lieu de s'épuiser dans les lancements de pseudo-nouveautés. »

Le hard discount attire 15 millions de ménages. Certes, les Français dépensent toujours moins pour se nourrir : en 1960, ils consacraient 28,6 % de leurs revenus aux achats alimentaires, contre 14 % en 2003. Certes, le hard discount, qui a débuté dans les années 80, attire aujourd'hui plus de 15 millions de ménages, dont une clientèle jeune et familiale. Mais il y a tromperie quand la publicité parle de « qualité identique à un prix moindre » . Les consommateurs ne doivent pas se laisser duper. Le moins cher peut se révéler coûteux s'il n'induit pas de sentiment de satiété - et pousse donc à se resservir -, s'il n'apporte pas à l'organisme les éléments dont il a besoin, s'il fait grossir, voire s'il est impliqué dans le développement de maladies graves.

Pour tenter de s'y retrouver dans l'avalanche de produits et de promotions régulièrement proposées, il n'y a qu'une soution, l'examen attentif de la composition des aliments avant de les acheter. Après quoi nul doute que l'on préférera savourer de temps à autre une mousse au chocolat tradition (chocolat, beurre, jaunes et blancs d'oeufs, sucre et sucre vanillé) plutôt que de manger régulièrement une mousse au chocolat 1er prix (lait entier, sirop de glucose, sucre, crème fraîche, chocolat en poudre 4 % et cacao)...

1. « Savoir manger » (Flammarion, 970 pages, 19,90 e).

samedi, 11 août 2007

Pars, "Va pour toi"

[source : blog de Patrice de Plunkett]

Jean-Marie Lustiger et nous - Ce que dit la Lettre aux Hébreux La promesse faite à tous les humains :

Il n’y a pas de hasard. Les lectures de la liturgie de ce dimanche nous parlent d’Aron Jean-Marie Lustiger. Spécialement la Lettre aux Hébreux, ce texte antique d’un chrétien juif écrit pour les juifs : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu… IL partit sans savoir où il allait… » C’est ce que Dieu lui avait dit au livre de la Genèse (12, 1-3.7) : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père, et va vers le pays que je te ferai voir. » Dans le texte hébreu, « pars » se dit : « Va pour toi » (traduction d’André Chouraqui).Ce qui signifie : « ce sera pour ton bien, fais-moi confiance ». C’est la promesse de Dieu à tous les hommes.

Quelle promesse Dieu fait-il à Abraham ? De lui donner, dit la Lettre aux Hébreux,  une postérité innombrable : « aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel et les grains de sable au bord de la mer ». Peut-on évaluer celle du cardinal ? Ce qui s’est passé hier matin, devant et dans Notre-Dame, est un tournant dans les relations judéo-chrétiennes.  Ainsi aussi dans le domaine des vocations : pensons aux séminaristes qui portaient son cercueil sur le parvis *.  (Le séminaire fondé par le cardinal est plein, alors que tant d’autres en France sont vides). Quant à sa postérité chez nous laïcs, on ne peut déjà plus la compter : la pensée de Jean-Marie Lustiger a aidé – aidera – des gens innombrables à passer de l’illusion à la foi.**

Ce n’est pas seulement à lui que s’adressent la Lettre aux Hébreux et le texte de la Genèse. C’est à nous tous. Nous ne sommes pas logés à une autre enseigne. Nous ne « possédons » rien. Nous aurions tort de nous prendre pour des privilégiés, dispensés de « quitter » (d’une certaine façon) pays, famille et maison de nos pères. Libérons-nous d’une attitude identi-taire*** : si Abraham l’avait eue, il serait resté dans sa plaine de Haute-Mésopotamie et ne serait allé nulle part. Nous sommes tous appelés à une dépossession pour entrer sur la terre de Dieu.

La devise du cardinal était : « Car rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1,37).  La Lettre aux Hébreux (11) dit : « Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le Seigneur ? »

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(*) Aussi nommé « place Jean-Paul II », par la volonté de Bertrand Delanoë (et à la fureur des Verts néopaïens).

(**)  Pourquoi ne pas le dire ici ? C’est lui qui m’a libéré, il y a presque  vingt ans, d’une conception « culturelle » de l’identité religieuse.

(***)  L’identité socio-culturelle est un bien. Le mal est de réduire le spirituel au culturel, c’est-à-dire à l’identité. C’est l’erreur de tous les idéologues quel que soit leur bord. Lisez les articles de presse sur le cardinal : Le Monde aurait sûrement désapprouvé le départ d’Abraham.

jeudi, 09 août 2007

St François de Sales, le couple et l'amour

Saint François de Sales (1567-1622) est tenu à juste titre pour un précurseur de la spiritualité conjugale, avec une ampleur de vue jusque dans les détails, et un équilibre dont on ne trouvera guère d'équivalent avant la seconde moitié du XXe siècle. C'est aux laïcs qu'il destine son Introduction à la vie dévote, devenue rapidement un best-seller (première édition en 1608 - cinq du vivant de l'auteur et plus de 400 jusqu' à nos jours !). Il veut leur faire comprendre qu'eux aussi sont appelés à la sainteté car "où que nous soyons, nous devons et pouvons aspirer à la vie parfaite". Aux gens mariés, il recommande avant tout de garder une bonne entente mutuelle et de grandir dans "l'amitié conjugale" qu'inspire la charité. Scellée par le sacrement, c'est à dire par le sang du Christ, et rendue savoureuse par "le suc de la dévotion" (car "l'homme sans dévotion est un animal sévère, âpre et rude"), leur "union est si forte que plutôt l'âme se doit séparer du corps de l'un et de l'autre, que non pas le mari de la femme. Or cette union ne s'entend pas principalement du corps, ainsi du coeur, de l'affection et de l'amour".

Il ne suffit donc pas de s'abstenir de tromper son conjoint, il faut lui être fidèle en ne lui substituant personne dans ses pensées. Cela vaut d'abord pour les hommes, contrairement à cette idée tenace que seul l'adultère féminin serait grave : "Si vous voulez, ô maris, que vos femmes vous soient fidèles, faites-leur en voir la leçon par votre exemple." Quand à vous, Mesdames, méfiez-vous des "muguetteries" des flatteurs ! "Quiconque vient louer votre beauté et votre grâce vous doit être suspect, car quiconque loue une marchandise qu'il ne peut acheter, il est pour l'ordinaire grandement tenté de la dérober. Mais si à votre louange quelqu'un ajoute le mépris de votre maris, il vous offense infiniment, car la chose est claire que non seulement il vous veut perdre, mais vous tient déjà pour demi perdue, puisque la moitié du marché est faite avec le second marchand quand on est dégoûté du premier."

C'est toujours le "tendre, constant et cordial amour" que prêche avec la douceur de la force l'évêque de Genève, mais avec le plus grand réalisme, car il s'agit d'un amour incarné. Par exemple, il recommande aux époux de fêter les anniversaires de leur mariage. Il consacre un chapitre à défendre "l'honnêteté du lit nuptial" en expliquant que l'union sexuelle, pourvu qu'elle ne soit pas détournée de sa fin, concourt à l'harmonie voulue par Dieu et par conséquent lui rend gloire. Pas question donc, que les époux s'abstiennent de communier sous prétexte qu'ils auraient eu des relations sexuelles ! Pas question non plus de s'exempter du devoir conjugal "sans le libre et volontaire consentement de l'autre, non pas même pour les exercices de la dévotion" comme le font certaines fausses dévotes qui n'obéissent en réalités qu'à leurs "capricieuses prétentions de vertu". "Mon Dieu, que nous nous trompons souvent !" écrit à ce propos saint François de Sales à la présidente Brulart assaillie par les scrupules, écartelée entre son désir de communion souvent et les exigences du lit conjugal : "Cet exercice-là n'est nullement déshonnête devant les yeux de Dieu ; au contraire, il lui est agréable, il est saint, il est méritoire", c'est la volonté de Dieu "que vous aimiez franchement l'exercice de votre état". Allons, n'allons pas faire l'amour à contrecoeur ou seulement lorsqu'on espère que l'union sera féconde ! "[...] le devoir nuptial doit toujours être rendu fidèlement, franchement, et tout de même comme si c'était avec l'espérance de la production des enfants, encore que pour quelque occasion on n'eût pas telle espérance."

Philippe OSWALD, Faut-il réinventer l'amour, Mame-Edifa, pp.101-103

Pourquoi le cardinal Lustiger impressionnait les journalistes

[source : blog de Patrice de Plunkett]

Il les fascinait par son destin personnel, mais…

…il leur faisait un peu peur. Surtout en direct : il avait l’art de leur renvoyer la balle avec une ironie paisible qui les décontenançait. Jamais méchamment, d’ailleurs : il savait que ses interlocuteurs ne savaient pas, et qu’on ne pouvait pas leur reprocher leur absence de formation spirituelle.

Le cardinal montrait tout de même (parfois) de l’agacement à ses auditoires. C’était quand il lui arrivait d’évoquer le cas de journalistes censés connaître le domaine religieux et qui ne devraient pas écrire d’absurdités –  mais qui néanmoins en écrivent, par système.  Il ne les nommait pas. Tout le monde voyait de qui il voulait parler.  

Je n’arrive pas à comprendre, disait-il, comment ils peuvent interpréter la vie de l’Eglise d’une façon aussi arbitraire.  

Ce qui le choquait le plus, c’était l’obstination médiatique à confondre le gouvernement de l’Eglise avec celui de la politique. Comme si le corps de l’Eglise et le corps politique avaient le même type d’existence, les mêmes rythmes et les mêmes besoins… Cette confusion avait atteint son maximum au début de la souffrance de Jean-Paul II, quand les médias, devant la vieillesse et la maladie du pape, parlèrent de « mauvaise image ». L’Eglise ne se soucie pas de son « image » médiatique, rectifiait Jean-Marie Lustiger : sa fonction n’est cosmétique comme celle de la politique-spectacle. Elle doit témoigner de bien autre chose.

Cet autre chose est le sens de la vie humaine et le salut dans le Christ. Et c’est de quoi il faut, patiemment, informer les informateurs, sans se fâcher  ni  se  décourager.  Jean-Marie Lustiger le faisait : « Et pourtant, il y aurait tant d’occasions de se mettre en colère », nous a-t-il dit un soir rue Barbet-de-Jouy…

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